Citons un écrivain limousin dont la note sur la mort de Richard-Cœur-de-Lion se trouve à la fin de la Chronique de Geoffroy de Vigeois dans deux manuscrits de la Bibliothèque nationale.

Le P. Labbe, qui a publié cette Chronique d'après un vieux manuscrit du château de Lastours et quatre autres anciennes copies, n'a pas cru que ce récit de la mort de Richard fût de Geoffroy de Vigeois, sans doute parce que cet écrivain, au dire de Bernard Itier, avait terminé sa Chronique en 1184; toutefois il a inséré dans le corps de cette Chronique plusieurs faits relatifs à la première croisade qui, dans les deux manuscrits de la Bibliothèque nationale, suivent immédiatement le récit de la mort de Richard, tandis qu'il a rejeté ad calcein cette note importante, comme n'étant pas de Geoffroy de Vigeois.

Il semblerait que cette note a été écrite par Bernard Itier; en effet, dans les deux manuscrits déjà cités , elle est précédée de ce préambule que le P. Labbe a passé sous silence : « Bernard Itier écrivit, le jour de la sixième férie (le rendredi), la veille de Saint-Jean-Baptiste, que la même année mourut le roi Richard surnommé Cœur-de-Lion. Il fut enseveli avec son père dans le monastère de Fontevraud, plusieurs se réjouissant de sa mort, et d'autres déplorant cette perte. » Sur la foi de ce préambule, dom Estiennot a mis cette note au nom de Bernard Itier : Hæc scripsit Bernardus Iterii.

« L'an de l'Incarnation du Seigneur mil deux cent moins un (1199), Richard, le roi très-courageux des Anglais, fut atteint d'un coup de flèche à l'épaule, lersqu'il assiégeait une tour d'un certain château (castrum) du Limousin, qu'on appelle Châlus-Chabrol. Il y avait dans cette tour deux chevaliers, avec environ trente-huit personnes, hommes et femmes. L'un de ces chevaliers s'appelait Pierre Brun; l'autre, Pierre Basile. Il est dit de ce dernier qu'il lança avec une arbalète une flèche qui blessa le roi. Richard mourut le douzième jour après, c'est-à-dire la troisième férie (le mardi) avant le dimanche où l'Eglise célèbre la procession des Rameaux, le 8 des ides d'avril (6 avril), à la première heure de la nuit (sept heures du soir). Pendant qu'il était malade, il avait donné l'ordre à ses soldats d'assiéger le château du vicomte Adémar, qu'on appelle Nontron, et un autre fort (municipium) qu'on appelle Piégut; ce qu'ils firent. Mais, ayant appris la mort du roi, ils se retirèrent confus. Le roi avait formé dans son cœur le dessein de détruire tous les châteaux et les forteresses (municipia) du susdit vicomte de Limoges. »

Source : La vérité sur la mort de Richard-Cœur-de-Lion, roi d'Angleterre, de François Arbellot.