La dévotion du Temple s'exprimait dans sa participation parallèle au pèlerinage de Notre-Dame de Sardenay, dont Burchard de Strasbourg se fit l'écho dès 1175 en concurrence avec un manuscrit sinaïtique exhumé récemment par Daniel Barraz. Un manuscrit éthiopien du XVe siècle témoigne du rayonnement œcuménique de cette abbaye melkite, située à 25 km au nord-est de Damas. L'endroit abritait au Moyen Âge une icône suintante, popularisée en 1186 à travers le récit de pèlerinage des chevaliers Guy Chat et Aymeric Brun, qui auraient obtenu quelques gouttes d'huile d'un templier récemment libéré des geôles damascènes. Le précieux liquide glané par Gauthier de Marangiers aurait fini dans l'église du prieuré d'Altavaux, fondé par Aymeric en 1178. Ce récit de translation est le premier à tenter de retracer l'histoire de cette icône vénérée par les musulmans et les chrétiens de Syrie lors de l'Assomption et de la fête de la Nativité de la Vierge. Une ascète de Saydnaya aurait demandé selon la légende à un marchand de lui rapporter une icône hiérosolymitaine de la Vierge, subitement animée de paroles durant le voyage. Le marchand n'aurait pas eu d'autre choix que de respecter sa promesse, une fois arrivé dans le village. Vénérée en secret dans un souterrain de Saydnaya, l'icône se serait recouverte de chair en laissant échapper de sa poitrine une huile liquide, prenant une couleur rose en séchant.

Source : L'ordre du Temple en Terre Sainte et à Chypre au XIIIe siècle, de Pierre-Vincent Claverie.