François-Louis-Antoine-Marie de Coustin du Masnadaud appartient à une famille dont un membre accompagnait Saint-Louis à la Croisade; aussi trouve-t-on dans la salle des Croisades, au château de Versailles, ses armes, qui sont d'argent au lion de sable, armé, lampassé et couronné de gueules (1).

Elle a fourni à chaque siècle des prêtres éminents parmi lesquels on peut citer : Etienne de Coustin, prévôt d'Arnac-Pompadour en 1444; Louis de Coustin, abbé du Mont-Saint-Quentin, au diocèse de Noyon, et de Souillac en Quercy en 1506; Hugues de Coustin, tonsuré en 1526, curé d'Alat au diocèse de Sarlat, et chanoine de Saint-Germain, en Limousin, en 1557. Il est frère des deux suivants : Agnez de Coustin, prieur de Mansay vers 1555; François de Coustin, archiprêtre de La Porcherie en 1578 et chanoine de Saint-Germain; Brandelin de Coustin, tonsuré en 1605, curé de Saint-Maixent en 1627; Jean de Coustin, tonsuré en 1659, prieur de Chasseneuil en Bancon en 1665; Annet de Coustin, tonsuré en 1643, prieur du Chalard en 1653, prêtre en 1659, abbé de Fontaine-de-Bèze au diocèse d'Autun, député des Etals de Bourgogne en 1692, mort à Dijon au mois d'août 1709; Jean-Marc de Coustin, tonsuré en 1658, fut prieur de Beaubreuil et de Maubuisson, docteur en théologie de la faculté de Paris, et célèbre missionnaire. Il fut nommé à l'abbaye de Bèze le 9 novembre 1709, à la mort de son frère qui précède, et mourut lui-même le 21 septembre 1722; Jean-Charles-Armand de Coustin, qui se réfugia en Angleterre pendant la persécution, et qui aura une notice biographique.

François-Louis-Antoine-Marie de Coustin, neveu du précédent, naquit au château du Masnadaud, paroisse de Pageas, le 25 septembre 1753. Il était le sixième des douze enfants d'Alexandre de Coustin, marquis du Masnadaud, comte d'Oradour et de Louise de Ravard de Mézieux. Pendant que sa sœur Françoise-Catherine, née le 17 septembre 1752, se faisait religieuse à Boubon, ordre de Fontevrault, deux de ses frères étaient reçus chevaliers de Malte. Pour lui, s'étant destiné à l'état ecclésiastique, il recevait l'ordre du diaconat à Limoges le samedi des quatre temps de la Pentecôte, 20 mai 1780. Il fit ses preuves de noblesse en 1782, et fut admis chanoine-comte de Saint-Claude en Franche-Comté (2).

Lorsque la persécution commença, elle trouva le chanoine de Coustin fidèle à son devoir en repoussant le serment schismatique de la constitution civile du clergé, et lorsque la destruction des chapitres eut été décrétée, il quitta Saint-Claude et revint dans sa famille. Son frère ainé, François-Annet de Coustin, comte d'Oradour, avait épousé, en 1772, Marie-Anne de Philip de Saint-Viance, dame d'Arrênes. C'est dans cette paroisse (aujourd'hui canton de Bénévent, Creuse), qu'il se retira au château de Sazeirat, et où les autorités départementales de la Creuse le firent arrêter comme prêtre réfraclaire. C'est à tort que ces mêmes autorités l'appellent curé de Sazeirat, car ce lieu n'était pas paroisse, et que la liste des prêtres incarcérés le nommé François Coustin, prêtre de Bourganeuf.

Le directoire du département de la Creuse, par son arrêté du 14 ventôse an II (4 mars 1794), le classa parmi les prêtres réfraclaires qui devaient être déportés sans délai (3), et le fit conduire à Bordeaux où l'on réunissait les prêtres condamnés à la déportation au delà des mers. Il fut enfermé dans les bâtiments du Petit-Séminaire transformés en prison, et il y souffrit jusqu'au 22 novembre, jour où il fut embarqué sur le vaisseau le Dunkerque (4).

On a vu plus haut comment les trois vaisseaux, emportant à la Guyane les confesseurs de la foi, avaient abandonné leur route pour venir se réfugier à l'embouchure dela Charente. C'est là, dans leurs prisons flottantes, que nos confesseurs de la foi passèrent l'hiver déjà commencé, et qu'un grand nombre périrent de misère et de maladie. Le chanoine de Coustin fut gravement atteint du scorbut, maladie fort commune parmi les prisonniers, et cause de la mort de la plupart; il put cependant y résister, et on le compte au nombre des survivants qui furent libérés l'année suivante le 12 avril 1795 (5).

Il revint alors dans sa famille, mais la persécution qui recommença bientôt ne l'épargna pas, ainsi que le montre le document suivant:

Châlus, 25 vendémiaire, l'an VI de la République (46 octobre 1797).

Le commissaire du pouvoir exécutif pour l'administration municipale de Châlus aux administrateurs et commissaire du pouvoir exécutif du département de la Haute-Vienne.

Citoyens,

Conformément à votre lettre du 22 courant, relativement à faire arrêter les prêtres susceptibles de déportation sur l'étendue de mon arrondissement, je n'ai pas perdu un seul instant à faire mettre à exécution les dispositions qu'elle renferme, en donnant ordre au chef de la gendarmerie d'arrêter les nommés Louis Coustin, ex-prêtre, du lieu du Masnadaud, commune de Pageas, et André Betoulle, ex-cordelier, de la commune de Lavignac, les seuls qui se soient trouvés compris dans lesdites dispositions. Lesquels ont été traduits, le jour d'hier, pardevant l'administration municipale de ce canton, où il leur a été délivré des lettres de passe à l'étranger, conformes aux modèles qui m'ont été par vous transmis, dont il résulte que ledit Coustin en a reçu une pour Berne, en Suisse, et Betoulle pour Saint-Sébastien en Espagne. Ensuite de quoi j'ai donné de nouveaux ordres au chef de la gendarmerie, pour les traduire dans la maison d'arrêt au chef-lieu du département, qui sans doute devra vous en donner connaissance, s'il ne l'a déjà fait.

Salut et fraternité.

Fr. Moulin De La Faye (6).

Je ne sais comment il passa les dernières années de la persécution, et s'il s'exila en Suisse, comme l'indique la lettre ci-dessus. Pendant ce temps son frère aîné mourait en émigralion, et l'administration départementale de la Haute-Vienne faisait vendre les propriétés de sa famille.

En 1802, au rétablissement du culte, on constate qu'il résidait tantôt à Boussac, tantôt du côté de Gorre. Mgr du Bourg, pensant lui être agréable, lui offrit en 1803 la paroisse d'Arrênes, où sa famille avait put conserver quelques propriétés. Son état de santé ne lui permit pas d'accepter, et M. Philippe Bonneaud fut nommé à sa place.

Il se retira, avec quelques membres de sa famille, au Masnadaud, commune de Pageas, et tout le temps qu'il y resta, quoique sans titre de vicaire, ni autre, mais avec l'approbation de l'évêché, il aida beaucoup à desservir cette paroisse (7).

Un peu plus tard, il accepta la paroisse de Pensol, au canton de Saint-Mathieu, où il était en 1811; puis fut nommé curé-doyen du Grand-Bourg, Creuse, qu'il desservit de 1814 à 1818. Il passa ensuite à la cure de Bénévent, où il devait terminer sa vie sacerdotale. En 1828, sentant ses forces diminuer et ne pouvant plus remplir les fonctions du ministère, il se retira dans sa famille au château de Sazeirat, et y mourut à l'âge de soixante-dix-sept ans, au mois de novembre 1829 (8).

Il était aussi chanoine honoraire de la cathédrale de Limoges.

Notes :

(1) Nobiliaire du Limousin, tome I, 2e édition, p. 737.

(2) Nobiliaire du Limousin, tome I, 2e édition, p. 737.

(3) L. Duval, Archives révolutionnaires de la Creuse, p. 229.

(4) L'abbé Lelièvre, Une nouvelle page au martyrologe de 1793, p. 189, et 340.

(5) L'abbé Manseau, Prêtres et religieux déportés, t. II, p. 428.

(6) Archives de la Haute-Vienne. Q. 243.

(7) L'abbé Legros, Catalogue manuscrit des prêtres du diocèse.

(8) Nécrologe de l'Ordo.

Source : Martyrs et confesseurs de la foi du diocèse de Limoges pendant la Révolution française, d'André Lecler.