Le château de Blésignac, appelé aussi La Salle-de-Blésignac, est une construction moderne remplaçant une forteresse des premiers temps du moyen âge. Au commencement du XIIe siècle, Amanieu de Blésignac et son frère furent témoins d'une donation faite à l'abbaye de La Sauve par Bernard de Mouchac. Vers la même époque, Bernard de Blésignac, sentant sa fin prochaine, se fit moine dans ce monastère et lui fit don de la huitième partie de la dîme de Baigneaux, de quatre serfs et de quinze denariates de vigne, d'un autre serf qu'il avait à Boisset et de terres qu'il possédait à Espiet, Montignac, Branne et dans d'autres paroisses.

Le 4 février 1279, Edouard 1er, roi d'Angleterre, comme duc de Guienne, donna à Ebulon de Puyguilhem la permission de construire une maison forte dans son fief nommé la Tour de Turval, à Blésignac; nous croyons qu'il s'agit ici du château de Blésignac.

Après la conquête de la Guienne par Charles VII, nous trouvons Bernard Angevin en possession de la seigneurie de Blésignac qui, probablement, lui avait été donnée par le roi d'Angleterre, et qui lui fut, sans doute, confirmée par le roi de France comme tous ses autres domaines.

La guerre de Cent ans avait mis presque toute la France dans un désordre étrange. « Il y eu, dit Dom Etienne Dulaura, de grands embarras et contestes tant entre les officiers du roi et les seigneurs particuliers, qu'entre ces seigneurs les uns à l'encontre des autres, sur le sujet des limites des juridictions et sur celui des rentes... Les officiers de la prévosté royale d'Entre-deux-Mers s'avisèrent, en 1479, de se servir de l'occasion et de la commodité du temps, en pêchant en eau trouble, avant que les choses ne fussent encore bien remises en leur ancien état, et que les seigneurs de l'Entre-deux-Mers ne se fussent bien rétablis dans la possession de leurs droits par une suffisante jouissance pour prescrire; ils font donc action aux sujets du commandeur de Montarouch, du marquis de Curton, du baron de Blésignac, de l'abbaye de La Sauve et autres, prétendant les obliger à se soumettre à leur jurisdiction et à reconnoistre que leurs terres relevoient immédiatement du roi et lui faisoient rente. Ils étoient poussés en cela par le procureur général de la sénéchaussée de Bordeaux et par le fermier du domaine qui, outre qu'il y avoit à profiter pour eux, vouloient, par là, faire les affaires de la couronne et en procurer les intérêts. Ils n'avoient point d'autres titres que celui de la Majesté royale; et, en effet, il ne leur en falloit pas d'autres étant de droit commun que toutes les terres du royaume en dépendent, si l'on ne fait pas voir, par de bons titres, ou quelles sont nobles ou quelles sont sujettes à d'autres seigneurs ». L'abbaye de La Sauve gagna son procès.

Il est probable que Bernard Angevin, seigneur de Blésignac, gagna également le sien. C'est du moins depuis lors que quelques fiefs de la paroisse de Blésignac furent repeuplés par des étrangers :

Jean Landreau, du pays de Saintonge, attiré, comme Gaufreteau et bien d'autres, par les proclamations des seigneurs de l'Entre-Deux-Mers, reçut à fief nouveau, le 27 mars 1480, de Jacques Angevin, procureur constitué de son père Bernard, une pièce de terre en friche, située au lieu de Landreau, contenant 107 journaux, pour la convertir en terre labourable et y bâtir une maison, plus un autre domaine de 25 journaux et quelques petites pièces détachées, pour en faire des prairies, le tout au devoir de 40 sous bordelais d'exporle à muance de seigneur et de tenancier, et pour 5 francs bordelais, 3 boisseaux de froment, 4 boisseaux d'avoine et une paire de gélines, d'oublies, par an, portés au château de Rauzan ou à La Salle-de-Blésignac à la volonté du seigneur.

Nous croyons que les tenanciers qui consentirent les trois reconnaissances suivantes en faveur de Jacques Angevin, seigneur de Rauzan et de Blésignac, étaient des étrangers établis depuis peu dans cette dernière seigneurie. En premier lieu, le ier septembre 1483, Matalin Mossiteu et sa femme Marion Lambroyn déclarèrent tenir de ce seigneur soixante et un journaux de terre tant labourable que bois et prés avec les masures et maynes deserts (domaines abandonnés et non cultivés) qu'ils renfermaient situés, dans la paroisse de Blezignac, près de l'étang du moulin du Temple et du fief de Jean Mondolet dit Larmabalha (Larmavaille), bornés au nord par le ruisseau du Luc jusqu'au pont et chemin qui vient de La Sauve et va au moulin du Temple, et, ailleurs, par ceux de Dardenac à Loret, de Blésignac au Temple, et du moulin de Rafarin au même lieu.

En second lieu, le Il juin 1484, Etienne et Jean Audigey, frères reconnurent de 140 j.ournaux de terre bois et désert situés dans la paroisse de Blésignac. au lieu appelé à Audigey, confrontant à une borne plantée sur le chemin qui va du Temple à Montarouch et un autre chemin qui va de Montarouch à Branne et sépare les juridictions de Bénauges et de Blésignac; plus une pièce de bois pour convertir en prairie au lieu appelé a Trossapalha; plus 8 journaux de prés au lieu du Cros; un pré à Trossapalha confrontant au ruisseau de la font de Blésignac; le tout au devoir de 32 liards bordelais d'exporle à muance de seigneur et de tenancier, et de 6 francs et 23 ardits bordelais, 3 boisseaux de froment, trois boisseaux d'avoine, une paire de chapons, une paire de gelines, par an. de rente portés à Rauzan ou à Blésignac au choix du seigneur.

On trouve, en troisième lieu, le 11 juin 1486, la reconnaissance par Jean Durandet du domaine de Martin Botilhey, confrontant au pré de Martin Cantinole.

Jacques Angevin, seigneur de Blésignac, se maria avec Marguerite de Montferrand dont il n'eut qu'une fille nommée Jeanne qui épousa, le 13 décembre 1478, Jean de Durfort seigneur de Duras, de Blanquefort et de Villandraut; celui-ci n'eut qu'un fils nommé aussi Jean qui fut héritier universel de Jacques Angevin, son aïeul maternel, mort le 25 juin 1504, et devint ainsi seigneur de Rauzan, Pujols, Civrac, le Cypressac et Blésignac. Jean mourut célibataire après avoir fait, le 9 décembre 1506, son testament par lequel il institua héritier universel François de Durfort, son frère puîné, lequel épousa Catherine de Biron, fille de Paul de Gontaut, baron de Biron, et de sa seconde femme Marguerite de Biron de Montferrand. Il mourut, le 22 février 1525, laissant Symphorien de Durfort sous la tutelle de sa veuve. Catherine de Biron.

C'est à cette époque que nous voyons arriver à Blésignac les membres de la famille de Gaufreteau établis depuis cinquante ans environ à Dardenac. Le 22 mars 1520, Girault de Gaufreteau acheta à honorable homme M. Me Dominique Ram, docteur en droit et avocat au parlement de Bordeaux, le moulin à eau de Ramefort, situé dans Blésignac, pour la somme de 300 francs bordelais. Ce Girault, était fils de Jacques de Gaufreteau ainsi qu'il résulte d'une transaction, portant partage, du 8 janvier 1529, entre M. Jean de Gaufreteau, prêtre, et Girault de Gaufreteau frères, enfants de feu Jacques de Gaufreteau, paroissiens de Dardenac, d'une part; et Peyrot et Jean de Gaufreteau, frères, leurs cousins germains, fils et héritiers d'autre feu Jean de Gaufreteau, frère dudit feu Jacques, d'autre part.

Le 14 mai 1529, Catherine de Biron, dame de Duras, tant en son nom que comme mère et légitime administratrice de Symphorien de Durfort, seigneur et baron de Duras et Pujols, afferma, après s'être entendue avec Jean de Durfort, seigneur de Civrac, «à honorable homme Girault de Gaufreteau, marchand, demeurant à Dardenac et à Guillaume-Arnaud de Cazenove, bourgeois de Bordeaux, tous les cens, rentes, honneurs, les fruits décimaux et agrières tant de blé-que de vin, avec les vignes, forêts et domaines étant des appartenances de la juridiction de Pujols, avec les droits de greffe, prévosté, guet, maneu vres, etc., de cette juridiction; sauf les droits d'amende arbitraire, de prison, d'exporle et de ptélation, d'un jardin et des bêtes épaves, pour le terme de deux ans et pour le prix de huit cents livres par an » que les fermiers devaient payer d'avance; mais il fut convenu que s'il arrivait des accidents sur les fruits, Catherine de Biron en supporterait les conséquences et rembourserait aux fermiers ce qu'ils auraient payé ou avancé.

Le Ier septembre de la même année, cette dame afferma à Girault de Gaufreteau seul tous les droits qu'elle possédait dans la juridiction de Blésignac pour trois ans et pour la somme de cinquante livres par an.

Pendant que Gaufreteau et Cazenove étaient fermiers de Pujols, la grêle enleva toute la récolte; ils réclamèrent à Mme de Biron la somme de onze cent cinquante livres qu'elle leur devait encore des avances qu'ils avaient faites, de sorte que, le 7 juillet 1530, elle vendit, à pacte de réméré de quatre ans, à Girault de Gaufreteau, la maison noble et seigneurie de Blésignac avec tous les cens, rentes, revenus, émoluments, gaudences et autres choses appartenant à cette seigneurie sans en rien réserver, tout le droit de justice haute moyenne et basse, mixte, mère impère, avec puissance d'y établir des juges, prévôts, greffiers, sergents et autres officiers, pour la somme de douze cents livres; Girault de Gaufreteau, avant de passer le contract, avait remis à la dame de Pujols, la somme de cinquante livres restant des onze cent cinquante qu'elle devait, et promit de payer tout ce qu'elle pourrait devoir sur cette dernière somme à Arnaud de Cazenove.

Le 23 décembre 1538, Peyrot et Girault de Gaufreteau frères, marchands, achetaient des terres à Blésignac.

Enfin, le 6 février 1542, Symphorien de Durfort, seigneur de Duras et de Pujols, autorisé par son curateur Me Guillaume de Lur, conseiller du roi au parlement de Bordeaux, seigneur de Longua, vendit à Girault de Gaufreteau, marchand, demeurant à Bordeaux, et à Jean de Gaufreteau, cousins, tout le droit de plus-value (le seigneur de Duras déclarait que la somme de douze cents livres, que Gaufreteau avait payée à Catherine de Biron, était beaucoup trop faible) et autres droits quelconques qu'il prétendait posséder encore sur la seigneurie de Blésignac, moyennant la somme de six cent cinquante livres tournois. Il donna pour garant de cette vente Mre Jacques de Pons, seigneur baron de Mirambaud et de Plassac.

Quelques années après, Syrnphorien de Durfort, seigneur baron de Duras, Pujols, Villandraut et Blanquefort, attaqua Pierre de Gaufreteau et consorts en rescision de contrat; ceux-ci, pour se défendre, furent obligés de fournir un certain nombre de pièces, deux entre autres qui prouvaient que la vente avait été bien faite : la première est une transaction, du Ier mai 1548, entre Jacques de Pons, chevalier, baron de Mirambeau et Catherine de Biron, sa femme, d'une part, et Symphorien de Duras, majeur de vingt-cinq ans; celui-ci et sa sœur Jeanne de Durfort, enfants de Catherine et de François de Durfort, son premier mari, devaient restituer à leur mère sa dot et diverses sommes, montant à trente mille livres, pour lesquelles lui fut vendue la terre et seigneurie de Rauzan, à pacte de rachat. Pour faciliter ce rachat, Catherine consentit que son-fils vendit trois cents journaux de la forêt de Rauzan et que, moyennant qu'il lui payât vingt-quatre mille livres, elle lui revendrait la terre de Rauzan; et quant aux six mille livres restant, elle les lui donnait dès à présent, tant pour son droit de légitime que pour future succession, à la condition que Symphorien approuvât sans réserve l'arrêt des comptes qu'elle avait rendus de l'administration des biens de son fils depuis la mort de François de Durfort, son mari; la seconde pièce est une autre transaction, du même jour, entre les mêmes, portant approbation par ledit de Durfort des comptes rendus par Jacques de Pons et sa femme de l'administration qu'ils avaient eue des biens et revenus de Symphorien, sans pouvoir revenir, plus tard, sur ces comptes approuvés par MI', Mes Guillaume de Lur et Michel Vallon, curateurs dudit Symphorien. Moyennant cette approbation, les seigneur et dame de Mirambeau avaient donné audit de Durfort la somme de seize cents livres huit sous tournois qu'ils lui devaient suivant ce compte et remis, de plus, le prix des réparations et améliorations qu'ils avaient faites au château de Rauzan depuis la vente de cette seigneurie par Catherine.

Pierre de Gaufreteau et les siens gagnèrent leur procès, puisque la seigneurie de Blésignac leur resta; et, le 9 mirs 1557, Pierre et Jean de Gaufreteau et Alixon de Pimpoix, au nom et comme tutrice de Françoise-Marguerite et Alixon de Gaufreteau, héritières de feu Girault de Gaufreteau, seigneurs et dames de Blésignac, présentèrent au grand sénéchal de Guienne le dénombrement de cette terre consistant en deniers, blés et poules de rentes, et valant, toutes charges déduites, 20 francs bordelais, avec le droit de justice qui, disaient-ils, coûtait, les officiers payés, plus qu'elle ne valait.

Sire Pierre de Gaufreteau, habitant de la paroisse de Dardenac, fit son testament le 3 septembre 1558. M. Jules Delpit s'est contenté de le signaler, mais nous croyons devoir l'analyser, ne serait-ce que pour faire voir quelle fortune considérable avaient faite, au bout de cent ans environ, ces marchands étrangers venus à Dardenac pour y établir des tanneries, après la guerre de Cent ans : Pierre de Gaufreteau se recommande à Dieu, à la Sainte Vierge et à tous les saints; il demande à être enseveli dans l'église de Dardenac, et laisse, pour faire prier Dieu pour son âme et celles de ses père et mère et amis trépassés, la somme de 100 livres, dont 10 aux couvents de l'Observance de Bordeaux. Il dit que lui et son frère Jean de Gaufreteau ont leurs biens en commun, et, comme ils ont pris sur la communauté diverses sommes, il veut qu'il en soit tenu compte. Il ne veut pas que la grande maison qu'il habite, avec ses bâtisses et jardins, confrontant, d'un bout, à celle des héritiers de feu Girault de Gaufreteau, et, de l'autre, au grand chemin qui va de l'église de Dardenac au Temple, soit partagée, aussi la légue-t-il à Jean de Gaufreteau, son frère; les autres héritiers prendront la maison de Mériot (Meyreau ?) située au village de même nom, dans Dardenac, avec des terres attenantes à ce village. Pendant la communauté, son frère et lui ont acquis la moitié du village de Jauguet, situé dans la paroisse de La Sauve; il le légue à ses héritières nommées ci-après, et il lègue à son frère, pour l'indemniser de ce qui lui appartient sur ce village, ceux de Guabaron et de Saubary, situés à Targon et à La Sauve, et certaines terres et divers droits dans les paroisses de La Sauve, Saint-Léon et Camiac, dans le lieu de Tartenac à Targon, une maison à Blésignac; sa part d'une adouberie (tannerie) située au « Palay-Gallianne alias Fondaudege », dans la ville de Bordeaux, dont il a hérité de Marie, sa sœur; sa part d'une maison située rue des Aydes, à Bordeaux, qu'il a acquise de feu Pierre Boutin, portier de la ville; tout cela valant plus que sa part du village de Jauguet; et, pour les grands services qu'il a reçus de son frère Jean, il lègue à lui et aux siens « sa part et cottité entièrement de tout le cabal et marchandise qu'ils ont ensemble, concistant en peaulx et cuirs tant tanés que à taner dans les fosses et pellains et dehors, graisse, escorce, suifs... et autres choses estans et appartenans audict cabal et marchandise et en dépendantes d'icelluy, avec les douilz, cuves, chaudières, bassines, mulles et moulin à mouldre escorce, couteaulx, ferremens et generallement tous les aultres hostils et choses necessaires au metier de thaneur et à l'abilhage et entretenement tant dudit cabal et marchandise que de la tannerye. a Il lui légue encore toutes les affaires faites et à continuer pour ladite tannerie, tout l'argent qui se trouvera chez lui à sa mort. Il veut que . ledit Jean donne à ses héritières sous-nommées un tiers seulement de sa vaisselle, de son linge, de ses meubles, etc., et, un an après son décès, 1,200 livres en compensation de toutes ces marchandises. Il lègue de plus à son frère toute l'adouberie avec ses appartenances et dépendances et un moulin à eau, le tout situé dans la paroisse de Dardenac et confrontant au grand chemin qui va de l'église de Faleyras au Temple. Il constitue héritières universelles Périnne de Gaufreteau, damoiselle, femme de Blaise de Ligardes, conseiller et avocat du roi et de la reine de Navarre au siège de Castelmoron-d'Albret, et Catherine de Gaufreteau, femme d'Etienne Cruzeau, le jeune, bourgeois et marchand de Bordeaux et contregarde de la monnaie de la même ville, ses filles légitimes, et de feu Jeannette Bardeau, sa femme, par égales portions, ou leurs enfants si elles décèdent ayant lui. Il leur substitue son frère jean qu'il nomme exécuteur testamentaire avec Me Pierre Landreau, curé de Dardenac. Enfin il révoque un testament précédent.

Pierre mourut vers 1562, son testament fut attaqué par ses deux filles qui se prétendaient frustrées au préjudice de leur oncle; mais, par transaction du 30 juin 1563, il fut convenu que le testament aurait son plein effet, sauf sur ce qui regardait certains meubles et ustensiles qui devaient être partagés entre les parties.

Après la mort de Pierre, la seigneurie de Blésignac resta indivise entre Jean de Gaufreteau, habitant de Dardenac, et les héritiers de feus Pierre et Girault de Gaufreteau. Girault laissa trois filles : Marguerite, mariée avec Martin de Hiribéry, écuyer, Alixon, femme de Romain Blays, et Françoise, femme de Guillemot Moreau, marchand habitant de Dardenac; elles devaient toutes les trois une somme de 2000 livres à Etienne de Beaumont, conseiller du roi au parlement de Bordeaux, et Martin Hiribéry avait répondu pour elles; n'ayant pu payer le tout au terme fixé, Beaumont le fit mettre en prison; après sa libération, Françoise lui devait encore 83 livres 5 sous, elle lui ceda pour cette somme, le 4 août 1559, une portion de maison à Dardenac, et une terre labourable située, dans la paroisse de Montarouch, au lieu de Carneau. Le 9 novembre 1568, Martin Hiribéry, coseigneur de Blésignac, acheta à Me François Sieulane, prêtre, bénéficier de Saint-Michel de Bordeaux, une maison située dans la rue de l'Alemandier joignant le cimetière de cette église.

Jean de Gaufreteau, frère de Pierre, avait épousé Françoise Bardeau, sœur de Jeannette Bardeau, femme de Pierre; ils eurent un fils, nommé aussi Jean, qui se maria, le 8 mai 1564, au lieu de Mériot à Dardenac, en présence de Girault de Gaufreteau^ conseiller du roi au parlement de Bordeaux, et de Fort de Perin, lieutenant du juge de Sauveterre, avec Françoise de Ligardes, fille de feu sire James de Ligardes et de Jeanne Gayot, de la ville de Sauveterre; la future était autorisée par sa mère et par Biaise de Ligardes, son frère, mari de Perinne de Gaufreteau, fille de Pierre. Les futurs époux devaient aller habiter chez Jean de Gaufreteau, le vieux; Blaise devait donner à sa sœur 1300 francs, bordelais de dot et l'habiller le jour de ses noces. Jeanne Gayot lui fit don de 200 francs de la même monnaie et du cinquième de tous ses biens.

Le 9 mars 1569, Jean de Gaufreteau, frère de Pierre, et sa femme Françoise Bardeau, sœur de Jeannette, habitants de la paroisse de Dardenac, firent leur testament mutuel; il m'a paru si intéressant que j'ai cru devoir en faire, malgré sa longueur, une analyse détaillée.

Ils commencent par déclarer vouloir que leurs enfants obéissent à la lettre de ce testament et que ceux qui y manqueront n'aient que leur droit de légitime; ils laissent 200 francs bordelais pour faire célébrer des messes, ce dont seront chargés Guillaume et Jean, l'aîné, leurs enfants, qu'ils instituent exécuteurs testamentaires. S'ils meurent à Dardenac, Jean veut être enterré dans l'église de cette paroisse avec feu Pierre de Gaufreteau, son frère, et Françoise veut qu'on l'ensevelisse dans la même église, dans la sépulture de Jeanne Bardeau, sa sœur. Il leur reste douze enfants de leur mariage, huit garçons et quatre filles.

L'aîné est Girault de Gaufreteau, conseiller du roi et magistrat en la cour présidiale de; la grande sénéchaussée de Guienne, auquel ils ont ci-devant fait dcnation, par préciput, de toutes les sommes qu'ils ont employées pour son instruction jusqu'à son office de conseiller; ils lui lèguent en outre tout le droit et part qu'ils ont sur la maison où il demeure, à présent, sur les fossés des Tanneurs, à Bordeaux, avec les meubles qu'elle renferme; la moitié de tous les droits qu'ils ont sur la justice, château, juridiction, etc., de Blésignac, qui est indivise entre eux et les héritiers de feus Pierre et Girault de Gaufreteau, plus ceux du domaine et maison noble de La Font et le village de Durandet la joignant, situés dans ladite paroisse; plus une vigne dans la paroisse de La Sauve, et un bois taillis dans la paroisse de Nérigean.

Jean de Gaufreteau, leur second fils, a toujours demeuré avec eux et passé tout son temps à les servir; ils lui léguent la maison où ils demeurent dans la paroisse de Dardenac avec tcut le domaine et les autres immeubles qui leur appartiennent dans les paroisses de Dardenac et de Daignac, les prés et les aubarèdes, situés près de La Salle, sauf le pré du château qui reste avec la seigneurie; plus les terres et taillis qui sont entre la paroisse de Dardenac et le chemin qui va du château de La Salle au village du Plantier; plus leur part de la grange de Fontonne avec toutes les terres qu'ils possèdent à Faleyras, au comté de Bénauges, plus les terres, vignes, etc., qui sont entre le chemin qui va de La Braude à Landreau, et à la Croix-de-Bernard-du-Néyrat, et celui de ladite croix au château de Montarouch et au village de Geoffre et séparant les juridictions de Bénauges et de Blésignac; plus l'autre moitié de leur droit sur la seigneurie, justice et château de Blésignac. Ils disent avoir marié ledit Jean avec Françoise de Ligardes qui a porté en dot 1500 francs bordelais qu'ils ont reçus, ils lui donnent pour le payement de cette somme les prés situés dans la palu de Bonne-Maison, à Moulon, et les terres qu'ils possèdent au-delà de l'estey, terres confrontant aux fiefs du chapitre de Saint-Emilion et du seigneur de Savignac, et, pour ce que leurs fils et belle-fille ont à prétendre sur les acquêts, ils leur donnent leur droit sur le moulin de Troussepaille avec le taillis de Bardeau, à La Sauve, contenant 7 journaux, enfin tout ce qu'ils ont dans la ville de Saint-Emilion.

Pour ce qui regarde Me Guillaume de Gaufreteau, leur troisième fils, curé de Bellebat en Bordelais et de Soussac en Bazadais, ils déclarent avoir fait toutes les démarches nécessairss pour le faire pourvoir de ces deux cures dont il jouit paisiblement, et avec le revenu desquelles il a fait plusieurs acquisitions; néanmoins ils lui léguent ce qui leur appartient dans la paroisse de Blésignac, au village de Charryer et ailleurs, entre le chemin qui va de l'église de Blésignac au Temple, et celui qui passe à travers la terre de Catherine de Gaufreteau, femme du sieur Cruzeau, leur nièce, tirant au village de Borbonnet, sans y comprendre la maison appelée Du Faure qui est devant le domaine noble de La Font, le tout clos de murailles; plus un pré à Romagne, et enfin son habitation, pendant sa vie, dans la grande maison de Dardenac, avec son frère.

Ils ont marié Peyrot (Pierre) de Gaufreteau avec Guillemette Denis, et lui ont donné 600 francs bordelais; il lui lèguent le village de Bertranet en la paroisse de Blésignac, confrontant au grand chemin qui va du village de Perreau à Montarouch; tous leurs prés situés dans la paroisse de Montarouch et la vigne de Content, dans celle de La Sauve; un pré dans Blésignac; toute la part qu'ils ont en deux maisons neuves et sur une autre maison située sur les Fossés des Tanneurs à Bordeaux, à la condition qu'il leur laissera la maison de. Créon, lui venant de feu Pierre de Gaufreteau, qu'il désirent donner à Jeannot, leur autre fils, et si Peyrot n'y consent pas, Jeannot aura les droits sur les maisons de Bordeaux.

Ils ont marié Jeannot avec Suzanne de la Caussade, et lui ont donné 500 francs bordelais, ils lui léguent la maison de Créon aux conditions susdites; le village de Luquet, autrement dit La Graulat, à Camiac, indivis entre eux et Honoretle Bardon, et onze journaux de terres, près de ce village; le pré de Maynot, à Moulon, enfin la part du moulin du Graveyron, à Nérigean.

Pierre, dit Parme de Gaufreteau, aura le village de Gabarron, dans la paroisse de Saint-Léon; la vigne dé Friquet, située dans les trois paroisses de Saint-Léon, La Sauve et Targon; un pré à la Sauve, le droit qu'ils ont sur une maison de la rue des Ayres, à Bordeaux, en face de la mairie.

Pierre, le plus jeune, aura la maison du Faure, à Blésignac, avec la terre joignant, le tout clos de murailles; le pré qui les touche, situé devant l'église, confrontant aux villages de Duraudet et de Perreau; une pièce de terre dans la même paroisse, au lieu de La Narguegrue, confrontant au chemin qui va de la maison du Faure au Temple, et qui leur vient de feu Pierre de Gaufreteau, leur frère; un pré à Saint-Léon; une vigne à Montarouch; leur part du bois de Tartenac, à Targon, indivis entre eux et les héritiers de feu Girault de Gaufreteau, leur cousin; leur part du moulin de Bourret, à Saint-Quentin.

Guillaume, le plus jeune et dernier de leurs enfants, aura la métairie de Ricard, située dans la paroisse de La Sauve,près de l'abbaye, donnée par M. Cluzeau, curé de Soussac; une maison avec terre et jardin au bourg de La Sauve, en général ce qui a été donné par ledit Cluzeau.

Louise de Gaufreteau, l'aînée des filles, a été mariée deux fois; la dernière avec M6 Michel de Lorrière, huissier; il lui a été donné ses habits nuptiaux et 700 fr. bordelais de dot; et, pour lui parfaire les 1,000 francs qu'ont eus ses autres sœurs, ils lui léguent l'adouberie située au Palais-Gallien à Bordeaux, autrement à Fontdaudège, et la vigne appelée de Gratecap, près du boulevard de Sainte-Croix-lès-Bourdeaux.

Ils ont marié Catherine, leur seconde fille, avec Pierre Lambert, .bourgeois de Bordeaux; elle a reçu 1,000 francs de dot et ses habits nuptiaux.

Quant à Marie et l'autre Louise, elles auront, lors de leur mariage, pareille somme et leurs habits de noce.

Ils veulent que leurs quatre filles, Louise, Catherine, Marie et autre Louise aient, toutes ensemble, pour leur part, le village de Rougerie, avec ses appartenances situées à Camiac et à Espiet; leur part du Petit-Moulin, autrement appelé de Ramefort, dans la paroisse de Blésignac; la gaudence des Droyneaux, qui est une barrique de vin, trois boisseaux de blé et 35 hardits par an; la maison de Par-le-Bas, à La Sauve, et un pré dans cette paroisse.

Comme Jean l'aîné, a eu, ci-devant, le maniement de leur cabal et administré leurs affaires, il sera déchargé de la reddition de compte et ne devra pas être inquiété là-dessus par ses frères et sœurs; les dots des filles à marier seront prises sur le cabal et sur les meubles seulement. Ils veulent que la maison où ils demeurent reste audit Jean avec les bestiaux, meubles, etc.

Girault et Jean, qui ont leur part de la seigneurie de Blésignac, payeront les rentes dues au seigneur de Blésignac.

Si un ou plusieurs de leurs enfants meurent avant eux sans enfants, leur part sera partagée entre tous les autres.

Celui des deuxtestateurs qui survivra aura l'usufruit de tousles biens sans être obligé d'en rendre compte. Les enfants qui inquietteront le survivant n'auront, pour tout héritage, que leur part légitime, et le reste sera partagé entre les autres.

Le 27 mars 1571, Jean de Gaufreteau et Françoise Bardeau ajoutèrent un premier codicille à ce testament. Ils léguent par préciput et avantage à Jean de Gaufreteau, leur second fils, à Pierre de Gaufreteau, leur septième fils, le plus jeune de ceux qui ont le nom de Pierre, pour les récompenser d'avoir toujours demeuré avec eux et de les avoir servis, à tous deux conjoinctement toutes les acquisitions qu'ils ont faites depuis leur testament, plus tous les meubles, cabal, argent, etc., qui se trouveront à leur décès, avec les adouberies qui joignent la grande maison où ils résident, laquelle doit demeurer à Jean l'aîné; mais ils payeront à Louise de Gaufreteau, leur sœur à marier, la somme de 1000 francs bordelais, ses habillements nuptiaux, son lit, etc., Les adouberies qui leur ont été laissées doivent être en commun; ils substituent les deux frères l'un à l'autre; ils veulent que les prés et les terres labourables et une grange située dans la paroisse de Vignonet, près de l'église, qu'ils ont légués audit Jean, appartiennent à Pierre, le jeune. Le Petit-Moulin, la gaudence des Droyneaux et la maison de Parle-Bas, qu'ils avaient léguée à leurs filles, appartiendront auxdits Jean et Pierre. Jean payera par mois 150 livres tournois pour les dépenses que Guillaume le plus jeune fera pour ses études. Ils émanciperont, en outre, Jean et Pierre de sorte que tout ce qu'ils gagneront dorénavant, leur appartiendra. Ils veulent que leur fils Guillaume, prêtre, ait une chambre garnie, un grenier et un cellier dans la grande maison.

Le 3 mai suivant, les testateurs firent un second codicille par lequel ils veulent que tout ce qu'ils avaient laissé à Jean, leur second fils, dans la ville et juridiction de Saint-Emilion, soit indivis entre lui et Pierre leur septième fils.

Girault de Gaufreteau, fils aîné de Jean et de Françoise Bardeau, faisait à cette époque divers achats dans la paroisse de Blésignac; il était ordinairement représenté, dans ces occasions, par son frère Guillaume, bachelier en décrets et curé de Bellebat; ainsi, le 16 mai 1569, Pierre Alegret, habitant de Blésignac, lui vendit une terre située au village de Durandet, confrontant à celle d'Annette Chicou; le 10 mars 1572, Elaxion ou Alixon de Chevery, mère et héritière de feu Martin de Hiribery, une certaine quantité de biens-fonds; le 16 du même mois, Philippe Chicou, dit Bertault, 7 règes de terre au village de Durandet; le 3 novembre 1572, le même Philippe Chicou lui vendit une autre rièce de terre dans le même village. Gaufreteau, qui était absent, était représenté par Marie de Cadouin, sa femme. Mais l'acquisition la plus importante que fit Girault fut celle de la moitié de la seigneurie de La-SalIe-de-Blésignac, que lui vendit, le 27 février 1573, moyennant la somme de 2,000 fr., Marguerite de Gaufreteau, pour se délivrer de quelques dettes. Marguerite, après avoir perdu son mari, Martin de Hiribery, devait une certaine somme à sa belle-mère; celle-ci fit saisir les biens de sa débitrice qui furent adjugés, par arrêt du 10 mai 1572, pour la somme de 2,500 livres, et vendus par la créancière à Pierre de Gaufreteau, second mari de Marguerite, et à Girault de Gaufreteau frères; le premier, fils aine de Jean de Gaufreteau et de Françoise Bardeau, et le second, sixième fils des mêmes. Girault de Gaufreteau éprouva, à l'occasion de l'achat de la moitié de Blésignac, une difficulté assez curieuse et qu'il est bon de signaler pour faire connaître à quel état de désorganisation notre pays était tombé pendant les guerres de religion. La famille de Gaufreteau ne possédait pas d'expédition du contrat de vente qui lui avait été faite de cette seigneurie, le 7 juillet 1530. Géraud Chauvelle, lenotaire qui l'avait rédigé, demeurant à Romagne, juridiction de Blaignac, était mort, bientôt après, pendant les derniers troubles, sans avoir délivré le contrat en forme, et une partie de ses papiers avaient été volés. Girault de Gaufreteau apprit que la minute était entre les mains de Jean Dalby, lieutenant de juge de la juridiction de Curton; mais il ne pouvait en faire faire une expédition, parce que, à cause des troubles,

il n'y avait, dans la juridiction de Blaignac, ni juge, ni greffier, ni officiers de justice; il fut obligé de s'adresser au Parlement, afin d'obtenir un arrêt pour se la faire délivrer.

Nous venons de voir que Marguerite de Gaufreteau, veuve de Martin d'Hiribery, avait épousé son cousin, Pierre de Gaufreteau; elle mourut bientôt après, et Pierre, qui était alors gouverneur du château du marquisat de Curton et coseigneur de Blésignac et de Perreau, se remaria, par contrat du 4 mars 1575, avec Jeanne de Puch, dame de Lugagnac en Pellegrue. Ce Pierre de Gaufreteau, seigneur de La Motte-de-Curton ou La Motte-Bourrue, à Espiet, Jean de Gaufreteau, le vieux, et Jean de Gaufreteau, le jeune, conseillers du Roi au parlement de Bordeaux, assistèrent comme parents, le 25 avril 1584, au contrat de mariage d'entre M. Me Guillaume de Gaufreteau, avocat au Parlement de Bordeaux, y demeurant, paroisse Sainte-Eulalie, et Jeanne Girault ou Géraud, demoiselle, fille de feus Pierre Giraud, écuyer, et de Betrande Amilton, damoiselle. Les témoins furent Me Romain Pic-de-Blays et sieur de Gaufreteau le jeune, conseillers. Le 24 février 1585, Pierre de Gaufreteau, écuyer, coseigneur de Blésignac et de la maison noble de Lugagnac, et sa femme Jeanne de Puch, habitants de Blésignac, vendirent à Jeannot de Busserolles, écuyer, sieur de La Forest, habitant de la paroisse de La Reyre, en la juridiction de Pellegrue, six pièces de terres, faisant partie de la métairie de Lugagnac, au village ae La Pellade et situés dans les paroisses de La Reyre et de Saint-Martin-de-Servolle, pour la somme de 150 francs bordelais. Pierre de Gaufreteau, comme coseigneur de Lugagnac, fit, à cette époque, une certaine quantité d'achats dans les environs de cette maison; il fit aussi, le 23 mai 1591, une échange de terres, situées à La Reyre, contre des rentes assices sur le village des Viauts, dans la même paroisse, avec Lucrèce de Beaupoil, damoiselle, veuve de Jean de Busserolles, écuyer, sieur de La Forest, comme mère et tutrice d'autre Jean de Bussexxylleo, son fils.

Outre Pierre de Gaufreteau, coseigneur de Lugagnac, la seigneurie de Blésignac avait d'autres copropriétaires, c'étaient les filles de feu noble Pierre de Gaufreteau : Catherine, femme d'Étienne Cruzeau, et Perinne, femme de Blaise de Ligardes, laquelle vendit à sa sœur, le 4 août 1588, pour la somme de 600 livres, tous les droits que son père lui avait légués dans cette seigneurie, sauf les terres qu'elle y possédait noblement. C'était aussi Jean de Gaufreteau, conseiller au parlement de Bordeaux, et autre Jean de Gaufreteau, aussi conseiller en la même cour, qui, en novembre 1592, font planter de la vigne à Blésignac. Un de ces Jean achetait, le 26 juillet 1594, des vignes dans le village de Moucheteau, et le II juillet 1597, des terres dans la même paroisse. Jean de Gaufreteau, seigneur dudit lieu et coseigneur de la baronnie de Blésignac, et Pierre de Gaufreteau, écuyer, sieur de Perreau, assistent, le 7 novembre 1593, Louise. de Gaufreteau, leur nièce, fille de Pierre de Gaufreteau, sieur de la maison noble de la Motte-Curton et de Guillaumire Denis, dans son contrat de mariage avec Pierre de Nolibois, écuyer, sieur de Bouliac.

Me Jean de Gaufreteau, avocat en la Cour, donne procuration, le 28 décembre 1592, comme chapelain d'une chapellenie fondée en l'église Saint-Seurin de Bordeaux et d'une autre chapellenie fondée à Saint-Remy de la même ville, par Arnaud-Guillaume de La Caze alias de Bruges, à Jean Cruseau, avocat au Parlement, pour gérer les biens de ces chapellenies. Il n'est pas dit dans cet acte, extrait des archives de Blésignac, que ce Jean fût prêtre ni coseigneur de cette terre; mais Guillaume de Gaufreteau, seigneur du Cau et de Montaigne, était qualifié, le 10 mai 1593, coseigneur de Blésignac.

Nous avons vu que Catherine de Gaufreteau, femme d'Etienne Cruseau, avait acheté à sa sœur Perinne, femme de Biaise de Ligarde, ses droits sur la seigneurie de Blésignac; lors de sa mort, elle laissait quatre enfants : Marie Cruzeau, femme de Me Jean Donzeau, conseiller, magistrat en Guienne; Me Etienne Cruseau, contrôleur en l'élection de Guienne; Me Jean Cruzeau, chanoine de Saint-Seurin; et Anne Cruzeau, veuve de Pierre de Salignac, bourgeois et marchand de Bordeaux. Ils partagèrent, le 8 août 1599, les biens délaissés par leurs père et mère, en firent quatre lots, dont trois pour les deux fils et le quatrième pour les filles, sauf les deux tiers du moulin du Luc qui demeurèrent aux fils pour les réparations qu'ils y avaient faites.

Les deux filles de Catherine de Gaufreteau, qui demeuraient à Bordeaux, vendirent, le 6 novembre 1602, à M. Me Jean de Gaufreteau, conseiller du roi au Parlement de Bordeaux, où il demeurait, dan3 la paroisse Saint-Projet, chacune une seizième partie, les deux parts faisant une huitième partie, de la justice haute, moyenne et basse, des rentes et devoirs seigneuriaux de la terre et seigneurie de Blésignac, à elles obvenus par le décès de leur mère et suivant le partage qui avait été fait entre elles et leurs frères Etienne et Jean Cruzeau, moyennant la somme de 360 livres tournois.

Pierre de Gaufreteau, fils de Jean de Gaufreteau et de Françoise Bardeau, épousa Guillaumine Denis dont il eut, entre autres, Pierre de Gaufreteau, moine de l'abbaye de La Sauve, et Joseph de Gaufreteau, jésuite, dont nous aurons l'occasion de parler plus tard. Le 16 janvier 1608, Pierre, âgé de 19 ans, et au moment de prononcer ses vœux, fit son testament pour distribuer les biens dont il avait hérité de Pierre de Gaufreteau, écuyer, sieur de Perreau, et de Jean de Gaufreteau, écuyer, capitaine pour le service du roi, ses oncles. Il légua à jean de Gaufreteau, son frère, avocat au Parlement de Bordeaux, alors à Paris, tout ce qui lui. revenait de ces successions ne s'en réservant que 90 livres tournois d'usufruit par an, pour son entretien, acheter des livres et continuer ses études. Il lui substituait Jean et Joseph, ses frères, par égales portions, et à ceux-ci Françoise et Louise de Gaufreteau, ses sœurs ou leurs enfants. D'ailleurs, son héritier ne devait jouir de cette succession qu'après la mort de Guillaumine Denis, sa mère. Ce jeune religieux devint, plus tard, prieur de La Sauve et général des Bénédictins de France; les rigueurs du cloître n'avaient pas assoupli son caractère; il était violent, et, les mœurs de l'époque aidant, il se laissait aller à commettre des actes indignes d'un religieux et surtout de la haute position qu'il occupait. Il résulte, en effet, de deux informations faites, les 26 et 27 novembre 1631, à la requête de Pierre-Louis de Fisson, seigneur de Rougerie, que les cotisateurs, de La Sauve, probablement, ne pouvant obtenir de lui la somme à laquelle il était taxé, ne s'étaient pas contentés, le vendredi précédent, de saisir ses meubles, ses grains et un cheval, mais avaient rossé son valet qui en conservait une large plaie à la tête; parmi les assaillants, se trouvait le domestique du prieur de La Sauve. Le dimanche suivant, les mêmes individus, mais cette fois accompagnés du R. P. Prieur, d'un de ses valets et d'un nommé Nolibois, s'étaient rendus, pendant l'office, à la maison de Rougerie, avaient brisé les portes, volé les meubles, s'étaient emparé du domestique du sieur Fisson, l'avaient attaché derrière la charrette sur laquelle ils avaient chargé les meubles, l'avaient ainsi traîné jusqu'à La Sauve où le R. P. de Gaufreteau l'avait roué de coups de bâton et fait jeter ensuite dans les prisons de l'abbaye, les fers aux pieds. Fisson porta plainte à Jean-Pierre de Maleret, prêtre, licencié en droit, archiprêtre de Bourg, et official de Bordeaux, qui chargea un prêtre, assisté d'un autre ou notaire catholique, d'informer secrètement contre le prieur de La Sauve. Les documents nous manquent pour suivre ce procès qui dut avoir de curieux incidents.

Dom du Laura place Pierre de Gaufreteau au nombre des grands hommes de La Sauve : « Pierre de Gaufreteau, dit-il, de la noble famille de ce nom en ce pays, fit profession dans cette abbaye, le 20 janvier de l'an 1608, il étoit âgé d'environ vingt ans, entre les mains de dom Jean d'Arnal, docteur en décrets, chambrier de Sainte-Croix de Bordeaux et provincial de la Congrégation des Exempts. Il a exercé les principales charges de cette congrégation, dont il fut créé syndic général en 1620, provincial des provinces d'Aquitaine et d'Auch au chapitre général tenu à Marmoutiers en 1623, et, enfin, plusieurs fois supérieur général, entre autres ès chapitres généraux tenus à Saint-Benoît-sur-Loire, le 30 aoust 1626, et, dans ce monastère, le dernier jour du même mois de l'an 1643. Je le trouve encore nommé en cette qualité ès années 1630, 34, 36, 46, 51, etc.; enfin, il ne quitta cette charge qu'à sa mort, laquelle arriva en 1653, le 29 aoust. » Jean de Gaufreteau, conseiller au Parlement, un des coseigneurs de Blésignac eut, entre autres, pour fils, Jacques de Gaufreteau, chevalier, baron de Francs et Puynormand, seigneur de Blésignac, Bonne-Maison et La Chapelle-aux-Eymars. Il acheta, le 7 octobre 1630, à François de Treilles, écuyer, et à demoiselle Marie de Salignac, sa femme, pour la somme de 8,000 livres tournois, tous les droits de justice haute, moyenne et basse, rentes et devoirs seigneuriaux qu'ils possédaient dans les paroisses de Blésignac, Saint-Léon, Dardenac, Daignac, Espiet, Montarouch et Moulon. Ces biens consistaient en une maison, basse-cour, fuie, jardin, etc., et une autre petite maison, terre et vigne, le tout en un tenant appelé le Bourdieu-de-devant-l'église, près du bourg de Blésignac; ces biens avaient jadis appartenu à feue demoiselle Anne de Cruseau, fille de Catherine de Gaufreteau, et mère de ladite de Salignac. Jacques de Gaufreteau rendit, le 18 mai 1632, par devant les trésoriers généraux de France, hommage au roi de ses diverses maisons nobles et seigneuries, mouvant de Sa Majesté à cause de son duché de Guienne.

Guillaume de Gaufreteau, seigneur de Montaigne et du Cau, étant décédé, sa veuve Marie de Cazeau prétendait que Pierre de Gaufreteau, écuyer, son fils, et ses autres enfants, avaient droit de quotité dans la seigneurie de Blésignac; elle s'adressa à Jacques de Gaufreteau et lui remontra que, de temps immémorial, son mari et ses auteurs possédaient dans Blésignac des droits indivis avec les siens; elle le pria de vouloir venir à une liquidation amiable : ce qu'il accorda. Ils firent arpenter, en conséquence, la paroisse et il se trouva que Mme de Montaigne y possédait, au nom de ses enfants, 114 journaux de fonds que son mari y avait eus, tant comme successeur de Jean de Gaufreteau, écuyer, son père, après le partage fait par celui-ci avec autre Jean de Gaufreteau, père de Jacques, et ses consorts, que autrement; elle prouva aussi que, du chef de son beau-père, elle pouvait prétendre à la huitième partie de la justice et autres droits seigneuriaux de cette juridiction, de sorte qu'il fut convenu, par transaction du 22 mai 1635, que les enfants de Guillaume jouiraient d'abord de la huitième partie de la justice avec le huitième des revenus et émoluments de la seigneurie, à la charge de payer leur cote-part des frais; et qu'en outre, ils jouiraient noblement des droits sur les 114 journaux susdits.

Dès le 25 avril 1631, Philippe de Gaufreteau, fils de Guillaume de Gaufreteau et de Marie de Cazeau, était aussi coseigneur de Blésignac; le 22 janvier 1648, il est qualifié seigneur desmaisons nobles de Gaufreteau et de Montaigne dans une transaction entre lui et demoiselle Hilaire des Appas, veuve de feu Jean de Gaufreteau, écuyer, sieur de La Motte, fils de Pierre de Gaufreteau et de Guillaumine Denis; Hilaire réclamait 100 livres de pension annuelle qui lui avaient été accordés tant par son contrat de mariage que par le testament de son mari des 23 juillet 1642 et 15 novembre 1645; Philippe déclarait que le sieur de la Motte ne pouvait disposer d'une pareille somme; cependant tout s'arrangea à la satisfaction des parties. Le sieur de La Motte fit faire, en 1654, un mémoire de son avoir après le décès de son frère, prieur de La Sauve, arrivé, le 29 août 1653; on y voit qu'il possédait, outre les acquets qu'il avait faits, deux sortes de biens : ceux qu'il tenait des successions paternelle et miternelle, et ceux qui lui étaient obvenus par succession collatérales. Ces derniers étaient : 1° le quart des biens de feu Jean de Gaufreteau, capitaine, sieur de La Graulet, lequel, par son testament du 30 janvier 1595, avait donné le quart de ses biens aux quatre enfants mâles de Pierre de Gaufreteau, sieur de La Motte : Jean l'aîné, Pierre, Jean le jeune et Joseph; il avait recueilli tout ce quart tant en conséquence de ce testament que par des donations qui lui avaient été faites par ses frères. Cette quatrième partie avait été confondue avec la succession de feu M. de Blésignac, ainsi qu'il appert par le contrat de partage du 22 octobre 1611; de plus, il avait la quatrième partie de tous les biens de feu Pierre de Gaufreteau, sieur de Perreau autrement de Blésignac, tant en conséquence du testament dudit Pierre, du 23 novembre 1600, que des donations deses frères. Viennent ensuite la nomenclature de ses possessions; mais nous ne pouvons pas les indiquer, parce que la suite du mémoire est perdue. En 1657, Pierre et Jean de Gaufreteau, pèreet fils, eurent un procès désagréable avec Jean de Fisson, sieur de Rougerie, valet de chambre du roi : ce procès était intenté par les Gaufreteau à Geneviève, Louise, Marie et Catherine de Nolibois, niècesdu curé d'Espiet dont nous avons raconté les exploits. Geneviève était mariée avec Jean de Fisson. Il s'agissait dans ce procès d'un action en désistement à propos de la métairie de Gazeneau, située à Camiac, et vendue le 20 octobre 1630 par Jeanne Géraud, aïeule des demoiselles de Nolibois, à feu Jean de Nolibois, seigneur de Bouliac, leur père. Il y avait eu, le 12 septembre 1657, une sentence du sénéchal qui déboutait les-dites demoiselles du renvoi qu'elles demandaient devant le iuge ordinaire de l'Entre-deux-Mers où était située la métairie: le sénéchal se fondait sur ce que, les Gaufreteau étant nobles, l'action devait être portée de plein droit d'avant lui, mais Jean de Fisson avait, le 23 décembre 1660, prié la cour de faire extraire certaines pièces qui lui permettaient de déclarer que, bien que les Gaufreteau prissent le titre d'écuyers, ils n'étaient pas nobles, car leur bisaïeul, dans son testament, ne se qualifiait que marchand corroyeur, et que, depuis, ils ne pouvaient produire aucun titre d'anoblissement. Les demoiselles de Nolibois obtinrent, en conséquence, le Ier avril 1661, un arrêt ordonnant que les parties procéderaient en la Cour. La cause paraissant mauvaise aux Gaufreteau, ils se retournèrent en disant que la métairie avait été vendue pour une somme inférieure à sa valeur : ce qui n'était pas exact. Les Nolibois demandèrent que les Gaufreteau fussent déclarés non recevables, condamnés aux dépens tant au sénéchal qu'en la Cour, et elles relaxées. Les documents nous manquent pour nous faire connaître le résultat de ce procès. Cependant, il exite un mandement du 26 mai 1662 pour contraindre Jean et Pierre de Gaufreteau à payer et rembourser deux écus sol et un écu sol et 15 écus sol pour les épices taxées aux arrêts d'entre les parties.

A cette époque, Pierre et Jean de Gaufreteau étaient coseigneurs de Blésignac avec Jean-Jacques de Gaufreteau, fils de Jacques de Gaufreteau, chevalier, baron de Puynormand, Francs, Blésignac et autres lieux, et de Marie Le Berthon.

Le 8 avril 1682, dame Anne de Vincent, femme de noble Izaac du Vergier, écuyer, seigneur de Bauclos, et Pierre et Jean de Gaufreteau, père et fils, écuyers et avocats au parlement de Bordeaux, y demeurant, le fils âgé de vingt-cinq ans, vendirent, pour la somme de 525 livres, à Jean-Jacques de Gaufreteau, tous les biens et tous les droits qu'ils possédaient par indivis dans la paroisse de Blésignac, comme les tenant de Mre Jean Donzeau, prêtre, curé de La Teste. Ce prêtre et sa sœur Mathurine Donzeau, décédée, les avaient recueillis de la succession de leurs père et mère qui les tenaient de feu Etienne Cruzeau, conseiller du roi en Guienne, mari de Catherine de Gaufreteau.

Jean-Jacques de Gaufreteau s'était porté caution de M. de Fournel, tuteur du fils mineur de M. de Noaillac pour une somme de 500 livres qu'il devait à feu M. de Feydeau, chevalier, seigneur de Peyres, Romazières et les Giraudières, mari de Catherine de Gaufreteau, celle-ci, qui demeurait aux Giraudières, en la paroisse de Champniers, agissant comme mère et tutrice de François de Feydeau, chevalier, son fils, le déchargea de cette caution par acte du 2 novembre 1682.

Jean-Jacques était marié avec Olive de Bergeron, fille de Pierre de Bergeron, écuyer, conseiller secrétaire du roi, et d'Olive de Gaufreteau.

Il mourut vers 1685. Sa veuve, qui demeurait ordinairement au château de Blésignac, passait, le 6 mai 1695, au château de Francs, comme tutrice de Pierre de Gaufreteau, seigneur de Blésignac, son fils, une transaction avec dame Charlotte Fortin de La Hoguette, dame de Puynormand, Francs, Bonnemaison, La Chapelle-aux-Eymars et autres places, veuve de Mre Jean-François de Gaufreteau, tant en son nom que comme ayant charge et procuration de Mre Ardouin de Gaufreteau, chevalier, seigneur et baron desdites places, officier aux gardes, son fils, étant alors au service du roi, à propos d'une somme de 1730 livres que son mari devait au feu seigneur de Puynormand et dont 300 livres avaient été payées, il ne restait donc plus à solder que 1430 livres; mais, comme par son testament du 23 juin 1676, feue dame Marie Le Berthon d'Aiguille, dame de Francs et Puynormand, leur belle-mère, avait légué 1000 livres audit seigneur de Blésignac, son fils, cette somme devait être déduite de celle de 1430 livres,parce que ce legs devait être acquitté par la dame de Puynormand; de sorte qu'il ne restait plus à payer par la dame de Blésignac que 430 livres; d'un autre côté, comme elle pouvait avoir droit à quelque portion dans l'héritage de feu Marc-Antoine de Gaufreteau, seigneur de Bonne-maison, leur beau-frère, bien que son testament dût être considéré comme inutile, puisqu'il avait consommé sa légitime au service du roi en achetant diverses charges, il fut convenu entre ces deux dames que Mme de Puynormand abandonnerait les 430 livres restant à Mme de Blésignac pour ce qu'elle pourrait retirer de la succession du sieur de Bonnemaison.

En 1703, Olive de Bergeron fit dresser un terrier de la seigneurie de Blésignac, dans lequel sont signalés les villages de Martin-Boutilhey, de Landreau et Biron, d'Audigey, de Raffarin ou Charrier, de Moucheteau ou La Bareyre, de La Boulangerie, de Tiffonet-Niauton ou des Couders, etc., et parmi les tenanciers on trouve, dans le village de Martin-Boutilhey, Jean de Gaufreteau, écuyer, seigneur du Luc, et Philippe de Fisson, sieur de Monavau, et Jean de Gallateau dans les villages de Landreau et Biron.

Une des filles de Jean-Jacques de Gaufreteau et d'Olive de Bergeron, Marguerite-Rose, se maria, le 29 décembre 1705, avec Jean de Ségur, chevalier, seigneur de Montazeau, de Montaigne et autres places, et lui apporta la terre de Blésignac, où il habitait lorsqu'il acheta, le 2 décembre 1714, à Philippe de Gaufreteau, écuyer, habitant de la maison de Soussac à La Sauve, et à Arnaud et Philippe de Gaufreteau, ses frères, une pièce de terre située dans la paroisse de Blésignac, au tènement de La Boulangerie, près de l'étang du moulin de Romefort; en 1729, il en vendit une autre, située près de ce moulin, au commandeur de Montarouch. Jean de Ségur eut pour fils Alexandre de Ségur, chevalier, seigneur de Montaigne, Blésignac et autres places, habitant ordinairement son château de Montaigne en la paroisse de Saint-Michel, juridiction de Montravel en Périgord; il fit faire, en 1744, un terrier de la juridiction de Blésignac. En 1747, il parait dans un acte de vente comme fils et unique héritier de Marguerite-Rose de Gaufreteau, elle-même héritière testamentaire de dame Françoise de Bergeron, sa tante, veuve de Joseph de Fisson, sieur de Rougerie.

Alexandre de Ségur avait épousé, en premières noces, Marie-Jeanne Sans qui avait apporté 60,000 livres de dot; puis, en secondes noces, Anne de Borie dont il eut, entre autres, Charles-Joseph de Ségur; elle se remaria avec M. Joseph de Ségur de La Roquette, chevalier de Saint-Louis. Après ce second mariage, Marie-Laurence Sans, sœur de Marie-Jeanne et femme de M. de Conseil, conseiller en la grand chambre du Parlement, poursuivit Augan, tuteur onéraire des enfants mineurs de M. de Ségur, pour la restitution de la dot de sa sœur; d'un autre côté, Anne de Borie représenta à M. Aubry, tuteur honoraire de ses enfants, qu'elle désirait qu'il fut incessamment procédé à la liquidation des droits et reprises qu'elle avait sur ks biens de son premier mari, lesquels s'élevaient à des sommes considérables; mais qu'elle voulait que cette liquidation fut faite à l'amiable. En conséquence, un conseil de famille, composé de M. de Maleret, lieutenant criminel en Guienne, M. de La Chassaigne, le chevalier de Pontac, M. de Gaufreteau de Chateauneuf, M. Augan, tuteur onéraire, et M. Aubry, tuteur honoraire, se réunit, sur l'invitation de ce dernier, le 26 juillet 1771, dans la maison de M. de Maleret, et, après avoir examiné les droits réciproques des deux pàrties, jugea qu'il n'y avait d'autres ressources, pour arriver à mettre d'accord leurs intérêts réciproques, qu'à vendre la terre de Blésignac par autorité judicaire.

Elle dut être achetée, au moins en partie, au nom des enfants d'Alexandre de Ségur, puisque, le 15 septembre 1774, Charles-Joseph de Ségur, seigneur de La Roquette et de Blésignac, reconnut de Jean-Baptiste de Thaon, grand-croix de Saint-Jean de Jérusalem, commandeur d'Arcins, de Montarouch, etc., du moulin de Raulet, autrefois de Rafarin situé à Blésignac.

Quelque temps après la Seigneurie fut vendu à M. de Cassaigne qui garda le château de Blésignac pendant la Révolution, et le laissa à M. Vincent, son neveu, dont les héritiers l'ont vendu, vers 1868, à M. Saujon, qui le possède encore.

Source : Un coin de l'entre-deux-mers ou Étude de moeurs au XVIIe siècle en pays bordelais, de Léo Drouyn.