31 mars 2020

Puynormand, un cordon rouge au XVIIIe siècle

gaufreteau

Hardouin de Gaufreteau, baron de Puynormand et de Francs, né en 1669 et décédé le 19 mai 1747 au château de Francs (Gironde), est un militaire français.

Biographie :

Il est le fils de Jean-François de Gaufreteau, chevalier, baron de Puynormand et de Francs, et Charlotte Fortin de La Hoguette, sa femme.

Par ailleurs, il est, par sa famille maternelle, le neveu de Hardouin Fortin de La Hoguette (1643-1715), archevêque de Sens, ainsi que le petit-neveu d'un autre écclesiastique, Hardouin de Péréfixe (1606-1671), archevêque de Paris.

Il est reçu page de la Grande Écurie de Louis XIV, à l'âge de 15 ans, le 1er janvier 1684, après avoir fait ses preuves de noblesse.

Le 28 janvier 1690, il est enseigne au régiment des Gardes françaises, puis de grenadiers le 9 janvier 1694.

Son oncle, Charles Fortin de La Hoguette, lieutenant-général des armées, est tué à la bataille de Marsaglia, le 7 octobre 1693.

Hardouin de Gaufreteau est colonel-propriétaire du régiment de Puynormand-Infanterie le 13 décembre 1695. Son régiment est incorporé à celui de Royal-Infanterie après la paix de 1697.

Il est nommé major-général des troupes françaises en Espagne en 1702 au commencement de la guerre de Succession d'Espagne.

Promu brigadier des armées le 10 février 1704, il est réformé peu de temps après.

Le 19 juin 1707, il est nommé colonel au régiment d'Angoumois, en attendant d'être finalement élevé au grade de maréchal de camp trois ans plus tard, le 29 mars 1710.

Il est reçu chevalier de l'ordre de Saint-Lazare de Jérusalem en 1715.

Commandeur de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis depuis le 1er mars 1720, Puynormand est nommé lieutenant-général des armées par Louis XV le 30 mars 1720, couronnement d'une longue carrière.

Le 1er septembre 1745, il fait son testament.

Célibataire, il lègue la majorité de sa fortune à son filleul et neveu, Hardouin de Chalon, évêque de Lascar, et le reste à des domestiques et à des couvents.

Il décède le 19 mai 1747, à l'âge de 78 ans, dans son château.

Bibliographie :

Les Chalon étaient officiers depuis plusieurs générations et un grand-oncle, Gaufreteau, était même arrivé lieutenant-général et possédait des domaines importants, dont le château de Francs, à quelques kilomètres au nord de celui de Montaigne. Un frère de Jacques Hardouin était entré dans les ordres et y avait fait une carrière brillante : abbé de Sablanceaux, grand vicaire de Sens et finalement évêque de Lescar, près de Pau. Il avait, à la clôture de l'assemblée générale du Clergé de France à Compiègne, le 18 août 1740, présenté la harangue traditionnelle au roi Louis XV. C'était le grand homme de la famille. Il avait fait le mariage de son frère et fut le parrain, en 1738, d'Hardouin, le futur ambassadeur. Il hérita, en 1747, à la mort de son oncle Gaufreteau, de ses domaines et en particulier du château de Francs où dorénavant vécurent les Chalon. Il avait une grande affection pour ses neveux et nièces et abandonnait même parfois son siège épiscopal pour surveiller leur éducation à Francs, car son frère l'officier était mort en 1762, à 53 ans. Peu avant sa propre mort, en 1762, l'évêque avait eu la satisfaction de faire entrer ledit neveu comme capitaine au régiment du Roi-Infanterie, où avait auparavant servi son père, et de l'introduire à la Cour, où, héritier de son parrain, il devait faire fort belle figure, puisque il y rencontra Mlle d'Andlau et que Leurs Majestés furent témoins de leur mariage à Fontainebleau en 1768. [...] Il était bien évident que M. de Chalon et sa famille n'étaient pas émigrés, mais ses biens au soleil attiraient bien des envies : à Paris son hôtel de la rue du Regard, à Nesles et Hédouville ses châteaux et terres, et en Guyenne, dans une douzaine de paroisses, environ 600 hectares de terres, bois et vignes avec deux châteaux, six métairies, trois moulins et un nombreux bétail. Aussi les administrateurs du Directoire du département de la Gironde demandèrent-ils par deux fois, en mai et avril, à Dumouriez, ministre des Affaires étrangères, si la loi relative aux biens des émigrés s'appliquait à M. de Chalon. Le ministre répondit que Chalon, étant ambassadeur à Lisbonne, la loi relative aux biens des émigrés ne saurait s'appliquer à ses propriétés. A ce moment, la France avait déclaré la guerre à l'Autriche et à la Prusse et la reine, informé l'ambassadeur que son pays observerait une stricte neutralité. Chalon, qui a des amis ou des officiers ministériels qui s'occupent de ses intérêts en France, apprend à nouveau en juin, que le district de Libourne a fait faire un inventaire de ses biens sous prétexte que son fils était émigré. Il informe le ministre que son fils est avec lui depuis 1789, sauf deux mois passés à Gibraltar et qu'il doit retourner faire un voyage de trois mois en Méditerranée pour sa santé, car il souffre depuis un an de rhumatismes dans les jambes et qu'il n'est donc aucunement émigré. [...] (La dernière dame de Nesles)

Aux termes de l'ordonnance, le gibier doit être chassé noblement, c'est-à-dire "à force de chiens et oiseaux", l'usage du fusil étant exclu. Mais rares sont les seigneurs qui font cas des principes de la chasse noble (1). Leur non-respect est, en 1737, l'occasion d'un conflit entre le baron de Puynormand, de Gaufreteau, et le seigneur Disle de Nivelle : ce dernier, alléguant une transaction de 1731 par laquelle il s'est réservé le droit de chasser dans six paroisses, dont il jouissait quand il était coseigneur de Puynormand, parcourt la baronnie avec armes à feu et chiens d'arrêt, et décime le gibier. En réalité, le titre ne lui donne pas que le droit de chasser "honorablement", c'est-à-dire "personnellement avec chiens courants et oiseaux, et sans fusil". Portée successivement devant le juge seigneurial et la maîtrise des Eaux et Forêts de Guyenne, l'affaire se termine par une transaction : Disle s'engage à se conformer aux termes de l'acte de 1731 pour ce qui concerne les six paroisses, et à ne chasser avec fusil que dans les fiefs qu'il possède dans la baronnie de Puynormand (2). 1. Voir par exemple A.D.G. 3E 20569, 14 avril 1768 : prise de possession par Lassus, de la maison noble de Capdet : "il a chassé, lui, sa compagnie et ses valets, serviteurs et domestiques, avec arquebuses et chiens". 2. A.D.G. 3E 551, 15 mars 1737. (La Seigneurie en Bordelais au XVIIIe siècle d'après la pratique notariale)

Le commerce local des peaux et des cuirs occupait l'industrie des tanneurs, des parcheminiers, des selliers, des cordonniers, des savetiers, des gantiers, toutes distinctes. Les tanneurs achetaient habituellement à l'année, finissant au mardi gras, les peaux des animaux tués par les bouchers. Ils étaient presque tous établis sur les bords du ruisseau du Peugue. Les actes des notaires contiennent un grand nombre d'actes relatifs à cette industrie; nous en mentionnerons seulement quelques-uns. En avril 1493, les bouchers Pierre et Jean de Gajac affermaient pour un an les cuirs des bœufs, des vaches et des moutons qu'ils tueraient, au prix : la traque de cuirs de bœuf marchande, à 20 francs; celle de vache, à 12 francs, et la douzaine de moutons, à 1 fr. 16 ardits. En 1550, les peaux de bœuf en poil étaient achetées à 49 livres bordeloises la traque par des marchands de Bilbao, et 200 peaux étaient vendues 135 livres bordeloises. Les peaux d'agneau et de chevreau se payaient 9 livres bordeloises la douzaine. En 1552, un grand nombre d'actes montrent Pierre Bonneau, maître parcheminier, vendant des peaux de mouton, ainsi que René Duchesne, Martin de Chebéry et d'autres. Pierre Bonneau prenait à ferme d'Héliot de la Guye toutes les peaux d'aouilles (brebis, moutons) que celui-ci tuerait dans sa craberie de Saint-Michel, pour le prix, savoir : par douzaine de peaux de barreaulx jusqu'à la Saint-Michel, 37 sols 6 deniers tournois, et par douzaine de peaux marnes, de la Saint-Michel au mardi gras, 55 sols tournois. Le 13 juin, les peaux de mouton se vendaient 40 sols la douzaine; et le 14 juillet, Pierre Bonneau achetait à un marchand de Montauban 12 douzaines de peaux de veau tannées pour 37 livres tournois. Les tanneurs, pour être reçus maîtres, devaient préparer des cuirs de bœuf, de vache, de veau, de chèvre et de mouton. Leurs statuts avaient été approuvés par les jurats le 7 décembre 1570. Parmi les principaux tanneurs de cette époque nous citons Jean de Gaufreteau et Pierre de Gaufreteau, son fils. (Histoire du commerce de Bordeaux depuis les origines jusqu'à nos jours)

Deux ans après, le 19 mai 1747, Hardouin Ier de Gaufreteau mourait, âgé de soixante-dix-huit ans, dans le château de Francs. On peut dire que le château de Francs avait été le berceau de la gloire des ancêtres d'Hardouin de Gaufreteau, et que c'est aussi dans ses murs que s'éteignit le plus illustre de cette forte race. Par la carrière des armes, Hardouin Ier de Gaufreteau avait enfin réalisé dans sa personne l'espérance qu'avaient si inutilement caressée et si obstinément poursuivie, dans la carrière judiciaire ou ecclésiastique, presque tous ses ancêtres, et principalement son arrière-grand-père, l'auteur de la Chronique. Les alliances, les cloîtres, les morts, avaient accumulé sur la tête d'Hardouin de Gaufreteau presque tous les domaines que la famille avait acquis depuis près de trois siècles. Immensément riche, proche parent de deux archevêques, commandeur de l'Ordre de Saint-Louis, lieutenant-général des armées du Roi, il mourut comblé d'honneurs et de richesses. Cependant, il lui avait manqué le malheur, comme disait Jean VI de Gaufreteau, d'avoir un fils pour ennemi. Hardouin Ier fut, sans contredit, le plus grand de sa race; mais il en fut le dernier. Ainsi l'on peut dire aussi de lui : Ultimus et maximus ! (Jules Delpit)

Jacques Gaufreteau, tanneur, fils de N. Gaufreteau, épousa, en 1460, Jeanne Lévèque, sœur de Marie Lévèque, femme de son frère Jean. Jean Gaufreteau, tanneur, a formé les branches des seigneurs de Puynormand et de Francs, de Blézignac et de Montaigne, épousa, en 1460, Marie Lévêque. (Revue catholique de Bordeaux)

Nobles Jean-François de Gaufreteau, seigneur et baron de Frans, Jean-Jacques de Gaufreteau, seigneur de Blesignat, Marc-Anthoine de Gaufreteau et Jacques-Philip de Gaufreteau, ses frères, n'ont pas de letres de bourgeoisie, mais sont filz de feu Jacques de Gaufreteau, et ledict Jacques, filz de feu maistre Jean de Gaufreteau, vivant conseiller du Roy en la Cour, et ledict Jean, fils de feu maistre Géraud Gaufreteau, aussy conseiller du Roy en ladicte Cour; ensuite se sont présantés maistre Arnaud de Gaufreteau, prestre, Pierre et Jean de Gaufreteau, escuyers, frères, filz de feu maistre Guillaume Gauffreteau, escuyer, advocat en la Cour, tous dessendans dudict feu maistre Géraud Gaufreteau, conseiller du Roy en la Cour; depuis s'est encore présanté Philip de Gaufreteau, escuyer et seigneur de Montaigne et Lamothe, qui dessend en droite ligne dudict feu Géraud Gaufreteau. Extrait de la liste des bourgeois vérifiés par le procès-verbal de Pellot, intendant de Guyenne, du 15 avril 1664. (Archives historiques du département de la Gironde.)

Enfin, pour expliquer le séjour prolongé de Mgr de Lescar au château de Francs, son titre de baron de ce lieu, de seigneur de Puynormand et d'abbé de Sablonceaux (en Saintonge)... il convient de rappeler les alliances qui avaient uni plusieurs fois ces grandes maisons des Châlon, des Gaufreteau, des Fortin de la Hoguette. Elles firent du vieux manoir féodal le rendez- vous d'une société d'élite. Jacques de Gaufreteau, époux de Marie Leberton d'Aiguille, eut entre autres enfants : — Jean-François qui contracta mariage (le 16 décembre 1663) avec Jeanne-Charlotte de Fortin de la Hoguette. — Catherine mariée à Messire Hardouin Fortin de la Hoguette. Il est intéressant de noter que Jeanne-Charlotte et Hardouin Fortin étaient la sœur et le frère de Mgr l'archevêque de Sens : Hardouin Fortin de la Hoguette, et par leur mère, neveux tous les trois de Mgr Hardouin de Beaumont de Perefixe : l'archevêque de Paris. — Une autre, Catherine, alliée à Messire Louis de Châlon, seigneur de Maison-Noble. Les enfants de Jean-François de Gaufreteau et de Jeanne-Charlotte Fortin de la Hoguette avaient donc pour oncle l'archevêque de Sens. Dans leur nombre, nous ne retiendrons que : — Hardouin de Gaufreteau célibataire, lieutenant général des armées du Roy, commandeur de l'ordre militaire de Saint-Louis. — Jeanne-Henriette, née en 1670. Leur père (Jean-François de Gaufreteau) mourut semble-t-il prématurément le 17 juin 1675 (?) à la suite d'un accident et fut enseveli dans l'église abbatiale de Sablonceaux (Saintonge) le 21 juin. (Les évêques et la cathédrale de Lescar)

Le 6. Le Roi a monté à cheval ce matin & après la Messe Sa Majesté a tenu Conseil de guerre. Sa Majesté a donné à M. de Cossé Maréchal de Camp le Cordon-Rouge, vacant par la mort de M. de Puynormand. (Mercure de France)

L'ordre de St. Louis fut fondé en 1695 par Louis XIV. C'est un ordre purement militaire. Le Roi en est Grand Maitre : les huit Grand-Croix, qui ont 6000 livres de pension, portent avec l'étoile le cordon rouge : les 24 commandeurs, dont quelques uns ont quatre mille & d'autres trois mille livres de pension, portent le cordon rouge sans étoile : les chevaliers portent à la boutonnière une croix attachée à un ruban rouge. (Introduction générale à l'étude de la politique, des finances et du commerce)

Gaufreteau de Puinormand (Hardouin de). — Guyenne. D'azur à trois pattes de grifon d'or. VI. Ne Jean de G., sgr de Blasignac, viv. 1530. V. Géraud de G., sgr de Blasignac, cons. au parl. de Bordeaux, x c. 13-II-1557 Antoinette Prieur. IV. Jean de Gaufreteau, sgr de Blasignac, cons. au même parl., x c. 8-VI-1592 Anne de La Gorce. III. Jacques de G., éc., bon de Puinormand, x c. 13-IV-1626 Marie Le Berthon. II. Jean François de G., chev., bon de Puinormand, m. n. par Pellot. int. de Guyenne, le 24-IX-1666, x c. 16-XII-1663 Charlotte Fortin de La Hoguette. I. Hardouin de Gaufreteau de Puinormand, né le 24 janv. (ou déc.) 1669, bapt. à Saint-Martin de Frans, dioc. de Bordeaux, le 26 janv. (ou déc.) 1669. (Il a apporté à d'Hozier deux extraits contradictoires). Preuves du 13-XII-1683. (Les pages de la Grand écurie)

Raymond du Bourg mourut avant 1613. Sa veuve, Madelaine de La Vergne, et son fils, Sarrus du Bourg, vendirent, le 21 janvier 1613, la baronnie de Puynormand pour 25,800 liv., somme dont Jean Disle solda les deux tiers et Jean de Gofreteau de Francs le reste. Bientôt les protestants menacèrent de reprendre les armes, Louis XIII vint dans la Guienne (1621) et ne fut pas heureux au siège de Montauban. Les révoltés fortifièrent plusieurs villes de la basse Guienne et étaient commandés par Jacques-Nompar de Gaumont, baron de la Force, qui tenait son quartier général à Sainte-Foy. Le duc d'Elbeuf assiégeait les villes rebelles, en soumettait, ou était repoussé. Il se présenta devant le château de la Force pour l'investir; de Caumont appela auprès de lui le marquis de Montpouillan, son fils, occupé avec de grandes forces aux environs de Goutras à surveiller les mouvements des catholiques. Ce marquis et son frère le marquis de la Force, qui revenait de La Rochelle, s'acheminèrent par Saint-Seurin sur l'Isle (janvier 1622) dont ils minèrent l'église, assiégèrent celle de Lussac où s'étaient retranchés les habitants sous les ordres du capitaine Robin, la prirent, la pillèrent, ainsi que le bourg. Continuant leur marche, ils investirent le château de Puynormand et s'en rendirent maîtres par la trahison de quelques officiers. Le parlement de Bordeaux ordonna des informations contre les traîtres. Huit années se passèrent, et Jean Disle céda sa portion de la baronnie à de Gaufreteau pour des rentes, des terres, un retour de 4,000 liv., et la réserve d'une partie de la justice (27 avril 1631). Hardouin de Gaufreteau, petit-fils de Jean, testa le 2 juin 1747 et légua Puynormand et Francs à Hardouin de Châlons, évêque de Lescar, son neveu, « à la charge et condition que tous les biens qu'il recueillira, dit le testateur, en conséquence de mon présent testament, appartiendront et reviendront, après son décès, à l'un des enfants mâles de feu messire Jacques Hardouin de Châlons, mon neveu, lesquels je lui substitue, et de mâle en mâle. » L'évêque vivait encore en 1763, et en 1770 le comte Hardouin de Châlons, filleul et petit-neveu de Gaufreteau, était baron de Puynormand. Ses descendants ont conservé cette seigneurie jusqu'en 1792. (Histoire de Libourne et des autres villes et bourgs de son arrondissement)

Source : Généalogie Charente Périgord.

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Le président de Roffignac, juriste, XVIe siècle

Celui-là aussi eut en son temps un grand renom comme orateur, comme homme de science et de caractère, et son souvenir est effacé. Sa vie eut du mouvement et de l'éclat; elle pourrait être reconstituée à l'aide des mémoires contemporains et ce serait une intéressante élude. On ignore pourlant le lieu et la date de sa naissance.

Christophe de Roffignac, seigneur de Cousages (aujourd'hui hameau de la commune de Chasteaux, près Brive), dut naître au commencement du XVIe siècle, sur ce fief noble dont il portait le nom et où sa famille resta fixée assez longtemps (1). Il était fils de François de Roffignac, seigneur de Cousages, et de Marguerite de Meaumont. Cette famille, aux nombreuses branches, était des plus anciennes du Limousin et, s'il faut en croire la légende, elle était déjà illustre à l'ouverture de l'ère chrétienne. Excusez du peu !... Saint-Martial, apôtre, se rendant de Tulle à Ayen, s'arrêta, au passage, au château de Roffignac et évangélisa ses hôtes qui entendirent avec soumission la parole de Dieu et reçurent le baptême. On cite à l'appui de ce fait, dit Bertrand de Latour (notre Jacques de Voragine), des tableaux et des titres qu'on conserve dans cette très ancienne maison de Rouffignac qui a toujours été jusqu'ici favorable à la religion du Christ et a donné des membres distingués à la milice chrétienne, soit dans l'ordre régulier, soit dans l'ordre séculier (2). Cette dernière proposition, au moins, est véridique. Des évêques, des prêtres el même des laïcs du nom de Roffignac ont témoigné avec une très grande ardeur de leur foi catholique.

Christophe de Roffignac, consacré dès sa jeunesse à la cléricature, débuta au parlement de Bordeaux comme conseiller clerc. Il remplaça, le 3 avril 1537, le célèbre Dibarola (3). Il avait rapidement conquis une importante situation parmi ses collègues lorsqu'il fut, au mois de février 1543, promu conseiller au parlement de Paris (4). Dans la capitale, comme à Bordeaux, il se fit apprécier, car il fut élevé promptement à la dignité de président à la chambre des enquêtes. Mais il n'avait pas quitté Bordeaux sans esprit de retour. Et lorsque le président à mortier plus ancien, Benoit de Lagebaston, fut promu premier président, il demanda à le remplacer, posant toutefois la condition, qui fut acceptée, qu'il aurait, à Bordeaux, le rang de président à mortier plus ancien.

« A Bordeaux, du temps de mon père, a écrit Joseph Scaliger, entre soixante sénateurs, il y en avait plus de vingt très habiles et doctes personnages (5). » Ranconnet, Tiraqueau, Briand de Vallée, Arnoul Ferron, Montaigne, La Boétie furent de cette élite dans laquelle n'étaient pas indignes de figurer les d'Alesme, les La Chassaigne, les Massiot, les Montaignac, les La Guionie, les Maledan, les Geneste, collègues et compatriotes de Christophe de Roffignac. On sait que pour les Limousins adonnés il l'étude des lois et des belles-lettres, la capitale de la Guienne était une seconde patrie. C'est sans doute pour retrouver ce milieu qui lui était cher que le président de Paris avait « aspiré à descendre » à une présidence de province.

Son installation comme second président ne se fit pas sans difficulté. Sa prétention de prendre rang après le premier violait ouvertement les us de la hiérarchie judiciaire en matière d'ancienneté. Mais les lettres de provision signées de Sa Majesté l'ordonnaient ainsi en termes formels, et Roffignac avait d'ailleurs stipulé vis-à-vis du roi que, s'il n'était pas reçu en qualité de second président, il reprendrait sa place comme président à Paris. Les présidents plus anciens, Carles et Laferrière, protestèrent, le récipiendaire insista avec vivacité et énergie. Il fut reçu, conformément à ses lettres de nomination, le 3 août 1555, mais le recours au roi fut réservé aux opposants. On peut lire dans la Chronique de Métivier les incidents multiples auxquels donna lieu ce conflit qui restait ouvert en principe quoique réglé en fait (6).

De 1555 à 1572, surtout dans la seconde moitié de cette période, durant les années les plus agitées qu'ait traversées la ville de Bordeaux (car les troubles de la Fronde n'eurent pas autant de cruauté), Christophe de Roffignac fut pour ainsi dire le chef du parlement. L'autorité du premier président Lagebaston était discutée dans la compagnie et combattue par les représentants du pouvoir royal, civils et militaires, notamment Noailles, maire; Monluc, lieutenant-général; Montferrand, des Cars, etc. (7). On le soupçonnait dé connivence secrète avec les religionnaires. D'abord, il fut souvent absent, étant appelé au conseil du roi, puis dénoncé en 1562 et à plusieurs reprises à Monluc, au roi comme favorable à l'hérésie, dut se retirer à la campagne, en Angoumois, où il resta prisonnier de ceux qu'il était censé protéger. Cependant, en 1570, le roi le révoqua de sa charge et le remplaça par le président de Laferrière (8). Il fut réintégré vers la fin de l'année suivante (9).

Dans ces conjonctures, le président de Roffignac tenait presque constamment les rênes du pouvoir. Il entretint la discipline dans la compagnie travaillée par des ferments de discorde; son action fut commune avec celle du gouvernement royal et de ses représentants, il traita les affaires avec eux, harangua en plusieurs circonstances le roi de Navarre, gouverneur de Guienne, Monluc, son lieutenant, les sieurs de Burie, de Lansac, de Montferrand, fit preuve du plus grand zèle. Haut à la main, impérieux, trahissant le gentilhomme sous le robin, il est certain qu'il se montra ardemment, peut-être même violemment, défenseur du catholicisme et poussa le parlement à entrer dans cette voie qui ne fut pas toujours celle de l'impartiale justice. L'historien du parlement de Bordeaux, le président Boscheron des Portes, cite de lui quelques traits qui, s'ils n'ont pas été inventés par ses ennemis, lui assigneraient un caractère de sévérité outrée et presque d'inhumanité.

Il s'attira ainsi la haine des huguenots, et l'un des plus qualifiés de cette secte s'est exprimé sur son compte en des termes qu'on hésite à reproduire devant les honnêtes gens. Parlant du grand syndicat catholique qui s'était formé à Bordeaux, Théodore de Bèze écrit : De ce syndicat enroulant environ trois mille personnes, outre le clergé, furent plusieurs hommes d'Etat, comme entre autres le tiers président nommé Rofflgnac, homme si vilain, si détestable en sa vie qu'à grand peine y eut il jamais rufien de bordeau plus infâme, mais fout cela était couvert du zèle qu'il avait ou qu'il disoit avoir pour la religion chrestienne. » (10).

Ce n'est pas pour celui qu'ils veulent atteindre que de tels outrages, dans leur ignoble expression, sont une honte. L'auteur lascif des « Juvenilia » aurait dû songer à la parabole de la poutre et de la paille avant de lancer des objurgations de ce genre et personne n'était moins autorisé à exiger d'au trui lamodération et la tolérance que le fanatique à froid qui, pour justifier l'atroce supplice de Servet, écrivit un traité sous ce titre sinistre : De hœreticis civili magistratu puniendis. C'est le cas de s'écrier doublement : Quis tulerit Gracchos!... Hélas, ces excès de langage sont coutumiers, des deux parts, dans le feu des discordes civiles, politiques ou religieuses. La recette n'en est pas perdue.

Ces imputations isolées, sans aucune preuve, jurent, avec ce qu'on connaît du caractère, des habitudes, des goûts du président de Roffignac, attestés par les travaux qu'il a laissés et par les témoignages de ses contemporains. Il était plus que zélé dans l'exercice de sa magistrature, il s'y absorbait, l, il consacrait tous ses loisirs — ut nullum pereat momentum temporis illi — à l'étude de l'histoire et du droit, les preuves sont là. Il a été loué publiquement par des prêtres, des magistrats, des avocats, des hommes de lettres, historiens, poètes. Le conseiller Jean d'Alesme, des ptus honorés dans la compagnie, écrivain distingué, a composé la préface de ses « Commentaires des histoires ». Le poète François Moncaut s'étonne en vers latins qu'il puisse à la fois juger tant de procès et écrire tant de livres (11). Un autre le déclare aussi bon écrivain que « bon juge » (bonus judex) (12). Pierre de Brach, parlant des illustres de la Guienne, le place au même rang que le grand président Bohier (celui dont on a tant parlé au sujet de la question du « droit du seigneur ») :

Là s'est fait et Cosage et Boyer dont l'esprit
A semé leurs louanges en ce qu'ils ont escrit.

De Lurbe dans son De Viris lui décerne les plus grands éloges.

Martial Monier a dressé son épitaphe où il dit que la France a perdu un de ses meilleurs soutiens (13). Tout cela n'est pas fait pour un homme perdu de mœurs. Nous avons dit précédemment qu'il fut le Mécène de Jean de Maumont.

Les calomnies de Théodore de Bèze n'ont, comme on voit, trouvé aucun écho chez les contemporains (14). Le président de Roffignac ne fut pas indigne de la considération publique, ses descendants firent les plus brillantes alliances et portèrent, tête haute, leur nom illustre et sans souillure.

Le Journal de François de Syrueilh a fait connaître le lien et la date de la mort de Roffignac. On y lit : « Monsieur le président de Roffignac, revenant de la court, ayant esté confirmé par arrest du conseil privé en son estat de second président au dict parlement de Bourdeaulx, contre Monsieur le président de La Ferrière qui prêtendoit estre second président, tomba malade à Périgueux où il décéda le lundi septiesme janvier mil v° soixante-douze » (15).

Je n'ai pu me procurer qu'un des ouvrages de Roffignac pour en rendre compte de visu :

— Commentarii || Omnium A Creato II Orbe Historiarum. || Christophoro Roffin. (16) in Senatu Burdegal. Præside, auctore. — Lutetiae. M. D. LXXI. Apud Ioannem Bene natum.

In-4° 16 pp. prélim. non numérotées, 500 pages, plus l'index qui tient 88 pages non numérotées. Dédicace à Albert de Gonde, comte de Rets, premier chambellan du roi, grand ami de l'auteur.

L'ouvrage est divisé en paragraphes qui traitent le premier de la période avant le déluge, les autres de l'origine et de l'histoire des Assyriens, des Chaldéens, des Hébreux, des Lydiens, des Mèdes, des Perses, des Macédoniens, des Grecs, des Romains, des Francs, des Espagnols. C'est proprement un résumé de l'histoire universelle écrit en un assez bon latin, et suivant l'état des connaissances historiques à cette époque. Il y a donc des fables, particulièrement sur l'origine des Gaulois et des Francs, mais sorti de la période anté-historique, l'auteur s'adresse aux bonnes sources et se montre judicieux et exact. Les compilations avaient alors plus de mérite qu'aujourd'hui, parce que la plupart des informations étaient encore manuscrites et qu'il fallait beaucoup de persévérance et de savoir pour les découvrir et les déchiffrer.

Jean d'Alesme, dans sa préface, rappelle les éminents et doctes magistrats qu'il a connus, Dibarola, Bertrand de Moncaut, Sauvat de Pomiès, Caldenet, Arnould Ferron, Briand de Vallée, le Président Belcier et nomme Roffignac parmi ces gloires du parlement. Il vante sa mémoire extraordinaire, sa puissance de travail, son jugement éclairé, comme magistrat et comme écrivain; il s'excuse de louer ainsi un homme vivant auquel il est attaché depuis longtemps par le goût commun de l'étude, mais il ne fait qu'exprimer un sentiment général; tous les hommes studieux l'aiment, l'admirent et l'estiment (ament, surpiciant et observent). D'Alesme rapporte que Roffignac prépara à Paris et mit au jour à Bordeaux un traité sur les matières bénéflciales qui était très supérieur à tout ce qu'on avait sur ce sujet et qui consacra sa réputation. Il ajoute que son collègue et ami avait en manuscrit un traité De jure patronatus, que tous ceux qui en avaient pris connaissance disaient aussi remarquable que son premier ouvrage sur les bénéfices. Les « Commentaires des histoires » sont précédés de nombreuses pièces de vers écrites à la gloire de l'auteur par des lettrés de tous les états.

Voici L'indication des autres ouvrages qu'on lui attribue :

— De re sacerdotali seu [de jure] pontificio, libri IV. — Paris, Le Preux, 1559.

In-4°. Cette désignation est de l'abbé Vitrac, dans les Annales de la Haute-Vienne, en 1813 Celle d'Ellies du Pin, dans ses Tables des auteurs ecclésiastiques est un peu différente : « Quatre livre de l'autorité ecclésiastique. Paris, 1577 ». Y aurait-il eu deux éditions, dont une posthume?

— Des bénéfices et des moyens de les avoir et de les perdre. Venise, 1384.

Ainsi mentionné pur Du Pin. D'après Vitrac : « Dissertations bénéficiales. Ces écrits se trouvent dans les traités du droit, t. XVI, part. 2. f° 346. » — C'est peut-être le traité « De jure patronal ».

Je regrette de ne pouvoir mieux éclaicir cette bibliographie, mais ces deux derniers ouvrages paraissent introuvables.

Notes :

1. C'était une antique seigneurie qui avait d'abord appartenu à des chevaliers du nom de Militis et, après les Roffignac, advint au XVIIe siècle à la maison de La Rochefoucauld, dont une branche prit le nom de La Rochefoucauld-Cousages.

2. Bertrand de Latour, Histoire de l'église de Tulle, chap. IV

3. Chronique du parlement de Bordeaux, par Jean de Métivier, t. I, p. 311.

4. Ibidem, t. I, p. 402. — Il fut remplacé à Bordeaux par Léonard de La Guionie (de Royère en Limousin). — Nadaud (Nobiliaire, t. Il, p. 244, est erroné sur cet article. Le conseiller Métivier mérite plus de confiance.

5. Scaligerana, éd. de 1695; p. 65.

6. Chronique de Métivier, t. I, pp. 98 à 103.

7. Boscheron des Portes, Histoire du parlement de Bordeaux, L. 1, passim. — Communay, Le parlement de Bordeaux. Notices sur ses principaux officiers, pp. 24 et s. — Gaullieur, Histoire de la Réformation à Bordeaux, t. I, chap. XXI et XXII.

8. Communay, p. 32.

9. Ibidem, p. 35.

10. Histoire des Eglises réformées, t. I, p. 495 (éd. de Lille).

11. Qui potuit Præses vexatus mille libellis
Distrietus que foro tantum scripsisse volumen?
Hœc est sedulitas, invicti et pectoris ardor,
Ut nullum pereat momentum temporis illi,
Quin studio incumbat, prisca ac recentia volvens
Scripta; gratis labor hic multis, huic summa voluptas.

12. François Hay, de Dax.

13. Marcialis Monerii epigrammata, pièce 120.

14. Les nombreux mémorialistes du parlement, Jean de Métivier, Jean de Gaufreteau, Etienne de Cruzeau ne disent pas un mot désobligeant sur le compte de Roffignac.

15. Journal de François de Syrueilh, de l'an 1568 à l'an 1585 (Bordeaux, 1873, p. 31.) Lorsque le premier président Lagebaston fut réintégré, le président Laferrière qui l'avait remplacé prétendit prendre le premier rang après lui et le premier favorisa cette prétention. Roffignac fut encore obligé d'aller combattre à Paris pour garder sa place.

16. Le nom est inscrit ainsi en abrégé.

(Curiosités de la bibliographie limousine, 1902)

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29 mars 2020

Lettre de Goursaud de Merlis

Lettre de Jean-Baptiste Goursaud de Merlis à sa femme, à la veille de son exécution à Paris.

27 ventôse, onze h. du soir, l'an II de la république.

Voici bientôt le moment où mon sort sera décidé ; demain est le jour de notre jugement. Si j’en crois ma conscience ct même les apparences, il ne doit pas être sinistre. Cependant, en pareille circonstance, on ne peut assurer le résultat. Quel qu’il puisse être, je serais en état d’en raisonner froidement si c’était avec tout autre qu’avec mon amie. Mes trop fréquents retours vers elle ou mes enfants diminueraient de mon sang-froid, mais ne l’anéantiraient pas. Tout sera décidé lorsque tu recevras cette lettre. Si c’était la dernière... je te plaindrais bien plus que moi... Et mes enfants, mes chers enfants ! Dans tout autre temps si, cédant à une maladie, il fallait nous séparer, tu aurais au moins la perspective de trouver des secours, des sentiments ; actuellement, tous fuiraient les malheureux, tous s’isoleraient de toi. Que ferais-tu ? que pourrais-tu faire au travers des suites de cet évènement ? Oh ! pour le coup, ce serait alors que la plus forte comme la plus difficile preuve que tu puisses me donner de ton attachement, ce serait de prendre le dessus avec force, de sentir que tu restes seule avec des êtres perdus sur la surface de la république. Si je venais à leur manquer ! ce serait alors qu’il faudrait m’oublier, si je puis m’exprimer ainsi, pour songerà ces malheureux enfants, pourvoir à leur éducation, et à leur conserver une bien faible subsistance. Après avoir vécu pour moi, il faudrait vivre pour eux, et rendre à ma mémoire le seul souvenir auquel elle puisse être sensible..... Mais j'ai bien tort de te suggérer ce que tu devrais faire alors ; ton attachement pour eux ne m’est-il pas connu, et ne dois-je pas m’en rapporter à tout ce que t'inspire ce sentiment. Je me laisse entraîner à une idée qui vous identifie tous ensemble, et n’ai pas pensé que mes exhortations ne sont pas nécessaires.

Dis à cet aîné, que j’aimai, que j’aime toujours, combien il a besoin d’acquérir, combien il lui manque de connaissances, et qu’il sache qu‘il ne pourra jamais mieux honorer ma mémoire qu‘en respectant sa mère, qu’en lui étant toujours soumis. — Dis à Adrien que ses dispositions lui imposent de plus grandes obligations qu’aux autres ; qu’il aura plus que jamais besoin d’en tirer parti ; qu’il te le doit, qu’il le doit à lui-même, qu’il le doit à son père qui l’a toujours chéri. — Dis à Charles que l’annonce de ses succès me présage que s’il veut, il te donnera autant de satisfaction que les autres ; que je l’y exhorte, l’embrasse et l’aime bien tendrement. — Quant à mes deux aînées, dont les caractères quoique constants me faisaient un égal plaisir, dis-leur, mais tu n’as pas besoin de le leur dire, que c’est à elles principalement, puisqu’elles sont plus souvent avec toi, que je m’adresse pour te prévenir en tout, te secourir, et ne se conduire jamais que d’après les conseils et tes instructions ; leurs exemples, leurs avis y porteront les deux plus jeunes, et si mes désirs à cet égard succèdent suivant mes espérances, tu seras au moins heureuse mère !..... Embrasse-les pour moi, ou du moins qu’elles t’embrassent chaque jour pour leur père. Si les uns savent combien je les chéris, les autres sauront un jour qu’elles ne m’étaient pas moins chères.

Dis à ma sœur que si les circonstances ne m’ont pas mis à même de la voir longtemps, cela ajoute à mes autres privations. Elle s’affligera avec toi, je le sens, et ne pourra de longtempsjeter dans ton cœur le baume de la consolation. Je vous plains l’une et l’autre en proportion de mon affection ; juge donc jusqu’à quel degré ! Dis à mon oncle, et à sa maison à chacun en détail, ce que mon cœur dicte pour chacun ; ils le sentiront mieux que tu ne pourrais l’exprimer et que je ne pourrais le rendre moi-même.

Dis à tous mes amis que je ne fus jamais indigne des sentiments qu’ils m‘accordèrent ; qu’ils me le devaient à titre de retour, et que jamais je ne ressentis plus vivement la peine qu’en songeant à celle qu’ils ont éprouvée et qu’ils éprouvent à mon sujet. — Dis à Marguy, à Françoise et Jean, que jamais le souvenir de leurs bons services ne s’effacera de mon âme.

N‘oublie pas surtout ces pauvres malheureux qui m’ont si souvent souhaité la prospérité ; c’est sûrement leurs prières que je dois le calme parfait dans lequel je suis et serai jusqu’à la fin : Dis-leur que si dans d’autres temps je me trouvais heureux de pouvoir venir à leur secours, la plus grande privation que j’aie éprouvée lors du revers, a été de ne pouvoir me livrer aux sentiments de mon cœur pour eux.

N’oublie pas mes métayers ; dis-leur que s’ils me trouvèrent bon maître, je leur étais et leur suis tendrement attaché par d’autres sentiments que ceux d’ordinaire, les croyant de bien honnêtes gens. Dis en un mot à tous ceux qui prennent quelque intérêt à mon sort, que j’avais des droits à ces sentiments de leur part, attendu la vive sensibilité que m’ont toujours fait les malheurs d’autrui..... Enfin recommande à mes enfants que, comme j’ai oublié et pardonné depuis longtemps les traverses qu’on a pu me faire éprouver, je demande et j’exige qu’ils n’en aient, non plus que moi, aucun souvenir. Au surplus, les causes de mon arrestation et de mon jugement n‘y ont aucun trait ; mon défenseur à mon défaut en donnera par la suite les détails.

Voilà bien des commissions et bien des choses, ma chère amie ; tu ne seras pas en état peut-être d’y faire attention de longtemps ; mais après un certain terme tu retrouveras avec un plaisir réel, quoique mêlé de douleur, les sentiments qui m’ont animé et qui m’animent encore. Mon âme se peint avec plaisir à tes yeux, quoique tu la connaisses mieux que personne, et je ne finirais pas si je me livrais à mon penchant. Je te quitte pour travailler à ma défense ; tu me le pardonneras..... Adieu donc !..... adieu ! Puissé-je te le dire encore une fois, ô la plus accomplie des femmes, comme la plus chérie de ton trop affectionné.

Merlis.

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Le dernier vicomte de Rochechouart

Dans la Continuation des Annales, je trouve une curieuse anecdote dont le héros fut le vicomte Armand-Constant de Rochechouart. alors capitaine au régiment d'Artois, en garnison à Limoges :

« Le 16 juillet 1781, les officiers du régiment Dragons d'Artois donnèrent au public de cette ville (Limoges) une scène assez singulière dans la personne de M. le vicomte de Rochechouart Pontville, officier, avec brevet de capitaine, à la suite du dit régiment. On dit que ce jeune sei gneur avait manqué a quelques règlements clu Régime de la Calotte, qui est une espèce de confraternité entre ces messieurs. En conséquence, il fut condamné à sauter sur la couverture, et. voici le cérémonial qui fut observé à cette occasion : Une douzaine d'officiers à cheval, en grand uniforme, le casque en tète et le sabre à la main, se rendirent à la maison où logeait le vicomte ; là. ils le firent monter sur un mauvais cheval, qui pour selle n'avait que la couverture sur laquelle l'officier devait sauter ; pour bride, qu'un licol Le dit sieur de Rochechouart monta dessus, nu tète, en robe de chambre et en pantoufles : un dragon prit le cheval par le licol et servit d'écuyer.

La troupe se mit en marche précédée de deux trompettes à cheval et de toute la musique clu régiment d'Artois, à pied. Ensuite marchait un officier seul, revêtu, comme on l'a dit, de son grand uniforme et par dessus un ruban rouge en bandoulière, en forme de cordon rouge ; puis quatre autres officiers, au milieu desquels marchait le coupable; ensuite, deux autres dont l'un avait au lieu de casque un turban noir et blanc, et portait un coutelas à manche d'ébène, de la longueur d'environ trois pieds, au lieu de sabre, et l'autre un registre, où était la sentence rendue contre le coupable. Les autres officiers suivaient. On se rendit, dans cet appareil, à la place d'Orsay, où, étant descendus dans le creux rond en forme de bassin, qui est au haut de cette place, tous mirent pied à terre. On lut la sentence au coupable, tous étant rangés en cercle ; puis les officiers et plusieurs dragons tenant la couverture, on le fit sauter dessus à quatre reprises, et, après le dernier saut, il descendit et embrassa tous les officiers qui remontèrent à cheval et le ramenèrent chez lui dans le même ordre où on était venu. Ce spectacle attira sur la place d'Orsay une foule immense de peuple et de personnes de tout rang. Le lieutenant-colonel du régiment d'Artois y assista comme spectateur. »

(Bulletin de la Société Les Amis des sciences et arts, 1907)

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Agathe-Antoinette-Aimée de Rochechouart-Pontville

Le 25 octobre 1779 le vicomte Marie-François-Honorine mourut à Paris, à l’âge de quarante-cinq ans. De son mariage avec dame Marie-Victorine Boucher naquirent trois enfants : 1° Armand-Constant, 2° Michelle-Marie, qui épousa le comte de Montagu-Lomagne ; 3° Agathe-Antoinette-Aimée, qui monrut à Paris, à l’âge de huit ans. Son corps, transporté à Rochechouart, fut enterré au Châtenet. Sur sa tombe était une plaque en marbre blanc qui portait cette inscription :

« Ci-gît Agathe-Antoinette-Aimée de Rochechouart-Pontville, fille chérie, éternel et digne objet des larmes de très haut et très puissant seigneur Louis-Francois-Marie-Honorine de Rochechouart-Pontville, vicomte de Rochechouart, etc., brigadier des armées du roi, chevalier de l‘ordre royal et militaire de Saint-Louis, et de très haute et très puissante dame Marie-Victorine Boucher, son épouse, née au château de Rochechouart le 5 février 1772, morte à Paris le 13 avril 1779. O quelle fleur la mort a moissonnée ! »

Avec l‘autorisation de M. le comte de Montagu, nous avons l’année dernière, déposé ce marbre au Musée.

Armand-Constant, dernier vicomte de Rochechouart et le dernier de la famille de Rochechouart-Pontville. — Il était, en 1788, capitaine au régiment d‘Artois-dragon-infanterie, et se trouvait dans les camps au moment de la révolution de 89. Ses titrés étaient : vicomte de Rochechouart, comte et baron des Bâtiments, comte de Bridiers, baron de Rhodes et de Gros, seigneur de Chaillac et de Saillac, etc.

Source : Rochechouart, de l'abbé Duléry.

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Les belles maisons de Rochechouart

A Rochechouart en 1788, pour une population inférieure à 2.000 habitants, il y a 14 avocats, 10 notaires subalternes, 3 notaires royaux, 3 huissiers, 3 sergents subalternes, sans compter les procureurs et les postulants. De grosses fortunes se sont édifiées, aux mains de quelques familles qui sont de véritables tribus, dont chaque clan est désigné du nom d'un domaine qui lui est échu en dot ou en héritage. Citons les Simon (de la Gardette, de Fontgrenier, du Rivaud, de la Barde, du Breuil, de la Razide), les Chemison (du Bois, du Mas, de la Lande, de Lassaigne, de Villemery, de Laserve, de Recouvert) ; les Périgord (de la Guinandie, de Beaulieu, de la Contie, des Borderies, de Villechenon) ; les Goursaud (de Laumont et de Laumond-Chandos, de la Jousselenie, de Bonnefond, du Belhomme, du Mazet, de Boischevet, de Merlis, du Maine). Ce sont eux qui au XVIIe et XVIIIe siècles, ont construit dans les faubourgs, les belles maisons que nous avons mentionnées plus haut.

Source : Histoire de Rochechouart, d'Adrien Grézillier.

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Le district de Saint-Junien

Afin de détruire le particularisme des provinces, l'Assemblée nationale Constituante avait décidé, par le décret du 22 décembre 1789, de diviser le royaume en départements, districts, cantons et communes.

Limoges, capitale du Haut-Limousin, ne pouvait se voir contester ses titres, et le chef-lieu du département de la Haute-Vienne y fut établi. Mais, pour le district, la lutte fut très vive entre Saint-Junien et Rochechouart.

La ville de Rochechouart réclamait le chef-lieu du district parce que c'était un avantage qui lui avait été promis lors de la formation du département, comme contrepartie de sa réunion au département de la Haute-Vienne alors qu'elle appartenait au Poitou. Les officiers municipaux, les membres du Comité patriotique de Saint-Junien entreprirent de faire modifier cette décision et adressèrent une pétition à l'Assemblée nationale. Les deux villes dépêchèrent des députés extraordinaires à l'Assemblée : Chabaudie, Dupeyrat et S. Pouliot pour Saint-Junien, Goneau et Simon pour Rochechouart, qui participèrent à des réunions avec les députés du Haut-Limousin.

L'argumentation des envoyés de Saint-Junien fut convaincante, et ils obtinrent gain de cause. Ils avaient fait valoir qu'à supposer que Rochechouart fût plus central, les routes et chemins qui aboutissaient à Saint-Junien étaient plus praticables que ceux qui desservaient Rochechouart, qu'il n'y avait à Rochechouart aucune facilité de logement, ni pour les étrangers, ni pour les Assemblées administratives, alors qu'à Saint-Junien, toutes les facilités étaient réunies : route de Limoges à Angoulême, palais des évêques de Limoges, hospice, etc.

La décision s'explique sans doute par les arguments présentés, mais aussi par le fait que la thèse de la ville de Saint-Junien, ancien fief des évêques de Limoges, fut probablement soutenue par les députés du Haut-Limousin, et en particulier par l'évêque.

Rochechouart ne se tint pas pour battu et réclama l'arbitrage du Comité de Constitution qui écouta les parties en présence. Une discussion très vive s'engagea et finalement le chef-lieu du district fut laissé à Saint-Junien ; mais Rochechouart obtint l'assurance d'être le siège de la justice du District.

A la tête de chaque district, se trouvaient :

1° Un Conseil général de douze membres ;

2° Un Directoire de quatre membres pris dans le Conseil général ;

3° Un procureur-syndic.

Le district était divisé en communes réparties en cantons. Celui de Saint-Junien comptait trente-trois communes et six cantons : Saint-Junien, Saint-Victurnien, Rochechouart, Oradour-sur-Vayres, Saint-Mathieu et Saint-Laurent-sur-Gorre.

Le canton de Saint-Junien comprenait les communes de Saint-Junien, Chaillac, Saint-Martin-de-Jussac et Javerdat.

Les délégués des communes, au nombre de cinquante-six, se réunirent dans l'église des ci-devant Cordeliers, les 19, 20 et 21 août 1790, et, à bulletins secrets, composèrent ainsi le district :

Administrateurs (12) : Léonard Rayet, notaire à Oradour-sur-Vayres ; 2. Pierre Nénert, notaire à Saint-Laurent ; 3. Léonard Rebeyrol, médecin à Gorre ; 4. Jean Gros de Puisseguy, bourgeois de Saint-Mathieu ; 5. Jean Hugonneau de Sauvau, chirurgien de Saint-Mathieu ; 6. Jean Pouliot, avocat à Saint-Junien ; 7. Léonard Rateau-Devaux, chevalier de Saint- Louis, à Oradour-sur-Glane ; 8. Simon, médecin à Rochechouart ; 9. Dupuy des Boëges, de Saint-Brice ; 10. Simon de Beaujeu, médecin à Saint- Junien ; 11. Jean-Jacques Benoît Gonneau, maire de Rochechouart ; 12. Anne-Marie Berthelot fils, avocat à Vayres.

Procureur-syndic : Pierre Duvoisin de La Serve.

Président du District : J.-B. Simon de Beaujeu, docteur en médecine.

Secrétaire : Pierre-Léonard Périgord fils, avocat à Saint-Junien.

Membres du Directoire (4) : les citoyens Léonard Rebeyrol, Jean Pouliot, Benoît Gonnaud et Léonard Rayet.

Substitut du procureur-syndic : le citoyen J. Pouliot

Receveur du District : Léonard Périgord père.

L'Administration du District était composée, comme on le voit, uniquement de bourgeois, notaires, avocats, médecins.

Il y avait aussi un Tribunal du District composé de dix-sept membres.

M. Pouliot père fut nommé directeur de la Poste aux lettres.

Plus tard, le 10 avril 1793, l'Administration du District forma un Comité de Salut public chargé de tout ce qui avait rapport à la sûreté générale du District. Il eut comme premier président le citoyen Rateau-Devaux. Il fut dissous par la loi du 14 frimaire an II. Elle créa également, en vertu de cette dernière loi, un Comité de Surveillance dont les membres furent nommés par la Société populaire. Ce Comité eut pour premier président le citoyen Chavaud et fut supprimé par la loi du 2 ventôse an III.

Source : Petite histoire de Saint-Junien, d'Albert Hivernaud.

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Le pays de Rochechouart en 1698

La ville de Rochechouart est fort petite, sur la pointe d'un rocher; c'est la principale d'une vicomté qui appartient à Mme la marquise de Saint-Luc, héritière de la maison de Rochechouart dont elle porte le nom. Elle y a un château da conséquence et une juridiction subalterne, avec un maire perpétuel de nouvelle création.

Il y a un prieuré simple et une cure de peu de revenu, un couvent de Jacobins de quatre ou cinq religieux et, à deux lieues de là, un couvent de religieuses de l'ordre de Fontevrault, situé à Boubon, au pied d'une montagne.

Le pays de Rochechouart et les paroisses voisines est de même nature, quoique en certains cantons il soit meilleur qu'en d'autres; mais il s'y recueille partout peu de froment, beaucoup plus de seigle et de blé noir et peu d'avoine. Les ruisseaux, qui y coulent communément, font quantité de prairies et pacages qui donnent facilité aux habitants de nourrir beaucoup de bestiaux; c'est aussi leur principal commerce. On y nourrit encore quelques chevaux. Les châtaignes, qu'on y recueille en assez grande abondance, sont d'un grand secours aux paysans, qui pourroient souvent manquer de blé pour leur nourriture. Il y a aussi suffisamment de bois pour l'usage du pays. La dame de Rochechouart y a une forêt, qui n'est pas fort considérable. Autour de la ville il y a quelques vignes qui produisent de très mauvais vin. Il ne s'en recueille presque point dans le reste du climat. On prend sa provision en Angoumois, qui est fort proche.

Le climat est froid et humide; il y a quelques petites montagnes, plusieurs petites rivières, fontaines et ruisseaux. Les gens sont d'un naturel grossier et difficile, mais laborieux. Il se tient, tous les mois, des foires à Rochechouart, où il se fait un grand commerce de bestiaux. Il y a aussi, en plusieurs gros bourgs du même canton, diverses foires qui entretiennent le commerce.

Principales terres, fiefs et seigneuries de l'élection de Poitiers et ceux qui les posséder.

Mme de Saint-Luc, la vicomté de Rochechouart et la terre de Saint-Germain-sur-Vienne, de 15,000 livres; — M. le comte de Morenville, la terre de Nohic, de 3,000 liv.; — M. de St-Auvent de Rochechouart, la terre de Saint-Auvent, de 4,000 liv.; — M. le baron du Bâtiment de Rochechouart, la baronnie du Bâtiment, de 2,000 liv.; — M. le comte de Châteaumorand, la terre de Cognac, de 4,000 liv.; — M. de..., conseiller au parlement de Bordeaux, la terre de Saint-Laurent-sur-Gore, de 3,000 liv.; — Mme la marquise de Sauvebœuf, les terres de Champagnac et de Chéronnac, de 6,000 liv.; — M. le marquis de Manadeau, la terre d'Oradour, de 4,000 liv.; M. de Bermondet, la terre de Cromières, de 4,000 liv.; — Mme la comtesse de Lambertie, la terre de Montbrun, de 3,000 liv.; — Mme la comtesse de Saint-Mathieu, la terre de Saint-Mathieu, de 4,000 liv.; — M. le comte de la Vauguyon, la terre de la Vauguyon, de 5,000 liv.

Source : Mémoire concernant la province du Poitou, de Gilles-François de Maupeou.

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Les barons des Bâtiments

Les Bâtiments, paroisse de Biennat, qualifiés parfois « lieu noble », n'avaient jamais figuré avant 1603 sur la liste des fiefs des vicomtes de Rochechouart. ll y eut là, sans doute, à l'origine, un simple rendez-vous de chasse à la lisière sud de la forêt de Rochechouart, comme l'était Villeneuve, à la lisière nord. Au Moyen Age on y ajouta une chapelle, ce qui fait supposer que les seigneurs avaient pris l'habitude d'y faire des séjours prolongés pendant la saison des chasses. Dans les années qui suivirent l'érection en baronnie, l'ensemble fut incorporé à une vaste construction qui devint un important manoir, dont il ne reste actuellement que des ruines informes. Les seuls renseignements valables nous sont fournis par l'inventaire qui fut dressé en 1747 après le décès de Mlle Marie de Rochechouart, dernière occupante des lieux. Mais, si ce document nous indique le nombre de pièces de logement et leur ameublement il ne nous permet d'en reconstituer ni la disposition intérieure, ni l'aspect extérieur. ll énumère huit pièces principales au rez de chaussée, sans compter la chapelle et la cuisine et douze chambres à l'étage, avec un très riche ameublement estimé 20.000 livres (au moins 400.000 de nos francs). Délaissé par les vicomtes dès le milieu du XVllle siècle, déchu au rang d'exploitation agricole, le manoir ne tarde pas à tomber en ruines et la révolution y aida. En 1960, on voyait encore sur la façade nord une baie géminée de style gothique rayonnant, à fenestrage grossier, et au dessous, une porte à linteau plat, pratiquée secondairement, pour permettre l'accès direct de la chapelle aux gens du voisinage. Sur la même façade, à l'étage, s'ouvraient deux larges fenêtres à meneaux dont les moulures, identiques à celles de la porte de la chapelle, pouvaient dater de la construction du XVlle siècle. ll n'en reste plus rien actuellement. La baronnie des Bâtiments avait été dotée d'un domaine personnel qui comptait la plus grande partie de la forêt de Rochechouart (environ 250 hectares) et six métairies, l'une d'elles à côté du manoir, dite de la porte, celles de la Ribière (paroisse de Saint-Jean de Vayres), de la Mothe, de Villeneuve, de Boischenu (paroisse de Biennac), de l'Age, paroisse de Saint-Auvent. En outre, le baron donnait à ferme les moulins de la Guinandie (Vayres), de Chez-Combard, de Puyjoyeux, du Pont de Gorre (Rochechouart), du Moulin-Brûlé (Saint-Auvent). ll percevait les dîmes de Montazeaud et de la Pouge (Rochechouart) et de Nouaillas (Vayres). ll bénéficiait encore des droits féodaux sur les baronnies de Chaillac et de Saint-Cyr. Ses revenus étaient estimés 3.000 livres (60.000 F.). Ce chiffre paraît très inférieur à la réalité. L'inventaire de 1747 mentionne, dans les communs, la prison, car les barons des Bâtiments avaient leur justice particulière et leur sénéchal.

Source : Histoire de Rochechouart, d'Adrien Grézillier.

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Le Bâtiment

Dans la paroisse de Biénac, sur les bords de la forêt de Rochechouart, à quelques kilomètres du bourg de Biénac, on remarque un étang desséché, les ruines d'une chapelle, de vastes bâtiments et des pans de murs, qui semblent avoir entouré un parc immense. C'est le Bâtiment.

L'origine de ce lieu n'est pas exactement connue. C'est seulement en 1604, que Jean III de Rochechouart-Pontville, fils de Louis de Rochechouart et de Madeleine de Bouillé, prit le titre du baron du Bâtiment, seigneur de Saint-Cyr et de Chaillac. Ce seigneur se fixa dans ce château et sa descendance y vécut jusqu'en 1746. Il est probable que le château existait déjà et appartenait aux vicomtes de Rochechouart-Pontville, dont un cadet fit son apanage. A la période révolutionnaire le château et ses dépendances furent vendus par la nation, et peu à peu les ruines ont remplacé le château et la chapelle.

Aujourd'hui, il reste peu de choses de la résidence seigneuriale. Des métayers sont logés un peu partout, dans les anciens locaux. Il existe cependant encore des vastes fenêtres en forme de croisées, mais la plupart sont murées en partie ou en totalité. Quelques grandes chambres servent d'abri aux paysans, et, si les plafonds sont encore intéressants par leurs poutrelles régulières, les cheminées n'ont rien conservé de leur ancien caractère. On ne rencontre aucune tourelle, aucun pignon pointu, indiquant un logis important, habité par des gentilshommes : le temps et les hommes ont accompli leur œuvre de destruction.

La chapelle, qui n'est plus qu'un amoncellement de ruines, semble remonter au XVIe siècle. La voûte est détruite et quelques peintures apparaissent encore sur les murailles, mais elles s'effacent de jour en jour, maltraitées sans cesse par le vent et la pluie.

Cette chapelle est située à côté de l'ancien château, dont elle formait une aile, et près de l'étang, qui aujourd'hui est desséché. De forme rectangulaire, elle mesurait 15 mètres de longueur sur 6 dé large, et les murailles ont 1 mètre d'épaisseur. Le chevet, situé au nord, a complètement disparu. Le côté ouest présente une jolie porte carrée, eu granit, dont les montants sont canelés. Un peu au-dessus de cette porte et à gauche s'ouvre une charmante fenêtre, géminée, avec colonne centrale et tympan ouvragé, de forme ogivale. A peu près en face, du côté de l'est, il existe une baie, fermée de pierres, qui devait être une fenêtre semblable à la précédente. L'autel était situé au nord. A droite, du côté de l'est, on trouve encore un niche, veuve de sa statue, et à la base de cette niche on voit toujours la pierre creusée, en forme d'évier et munie de son canal, où l'on versait les eaux durant la célébratîon de la messe et pendant les baptêmes.

Le mur du midi, conservant encore les couches de plâtre qui blanchissaient l'enceinte, présente deux ouvertures égales, bordées de granit et cintrées. Actuellement ces baies sont remplies par des pierres. Pour me rendre compte de l'utilité de ces ouvertures, j'ai visité le corps de bâtiment adjacent.

Au premier étage, je suis entré dans une vaste chambre, et près d'une grande fenêtre en forme de croix, j'ai trouvé une porte étroite, voûtée, pénétrant dans un appartement rectangulaire, dont les murs portent encore les traces de peintures.

Ces peintures, de couleur vert clair, imitent des boiseries, depuis le bas jusqu'au. haut de la salle. Les deux baies, donnant dans la chapelle s'ouvrent précisément dans cette chambre. Evidemment, là était la tribune, d'où les barons assistaient aux offices religieux. Ite se trouvaient ainsi en face de l'autel et séparés des paysans, qui avaient accès dans la nef.

La cloche de cette chapelle a seule survécu intacte, à l'encontre de bien des églises, dont les clochers sont veufs de leurs cloches. Celle-ci, plus heureuse que ses sœurs, a résisté au temps et à la Révolution, et les propriétaires du Bâtiment l'ont placée au faîte des ruines et l'ont honorée d'un petit clocheton en bois. Il est vrai que celte bonne cloche a des vertus, elle chasse et disperse, paraît-il, l'orage et la terrible grêle, et pendant la tempête les paysans ne manquent pas de la sonner avec violence. Le son argentin du bronze se mêle au bruit du tonnerre.

Dans la chapelle du Bâtiment, on procédait aux baptêmes et probablement aussi aux mariages. Ces cérémonies étaient présidées par le chapelain du château, ou par un des prêtres de Biénac.

Le 28 avril 1634, les registres paroissiaux font mention du baptême de Guillaume, fils de Me Léonard du Colombier, chirurgien.

Le 20 avril 1636, on baptise Honorette, fille de Me Pontée Brachet, notaire, et de Marie Coquilhaud, demeurant au château du Bâtiment. Parrain : Me Jean du Colombier, notaire au Bâtiment, Au Bâtiment, outre le baron et sa famille, les habitants étaient nombreux. JI y avait des notaires, des chirurgiens et des receveurs, sans compter tout le personnel attaché aux grands domaines.

Le 11 mai 1699, dans l'église de Biénac, on voit le baptême de Pierre Descubes, fils Mre Jean Descubes, sieur de la Laurencie, et de Suzanne de Fayolle, sa femme, demeurant au château du Bâtiment.

Le 14 août 1742. — « Enterrement de messire Bertrand, vicomte de Rochechouart, époux de dame Julie-Sophie de Jars, à l'âge de 63 ans; le corps duquel a été porté du château des Bastiments, en l'église paroissiale, où l'office a été fait par moy, soussigné, et conduit ensuite au couvent du Châtenet, pour y être enterré. » Signé : Pouliot, curé de Chaliat; Mathieu, curé de Videix; Gamon, curé de St-Gervais; Pouliot, prêtre; Nadaud, prêtre, vicaire de Rochechouart; Marquet, prètre, vicaire de Biennac; de Marcillac, curé de Biennac et de Rochechouart, son annexe.

Le vicomte Bertrand fut le dernier baron du Bâtiment. Sa sœur, la vicomtesse Marie, vécut encore dans le château, et mourut en 1746, n'ayant jamais été mariée.

Le premier baron du bâtiment fut Jean III de Rochechouart-Pontville, né en 1604, au château de Rochechouart.

Il épousa Anne de Tiercelin. De ce mariage sont nés Jean, qui suit, et Marie, qui épousa Jacques Dupin, seigneur de Bussières, fils de Suzanne de Grandsaigne.

Jean IV épousa, en 1635, Marie de Mars, dont il eut trois enfants : Louis-Joseph-Victor, et Louise et Marie, qui furent religieuses à Puyberland.

(1653). Louis-Joseph-Victor épousa, en premières noces, Marie des Cars, dont il eut un fils, François de Pontville, qui épousa sa cousine, Marie d'Epinay-Saint-Luc, comtesse de Rochechouart, et redevint vicomte de Rochechouart et propriétaire du château. Le vicomte François eut aussi quatre frères ou sœur. L'un mourut, capitaine de cuirassiers, à la bataille de Turin, en 1706, un autre lut chevalier de Malte.

Sa sœur, la vicomtesse Marie résida au Bâtiment et mourut en 1746. Son dernier frère, le vicomte Bertrand, né en 1680, entra d'abord dans les ordres, puis il suivit la carrière des armes et se maria, le 3 août 1728, avec sa parente, Sophie-Julie de Jars, fille d'Alexandre de Rochechouart, marquis de Jars.

De ce mariage, naquirent deux enfants : un fils, mort jeune, au séminaire, et une fille, Louise-Alexandrine, qui se maria, en 1749, avec Armand-Jacques du Pin de Chenonceaux, fermier-général.

Le vicomte Bertrand étant mort en 1742, la branche des barons du Bâtiment était éteinte.

Source : Monographie de la paroisse de Biénac, d'Octave Marquet.

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