Dans la Continuation des Annales, je trouve une curieuse anecdote dont le héros fut le vicomte Armand-Constant de Rochechouart. alors capitaine au régiment d'Artois, en garnison à Limoges :

« Le 16 juillet 1781, les officiers du régiment Dragons d'Artois donnèrent au public de cette ville (Limoges) une scène assez singulière dans la personne de M. le vicomte de Rochechouart Pontville, officier, avec brevet de capitaine, à la suite du dit régiment. On dit que ce jeune sei gneur avait manqué a quelques règlements clu Régime de la Calotte, qui est une espèce de confraternité entre ces messieurs. En conséquence, il fut condamné à sauter sur la couverture, et. voici le cérémonial qui fut observé à cette occasion : Une douzaine d'officiers à cheval, en grand uniforme, le casque en tète et le sabre à la main, se rendirent à la maison où logeait le vicomte ; là. ils le firent monter sur un mauvais cheval, qui pour selle n'avait que la couverture sur laquelle l'officier devait sauter ; pour bride, qu'un licol Le dit sieur de Rochechouart monta dessus, nu tète, en robe de chambre et en pantoufles : un dragon prit le cheval par le licol et servit d'écuyer.

La troupe se mit en marche précédée de deux trompettes à cheval et de toute la musique clu régiment d'Artois, à pied. Ensuite marchait un officier seul, revêtu, comme on l'a dit, de son grand uniforme et par dessus un ruban rouge en bandoulière, en forme de cordon rouge ; puis quatre autres officiers, au milieu desquels marchait le coupable; ensuite, deux autres dont l'un avait au lieu de casque un turban noir et blanc, et portait un coutelas à manche d'ébène, de la longueur d'environ trois pieds, au lieu de sabre, et l'autre un registre, où était la sentence rendue contre le coupable. Les autres officiers suivaient. On se rendit, dans cet appareil, à la place d'Orsay, où, étant descendus dans le creux rond en forme de bassin, qui est au haut de cette place, tous mirent pied à terre. On lut la sentence au coupable, tous étant rangés en cercle ; puis les officiers et plusieurs dragons tenant la couverture, on le fit sauter dessus à quatre reprises, et, après le dernier saut, il descendit et embrassa tous les officiers qui remontèrent à cheval et le ramenèrent chez lui dans le même ordre où on était venu. Ce spectacle attira sur la place d'Orsay une foule immense de peuple et de personnes de tout rang. Le lieutenant-colonel du régiment d'Artois y assista comme spectateur. »

(Bulletin de la Société Les Amis des sciences et arts, 1907)