Dans la paroisse de Biénac, sur les bords de la forêt de Rochechouart, à quelques kilomètres du bourg de Biénac, on remarque un étang desséché, les ruines d'une chapelle, de vastes bâtiments et des pans de murs, qui semblent avoir entouré un parc immense. C'est le Bâtiment.

L'origine de ce lieu n'est pas exactement connue. C'est seulement en 1604, que Jean III de Rochechouart-Pontville, fils de Louis de Rochechouart et de Madeleine de Bouillé, prit le titre du baron du Bâtiment, seigneur de Saint-Cyr et de Chaillac. Ce seigneur se fixa dans ce château et sa descendance y vécut jusqu'en 1746. Il est probable que le château existait déjà et appartenait aux vicomtes de Rochechouart-Pontville, dont un cadet fit son apanage. A la période révolutionnaire le château et ses dépendances furent vendus par la nation, et peu à peu les ruines ont remplacé le château et la chapelle.

Aujourd'hui, il reste peu de choses de la résidence seigneuriale. Des métayers sont logés un peu partout, dans les anciens locaux. Il existe cependant encore des vastes fenêtres en forme de croisées, mais la plupart sont murées en partie ou en totalité. Quelques grandes chambres servent d'abri aux paysans, et, si les plafonds sont encore intéressants par leurs poutrelles régulières, les cheminées n'ont rien conservé de leur ancien caractère. On ne rencontre aucune tourelle, aucun pignon pointu, indiquant un logis important, habité par des gentilshommes : le temps et les hommes ont accompli leur œuvre de destruction.

La chapelle, qui n'est plus qu'un amoncellement de ruines, semble remonter au XVIe siècle. La voûte est détruite et quelques peintures apparaissent encore sur les murailles, mais elles s'effacent de jour en jour, maltraitées sans cesse par le vent et la pluie.

Cette chapelle est située à côté de l'ancien château, dont elle formait une aile, et près de l'étang, qui aujourd'hui est desséché. De forme rectangulaire, elle mesurait 15 mètres de longueur sur 6 dé large, et les murailles ont 1 mètre d'épaisseur. Le chevet, situé au nord, a complètement disparu. Le côté ouest présente une jolie porte carrée, eu granit, dont les montants sont canelés. Un peu au-dessus de cette porte et à gauche s'ouvre une charmante fenêtre, géminée, avec colonne centrale et tympan ouvragé, de forme ogivale. A peu près en face, du côté de l'est, il existe une baie, fermée de pierres, qui devait être une fenêtre semblable à la précédente. L'autel était situé au nord. A droite, du côté de l'est, on trouve encore un niche, veuve de sa statue, et à la base de cette niche on voit toujours la pierre creusée, en forme d'évier et munie de son canal, où l'on versait les eaux durant la célébratîon de la messe et pendant les baptêmes.

Le mur du midi, conservant encore les couches de plâtre qui blanchissaient l'enceinte, présente deux ouvertures égales, bordées de granit et cintrées. Actuellement ces baies sont remplies par des pierres. Pour me rendre compte de l'utilité de ces ouvertures, j'ai visité le corps de bâtiment adjacent.

Au premier étage, je suis entré dans une vaste chambre, et près d'une grande fenêtre en forme de croix, j'ai trouvé une porte étroite, voûtée, pénétrant dans un appartement rectangulaire, dont les murs portent encore les traces de peintures.

Ces peintures, de couleur vert clair, imitent des boiseries, depuis le bas jusqu'au. haut de la salle. Les deux baies, donnant dans la chapelle s'ouvrent précisément dans cette chambre. Evidemment, là était la tribune, d'où les barons assistaient aux offices religieux. Ite se trouvaient ainsi en face de l'autel et séparés des paysans, qui avaient accès dans la nef.

La cloche de cette chapelle a seule survécu intacte, à l'encontre de bien des églises, dont les clochers sont veufs de leurs cloches. Celle-ci, plus heureuse que ses sœurs, a résisté au temps et à la Révolution, et les propriétaires du Bâtiment l'ont placée au faîte des ruines et l'ont honorée d'un petit clocheton en bois. Il est vrai que celte bonne cloche a des vertus, elle chasse et disperse, paraît-il, l'orage et la terrible grêle, et pendant la tempête les paysans ne manquent pas de la sonner avec violence. Le son argentin du bronze se mêle au bruit du tonnerre.

Dans la chapelle du Bâtiment, on procédait aux baptêmes et probablement aussi aux mariages. Ces cérémonies étaient présidées par le chapelain du château, ou par un des prêtres de Biénac.

Le 28 avril 1634, les registres paroissiaux font mention du baptême de Guillaume, fils de Me Léonard du Colombier, chirurgien.

Le 20 avril 1636, on baptise Honorette, fille de Me Pontée Brachet, notaire, et de Marie Coquilhaud, demeurant au château du Bâtiment. Parrain : Me Jean du Colombier, notaire au Bâtiment, Au Bâtiment, outre le baron et sa famille, les habitants étaient nombreux. JI y avait des notaires, des chirurgiens et des receveurs, sans compter tout le personnel attaché aux grands domaines.

Le 11 mai 1699, dans l'église de Biénac, on voit le baptême de Pierre Descubes, fils Mre Jean Descubes, sieur de la Laurencie, et de Suzanne de Fayolle, sa femme, demeurant au château du Bâtiment.

Le 14 août 1742. — « Enterrement de messire Bertrand, vicomte de Rochechouart, époux de dame Julie-Sophie de Jars, à l'âge de 63 ans; le corps duquel a été porté du château des Bastiments, en l'église paroissiale, où l'office a été fait par moy, soussigné, et conduit ensuite au couvent du Châtenet, pour y être enterré. » Signé : Pouliot, curé de Chaliat; Mathieu, curé de Videix; Gamon, curé de St-Gervais; Pouliot, prêtre; Nadaud, prêtre, vicaire de Rochechouart; Marquet, prètre, vicaire de Biennac; de Marcillac, curé de Biennac et de Rochechouart, son annexe.

Le vicomte Bertrand fut le dernier baron du Bâtiment. Sa sœur, la vicomtesse Marie, vécut encore dans le château, et mourut en 1746, n'ayant jamais été mariée.

Le premier baron du bâtiment fut Jean III de Rochechouart-Pontville, né en 1604, au château de Rochechouart.

Il épousa Anne de Tiercelin. De ce mariage sont nés Jean, qui suit, et Marie, qui épousa Jacques Dupin, seigneur de Bussières, fils de Suzanne de Grandsaigne.

Jean IV épousa, en 1635, Marie de Mars, dont il eut trois enfants : Louis-Joseph-Victor, et Louise et Marie, qui furent religieuses à Puyberland.

(1653). Louis-Joseph-Victor épousa, en premières noces, Marie des Cars, dont il eut un fils, François de Pontville, qui épousa sa cousine, Marie d'Epinay-Saint-Luc, comtesse de Rochechouart, et redevint vicomte de Rochechouart et propriétaire du château. Le vicomte François eut aussi quatre frères ou sœur. L'un mourut, capitaine de cuirassiers, à la bataille de Turin, en 1706, un autre lut chevalier de Malte.

Sa sœur, la vicomtesse Marie résida au Bâtiment et mourut en 1746. Son dernier frère, le vicomte Bertrand, né en 1680, entra d'abord dans les ordres, puis il suivit la carrière des armes et se maria, le 3 août 1728, avec sa parente, Sophie-Julie de Jars, fille d'Alexandre de Rochechouart, marquis de Jars.

De ce mariage, naquirent deux enfants : un fils, mort jeune, au séminaire, et une fille, Louise-Alexandrine, qui se maria, en 1749, avec Armand-Jacques du Pin de Chenonceaux, fermier-général.

Le vicomte Bertrand étant mort en 1742, la branche des barons du Bâtiment était éteinte.

Source : Monographie de la paroisse de Biénac, d'Octave Marquet.