L'histoire du prieuré de Boubon (1) n'est plus à faire, elle a été contée par M. l'abbé Le Cler et M. Etienne Rayret et je n'ai l'intention d'en donner ici qu'un court résumé.

C'est en 1106 que Robert d'Arbrissel, « ce prêcheur ambulant ». que l'on trouve partout, « toujours prêt à communiquer le feu qui l'anime » (2), fonda le prieuré de Boubon avec le secours de Pierre de Montfrebœuf, Itier de Bernard et Aimeric Bruni ou Brun. La lamille de Montfrebœuf habitait non loin de Boubon, le château dé Montfrebœuf (3), dont on ne trouve plus aujourd'hui que des traces; nous avons déjà parlé des Montbrun et nous en parlerons encore lorsque nous essaierons de faire l'histoire d'Altavaux ; quant à Itier de Bernard, M. l'abbé Le Cler et M. Etienne Rayet pensent qu'il était originaire de Solignac. Parmi les bienfaiteurs de Boubon, on cite Itier de Magnac. qui habitait probablement le Châtelard (4), près de Saint-Junien ; Aimeric de la Serre, évêque de Limoges ; Almodie, veuve de Guy Paute, seigneur du Boucheron (5).

Sous Charles vu, Boubon fut ruiné par les Anglais, et ce n'est qu'au XVIe siècle qu'il fut reconstruit, grâce aux libéralités des Pompadour seigneurs de Cromières, des Lastours, des Peyrusse des Cars, des Montbrun, Maumont, etc. En 1528, Jean de Bermondet, chanoine et chantre de l'Eglise de Limoges, possède en commande le prieuré de Bonbon, en 1692, Boubon devint paroisse. Parmi, les religieuses de Boubon, il faut citer : Marie de Peyrusse des Cars, les Lambertie, de Coustin du Mas-Nadaud, de Seychères, de Croizant, d'Asnières, de Perry de Saint-Auvant, de Brie, de Ribeyreix, Guillot du Dousset, de Châteauneuf, etc., tous noms que nous retrouverons dans l'histoire du plateau de Châlus.

Dans l'Histoire de Bonbon ou Monographie d'un monastère de Fontevrault dans la Diocèse de Limoges, (6), on lit la mention suivante : « Marie de Peyrusse des Cars, fille de François des Cars, seigneur de la Tour de Bar, baron de Saint-Germain-sur-Vienne (branche de la Vauguyon) et de Isabeau de Bourbon, princesse de Carency. Elle était religieuse à Boubon, lorsque Françoise de Bourdeille, soeur du chroniqueur Brantôme, » se démit en sa faveur de l'abbaye de Ligueux, en 1565. Dix ans plus tard, elle se démit à son tour en faveur de sa nièce et vint mourir à Boubon, en 1589 ». Voici dans quelles circonstances Françoise de Bourdeille, fille de Anne de Vivonne et de François II, vicomte de Bourdeille, eut à se démettre de l'abbaye de Ligueux. A 13 ans, elle fut religieuse malgré elle et l'official de Poitiers et le pape Paul IV durent la relever de ses voeux. Elle avait 9 ans lorsqu'on l'amena au monastère de Sainte-Croix de Poitiers, et trois ans après on lui persuada qu'il fallait prendre l'habit monastique; à 18 ans, elle devient abbesse de Ligueux en Périgord, y reste 19 ans, 1546-1565 ; mais le temps passé dans le cloître lui apprend qu'elle n'a pas la vocation, elle y souffre et ne songe plus qu'à en sortir, prétextant qu'elle y est entré malgré elle, et qu'à 13 ans, elle n'était pas en état de savoir si elle avait la vocation. L'autorité ecclésiastique s'émeut et l'abbesse de Ligueux se démet en faveur de Marie de Peyrusse des Cars, prieure de Boubon. Françoise de Bourdeille était la plus jeune soeur de Brantôme, elle avait été la compagne de jeux de Jeanne d'Albret, dont elle était « la souffre-douleur » (7).

Le prieuré de Boubon a certainement eu dans le plateau de Châlus une influence considérable : ses historiographes, en nous donnant les noms des religieuses et des élèves, nous montrent que bourgeoisie et aristocratie vivaient là dans la meilleure intelligence. L'éducation chrétienne donnée et reçue à Boubon, a dû marquer son empreinte dans la vie familiale des gens aisés de notre pays, car l'influence d'une mère chrétienne dans un foyer ne s'exerce pas seulement sur une génération, on en retrouve l'écho affaibli dans les générations qui suivent.

Pendant la Révolution 1789-1793, le prieuré de Boubon ne fut pas épargné et les historiens du monastère nous montrent que là aussi l'humilité et la vertu des religieuses ne furent pas à l'abri des passions et des scènes révolutionnaires : le 15 mai 1794, Boubon était vendu comme bien national, les religieuses chassées et dispersées. Depuis, Boubon n'est plus paroisse, c'est un village pauvre où l'on regrette les temps passés, parce que la tradition rapporte que du temps des religieuses, il n'y avait pas de pauvres à Boubon (8).

Notes :

1. Boubon, ancienne paroisse réunie aujourd'hui à Cussac.

2. Histoire de France, de Lavisse.

3. Montfrebœuf, entre la Chapelle-Montbrandeix et Marval.

4. Appartient aujourd'hui à M. Surin.

5. Le Boucheron, paroisse d'Oradour sur-Vayres, a appartenu aux Paute, aux de Bermondet, aux de Coustin du Mas-Nadaud et aux Desbregères, il appartient aujourd'hui à M. Roche.

6. Abbé Le Cler et Etienne Rayet. — Ducourtieux, imprimeur et éditeur, à Limoges.

7. Une soeur de Brantôme, religieuse à l'abbaye de Sainte-Croix de Poitiers, par Alfred Barbier. — Bulletin de la Société des Antiquaires de l'Ouest, T. XVI, 1893.

8. Pour plus de détails, voir le livre de MM. l'abbé Le Cler et Etienne Rayet.

(Bulletin de la Société Les Amis des sciences et arts, 1908)