Anciennement Rochechouart était le siège d’un baillage, espèce de tribunal d‘appel pour toutes les justices seigneuriales de la vicomté. Ce baillage, peu étendu, fut réuni par la suite à la sénéchaussée de Montmorillon, au présidial de Poitiers et au parlement de Paris.

Il existait dans la vicomté de Rochechouart un grand nombre de justices seigneuriales. Presque tous les châteaux avaient la leur. Ceux qui n’en possédaient pas en avaient été privés par le vicomte, qui, en concédant les châteaux, s‘était réservé le droit de justice. Dans tous ces prétoires les lois étaient de nature différente : les unes, de droit écrit, ressortissaient de Limoges, en appel à Bordeaux ; les autres (Rochechouart était du nombre) suivaient la coutume du Poitou et allaient à Montmorillon, Poitiers, et en appel à Paris. Chaque seigneur avait sa loi, son plaids, son banc et son fisc ; il était souverain législateur, juge, greffier, archer même. Il vendait aux uns leur sûreté et attaquait celle des autres ; souvent il tirait profil des accusations et des crimes, par l’emprisonnement, les amendes, la confiscation.

Dès longtemps Rochechourt avait un baillage : c‘était une justice exercée par un bailli et des juges ; plus tard ce baillage pritle nom de sénéchaussée. Avant 1551 les justices des baillis et des sénéchaux se nommaient présidiaux. Les grandes justices avaient un sénéchal et un lieutenant sénéchal. Le sénéchal était l‘autorité et l‘homme d’honneur ; il rendait la justice ou la faisait rendre sous ses yeux par son lieutenant.

Toute la France était ainsi couverte de justices seigneuriales. Pour l’ordinaire, lesjuges exerçaient plusieurs chargesà la fois ; souvent ils étaient juges de plusieurs justices en même temps ; ils étaient encore juges et notaires, ou juges et procureurs, ou greffiers, en la même justice. Pendant longtemps l’ignorance la plus crasse fut l’apanage de tous ces juges. Comme leurs maîtres ils savaient à peine lire et écrire ; la plupart étaient pris parmi les hommes d’affaires, les domestiques cules familiers du château. Aussi Loiseau et autres ont-ils eu beau jeu de ridiculiser ces praticiens ignorants. Combien ces temps sont loin de nous !

Voici les noms des derniers sénéchaux des justices renfermées dans la circonscription de l‘arrondissement actuel de Rochechouart.

Rochechouart, M. Gourseaud de Laumond-Chandos. (Le dernier lieutenant-sénéchal était M. Goursaud du Mazé, frère du précédent, qui était en même temps sénéchal des justices des Bâtiments et de Saillac.)

Saint-Junien, M. Périgord, de Saint-Junien.

Saint-Brice, M. Codet-Boisse, de Saint-Junien.

Saint-Victurnien, M. de Verdillac.

Une partie d’0radour-sur-Glane et autres lieux, M. Merlin de Chabant.

Autre partie de ce même Oradour et autres lieux, M. Maisondieu, de Mortemar.

Saint-Auvent, Champagnat, Brie et une partie de Saint-Mathieu, M. Berthelot.

Gorre et Saint-Cyr, M. Descubes-de-Saint-Désir.

Oradour-sur-Vayres, Saint-Bazile, Cussac et Cromières, M. Ribière des Bordes.

Montbron, M. Fleurat.

Pensol et La Chapelle-Montbraudeix, M. Profit, de Miallet.

Autre partie de Saint-Mathieu et Maisonnais, M. Chazeau, des Salles.

Lavauguyon, M. Rougier, des Salles.

Champsac relevait de Châlus.

Les intendants étaient des magistrats que le roi envoyait dans les provinces pour y veiller à tout ce qui pouvait intéresser l’administration de la justice, de la police et des finances. Ils étaient en général chargés de maintenir le bon ordre dans les provinces qu’ils administraient. Ils avaient sous eux des magistrats inférieurs, nommés délégués et sous-délégués. L’intendant de Poitiers avait à Rochechouart un sous-délégué ; le dernier fut M. Périgord de Beaulieu, grand-père de M. Hippolyte Périgord de Beaulieu, qui pendant longtemps fut maire de Rochechouart et membre du conseil général.

Louis XI avait établi en France des bureaux de poste aux lettres. Rochechouart en possédait un. Avant la révolution, le courrier qui portait les dépêches à Rochechouart n’y venait qu’une fois par semaine, le samedi. Il faisait ce service à cheval ; venait de Poitiers par Montmorillon, Saint-Junien et Rochechouart, et s’en retournait par Chabanais, Confolens et Poitiers. On ne portait point les lettres à domicile ; chacun venait les chercher à la poste, même des communes voisines. Combien nos pères seraient étonnés de voir arriver à leur porte, tous les jours, un facteur chargé de leur remettre des lettres, des journaux, partis de Paris depuis moins de vingt-quatre heures ! Le dernier directeur de la poste au moment de la première révolution, et qui n’avait pour tout traitement que cent cinquante livres, était M. Chemison-Dubois.

Depuis la fameuse charte d’affranchissement jusqu’à la révolution, la ville de Rochechouart, imitant le gouvernement de l‘ancienne Rome, était administrée par des consuls ; ils étaient au nombre de quatre. Le titre de consul a particulièrement désigné les officiers gouverneurs de la commune ; ils étaient les chefs de la cité, les premiers magistrats de la ville, avaient un nombre de conseillers qu’ils devaient consulter ; mais, au prévôt du seigneur seul il appartenait de sanctionner les décisions de ces fonctionnaires.

Les consuls sortants nommaient eux-mêmes, en présence du peuple convoqué à cet effet et qui devait approuver, les consuls rentrants. Ils étaient nommés pour deux ou pour cinq ans ; quelques-uns se sont maintenus en charge plus longtemps. Ces magistrats étaient toujours choisis parmi les personnes les plus honorables de la ville. Lors de l’institution des maires, sous Louis XIV, le consulat fut censé aboli ; mais il s’est maintenu à Rochechouart, sans doute par l’autorité du vicomte. En sorte que. les consuls, les maires, les échevins, exerçaient ensemble à peu près les mêmes fonctions.

Les familles qui ont le plus fourni de consuls sont :les Gourseaud, les Chemison, les Lacroix, les Boudeau, les de Lavaud, les Desvergnes, les Maron, les Trouillaud, les Maisondieu, les Boulesteix, les Lachaumette, les Labrunie, les Duchesne, les Pailler, les Rayet, les Leylavoie, les Simon, les Bourdeau, les Soury, les Beaudequin, les Périgord.

Dans l’organisation municipale, le maire était le principal agent de la commune ; il était chargé de l’administration locale et de la gestion des affaires, sous la surveillance des consuls et sous la direction des chefs de province. Le nom de maire vient du latin : m’ai0r ou major, parce que, dans les anciennes communes, ceux qui remplissaient ces fonctions étaient les plus âgés des membres du corps municipal.

Les maires ont aujourd’hui une juridiction bien plus étendue. Au moment de leur création, presque tous furent nommés à vie ; ce qui explique pourquoi, en 1708, on trouve sur les registres de la mairie de Rochechouart, un M. Gourseaud de la Jousseline, conseiller du roi, signant maire perpétuel. Le dernier maire de la ville, sous l’ancien régime, fut M. Gourseaud-Laumond.

Comme de nos jours, les magistrats municipaux ne recevaient aucune rétribution.

Avant 1721, lorsque avaient lieu les élections municipales, ou se réunissait à la maison de ville, vulgairement appelée le Communal ; elle était située près de la place, au-dessous de chez M. Marquet-Lavergne ; son petit jardin occupait l’emplacement du temple des protestants.

Les échevins furent institués en 1769 ; ils ont subsisté jusqu’à la révolution. Rochechouart était administré par un maire, deux échevins, six conseillers et quelques notables. Les échevins se nommaient aussi scabins, mot celtique qui signifie ceux qui siègent, les juges, les assesseurs. Nommés par le peuple, ils faisaient la police et avaient droit de requérir la force armée.

Les lieutenants de la séhéchaussée s’occupaient aussi d‘administration, de police, et en général de tout ce qui regardait l’ordre et la tranquillité publique.

La police de Rochechouart appartenait au vicomte, dont les prisons se trouvaient dans le donjon seigneurial. La ville avait aussi les siennes ; elles étaient au-dessus de la porte Bereau ; on y montait par un escalier en pierres. Cet édifice, très élevé, garni de fer, surmonté d’une girouette, indiquait une juridiction municipale. L’on voit, en effet, par un acte de 1475, que les consuls affermaient les amendes de la justice au profil de la commune ; qu’ils faisaient emprisonner pour crimes et fautes contre la police. Dans un procès-verbal de 1768, il est dit : « La tradition nous apprend que la ville avait une juridiction de police ; le nom d’amende, celui de sergent de ville, que nous trouvons employés dans des actes, comme aussi celui de greffier, la prison de ville, sur la porte Bereau ayant une girouette, la maison ou hôtel-de-ville, tout cela indique une juridiction, au moins de police, à l’instar de plusieurs autres villes. »

L’association municipale de Rochechouart n’avait point le pouvoir militaire ; il appartenait exclusivement au vicomte, auquel la châtellenie devait en temps de paix soixante hommes armés pour sa suite et sa garde. En temps de guerre, il levait des soldats selon les besoins.

Source : Rochechouart, histoire, légendes, archéologie.