Le juge de paix du canton d'Oradour était alors Pierre Ribière Desbordes, ci-devant juge sénéchal du comté. Il s'empressa d'obéir aux ordres du District : et le 8 juin 1792, à dix heures du matin, onze témoins vinrent déposer devant lui : son greffier, Me Laurent, écrivit leurs dépositions, que nous résumons.

M. de Lavergne aurait dit :

Que les membres de l'Assemblée nationale étaient tous de la foutute canaille.

Qu'il se foutait de la garde nationale d'Oradour.

Qu'il se foutait des Municipalités, des Districts, des Départements ; qu'il n'avait pour payer deux sacs d'avoine que de foutu papier.

Qu'on avait établi des maires, des municipalités, que tout était de la gueusaille, que nous avions sept couronnes contre nous, que la France serait prise aussi facilement qu'une nichée d'oiseaux.

Que le Département de la Haute Vienne séant à Limoges était un tas de gueux et de fripons, qu'ils nous volaient comme font les voleurs au coin d'un chemin.

Que les membres de l'Assemblée nationale nous ruinaient tous, qu'ils faisaient des dépenses considérables, que les premiers n'avaient pas rendu de comptes, que leurs successeurs en feraient autant.

Que la municipalité de Cussac était de la race des chiens.

Qu'on lui avait porté un quart en sus des terrains qu'il possédait, qu'il se laisserait imposer, et que si quelqu'un venait lui demander de l'argent, qu'il lui foutrait deux balles dans le crâne et foutrait son camp. Il s'étonnait que quelqu'un voulût aller au secours de la nation, que si on pensait comme lui on n'irait pas. vu qu'on les conduisait à la boucherie.

Le 6 juillet suivant, onze autres témoins, assignés par l'huissier Pallier, déposèrent encore :

Que les commissaires qui avaient fait la répartition des impôts étaient de la race des chiens.

Que les assignats étaient une pauvre drogue.

Que, la veille des Rameaux, il avait dit que le 24 juin il y aurait des chapeaux de reste.

Qu'on prendrait les Français de la même manière qu'on prend une nichée d'oiseaux dans une haie.

Que les gardes nationales, les maires, tout cela était de la foutraille, de la gueusaille, des Jean foutre.

Source : Monographie du château du Puy, d'Etienne Rayet.