Les deux cloches sonnent à toute volée ; la croix sort de l'église portée par Jean Pénifaure de la Barbarie, et suivie par la bannière de la Sainte-Vierge, confiée aux jeunes filles du bourg et des villages, réunies en une confrérie de la Vierge.

La bannière de la confrérie du Saint-Sacrement apparaît, tenue par Laurent Andrieux, du village de Parade, qui a payé cet honneur une livre six sols; les confrères et les sœurs suivent en longue file, portant les flambeaux achetés à Limoges chez Mlle Poncé. Le rov Léonard Pruniaud, du village de la Tronchèze, accompagné du dauphin Pierre Valéron de Puymoreau, et de la dauphine Jeanne de la Brunie, du village de Parade ; les deux bayles, le sieur Jean Mandon de Forgeas et le sieur Léonard Faure du Caillau, précédent le dais porté par MM. Pierre Longeaud sieur de Charbonnières, Pierre Lathière, Martial Morlon Mazenty sieur de la Côte, Gabriel Parquet sieur de la Morelle.

Derrière le dais marchent les marguillers, les syndics fabriqueurs, le juge sénéchal M. François Jude de Larivière, le procureur fiscal Me Jean Rebière sieur de Morinas, peut-être aussi Mgr François-Annet de Coustin, marquis de Masnadaud, comte d'Oradour, seigneur de Blanac, de Boucheron et de Saint-Bazile, s'il était de passage en son château du Boucheron, pour entendre les comptes de son fermier M. Gabriel Hebière sieur de Larivière, bourgeois, avocat et juge sénéchal de Cussac et de Saint-Mathieu.

Tous ont leurs plus belles tenues des dimanches. Les paysans portent l'habit bleu, coupé à la mode du temps par le tailleur du village, l'étoffe en a été fabriquée à la maillerie de la Monneraie avec la laine de leurs brebis, filée par leurs femmes et leurs filles ; leurs culottes sont du même drap ainsi que le gilet ; leurs bas de laine brune ou grise sont fixés à la culotte par un large galon servant de jarretière. Ils traînent aux pieds leurs lourds sabots en bois de noyer. Leurs cheveux longs retombent sur le collet de l'habit, leurs chapeaux à larges bords, en feutre noir et roide comme une planche, reposent, pour la circonstance, à l'extrémité du long bâton de chêne ou d'aubépine bruni au feu, qu'ils ont fixé à la main gauche par un lien de cuir ; ces chapeaux ont été faits à Oradour chez Gabriel Faure, ou à la Maurie chez Pierre Arnaud ou chez J. Ileyraud, chapelier au village de Chez-Blancher. Les femmes ont des jupes coupées dans la même pièce de drap que les habits et culottes de leurs maris, des corsages ou brassières du même, par dessus de petits fichus ou coulets, blancs ou à grands ramages rouges et jaunes, croisant sur la poitrine; des tabliers de cotonnade bleue ou de bure grossière, appelés davantières, sont attachés autour de la taille ; leurs cheveux sont entièrement cachés sous des coiffes en toile blanche et même quelquefois écrue, toujours très simples et de peu d'effet.

Messieurs les bourgeois sont bien un peu plus élégants. C'est le maître tailleur du bourg, Jean de la Côte, qui a confectionné leurs beaux habits en fin drap marron ou canelle, ou puce, ou bleu ; quelques-uns ont l'habit en cadis noir ou brun, et sous l'habit est la veste de ras de Maroc, ou de cadis, ou de carlatte, bordée d'un petit galon d'or, ou de toile grise bordée d'une petite dentelle en argent avec boutons en fil d'argent. Le sieur Martial Mandon de La Gasne, bourgeois et marchand aux Petites Brégères, est allé acheter ces belles choses fort loin, à Bordeaux ou à Rouen. Des boucles d'argent, avec ardillons d'acier, fixent les bas de fil et la culotte de drap de Rouen, ou de ras, ou de cadis bleu ; d'autres boucles d'argent ornent les souliers. Les cheveux longs sont liés derrière la tête avec un ruban suivant la mode du XVIIe siècle, car la mode vient à Oradour comme partout, lentement peut-être, mais elle y vient.

Les dames de Messieurs les bourgeois, ou plutôt les demoiselles, comme on disait alors en parlant des bourgeoises, ne sont point toutes dépourvues de quelque petite coquetterie honnête ; les femmes ont su être gracieuses en tous les temps et sous tous les costumes que leur ont faits les fantaisies de la mode. Elles ont, en l'année 1735, de belles robes de siamoise, ou d'indienne bleue, à raies ou à manches, par dessus la robe elles portent des mantes d'étamine et de mousseline dans les beaux jours, ou des mantelets d'indienne avec de petits tabliers de coton ou de mousseline attachés autour de la taille. Des coiffes blanches, à grands tuyaux, couvrent la tête et encadrent la figure...

Source : Monographie d'Oradour-sur-Vayres, d'Etienne Rayet.