Yrieix Chouly de Permangle, né à Saint-Yrieix vers 1604, était fils de Paul de Chouly, sieur de Permangle et de Montchaty, et de Françoise de Gentils.

Son aïeul paternel, Yrieix Chouly, sieur de Montchaty, élu pour le roi en l'élection du Limousin, fut le premier maire de la ville de Saint-Yrieix, en 1565.

Lors de la recherche de la noblesse, en 1666, d'Aguesseau, intendant de la généralité de Limoges, avait rendu un jugement de maintenue, en faveur de cette famille, sur une preuve de six générations.

Les armoiries de cette famille étaient : d'or à une fasce d'argent surmontée de trois.fleurs de pavot de même et une feuille de châtaigner d'or en pointe.

Permangle débuta dans la vie militaire sous le règne, de Louis XIII, à l'âge de 16 ou 17 ans ; l'an 1621, il entra dans la carrière des armes, où il devait rester pendant 55 ans, c'est-à-dire jusqu'en 1676.

Au mois de mai 1621, les protestants ou religionnaires se révoltèrent contre l'autorité royale dans le Languedoc et la Haute-Guienne : ils avaient pour chefs principaux le duc de Rohan et son frère le duc de Soubise. Louis XIII entra en campagne, ayant avec lui le duc de Luynes et plusieurs seigneurs. Vers la fin de mai, il assiégea la ville de Saint-Jean-d'Angély, où commandait le duc de Soubise, et l'obligea de se rendre le 26 juin. C'est à ce siège que Permangle fit ses premières armes et signala sa valeur.

Le 18 août, Louis XIII investit Montauban, dont le siège dura trois mois sans succès. Le roi leva le siège le 18 novembre avec une perte de huit mille hommes et de plusieurs officiers de distinction. Dans ce siège, Permangle donna des preuves de bravoure qui lui méritèrent les faveurs du roi.

Quelques années plus tard, le siège de la Rochelle, un des plus célèbres dont l'histoire fasse mention, commença le 10 août 1627, et dura jusqu'au 28 octobre de l'année suivante; Permangle se distingua dans le siège de cette ville, comme il l'avait fait dans les sièges précédents.

Après avoir fait ses preuves sous le règne de Louis XIII, Permangle devait se distinguer sous la minorité de Louis XIV, pendant les guerres de la Fronde, et s'associer plus tard aux victoires de Louis-le-Grand.

Vers 1650, il fut fait maréchal des logis de la compagnie des deux cents chevau-légers de la garde ordinaire du roi ; et le cardinal Mazarin, représentant à la reine l'importance de cette charge, elle lui répondit « qu'elle n'appréhendait rien pour cette compagnie, tant que Permangle serait à sa tête ». En effet, il la commanda avec gloire pendant plus de vingt-cinq campagnes.

Louis XIV fut déclaré majeur le 7 septembre 1651. Sur la fin de ce mois, le prince de Condé prit les armes, et commença la guerre civile. Maître de tous les postes le long de la Charente jusqu'à Angoulême, il mil le siège devant Cognac ; mais le comte d'Harcourt, qui commandait l'armée du roi, vint au secours de cette place et fit lever le siège. Permangle se distingua dans cette rencontre, et à Saint-Andreas ou Saint-André de Cubzac, près de Bordeaux, il battit Balthasar et fit prisonnier le chef de l'armée ennemie.

Le 2 juillet 1652, dans la journée du faubourg Saint-Antoine, à Paris, la bravoure et l'intrépidité du prince de Condé échouèrent contre la sagesse de Turenne. Permangle se signala dans cette rencontre : à la tête de sa compagnie d'élite, il combattit vaillamment, soutenant le régiment des gardes françaises ; et, avec ce régiment, il força les barricades des Lorrains et des Espagnols, qu'il contraignit de se sauver avec désordre dans Paris.

Deux ans plus tard, Permangle fut associé aux triomphes de l'armée française. En 1672, le 6 avril, Louis XIV déclara la guerre aux Hollandais, desquels il avait reçu plusieurs sujets de mécontentement. Permangle se distingua dans cette guerre. Au passage du Rhin, le 12 juin, il fit preuve de dévouement et de courage. Malgré son âge avancé — il avait plus de soixante-dix ans — il se jeta hardiment au milieu du fleuve, méprisant et la rapidité du courant, et le nombre des ennemis, qu'il mit en déroute en arrivant sur l'autre rive du fleuve. Le roi, « que Sa Grandeur attachait au rivage », le voyant s'élancer et combattre, le proposa pour modèle aux autres officiers de son armée et résolut de le récompenser.

Louis XIV avait donné à la compagnie de Permangle son premier étendard avec la représentation du soleil, et au-dessous celte devise : Nec pluribus impar. Les Hollandais opposèrent à l'étendard et à la devise du roi un drapeau où était représenté Josué arrêtant le soleil avec cette devise : Sol, sta ! soleil, arrête-toi !

Au mois de juin 1673, Louis XIV se mit en campagne et fit le siège de Maëstricht : après 14 jours de tranchée, le 30 juin, il se rendit maître de cette place. Permangle, déployant son étendard où figurait le soleil, alla affronter la mort sous les murs de cette place. Etant à la tranchée, il reçut une blessure à la tête, et quoique il versât beaucoup de sang, il ne se retira de son poste que sur l'ordre du roi, qui le fit visiter dans sa tente par ses propres chirurgiens.

Il suivit le roi victorieux dans la conquête de la Franche-Comté (1674) et du duché de Limbourg (1675).

Après cinquante-cinq ans de services militaires sous le règne de Louis XIII et sous celui de Louis XIV, après avoir commandé la garde du roi pendant vingt-cinq campagnes, Permangle avait droit à la retraite.

Le roi, par lettres patentes datées de Saint-Germain-en-Laye, le 2 janvier 1676, donna à Permangle, pour le récompenser de ses services, le gouvernement de la ville et de la cité de Limoges. Dans la lettre que Louis XIV écrivit à ce sujet aux consuls de Limoges, il s'exprimait ainsi :

« Chers et bien amés. Les bons et agréables services que notre cher et bien amé Chouly, sieur de Permangle, a rendus au feu Roy de glorieuse mémoire, notre très honoré seigneur et père, et à nous, pendant cinquante-cinq années, tant dedans que dehors notre royaume, nous ayant convié luy donner des marques publiques et honorables de l'entière satisfaction que nous en avons reçue, nous avons créé et établi en sa faveur un gouvernement dans notre ville de Limoges, et voulant qu'il jouisse de tous les droits, privilèges, prérogatives et prééminences qui sont attachés à cette dignité,

Nous vous mandons et ordonnons de reconnaître le dit sieur de Permangle en la susdite qualité de gouverneur de notre ville et cité de Limoges. »

Permangle fut installé gouverneur de la ville et cité de Limoges le 30 août 1676, dans la grande salle de l'Hôtel-de-Ville.

Les lettres patentes de Louis XIV commencent ainsi :

« Louis, par la grâce de Dieu, Roy de France et dé Navare, à tous ceux qui ces présentes lettres verront, salut. Ayant jugé à propos pour le bien de nostre service et l'avantage particulier des habitans de nostre ville et cité de Limoges, d'y establir dores en avant un gouverneur, nous nous portons d'autant plus volontiers a créer et a establir ce gouvernement en faveur du sieur de Permangle, maréchal des logis de la compagnie des deux cents chevau-légers de nostre garde, que, ayant une connaissance plus particulière de son courage et de son expérience au fait des armes dont il nous a donné des preuves glorieuses en plusieurs occasions importantes, nous avons lieu d'espérer qu'il nous servira dans ce gouvernement avec la mesme satisfaction qu'il a faict jusques a présent dans les divers emplois que nous lui avons confiés dans la guerre, etc. »

Permangle ne jouit que pendant trois ans de son titre de gouverneur de Limoges ; il mourut au château de Brie, commune de Champagnac, dans les premiers jours de janvier 1676. Le père Bonaventure nous a laissé des détails édifiants sur la mort chrétienne de ce vaillant soldat, qu'il a puisés sans doute dans l'oraison funèbre du père Séraphin Avril...

« Etant malade, il prit congé de sa femme, la consola de cet accident, se prépara à la mort, qu'il accepta de bon cœur, et appela un confesseur, sans qu'on l'y exhortât, se confessa avec, des marques visibles de l'amertume de son coeur, tenait sans cesse le crucifix, et quand on voulait le lui ôter, il disait : « Laissez-moi l'image de mon Dieu, dont la mort fait toute mon espérance. » Il reçut ensuite le viatique et l'extrême-onction, avec de grands sentiments d'humilité et de respect, qui tiraient des larmes des yeux de tous les assistants. Il faisait ensuite des actes d'espérance en la miséricorde de Dieu, du mépris des choses du monde, et du désir de voir Dieu ; et parmi ces saintes affections, il expira pour aller dans le séjour de la gloire ».

Cette mort rappelle celle du grand Condé qui disait avant de rendre le dernier soupir : « Nous verrons Dieu tel qu'il est, face à face : videbimus eum sicuti est, facie ad faciem.

Le père Séraphin Avril, des Augustins de Limoges, prononça l'oraison funèbre de Permangle le 10 février 1679, dans l'église de Saint-Pierre- du-Queyroix, en présence de l'évêque de Limoges (De Lascaris-Durfé), de l'intendant de la province, de Messieurs du présidial et des Consuls.

Nous lisons dans les Registres consulaires :

« Après notre nomination au consulat, nous apprîmes au mois de janvier 1679 la mort de Monsieur de Permangle, gouverneur de cette ville, décédé en son chasteau de Brie en Poitou, ce qui nous obligea d'envoyer devers Madame sa veuve un capitaine delà maison de ville avec des lettres de nostre part pour luy témoigner nostre déplaisir, et luy marquer l'intention que nous avions de luy faire faire un service dans l'église de Sainct-Pierre, afin qu'elle nous marquât le temps que ses parens voudroient se rendre en cette ville, dont elle nous remercia par la réponse qu'elle nous fit écrire.

Dudepuis, le jour de ce service ayant été pris au dixième février, et le sieur de Montchasty, frère du défunt, s'estant rendu en cette ville, ensemble ses enfants et le sieur de Sauveboeuf, son gendre, on fit dire une messe de Requiem avec une oraison funèbre dans l'église de Sainct-Pierre, qu'on avait faict tendre de deuil avee des escussons aux armes du deffunct, et beaucoup de cierges. Monsieur l'évêque de Limoges (Louis de Lascaris d'Urfé) y assista, ensemble Mr de Bezons, nostre Intendant, Messieurs du présidial et nous. On se seroit assemblé dans l'hostel de ville, selon la coutume, pour marcher de là en cérémonie à la dite église ; mais le grand hiver qu'il fit cette année ayant causé des glaces dans toutes les rues, où il était dangereux de marcher, on s'assembla dans la maison de Mr le curé de Sainct-Pierre, qui dict la messe, et on en sortit, savoir : Monsieur de Limoges, le premier, qui se mit à la place du curé; puis le dict sieur de Monchâti ; Monsieur l'intendant, Mr le président et Mr le prévost consul, et ensuite un parent, un officier du présidial et un consul. Le père Avril, Augustin, fict l'oraison funèbre ».

Le 14 mars suivant (1679), le P. Boniface Peyron, prieur du couvent des Augustins de Limoges, prononça dans l'église de Champagnac l'oraison funèbre de Messire Yrieix Choully de Permangle, maréchal des logis de la compagnie de deux cents chevau-légers de la garde ordinaire de Sa Majesté, gouverneur de la ville et cité de Limoges, devant le marquis de Sauveboeuf, neveu par sa femme de l'illustre défunt. Le château de Brie, où mourut Permangle, est situé dans la paroisse de Champagnac.

Yrieix Chouly, sieur de Permangle, avait épousé, par contrat du 11 janvier 1639, Anne de Saint-Mathieu; il est probable qu'il n'y eut pas d'enfants de ce mariage : car nous voyons, après sa mort, son neveu Yrieix-Julien, propriétaire de toutes ses seigneuries.

Yrieix de Chouly était chevalier, seigneur de Montchaty et de Permangle de son chef, de Puymoreau par sa femme, de Brie et de Champagnac par acquisition, et outre le titre de maréchal des logis de la compagnie de deux cents chevau-légers de la garde ordinaire de Sa Majesté, il était aide des camps et armées du roi, et son conseiller et maître d'hôtel ordinaire.

(Bulletin de la Société archéologique et historique du Limousin, 1894)