Le 15, à Bühl, où l'on séjourne trois semaines. C’est pendant cette période d'inaction que le vicomte, fatigué de son oisiveté, s’avise d'un fâcheux coup de tête. Il passe le fleuve avec soixante hommes, vers onze heures du soir, arrive en France tout à fait à l'improviste, se porte dans un village où il existait un club de jacobins, enlève les membres du club, le maire patriote du pays, et revient avec ses prisonniers.

Il laisse pour adieu des vers royalistes dans le corps de garde.

Cette aventure ne fut pas approuvée par le prince de Condé; il la raconte ainsi au duc de Bourbon :

« 22 août 1792,

Mirabeau m’a fait une équipée pour laquelle je l'ai destitué du commandement de son poste et mis aux arrêts dont il n’est sorti qu'aujourd’hui. Imaginez-vous que, contre mes ordres, il a passé le Rhin une nuit avec les hommes, a tué deux sentinelles, ramené des prisonniers sans avoir essuyé un coup de fusil.

On ne peut s’empêcher de dire que cela est vigoureux et que cela prouve comme ces gens se gardent. Je ne l‘ai pas moins puni comme je le devais, pour manque de subordination. C’est un brave homme, mais une tête bien dangereuse. »

L’armée de Condé continuait à rester dans l’inaction, cependant un nouveau passage sur la rive gauche du Rhin se préparait, une partie de l’armée devait traverser sur le pont de Rheinfeld et le reste avec des bateaux en dessous de Lauterbourg.

Source : Le vicomte de Mirabeau, dit Mirabeau-Tonneau (1754-1792), d'Eugène Berger.