Un fils de Philippe Corgnol, Isaac, avait épousé, en 1656, demoiselle Marie de Lubersac, fille de Charles, sieur de Glanges, en la paroisse de Jauldes (1). Il habite le lieu de Glanges et en prend le nom (2). Nous voyons, en 1673, Philippe, fils de cet Isaac, faire sa demeure au lieu noble des Touches, paroisse d’Anais (3), sans doute à la suite de son mariage avec Charlotte Martinaud. En 1727, François Corgnol, écuyer, sieur de Glanges, fils de Philippe, épouse demoiselle Marie Guy, fille de défunt Pierre Guy, procureur au présidial d'Angoumois, et c'est ainsi, semble t-il, qu'il devient propriétaire du domaine de Sillac, paroisse de Saint-Martin sous Angoulême (4). Son fils Louis épouse Suzanne Pasquet, fille du seigneur de La Robinière, paroisse de Vilhonneur (5). Il meurt laissant ses enfants encore mineurs, sans qu'aucun partage ait été fait des domaines de La Touche (ou Les Touches), de Fougère, paroisse de Saint-Angeau, ni de Sillac, paroisse de Saint-Martin. Le fils de ce dernier, autre Louis, épouse, le 26 janvier 1764, Marie-Rose Grant de Luxolière de Bellussière; il achète, en 1776, le fief de Rochebertier, paroisse de Vilhonneur, dont il héritait pour partie du chef de sa grand’mère; il est encore, en 1784 (6), à Sillac, avec ses soeurs; puis il va demeurer à Rochebertier, laissant Sillac à ses deux sœurs, Suzanne et Marie Corgnol.

Au moment où survient la Révolution, Louis Corgnol est mort; il a laissé, avec sa veuve, un fils, qui émigre, et cinq filles. Les deux soeurs, à Sillac, la veuve et ses filles, à Rochebertier, tiennent tête à la Révolution. Comme re présentant l'émigré, la nation vient en partage dans les domaines de Sillac, Rochebertier, La Touche, Fougère; les propriétaires sont constituées séquestres; en l'an IX, elles en seront encore à solliciter un partage défini tif qui mette fin aux mesures administratives, en même temps qu'aux « rapines du peuple voisin, enhardi par cette longue indivision ». Mais rien n'abat ces femmes énergiques, qui résistent pied à pied aux commissaires et experts venant faire les inventaires, récolements, estimations, vérifications des fruits perçus. Nous relevons de curieux renseignements dans le procès-verbal de la séance où la veuve et quatre de ses filles se présentent devant l'administration municipale de Montbron, le 27 ventôse an VI, pour obtenir leurs certificats de non-émigration; au bas de ces certificats doivent figurer leur âge avec leur signalement, notamment l'indication de leur taille :
Marie-Rose Grant, veuve Corgnol, âgée de cinquante trois ans, taille d'environ cinq pieds;
Suzanne Corgnol, épouse du citoyen Ruffray, âgée de vingt-cinq ans, taille cinq pieds;
Madeleine Corgnol, âgée de vingt-quatre ans, taille cinq pieds un pouce;
Marie Corgnol, âgée de vingt et un ans, taille cinq pieds;
Suzanne-Élisabeth Corgnol, âgée de dix-sept ans, taille cinq pieds deux pouces.
Enfin, l'émigré revint, mais il ne lui naquit que des filles.

Il faut remarquer ici que le mobilier de la famille de Corgnol est demeuré fort modeste : point de sièges en tapisserie, encore moins de carrosse, soit à Sillac, soit à La Touche, soit à Rochebertier. À Sillac, quand les délégués de l'administration du district viennent faire inventaire et apposer les scellés, « étant entrés dans une petite salle ouvrant sur la cour, ils trouvent un vieux buffet fait de bois de noyer, onze chaises, dont six en bois de cerisier, un fauteuil, le tout garni de jonc ». Au-dessus de la salle à manger, voici l'ameublement de la principale chambre : « bois de lit à la duchesse, le devant en siamoise moirée, les rideaux de vieille étoffe verte », etc.; — puis la cuisine, et c'est tout. À La Touche, « au rez-de-chaussée, une table, de mauvaises chaises, des lits », et ainsi de suite. À Rochebertier, c'est un vrai « château » où l'on entre. Qu'y trouve-t-on ? Dans « l'appartement appelé salon, qui a vue sur le jardin, deux tables et un pliant qui sert à les supporter toutes deux, et sept chaises garnies de jonc; un mauvais buffet sur lequel il s'est trouvé six bouteilles de verre, douze gobelets, deux carafes et deux pots à eau, le tout estimé, y compris le buffet, 6 livres; ouverture duquel ayant été faite, il s'y est trouvé quatre douzaines d'assiettes, une douzaine de plats de faïence de différentes façons, cuillères d'étain, fourchettes de fer; — autre salon qui a également vue sur le jardin : mauvaise table « à cadril » et dix-sept chaises garnies de jonc ; — chambre haute qui prend jour sur la cour et sur le jardin : une table « à cadril », six chaises garnies de jonc, deux lits à la duchesse anciens, avec rideaux d'indienne », et ainsi de suite (7). Dans l'écurie, outre quatre bœufs; cochons et brebis, deux vieux chevaux, l'un blanc et l'autre bai, estimés, avec une selle, leurs brides et licols, le tout 60#. Voilà l'équipage de l'ancien seigneur de Rochebertier.

Notes :

(1) 1656, 13 avril, présidial, insinuations, 1653-1659, folio 106, recto.
(2) 1673, 26 juin, minutes de D. Cladier.
(3) Ibid.
(4) 1727, 11 juillet, minutes de Filhon.
(5) Archives départementales, fonds des familles. Les renseigne ments qui suivent sur les dernièrs représentants de la maison de Corgnol sont puisés dans ce fonds.
(6) 28 juillet, minutes de Mallat.
(7) « Aux XVIIe et XVIIIe siècles, le luxe dans l'ameublement ne dis tinguait point, d'ordinaire, la demeure seigneuriale de la maison du bourgeois. De nombreux inventaires de mobiliers, ceux des châteaux de Balzac, de La Bréchenie, de La Chétardie, par exemple, ne donneraient que des déceptions aux amateurs qui y chercheraient des meubles dont la richesse fut en rapport avec la situation des propriétaires. »

Source : La seigneurie de Magné, de Daniel Touzaud.