29 février 2020

Une épitaphe au cimetière de La Rochefoucauld

Ci-gît.... Pierre-Paul Pintaud.... Né à La Rochefoucauld le 25 juillet 1800 et décédé dans cette ville le 21 juin 1859.... Homme de foi et de charité.... Il n'eut qu'une ambition : servir le Seigneur, consoler les pauvres et faire le bonheur de sa femme et de sa fille.... Fier de caractère mais humble de cœur, pauvre mais généreux, sévère pour lui-même mais indulgent pour les autres, il vécut honoré, aimé des hommes, et mourut béni de Dieu.... Que son âme repose en paix !!!

Note : Directeur du collège de La Rochefoucauld. Mari de Louise-Wilhelmine-Jeanne de Lambertye et père de Marie-Joséphine-Alexandrine Pintaud, inhumées également au cimetière de La Rochefoucauld.

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Deux gentilshommes de Trois-Palis

À Trois-Palis, le 23 juin 1653, Louis de Villoutreys, écuyer, seigneur de Rochecorail fut provoqué en duel par François de Nogerée, écuyer, sieur de la Fillière, demeurant au lieu dit de la Breuillerie, paroisse de Trois-Palis. C’était veille de Saint-Jean, et des villages voisins beaucoup de paysans étaient venus « au lieu de Rochecorail pour assister au feu que l’on avait coutume d’y faire tous les ans ». Le seigneur de Rochecorail avait aussi invité des amis, châtelains du voisinage. La fête était commencée quand Jean Blandeau, métayer du sieur de la Fillière, arriva à Rochecorail. Il n’y venait point à cause du feu de Saint-Jean. Plusieurs paysans le virent « tout effrayé, leur disant qu’il avait un billet du sieur de la Fillière son maître, pour donner au seigneur de Rochecorail, mais qu’il appréhendait d’être battu ». L’un des paysans alla prévenir le seigneur de Rochecorail qui pris le billet et commença à le lire. Survint alors un des invités, Hélie de Saint-Hermine, qui prit à son tour le billet et fit lecture de son contenu à haute voix : « Ayant appris que vous seriez d’humeur à me satisfaire si je vous marquais un lieu, je vous envoie ce billet pour vous dire que je vous attendrai demain matin, jusqes à huit heures, au grand bois entre Maillou et La Chapelle, en faisant semblant de chasser, sans aucun valet, ni personne. Et je vous le dis afin que vous en soyez averti ». Le billet, signé de La Fillière, passa de main en main et finit par rester entre celles du curé de Trois-Palis qui le rendit un peu plus tard à son auteur, « le blâmant de l’avoir écrit et signé de sa main ».

Le seigneur de Rochecorail, dés que la lecture du billet fut achevée, déclara « tout haut qu’il ne voulait point se battre », ce qui n’empêcha pas le sieur de la Fillière de se trouver au rendez-vous fixé puisque, à des témoins qui se trouvèrent à passer, il dit « qu’il venait de se promener d’un lieu où il croyait trouver des personnes qui n’étaient pas venues ».

On ne procéda à l’audition du sieur de la Fillière que le 6 mai 1659, presque un an après l’évènement. Il « fit dénégation » de tout ce qu’on lui reprochait. Et pour essayer de se disculper, il dit que « depuis le temps, le seigneur de Rochecorail avait bu et mangé souventes fois en sa maison, au lieu de la Breuillerie, et que s’il lui avait écrit, c’était des lettres de civilité ». Il était en effet en possible que les deux se soient brouillés, réconciliés, puis à nouveau brouillés. Les juges condamnèrent le sieur de la Fillière à cause de cet appel en duel, mais lui donnèrent raison dans un autre procès que lui fit, à la même époque, le seigneur de Rochecorail à propos du logement des gens de guerre. Ils donnaient ainsi satisfaction à l’un comme à l’autre, en les ménageant tous les deux. Par contre ils ne ménagèrent guère le pauvre métayer dont le seul crime avait été de porter les lettres de son maître. Pouvait-il faire autrement ? La sentence fut rendue le 31 mai 1659. Le sieur de la Fillière fut condamné à six mois de prison. Le métayer, au lieu d’être banni de la province pour trois ans, comme le demandait le procureur du Roi, fut condamné à être « battu et fustigé de verges par l’exécuteur de la haute justice, par les carrefours d’Angoulême et marqué d’un fer chaud en forme de fleur de lys sur l’épaule droite ».

Source : Emotions populaires en Angoumois, de Gabriel Delâge.

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Le marquisat de Ruffec en 1682

Le marquisat de Ruffec était un bien propre d'Eléonore de Volvire, marquise de Châteauneuf, grand-mère maternelle de Saint-Simon. Souhaitant que ce bien reste dans sa famille et voulant éviter qu'il ne tombe entre les mains de son fils aîné Charles de Laubépine qui, âgé de 46 ans, avait dilapidé tous les biens que ses parents lui avaient donnés à l'occasion de son mariage en 1665, Eléonore de Volvire vend le marquisat de Ruffec à la duchesse de Saint-Simon sa fille, seule de ses enfants en mesure, grâce aux revenus du duc Claude son époux, de faire face à une dépense de cette importance. La vente est signée le 14 septembre 1682 pour un prix de 500.000 livres, dont 50.000 réglées comptant, la duchesse de Saint-Simon s'engageant à payer à ses frères et soeur ce qui leur revenait du prix du marquisat. Cette opération obérera gravement les finances de la duchesse, qui y consacra le plus clair de ses revenus, et celles de son fils ; en effet, quand ce dernier est mort en 1755, il n'était encore pas parvenu à se libérer entièrement de ses dettes à cet égard.

Selon l'acte de vente de 1682, le marquisat réunissait les biens et fiefs suivants :

— le marquisat de Ruffec proprement dit, avec le château et forteresse de Ruffec et ses dépendances, jardins, prairies, moulins, parc et bois de haute futaie.

— les baronnies d'Aizie, d'Empuré et de Martreuil.

— le fief de La Touche de Civray et autres fiefs réunis au marquisat, consistant en :
- la ville et les faubourgs de Ruffec ;
- les paroisses du Vieil-Ruffec, de Mantardon, Saint-Gervais, Lovigné, Bioussac, Condac, Taizé-Aizie, des Adjots et Putreuil son annexe, de Montalembert, Londigny, Saint-Martin du Clocher, Bernac, La Faye, Villegast, Salles, Raix, Villefaignant en partie, Brette, Empuré, Ambourie, Theil-Rabier, Pioussay, Bouin, Hanc, Montjean, Paizay-Naudouin, Longré, La Madeleine, La Forêt de Tessé, Charmé, Lonnes et autres.

— les droits de justice haute, moyenne et basse, de fours à ban, de poids à peser, de vigerie, de visite-bouchon, de travers et péage, de minage, de paumée de sel, de poterie, de languéage, de ban à vin, de guet, de fenestrage et garde, de ban et de corvées.

Le marquisat de Ruffec assurait à Saint-Simon un revenu de 23.000 livres, dont 5.000 provenaient des forges qu'il avait fait construire à Taizé-Aizie en 1731. Le tout fut revendu 660.000 livres à Charles François comte de Broglie, ci-devant ambassadeur de Sa Majesté auprès du roi de Pologne, et à Louise Auguste de Montmorency son épouse, par acte du 6 décembre 1762.

(Cahiers Saint-Simon, 1994)

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Une lettre de Philippe de Volvire

Lettre inédite de Philippe de Volvire, baron de Ruffec, à Charles de Bremond, baron d'Ars, 12 septembre 1582.

Philippe de Volvire, baron de Ruffec, l'un des capitaines les plus distingués d’Angoumois, était fils de René et de Catherine de Montauban, dame du Bois de la Roche en Bretagne, et petit-fils de François de Volvire, baron de Ruffec, et de Françoise d'Amboise. Il avait pris part, comme capitaine d'une compagnie de cinquante bommes d'ordonnance du Roi, à toutes les guerres de cette époque. Il s'était signalé à la défense de Poitiers, en 1569, conjointement avec le baron d'Ars, alors lieutenant de sa compagnie. Plus tard, il fut lieutenant général de Saintonge et d'Angoumois.

« Sous son gouvernement, d'après des mémoires domestiques, les habitants d'Angoulême se trouvèrent si heureux, qu'après sa mort (arrivée le 6 janvier 1586) ayant été inhumé dans sa terre de Ruffec, ils le firent exhumer et enterrer en grande pompe dans la cathédrale d'Angoulême. » Il avait été sur le point d'être nommé Maréchal de France, et sut chevalier des ordres du Roi, le 31 décembre 1582.

Il laissa quatre enfants de son mariage avec Anne de Daillon, soeur du comte du Lude, gouverneur du Poitou : l'ainé, Philippe, dont la terre de Ruffec fut érigée en Marquisat en sa faveur en janvier 1588, n'eut pour unique héritière qu'Eléonore de Volvire, née de son mariage avec Aymeric de Rochechouart, laquelle porta la terre de Ruffec en 1631 à son époux François de l'Aubespine, marquis de Châteauneuf.

La lettre suivante est assez curieuse, d'abord par son ancienneté - 328 ans - et par les détails familiers qu'elle donne. M. de Ruffec appelle M. d'Ars son compère, ayant été le parrain du second fils de celui-ci, Philippe de Bremond, auteur de la branche des seigneurs de Céré, de Vernoux, de Lusseray, qui s'est fixée en Poitou. Philippe de Bremond avait épousé, en 1598, Françoise Géraud, dame de Fregenoux, de Voulgezac, fille de Guy, et de Jeanne Green de Saint Marsault, d'une très ancienne famille d'Angoulême; son oncle Jacques Géraud, avait été, en 1575, che valier de St-Jean de Jérusalem.

A Monsieur d'Ars (1)

Mon Compère,

Depuis les miennes dernières, jay receu des lettres de. Monsieur le Mareschal de Matignon (2) mon frère, lequel continue à me faire instance et prier affectueusement de luy faire recouvrer du gland de chaigne verd, à quoy je vous prie bien fort vouloir mettre à bon essiant la main et faire en sorte que le Gruyer de Coignac nous en fasse garder et serrer demye douzaine de bonnes charges lorsqu'il sera temps de le serrer et amasser. Belliard (3) a esté débouté de son opposition qui sont de très mau vaises nouvelles pour luy ; son grand amy, le sieur de Fors (4) s'est laissé mourir, c'est doumage que cela ne luy est advenu il y a vingt ans. Follipe (5) se porte bien en sa groisse. C'est tout ce que je sçay digne de vous estre mandé, sinon que jay ung bon autour, car il volle toutes les perdrix qui se présentent à luy jusques au bout comme feroit ung Faulcon. En cest endroit je me vays très affectueusement recommander à voustre bonne grâce, priant le Créateur, mon compère, vous vouloir donner, en parfaicte santé, heureuse et contente vye.

A Ruffec, ce Xlse de septembre 1582. Vostre à jamais bien obéissant bon compère et plus
· affectionné amy.

RUFFEC.

Notes :

1. Charles de Bremond, baron d'Ars, né en 1538, mort en 1596.

2. Jacques de Goyon Matignon, Maréchal de France, chevalier des ordres, né en 1531, mort en 1597, était beau-frère du baron de Ruffec, comme époux de Françoise de Daillon, soeur de Madame de Ruffec, Anne de Daillon, filles de Jean, sénéchal d'Anjou, puis gouverneur de Poitou et de Guienno, et d’Anne de Bastarnay.

3. Belliard est peut-être le même que maitre Hélie Belliard, l'un des signataires du contrat de mariage passé, par devant Ratier, notaire royal, au château de Montguyon, le 3 novembre 1600, entre Josias de Bremond, baron d'Ars, fils de feu Charles, chevalier de l'Ordre du Roi, lieutenant général pour Sa Majesté des pays de Saintonge et d'Angoumois, et de Louise d'Albin de Valsergues, — et Marie de la Rochefoucauld, fille de feu François, seigneur de Montendre et de Montguyon. Hélie Belliard est qualifié à cette date. « naguères conseiller du Roi et son lieutenant au siège de Coignac, et demeurant de présent en la ville d'Angoulème. »

4. Le sieur de Fors est Charles Poussard, seigneur de Fors, de Saint-Brice, près Cognac, et gouverneur de Dieppe, vice-amiral des Cotes de Normandie ; il mourut agé de 80 ans, dans sa maison de Saint-Brice, le 10 septembre 1584, — dit Michel le Riche, dans son journal ; « c'était en son vivant, — ajoute-t-il, — l'un des plus et mieux réputés gentilshommes de tout le pays. » On ne s'explique guère après cela la réflexion peu bienveillante de son voisin M. de Ruffec. On doit aussi remarquer la différence entre les deux dates indiquant la mort de M. de Fors. Evidemment, il faut adopter celle de 1582 au lieu de 1584, car M. de Ruffec écrivant à M. d'Ars, le 12 septembre 1582, lui fait part d'un événement très récent.

5. Follipe « qui se porte bien en sa groisse », est sans doute Philippe de Volvire, son fils, qui devait avoir alors environ 23 ans, son père s'étant marié le 2 mai 1558. Ce jeune homme ne se maria que le 11 juin 1594, douze ans après la lettre écrite par son père.

(Société archéologique et historique de la Charente, 1910)

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28 février 2020

Les tapisseries du château du Bourbet

Les tapissiers résidaient de longs mois à Périgueux, d'où ils rayonnaient dans la campagne, comme cet Antoine Maignat, d'une famille connue à Aubusson, qui avait son logement dans la paroisse Saint-Silain. On trouve ce maître tapissier, en juillet 1696, dans la paroisse de Cherval, raccommodant les tapisseries du château du Bourbet. M. Gendraud, a publié le marché passé le 10 de ce mois entre celui-ci et Jean de Lageard, seigneur de Cherval, pour la réparation de neuf pièces de tapisserie représentant l'Histoire de Joseph et neuf autres pièces de verdures.

« Prix fait pour racommoder les tapisseries du Bourbet, bailhées par monseigneur de Cherval à Anthoine Maigniat. »

« Ce jourdhuy dixiesme du mois de juilhet mil six cent nonante-six, après midy, au chasteau du Bourbet, paroisse de Cherval en Périgord, pardevant le notaire royal soubsigné et presents les tesmoings bas nommés ont estés presens et personnellement constitués Mes sire Jean de Lageard, chevalhier, seigneur de Cherval, St Martial-de-Viveyroux, partie de Grezignac et autres places, conseilher du roy et son grand senechal d'Engoumois, demeuran au dit chasteau du Bourbet, d'une part, et Anthoine Maignat, metre tapissier, habitan de la ville de Périgueux, parroisse St-Sillain, d'autre part, entre lequel dit seigneur et Maignat a été convenu le marché qui sensuit, scavoir que led. Maignal a promis de racommoder deux garnilures de chambre de tapisserie consistan la premiere en neuf piesses de tapisserie fine ou est listoire de Jozeph, et l'autre consiste en autre neuf piesses de verdure qui font en tout dix-huit piesses ; lesquelles led. Maignat s'oblige de reparer et fournir toutes les choses neces saires pour cella et les randre sy compleles que rien ny manque et mesme de refaire toutes les boredures d'en haut et denbas de la tapisserie fine seulement, laquelle tapisserie fine il racommodera la première, et s'oblige de la randre achevée et cocaplette dans le jour et feste des Toussaint prochain venan; et à lesgard des neuf piesses de verdure, il s'oblige aussy de les randre prestos et complettes dans le jour des Roys aussy prochain venan, et ne melera aucune sorte de Gllet, sinon dans les reprizes seulement, Serat permis aud. beigneur de Cherval de faire voir et visiter lad. tapisserie par tel maistre qu'il luy plaira, et en cas qu'il y manque que chose led. Maignat serat tenu comme il s'oblige de refaire le tout, apayne de tous despans, dommages et interets et mesme par corps, et pour faire tout l'houvrage cy-dessus a dire de maistre comme dit est, led. seignour a promis de bailher et payer aud. Maignat la somme de deux cens livres sans estre tenu de fournir aucune chose, payable, sçavoir la somme de onze livres lorsque led. Maignat aura racommode la pre miere piesse, et ainsy de piesse en piesse pareilhe somme de onze livres jusque a la dernière piesse, pour laquelle il serat payé treze livres pour parfaire l'entiere somme de deux cens livres, laquelle somme de treze livres restante pour la derniere piesse. Led. Maignat serat tenu de les venir prendre au chasteau du Bourbet et de mettre les toilles necessaires auxd, tapisseries en par led, seigneur fournis san lesd, toilles et un tailheur pour les coudre que ledit seigneur nourrira l'un et l'autre pendan qu'ils mettrons lesdites toilles sans donner autre chose audit Maignat, ayant esté ainsy convenu entre eux. Tout ce que dessus a esté ainsy stipullet et accepté par lesdites parties qui ont promis le tout entretenir a payne de tous despans, dommages et interet et pour ce faire ils ont obligé et hipotequé tous et chacungs leurs biens présens et futurs et on renoncé a toutes exceptions et remedes a ce contraires, moyen ou faveur. Ce quoy faire de leur voulloir et conssantement ils on estés jugés et condempnes soubs le scel royal par le nolaire soubsigné juré d'icellay. Fait en présance de Jean Paudrenie, precepteur et de Pierre Roulede, cuizinier, demeuran au présent chasteau, tesmoings cogaus, qui ont signé avec lesdites parties. Cherval, A. Maigniat, Roullede et Delespinasse, notaire royal héréditaire. »

(Bulletin de la Société archéologique et historique du Limousin, 1899)

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Un sénéchal d'Angoumois au XVe siècle

Baud de Saint-Gelais, naquit dans une famille au service des comtes d'Angoulême.

Seigneur des fiefs d'Antigny en Poitou, de la Tranchade en Angoumois et de Ciré en Aunis.

D'abord panetier ordinaire, puis sénéchal d'Angoumois, il passa ensuite au service de Louis XI.

Son père, Mérigot de Saint-Gelais, était maître d'hôtel.

Il épousa Marguerite de Pressac, puis Jeanne de Payré.

Au moins trois enfants naquirent de la première union : Son fils Guyot de Saint-Gelais, seigneur de la Tranchade, épousa Antoinette de Payré, d'où une fille mariée à Clément d'Alloue, seigneur des Adjots; sa fille Amice de Saint-Gelais, épousa Pierre de Polignac, seigneur d'Escoyeux; une autre fille Marguerite de Saint-Gelais, épousa Robert de Sousmoulins, seigneur d'Allas.

En 1463, il occupe la charge de panetier ordinaire du comte d'Angoulême. L'année précédente, il avait acquis de l'abbaye de Saint-Cybard le fief de la Tranchade, situé près d'Angoulême.

La famille de Saint-Gelais joua un rôle militaire, politique et religieux pendant la révolution catalane et la seconde moitié du XVe siècle.

Le 14 juillet 1474, Baud de Saint-Gelais fut l'un des deux commissaires du roi pour la trève de Canet entre la France et l'Aragon. Louis XI ratifia la trève le jour suivant à Elne.

Celui-ci le nomma capitaine du château de Perpignan, en remplacement de Charles des Mares.

Son frère, Charles de Saint-Gelais, fut évêque du diocèse d'Elne de 1470 à 1475.

Et son autre frère, Jean de Saint-Gelais, capitaine d'une compagnie de gendarmes.

Après la paix dans le Roussillon, il fut envoyé au fort de Tombelaine dans la baie du Mont-Saint-Michel, en Normandie, et y était encore en 1491.

Sources :

Urbain Legeay, Histoire de Louis XI, 1874.
Édouard de Fouchier, Un Poitevin en Roussillon au XVe siècle, 1877.
Gustave Dupont, Histoire du Cotentin et des îles, 1885.
Archives départementales des Pyrénées-Orientales, 1886.
Joseph Calmette, Louis XI, Jean II et la révolution catalane 1461-1473, 1903.

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24 février 2020

Les Regnauld de La Soudière pendant la Révolution

À la veille de la Révolution, Saint-Mary apparaît comme une seigneurie prospère, gérée par un intendant, et dont les droits seigneuriaux étaient encore parfaitement vivaces. Le juge, le procureur fiscal et le sergent jouent un rôle actif dans le fonctionnement de la justice châtelaine. La procédure de «retrait féodal», très vieux droit de préemption seigneuriale, est encore utilisée par le marquis de La Soudière en 1786. La seigneurie s'étend, comme au Moyen-Age, principalement dans les paroisses de Saint-Mary et des Pins, avec des emprises à Chasseneuil, La Rochette, Sainte-Colombe, La Tâche et Cellefrouin. Elle représente en surface 4,400 journaux répartis en 76 mas ou métairies. La réserve seigneuriale est forte de 1,322 journaux à Saint-Mary (dont 7 à 800 journaux de forêt), plus une cinquantaine de journaux dans les paroisses de La Tâche, Sainte-Colombe, les Pins et Chasseneuil (les biens propres que possède le marquis de La Soudière à Cellefrouin ne sont pas connusà. La seigneurie rapporte alors environ 10,000 livres par an, ce qui la situe parmi les bonnes terres de la province (1).

Louis de Regnauld, marquis de La Soudière, seigneur de Saint-Mary, était né en 1747 au château de La Soudière. Il avait été mousquetaire du Roi puis capitaine de cavalerie au régiment royal et avait épousé le 30 décembre 1783 Madeleine Elisabeth de Maulmont, d'une très ancienne famille du Limousin, fille de Jean Léonard de Maulmont, baron du Chalard et de Marie Blondeau de Laurière. Il avait eu six enfants dont quatre étaient encore vivants en 1789. À Angoulême vivait sa cousine germaine Catherine Regnauld de La Soudière, qui avait épousé en 1761 Anne François, marquis de Chauveron, lieutenant général d'Angoumois et gouverneur d'Angoulême. Ils vivaient sur un pied brillant et étaient assez fréquemment à Paris. Catherine avait été présentée à la Reine en 1777 et son mari, reçu aux honneurs de la cour en 1784.

François de Regnauld, comte de La Soudière, baron de Roissac, cousin germain de Louis, avait sensiblement le même âge que lui. Né en 1749 à Saint-Domingue, il avait été envoyé en France à l'âge de deux ans et élevé avec son cousin Louis. Ils avaient servi ensemble dans la Maison du Roi, comme mousquetaires de la 1ère compagnie «servant à la garde ordinaire du Roi». François s'était établi en épousant le 11 juin 1776 Marie Hyacinthe de Beauchamp, fille unique de Haut et Puissant seigneur Pierre Joseph de Beauchamp, baron de Roissac, Gensac et autres lieux, et de Marie Hyacinthe d'Hauteclaire de Gourville. Sa femme lui avait apporté la terre et baronnie de Roissac (Angeac-Champagne, Charente) que sa femme tenait par succession des La Rochefoucauld. Roissac était aussi une belle terre, avec tous droits de haute, moyenne et basse justice. Elle rapportait 12,000 livres par an.

La Révolution devait porter un coup très dur aux Regnauld de La Soudière (2). Aux assemblées de la noblesse de 1789, les deux cousins furent élus tous les deux comme commissaires chargées de la rédaction des cahiers de doléance de leur ordre. François fut en outre désigné premier des quartre commissaires chargés de la vérification de l'état noble des membres de l'assemblée. Mais, en 1792, le marquis de La Soudière décida d'émigrer, pour rejoindre l'armée des princes. En son absence, sa femme fut dénoncée, arrêtée, enfermée à La Rochefoucauld, puis transférée à Paris et condamnée à mort par Fouquier-Tinville le 16 messidor an II (4 juillet 1794). Elle fut guillotinée le jour même et son corps jeté dans la fosse commune de Picpus (3). Ses tout jeunes enfants furent alors recueillis par leur tante Françoise de La Soudière, l'ancienne prieure des carmélites, qui vivait terrée à Angoulême et devint prseque leur mère adoptive. Inutile de préciser qu'entre temps, la seigneurie de Saint-Mary avait été séquestrée puis vendue comme bien national. Les meubles aussi furent vendus, peu avant le château.

François, baron de Roissac, resté en France, échappa au pire. Mais la suppression des droits féodaux le ruina presque complètement. En effet, la seigneurie de Roissac comprenait assez peu de biens propres, dont il ne fut pas spolié, mais surtout des revenus composés de droits féodaux et de rentes foncières (4). Cependant son beau-frère, Jacques de Lignac (5), fut quant à lui déclaré suspect et guillotiné le 13 pluviôse an II (1er février 1794).

Notes :

1. Les revenus de la seigneurie de Saint-Mary furent évalués par l'administration pour l'année 1792 à 9,860 livres. (Arch. Charente J 517). À titre de comparaison, le comté de Montbron rapportait 11,992 livres en 1780. D'autres seigneuries, considérées pourtant comme de « bonnes terres », sont d'un rapport nettement plus faible : 3,200 livres pour la seigneurie de Charras (au seigneur de La Laurencie) ; 4,950 livres pour la seigneurie de Maumont (au marquis de Montalembert). Cette dernière terre avait appartenu au XVIe siècle aux Regnauld.

2. On ne traitera pas ici des branches de Scée-Pondeville et de Maumont-la-Richardie, qui s'éteignirent au début du XIXe siècle.

3. Les circonstances de l'arrestation et la fin tragique de la marquise de La Soudière sont bien connues. Voir notamment Cl. Gigon, Les victimes de la Terreur du département de la Charente, Angoulême, 1866.

4. Le château de Roissac devait être vendu en 1804.

5. Jacques Babin de Lignac, chevalier, seigneur de l'Age-Coué, avait épousé en 1786 Agathe de La Soudière, sœur de François.

(Société archéologique et historique de la Charente, 1999)

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Un pont sur le Bandiat

Lettre à l'intendant de Limoges au sujet d'un pont sur le Bandiat par les habitants de Saint-Germain-de-Montbron :

« Monseigneur, M. Martin Lambert, bachelier en théologie, prêtre-curé de la paroisse de St-Germain, chastelanie de Marton, les sindics et habitans ont l'honneur de représenter à votre grandeur que cette paroisse est divisée par la rivière du Bandiat, qui est si rapide dans les débordemens d'eau auxquels elle est si suiette, que dans la moindre abon dance de pluye, il est absolument impossible de la passer. Il y avoit anciennement un pont qui servoit à la sureté du passage, tant pour les habitans que pour les estrangers, qui se trouve auiourd'huy impraticable mesme à pied, à plus forte raison à cheval, ce qui cause un préiudice con sidérable aux habitans qui habitent la partie qui les sépare de l'église, ils sont privés du service divin, du secours de leur pasteur dans le temps des maladies, le public y est esgalement intéressé pour le commerce, puisque cela empesche les voituriers de voiturer leurs marchandises. On a fait cy devant plusieurs sollicitations et remontrances aux seigneurs de Marton, eux qui de tous tems ont entretenu et doivent réparer le dit pont, mais ils n'en fons rien ; il ne se trouve donc personne, Monseigneur, qui puisse y pourvoir que votre grandeur, en laquelle réside la Justice et l'autorité. La prière des dits sieur curé et habitans n'a rien qui ne soit conforme à la Justice. La police que sa maiesté et tous nos rois ont de tous tems si bien establie pour la sureté des ponts et facilité des chemins en y commettant des inspecteurs, est non seulement esmanée de leur autorité, mais encore l'effet d'une des plus sages précautions de la société civile; vous en este, Monseigneur, le protecteur; c'est aussy sur cette confiance qu'ils demandent à votre grandeur qu'il luy plaise incessamment donner les ordres pour y remé dier. Ils ont l'honneur d'assurer votre grandeur de leur soumission respectueuse et de leurs veux pour sa santé et prospérité. Lambert, curé de St-Germain, Marié, Bonnithon, Marginière, Bellayr. »

(Société Archéologique et historique de la Charente, 1917)

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18 février 2020

Un épisode du complot d'Angoulême

Les conjurés assiégés dans la tour reprirent alors courage et sommèrent de nouveau le duc de se rendre, lui annonçant que les canons de la citadelle allaient venir défoncer les portes du château.

Une autre inquiétude du gouverneur était de ne pas savoir ce qu'était devenue sa femme. Elle était sortie peu avant son retour pour aller à la messe aux Jacobins, accompagnée de deux écuyers. Dès le premier tumulte, croyant à une agression des huguenots, elle avait voulu gagner la citadelle, mais des gens armés l'avaient attaquée, avaient tué l'un des gentilshommes, blessé l'autre et l'avaient emmenée prisonnière aux Cordeliers avec sa robe toute maculée du sang des deux victimes. Du reste, presque en même temps et dans toute la ville, tous les gentilshommes attachés au duc ou simplement ses amis avaient été arrêtés ou poursuivis au risque de leur vie. On essaya d'intimider la duchesse et de l'obliger à aller elle-même parler à son mari pour l'induire à se rendre; elle refusa fièrement. Alors on alla chercher une vieille demoiselle, son ancienne gouvernante, mademoiselle de Gusson, qu'on mena tout éperdue devant le château pour faire savoir au duc que, s'il ne se rendait pas, on se servirait de la duchesse elle-même comme d'un gabion pour le forcer dans sa retraite. Le duc lui fit répondre de se retirer vivement, sinon qu'on lui tirerait des mousquetades. La pauvre fille ne se le fit pas dire deux fois.

Cependant la situation menaçait de s'éterniser. Le duc essaya de descendre un de ses valets par une fenêtre au moyen de draps noués, avec mission de sortir de ville sans se faire remarquer et d'aller ensuite à toute bride prévenir Tagent, à Saintes, et l'appeler au secours. Le valet fit à peine quelques pas et fut saisi; on l'avait vu descendre.

On était à peu près à l'abri d'une surprise : le duc décida de s'emparer coûte que coûte du maire et de ses compagnons enfermés dans la tour. Après une dernière sommation sans effet on mit le feu à la porte du petit escalier; en peu de temps elle s'effondra fumante et calcinée, cependant que les conjurés, suffoqués par la fumée, se retiraient à reculons de plus en plus haut; le feu avait pris dans l'escalier, sans doute à quelques boiseries, et le duc montant presque au milieu des flammes cherchait toujours à atteindre ceux qui faisaient retraite. Tout à coup un grand fracas se fit entendre en même temps que s'élevait un nuage de poussière : c'était l'escalier lui-même qui, sous l'influence de l'incendie et du piétinement, s'effondrait. Les gentilshommes croyaient le gouverneur enseveli sous les décombres. Ils le trouvèrent debout sur une marche, la seule qui ne se fût pas écroulée. Lestement il sauta et recommença ses sommations. Les conjurés n'étaient plus que huit, quatre valides et quatre blessés, le neuvième avait été descendu par la fenêtre d'une chambre du haut pour faire savoir à ceux de la ville la situation critique où ils se trouvaient. Ému de ces nouvelles et pressé par les familles, Bourgouin, le deuxième consul, vint parlementer. Passant la tête par une canonnière, l'abbé d'Elbene et M. d'Ambleville répétèrent les conditions du duc, menacèrent et annoncèrent l'arrivée d'un prompt secours. D'autre part les conjurés enfermés dans leur tour, avec l'escalier qui se consumait lentement, mourant de faim et de soif, étaient à l'extrémité; ils étaient coupés de tout secours, le maire râlait, le feu montait, le duc leur criait qu'il leur promettait la vie sauve. Ils se rendirent. On raconte qu'alors le duc se saisit du maire tout pantelant et le mit à la question pour savoir le véritable auteur du guet-apens. Quelle horrible torture put-il inventer, avec les moyens de fortune dont il disposait, pour faire parler ce moribond déjà dans les affres de la mort? C'est ce qu'on n'a pu savoir ; aussi bien le fait lui-même n'est-il nullement prouvé. Mais par contre, ce qui est certain c'est qu'incontinent après que les rebelles se furent remis entre les mains du gouverneur, M, Normand de Puygrelier rendit l'âme.

Le premier soin de M. d'Epernon fut de faire écrire une lettre par les conjurés qui se trouvaient entre ses mains pour prévenir leurs familles que leur vie était sauve, mais qu'à la moindre attaque contre le château, ils seraient pendus aux fenêtres. Cette lettre jeta le désarroi dans la ville; les parents et les amis des prisonniers mettaient tout en œuvre pour faire reprendre les négociations. Après des discussions tumultueuses, Bourgouin revint demander au gouverneur d'envoyer MM. l'abbé d'Elbene et d'Ambleville pour négocier. La ville livra comme otage le procureur du roi qui pénétra au château par une échelle sur laquelle on vit bientôt après descendre M. l'abbé d'Elbene, plénipotentiaire du gouverneur; quant à M. d'Ambleville, il se refusa à quitter son maître en un pareil moment.

Dès les premiers pas, l'abbé se vit entouré d'une foule hostile. A la première barricade, il se rencontra ayee MM. de Méré et de La Messelière qui commencèrent à entamer l'entretien, mais il y coupa court, ne voulant traiter que chez M. Cybard Tison d'Argence, sénéchal de la province, vieux gentilhomme plein d'honneur, ami du duc et qui n'avait pris aucune part à cette affaire. La proposition fut acceptée et l'abbé, entouré de MM. de Méré, de La Messelière, des principaux officiers de la ville, et de la foule, prit la direction du logis de M. Tison d'Argence. Cette cohue de morions, de pertuisanes, d'épées, de mousquets se pressant parles rues étroites d'Angoulême n'était pas sans donner quelque émotion à M. l'abbé d'Elbene. Cependant il fit bonne contenance et arrivé chez M. Tison d'Argence, il prit la parole avec autorité. M. l'abbé d'Elbene parlait bien : en un discours bien ordonné il remonta aux causes, déduisit les conséquences, démontra la situation critique où se mettait la ville : ils étaient tous coupables du crime de lèse-majesté au second chef, le duc étant grand officier de la couronne et serviteur du roi, le maire avait trahi, etc., etc. Il parla aux uns, aux autres, acquit la conviction que le maire et quelques conjurés avaient tout organisé sans en prévenir la grande majorité des citoyens qui n'étaient accourus qu'au cri de « aux huguenots ! » poussé par le maire et les siens. L'assemblée était houleuse, divisée; on hésitait. Alors M. de Méré voyant la situation compromise intervint pour annoncer la venue de secours en faveur des ligueurs : M. le vicomte d'Aubeterre arrivait à marches forcées avec des ordres du roi et de M. de Villeroy.

A cette nouvelle, tout l'ascendant que M. l'abbé d'Elbene commençait à prendre sur la foule s'écroula en un instant; des huées couvrirent sa voix quand il voulut répliquer et la conférence fut rompue. Il put dire quelques mots à la duchesse qu'on lui laissa voir un instant ; il la recommanda à la noblesse, mais, comme il essayait, la voix mal assurée, de proférer des menaces pour le cas où on lui ferait quelque violence, le populaire se fâcha et l'abbé, perdant contenance, dut se retirer au château, « la pointe des hallebardes au ventre », et plus vite qu'il n'était venu. Comme tout est relatif, M. l'abbé d'Elbene poussa un soupir de satisfaction quand il se trouva de nouveau enfermé dans le château.

La nuit se passa sans attaques. La plupart des bourgeois étaient rentrés chez eux. On s'observait, Mais, dès que le jour parut, les cloches recommencèrent à sonner et le tambour à battre. Tout le monde devait aller à la brèche qu'on préparait pour pénétrer dans le château de vive force et se saisir du récalcitrant gouverneur. Les partisans du maire étaient d'autant plus pressés d'en finir que, vers les trois heures du matin, on avait entendu, en bas, dans la plaine et encore loin, d'aigres sonneries de trompettes. C'était la cavalerie légère deTagent qui avait marché toute la nuit et qui arrivait secourir le duc. Il fallait donc faire vite.

L'attaque du château reprit. En même temps que la fusillade commençait, un pétard fut placé contre un mur et éclata sans faire grand mal. Immédiatement les assiégés ripostèrent par une salve de mousqueterie qui coucha par terre bon nombre d'assaillants; M. de Fleurac, gentilhomme ligueur, fut tué roide. A la vue des préparatifs, le duc était monté au sommet de la tour et par signes avait pu communiquer avec ceux de la citadelle; il avait donné l'ordre de tirer le canon contre la ville, dès qu'on recommencerait l'attaque. En effet, après l'explosion du pétard et la décharge des assiégés, tandis que la populace effrayée emportait ses blessés et regardait de loin le cadavre de M. de Fleurac, un coup de canon retentit, suivi d'un grand fracas : c'était la citadelle qui tirait et les toits et cheminées de la ville qui s'effondraient. Un second coup de canon suivit, puis un autre, et cela dura ainsi un moment. Les habitants des maisons frappées sortaient et se sauvaient épouvantés. Les mutins furent décontenancés. Les assiégés tiraient avec une justesse dangereuse, la citadelle bombardait la ville, les troupes de Tagent arrivaient : ils reparlèrent de traiter. Le duc ne demandait pas mieux, car, dépourvus de vivres et de munitions, lui et les siens étaient à bout de forces. Il y eut cependant parmi les assiégés quelqu'un qui ne fut point du tout d'avis d'entrer de nouveau en pourparlers : ce fut l'abbé d'Elbene. Aux premiers mots du duc dans ce sens, il s'éleva vivement contre l'inutilité et l'inopportunité d'une nouvelle démarche; c'était courir à un échec; c'était un aveu d'impuissance. Il est vrai qu'il savait bien que c'était lui qui serait chargé de la nouvelle négociation et le souvenir de son retour avec la pointe des hallebardes au ventre influait peut-être sur so n opinion. Du reste M. le gouverneur ne s'embarrassa point de l'avis de M. l'abbé d'Elbene, écrivit une lettre, la lui remit et le pria de vouloir bien reprendre de nouveau le chemin de la fenêtre et de l'échelle qu'il connaissait déjà, afin d'aller recevoir la soumission des mutins, sans faire toutefois trop le difficile, ne se sentant pas en situation de soutenir une telle attitude.

L'abbé d'Elbene dut donc se remettre en route. Il était tremblant. Cet homme d'église n'avait point choisi la carrière des bénéfices, prébendes et autres avantages compatibles avec une vie calme, pour se hasarder sur des échelles au bas desquelles l'attendaient des émeutiers à mines patibulaires, la hallebarde au poing et le pistolet à la main. Il retourna chez M. Tison d'Argence. Là, il retrouva son calme et eut même l'impression que les choses iraient mieux que la veille. Cette fois on arrivait à un accommodement. On était près de le signer, lorsqu'un groupe de personnages pressés et affairés se présenta pour être entendu sur l'heure : c'était le baron de Touverac, ligueur avoué, accompagné de quelques-uns des siens et notamment du sieur Lacase, maréchal des logis de la compagnie de gendarmes du vicomte d'Aubeterre. Lacase venait d'arriver en ville avec une quinzaine de chevaux pour annoncer la venue de son capitaine qui serait là le lendemain matin avec 300 chevaux et 500 hommes de pied.

Ce fut un cri de joie générale, sauf pour l'abbé d'Elbene. La conférence fut immédiatement rompue; l'abbé n'essaya même point de répliquer; il eut bien voulu se faire oublier dans l'enthousiasme général et disparaître, mais on ne lui en donna pas le loisir; il fut même bousculé, malmené, pris au collet et traîné avec force bourrades jusqu'au pied de la citadelle où on l'obligea de crier au lieutenant que le duc ordonnait de ne plus tirer le canon. L'abbé se hâta de crier tout ce qu'on voulut, mais il crut qu'il n'arriverait pas vivant au château et remonta plus mort que vif par son échelle. Il était temps du reste, car le lieutenant de la citadelle, comprenant la situation où s'était trouvé le malheureux abbé, recommençait à canonner la ville de plus belle. Tout se gâtait de nouveau, la populace, poussée par les ligueurs, recommençait le siège du château et tirait de toutes parts, tandis que le château ripostait et presque à chaque coup abattait son homme.

Source : Un demi-roi, le duc d'Épernon, de Léo Mouton.

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Une jacquerie périgourdine en 1790

Parmi les épisodes de jacquerie périgourdine contre la féodalité, un des plus intéressants est l'échauffourée de Saint-Martin-de-Viveyrol, canton de Verteillac, arrondissement de Ribeirac, que Bussière a pu conter d'après les pièces de l'instruction judiciaire.

Le marquis de Cherval, sénéchal d'Angoumois, était seigneur foncier de cette paroisse. Absent, il avait laissé seule, au château du Bourdet, la marquise, qui était femme de tête. En octobre 1790, elle, fit afficher, par les soins du maire, l'ouverture de la recette de ses rentes (cens ou champart). Le maire lui dit qu'on ne paierait que si elle produisait ses titres. Les vendredi et samedi 22 et 23 octobre, elle causa avec les tenanciers, les calma, accorda des remises et des quittances pro Deo, crut que c'était fini.

Mais, du samedi au dimanche, l'état des esprits changea.

Le dimanche 24, quand Mme de Cherval se rendit à Saint-Martial, accompagnée de deux dames du château et d'un jeune homme dévoué, M. de Badillac, elle trouva les paysans en nombre sur la place (les vêpres venaient de s'achever). Le maire lui dit : « Madame, vous m'avez dit de parler à la paroisse. La voilà assemblée. Nous pouvons lui expliquer vos raisons et vos intentions. » La marquise préféra s'expliquer elle-même. Habilement elle commença par offrir une victime expiatoire : « Mes amis, dit-elle, vous vous plaignez, dit-on, d'un nommé Bernard, qui a fait la recette des rentes dues au château de Saint-Martial. Je ne le connais pas. S'il a fait des concussions avant la jouissance de mon mari, les bienfaits et la justice de M. de Cherval auraient dû en effacer le souvenir. Bernard a pu vous tromper sur les mesures; mais je ne crois pas qu'il ait pu augmenter le devoir, puisque j'ai porté des lièves très anciennes, que j'ai laissées entre les mains de tous ceux qui l'ont désiré, que le maire les a feuilletées hier et qu'elles sont parfaitement d'accord avec les livres de quittances de ceux qui ont payé. » Les paysans s'écrièrent : « Nous voulons voir les titres primitifs ! — Eh ! mes enfants, reprit la dame, ni vous ni moi ne savons les lire. S'il faut les produire en justice, c'est une affaire fort chère. Je vous propose un moyen plus avantageux. Ne payez que ce que vous savez bien devoir en votre âme et conscience. Laissez tout le reste en arrérages. Marquons un jour pour cela. Je prendrai des notes sur les tenances et les noms de ceux qui auront des inquiétudes, et, lorsque M. de Cherval sera de retour, il trouvera des litres relatifs aux renseignements que vous m'avez demandés et les fera déchiffrer. Alors, vous serez satisfaits, vous de vous acquitter de ce que vous nie devez, et moi de vous restituer si j'ai trop reçu. — Nous vous enverrons un latiniste, cria-t-on. — Non, je n'ouvrirai pas mes archives en l'absence de mon mari. C'est sa fortune; c'est celle de mes enfants; je dois la leur conserver, et je ne les confierai à personne sans son aveu. — Eh bien ! nous attendrons son retour pour payer. — Vous en êtes les maîtres. Mais vous vous y refusâtes l'année dernière, lorsque M. de Cherval était présent. Celle-ci, encore, voilà deux ans : vous serez accablés d'arrérages. D'ailleurs, considérez que, malgré les sacrifices que j'ai pu faire, je suis dans l'impossibilité absolue de payer mes impositions. Vous ferez comme vous voudrez. »

Mais les censitaires ne se laissèrent pas convaincre : pas de titres, pas de rentes, disaient-ils. Le matin môme, ils avaient « mis en prison et imposé d'un louis d'amende l'un d'entre eux qui avait payé deux années de sa rente sur trois. » Un nommé Sénillon, dit Brisetout, somma la marquise de dire le blé qu'elle avait déjà reçu; il s'avança jurant et gesticulant. M. de Badillac fit le geste de l'écarter : « Aussitôt, les bâtons se levèrent. » Badillac fut frappé et prit la fuite. Les dames se réfugièrent dans une maison voisine, qui fut aussitôt cernée. Les paysans et surtout les paysannes criaient : A mort ! Le curé intervint : « Il fit consentir la châtelaine à remettre la rente qu'elle avait reçue; et, s'avançant vers le peuple, avec le maire à ses côtés, il lui fit part de la promesse. Tout n'était pas fini cependant. Pas plus qu'elle n'avait voulu livrer ses titres, la marquise n'entendait livrer son château à la populace. Conformément à ces vues, le curé, en bon stratégiste, se chargea de faire immédiatement la restitution, au presbytère, mais avec son propre froment. A ce dessein, il se mit en route avec le maire et quelques grenadiers. La foule ne suivit pas; elle voulait entrer au château. Les hommes du château et la châtelaine eurent beau dire qu'ils n'avaient pas les clés; la foule voulait, non le blé du curé, mais celui du seigneur, c'est-à-dire son blé, à elle. C'est alors que dans le cimetière, au bord de la place, deux habitants de la paroisse de La Chapelle-Grézignac, tous deux fils d'un tenancier de la seigneurie, amenèrent une potence : un homme du bourg fit le trou, et l'instrument fut hissé en un instant. Le maire, que la marquise accusa pourtant « de n'avoir pas fait son devoir », accourut aussitôt. « Pourquoi cette potence ? » demanda-t-il. — Sans doute, répondit un paysan, pour y attacher le premier qui payera les rentes. » Les potences n'avaient en pareil cas que ce sens comminatoire; elles ne visaient que les vilains. Mais, en même temps, l'on criait : « Il faut brûler le château. — Et la dame avec ! » — clamaient quelques enragés. Enfin, l'on retrouva les clés; douze hommes montèrent au grenier, en bon ordre; quinze furent postés dans l'escalier pour faire la garde; le grain dernièrement perçu fut enlevé dans ses sacs. La justice populaire était satisfaite. Sur l'ordre du maire, le gibet fut abattu sans résistance. La justice se termina au cabaret, où le sentiment qui se manifesta entre tous fut l'orgueil de la victoire. A un bourgeois de l'endroit, qui le blâmait, l'un des meneurs, bon propriétaire, répliqua sans crainte et sans remords : « Nous avons bien de quoi répondre de 17 boisseaux de blé ! »

L'avocat du Roi au sénéchal de Périgueux requit des poursuites contre quatorze des factieux et obtint décret de prise de corps contre huit d'entre eux.

Ces paysans ne voulaient plus payer les droits du seigneur. Mais les privilèges honorifiques des seigneurs les irritaient autant que leurs droits utiles.

Source : La révolution française et le régime féodal, de Alphonse Aulard.

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