À Trois-Palis, le 23 juin 1653, Louis de Villoutreys, écuyer, seigneur de Rochecorail fut provoqué en duel par François de Nogerée, écuyer, sieur de la Fillière, demeurant au lieu dit de la Breuillerie, paroisse de Trois-Palis. C’était veille de Saint-Jean, et des villages voisins beaucoup de paysans étaient venus « au lieu de Rochecorail pour assister au feu que l’on avait coutume d’y faire tous les ans ». Le seigneur de Rochecorail avait aussi invité des amis, châtelains du voisinage. La fête était commencée quand Jean Blandeau, métayer du sieur de la Fillière, arriva à Rochecorail. Il n’y venait point à cause du feu de Saint-Jean. Plusieurs paysans le virent « tout effrayé, leur disant qu’il avait un billet du sieur de la Fillière son maître, pour donner au seigneur de Rochecorail, mais qu’il appréhendait d’être battu ». L’un des paysans alla prévenir le seigneur de Rochecorail qui pris le billet et commença à le lire. Survint alors un des invités, Hélie de Saint-Hermine, qui prit à son tour le billet et fit lecture de son contenu à haute voix : « Ayant appris que vous seriez d’humeur à me satisfaire si je vous marquais un lieu, je vous envoie ce billet pour vous dire que je vous attendrai demain matin, jusqes à huit heures, au grand bois entre Maillou et La Chapelle, en faisant semblant de chasser, sans aucun valet, ni personne. Et je vous le dis afin que vous en soyez averti ». Le billet, signé de La Fillière, passa de main en main et finit par rester entre celles du curé de Trois-Palis qui le rendit un peu plus tard à son auteur, « le blâmant de l’avoir écrit et signé de sa main ».

Le seigneur de Rochecorail, dés que la lecture du billet fut achevée, déclara « tout haut qu’il ne voulait point se battre », ce qui n’empêcha pas le sieur de la Fillière de se trouver au rendez-vous fixé puisque, à des témoins qui se trouvèrent à passer, il dit « qu’il venait de se promener d’un lieu où il croyait trouver des personnes qui n’étaient pas venues ».

On ne procéda à l’audition du sieur de la Fillière que le 6 mai 1659, presque un an après l’évènement. Il « fit dénégation » de tout ce qu’on lui reprochait. Et pour essayer de se disculper, il dit que « depuis le temps, le seigneur de Rochecorail avait bu et mangé souventes fois en sa maison, au lieu de la Breuillerie, et que s’il lui avait écrit, c’était des lettres de civilité ». Il était en effet en possible que les deux se soient brouillés, réconciliés, puis à nouveau brouillés. Les juges condamnèrent le sieur de la Fillière à cause de cet appel en duel, mais lui donnèrent raison dans un autre procès que lui fit, à la même époque, le seigneur de Rochecorail à propos du logement des gens de guerre. Ils donnaient ainsi satisfaction à l’un comme à l’autre, en les ménageant tous les deux. Par contre ils ne ménagèrent guère le pauvre métayer dont le seul crime avait été de porter les lettres de son maître. Pouvait-il faire autrement ? La sentence fut rendue le 31 mai 1659. Le sieur de la Fillière fut condamné à six mois de prison. Le métayer, au lieu d’être banni de la province pour trois ans, comme le demandait le procureur du Roi, fut condamné à être « battu et fustigé de verges par l’exécuteur de la haute justice, par les carrefours d’Angoulême et marqué d’un fer chaud en forme de fleur de lys sur l’épaule droite ».

Source : Emotions populaires en Angoumois, de Gabriel Delâge.