Lettre inédite de Philippe de Volvire, baron de Ruffec, à Charles de Bremond, baron d'Ars, 12 septembre 1582.

Philippe de Volvire, baron de Ruffec, l'un des capitaines les plus distingués d’Angoumois, était fils de René et de Catherine de Montauban, dame du Bois de la Roche en Bretagne, et petit-fils de François de Volvire, baron de Ruffec, et de Françoise d'Amboise. Il avait pris part, comme capitaine d'une compagnie de cinquante bommes d'ordonnance du Roi, à toutes les guerres de cette époque. Il s'était signalé à la défense de Poitiers, en 1569, conjointement avec le baron d'Ars, alors lieutenant de sa compagnie. Plus tard, il fut lieutenant général de Saintonge et d'Angoumois.

« Sous son gouvernement, d'après des mémoires domestiques, les habitants d'Angoulême se trouvèrent si heureux, qu'après sa mort (arrivée le 6 janvier 1586) ayant été inhumé dans sa terre de Ruffec, ils le firent exhumer et enterrer en grande pompe dans la cathédrale d'Angoulême. » Il avait été sur le point d'être nommé Maréchal de France, et sut chevalier des ordres du Roi, le 31 décembre 1582.

Il laissa quatre enfants de son mariage avec Anne de Daillon, soeur du comte du Lude, gouverneur du Poitou : l'ainé, Philippe, dont la terre de Ruffec fut érigée en Marquisat en sa faveur en janvier 1588, n'eut pour unique héritière qu'Eléonore de Volvire, née de son mariage avec Aymeric de Rochechouart, laquelle porta la terre de Ruffec en 1631 à son époux François de l'Aubespine, marquis de Châteauneuf.

La lettre suivante est assez curieuse, d'abord par son ancienneté - 328 ans - et par les détails familiers qu'elle donne. M. de Ruffec appelle M. d'Ars son compère, ayant été le parrain du second fils de celui-ci, Philippe de Bremond, auteur de la branche des seigneurs de Céré, de Vernoux, de Lusseray, qui s'est fixée en Poitou. Philippe de Bremond avait épousé, en 1598, Françoise Géraud, dame de Fregenoux, de Voulgezac, fille de Guy, et de Jeanne Green de Saint Marsault, d'une très ancienne famille d'Angoulême; son oncle Jacques Géraud, avait été, en 1575, che valier de St-Jean de Jérusalem.

A Monsieur d'Ars (1)

Mon Compère,

Depuis les miennes dernières, jay receu des lettres de. Monsieur le Mareschal de Matignon (2) mon frère, lequel continue à me faire instance et prier affectueusement de luy faire recouvrer du gland de chaigne verd, à quoy je vous prie bien fort vouloir mettre à bon essiant la main et faire en sorte que le Gruyer de Coignac nous en fasse garder et serrer demye douzaine de bonnes charges lorsqu'il sera temps de le serrer et amasser. Belliard (3) a esté débouté de son opposition qui sont de très mau vaises nouvelles pour luy ; son grand amy, le sieur de Fors (4) s'est laissé mourir, c'est doumage que cela ne luy est advenu il y a vingt ans. Follipe (5) se porte bien en sa groisse. C'est tout ce que je sçay digne de vous estre mandé, sinon que jay ung bon autour, car il volle toutes les perdrix qui se présentent à luy jusques au bout comme feroit ung Faulcon. En cest endroit je me vays très affectueusement recommander à voustre bonne grâce, priant le Créateur, mon compère, vous vouloir donner, en parfaicte santé, heureuse et contente vye.

A Ruffec, ce Xlse de septembre 1582. Vostre à jamais bien obéissant bon compère et plus
· affectionné amy.

RUFFEC.

Notes :

1. Charles de Bremond, baron d'Ars, né en 1538, mort en 1596.

2. Jacques de Goyon Matignon, Maréchal de France, chevalier des ordres, né en 1531, mort en 1597, était beau-frère du baron de Ruffec, comme époux de Françoise de Daillon, soeur de Madame de Ruffec, Anne de Daillon, filles de Jean, sénéchal d'Anjou, puis gouverneur de Poitou et de Guienno, et d’Anne de Bastarnay.

3. Belliard est peut-être le même que maitre Hélie Belliard, l'un des signataires du contrat de mariage passé, par devant Ratier, notaire royal, au château de Montguyon, le 3 novembre 1600, entre Josias de Bremond, baron d'Ars, fils de feu Charles, chevalier de l'Ordre du Roi, lieutenant général pour Sa Majesté des pays de Saintonge et d'Angoumois, et de Louise d'Albin de Valsergues, — et Marie de la Rochefoucauld, fille de feu François, seigneur de Montendre et de Montguyon. Hélie Belliard est qualifié à cette date. « naguères conseiller du Roi et son lieutenant au siège de Coignac, et demeurant de présent en la ville d'Angoulème. »

4. Le sieur de Fors est Charles Poussard, seigneur de Fors, de Saint-Brice, près Cognac, et gouverneur de Dieppe, vice-amiral des Cotes de Normandie ; il mourut agé de 80 ans, dans sa maison de Saint-Brice, le 10 septembre 1584, — dit Michel le Riche, dans son journal ; « c'était en son vivant, — ajoute-t-il, — l'un des plus et mieux réputés gentilshommes de tout le pays. » On ne s'explique guère après cela la réflexion peu bienveillante de son voisin M. de Ruffec. On doit aussi remarquer la différence entre les deux dates indiquant la mort de M. de Fors. Evidemment, il faut adopter celle de 1582 au lieu de 1584, car M. de Ruffec écrivant à M. d'Ars, le 12 septembre 1582, lui fait part d'un événement très récent.

5. Follipe « qui se porte bien en sa groisse », est sans doute Philippe de Volvire, son fils, qui devait avoir alors environ 23 ans, son père s'étant marié le 2 mai 1558. Ce jeune homme ne se maria que le 11 juin 1594, douze ans après la lettre écrite par son père.

(Société archéologique et historique de la Charente, 1910)