Lettre du père de Jacques Roux

« J'ai reçu, mon cher neveu, votre dernière lettre, en date du 26 novembre dernier, par laquelle je vois que M. le comte des Cars a eu la bonté de nommer mon fils cadet au petit bénéfice de Pranzac. Je vois aussi la manière gracieuse avec laquelle M. Hay s'est prêté à rendre service à ma famille. Je ne manquerai pas d'avoir l'honneur de lui en faire mes très-humbles remerciments. — Je joins ici dans ma lettre la copie de la nomination que M. le comte fit en 1767 à mon fils aîné d'une stipandie dont il est en possession. Je ne sais par qui elle était vacante, et je vais vous instruire de ce qui s'est passé antérieurement.

Les seigneurs de Pranzac sont, fondateurs de quatre stipendies dans l'église de St-Cybar de Pranzac, dont l'une appartient à M. le curé de Pranzac. Comme doyen, il a droit de nommer à une autre. Il se fait nommer par la cour de Rome. — Le seigneur de Pranzac s'est réservé le droit de nommer les deux autres chanoiuies on stipendies. — Feu M. le marquis des Cars laissa écouler un temps sans nommer. Le sieur Marginière demanda en cour de Rome les deux chanoinies et les obtint. Lorsqu'il fut pourvu à un bénéfice-cure, M. le marquis des Cars rentra dans son droit et nomma à une stipendie M. de la Gravière, qui jouit également des deux. Après sa démission, M. le marquis nomma M. Rullier à cette même stipendie, quia également joui des deux. Après la démission de M. l'abbé Rullier a succédé l'abbé Roux, qui fut nommé par M. le comte des Cars à la même stipendie et a joui comme les prédécesseurs. Vous voyez qu'il n'y a pas eu de démission de cette deuxième stipendie ou chanoinie des quatre stipendies ou chanoinies établies et érigées par les seigneurs dudit Pranzac en l'église paroissiale de St-Cybard de Pranzac. — Écrit le 5 décembre 1777. »

Généalogie de la famille Roux.

Gratien Roux, lieutenant d'infanterie, épouse, le 19 août 1749, Marguerite Montsalard, née le 28 mai 1721 à Bussière en Périgord, l'ainée de neuf enfants; de ce mariage naquirent:

1750, 4 juillet. — Jeanne, baptisée à Bussière.
1751, 20 août. — François, baptisé à Pranzac le 21, décédé le 4 mars 1752.
1752, 21 août. — Jacques, baptisé à Pranzac.
1753, 8 octobre. — Marie, baptisée à St-Paul de Marthon.
1754, 19 décembre. — Marie, baptisée à Pranzac.
1756, 8 novembre. — Jacques-Magdeleine, baptisé à Pranzac; il eut pour parrain Jacques Roux, son ainé; il épousa plus tard Thérèse-Élisabeth Caminade.
1757 , 22 novembre. — Marie, baptisée à Pranzac.
1759, 15 juin. — Jacques, baptisé à Pranzac; il eut pour parrain Jacques Roux, son aîné; il épousa Marguerite Bargeron-Rochat et mourut en 1791, âgé de trente-deux ans, laissant postérité.
1761, 8 décembre. — Michel, décédé le 1er février 1765.
1763, 5 janvier. — Guillaume, décédé le 5 août 1782.
1764, 22 septembre. — Louis.
1765, 12 août. — Jacques, décédé le 10 août 1766.
1766, 7 novembre. — Marie, baptisée à Pranzac; elle eut pour parrain Jacques Roux, sou cadet, surnommé Canette, qui s'engagea à l'âge de dix-sept ans. L'une des filles, Marie, épousa en 1788 Pierre Eyriaud, originaire de St-Pierre de Frugie, diocèse de Périgueux, et qui était devenu régisseur du château de Pranzac après la mort de Gratien Roux, ancien officier au régiment de Haynaut.

Lettre de Louis Roux, ancien chanoine de Pranzac

Luçon, 10 juillet 1793, l'an 2me de la Rue une et indble

« J'ay reçu avec satisfaction, cher citoyen, votre lettre en datte du 3 de ce mois; j'y vois avec plaisir que vous jouissez d'une bonne santé; je désire ardament que vous et votre épouse, sans oublier la charmante Sophie, dont je me rapellerat toujours le nom, éprouviez le même sort. Pour moi, lorsque je vivois dans la molosse, j'étois sujet a des maladies d'imagination qui me faisaint (sic) éprouver des moments d'ennuy; maintenant, accoutumé aux travaux d'une guerre que je fais avec plaisir, le soleil se lève à peine sans me trouver joyeux des peines inséparables du métier que j'ai entrepris et que j'espère remplir avec succès. Je n'ai jamais douté que j'avois un grand nombre d'ennemis, et la nouvelle fausse do mon émigration ne m'étonne point. Car quels moyens n'ont pas employé mes persécuteurs pour me perdre dans l'esprit de mes concitoyens ! — .... (papier déchiré).... que pénétré des sentiments du Républicain.... je ne quitterai mon pays que lorsque lo despotisme reprendra son empire, et supposer que nous ne soyons pas assez forts pour soutenir la cause de l'Egalité, alors j'irai dans un autre respirer l'air pur de cette liberté pour laquelle je sacrifie mon repos et ma tranquillité. Je n'ai pas le temps de vous faire des détails; la poste part dans doux heures et je vous écris au corps de garde, où je suis depuis 24 heures; dans quelques jours je pourrai vous en donner. Mais j'attends du nouveau ; nous sommes icy sur le qui-vive; souvent les Brigands nous font dire qu'ils viendront manger notre soupe, mais nous ne les voyons pas; ils se souviendront longtemps de la journée du 28 juin, où 700 hommes ont terrassé 9,000 Révoltés. Le bruit do cette heureuse journée a dû parvenir dans votre canton; au surplus, je vous envoyé la vraye relation de cette affaire et plusieurs autres pièces que vous verres avec plaisir....

Adieu, cher citoyen, le temps me presse ;. assures mes bons paroissiens que je les aime toujours et que mon existance est le plus doux sacrifice que je puisse leur offrir en cette circonstance; puissent-ils ne former aucun doute sur cette vérité et me continuer l'estime qu'ils m'ont....

Mes volontaires de Champagne se.... ils se plaignent amèrement de ce que leurs ne leur arrivent pas aussi souvent qu'ils le d.... vous ne sauriez croire quel effet ça fait sur leur.... et combien leur courage peut-être ralenti. Commun[iquez] leur ma lettre et dites a tous nos habitants que cette compagnie s'est acquise une réputation respectable dans l'affaire du 28; elle a commancé un feu de file qui a été soutenu longtemps et avec ordre, ensuite a foncé, la bayonette en avant, sur l'armée catholique, qui a étée (sic) mise en déroute complette. Adieu encore; je suis on ne peut plus content de les commander et j'aime à croire qu'ils trouvent du plaisir à m'avoir, et j'ose dire sans amour propre qu'ils avaient grand besoin de changer de oapne; au surplus, je n'ai point demandé cette place et j'étois en bon train pour avoir un avancement au moins aussi lucratif et moins pénible. Vous connoissez d'ailleurs ma délicatesse, et un républicain do mon espèce n'a jamais su demander « que la justice qui luy est due » .... que je vous dise que G.... a fait mécontents dans sa compagnie lorsqu'il l'a il ne l'a seulement pas prévenue de son départ, et sertains se plaignent de ce qu'il ne leurs a pas [offert] le décompte de leur route depuis Confolens à Niort. — Il me siérait mal de le dénoncer; néanmoins, d'après les renseignements que je recevrai, je serai forcé, par intérêt pour ces braves gens, de prendre un parti vigoureux sur cet article; peu accoutumé à employer la sévérité, j'éprouverai une certaine contrainte dans la conduite qu'il me faudra tenir; mais le bonheur (sic) de mes frères est un droit sacré qui ne me permet pas de composer avec l'injustice, et je ferai mon devoir. — Mille choses honnêtes au citoyen G...., mon père nourricier, à son épouse et sa petite fille, car elle doit avoir eu du fruit nouveau depuis mon départ. J'embrasse tous mes bons amis que vous connoissez. »

Roux, capitaine de la 5me compagnie du 1er bataillon, le Vengeur, en garnison à Luçon, dépt de la Vendée.

Autre lettre de Louis Roux

Luçon, 19 7bre 1793, 2me de la Rue une et indble.

« J'ai reçu votre lettre le 5 de ce mois, cher ami; j'y aurais répondu le landemain sans la malheureuse déroute que nous avons essuyé le même jour. — L'ennemi nous ayant pris entre deux feux et coupé la retraite, nous avons éprouvé une perte qui n'eut pas été aussi considérable qu'elle l'a été, malgré que nous n'ayons perdu que 300 hommes au plus en tout et six pièces de canon.

Le feu a duré trois grandes heures; l'attaque a commancé à 4 h. du soir et l'action a duré jusqu'à ce que la nuit nous ait empêché de nous reconnoltre. Notre Btlon a donné à son ordinaire, ainsi que deux autres; mais les autres ont caponné. Si encore la cavalerie n'eut pas lâché, nous gagnions la bataille. L'ennemi a perdu beaucoup plus de monde que nous; nous étions alors campé à Chantonay. Nous ne devons cette déroute (sic) qu'au général Tunk, qui commandoit alors l'armée et qui étoit à La Rochelle à se faire traiter d'un bras, où, disoit-il, il avoit du mal. Ça nous a reculé de beaucoup, mais nous aurons bien notre revanche.

Vous me demandez si Jacques Roux est mon frère : Oui. Je lis dans un papier nouvelle qu'il est arrêté comme suspect et renfermé à Ste-Pélagie; s'il a changé de principes, il mérite la mort, et si j'étois son juge je l'y condamnerois, — au moyen de quoi il paroit que vous avez perdu votre pari. Il y a huit jours que je suis détenu icy par un mal d'oreille qui me tourmante comme un désespéré. — J'ai eu une fièvre de 48 h. qui m'a singulièrement affaibli; j'ai pris l'émétiq et deux médecines qui m'ont fait grand bien ; j'espère dans peu retourner au camp. — Notre armée était partie le 13 d'icy, divisée en trois colonnes; elle s'est portée sur trois points différents; j'ignore ce qu'elle aura fait et les succès qu'elle aura eu. Elle est de retour icy d'hier; je ne peu deviner le motif de cette rétrogradation, mais j'en augure mal; je désire me tromper. On a amené icy quantité de bestiaux de tout genre; les soldats sont garnis de butin.

J'ai eu beaucoup de malades dans ma compe, mais ils commencent a se mieux porter; il en sort tous les jours des hôpitaux; j'espère que, ce mois passé, ils rentreront tous. Adieu, mon ami, continues à m'écrire; ne m'oublies pas auprès des braves citoyens qui s'intéressent à moi, je les embrasse tous tendrement.

Roux, capne.

(Papiers de la famille Roux de Pranzac)