Les habitants du Confolentais étaient nombreux sur un sol difficile et vivaient souvent mal. Malgré l'incertitude due aux dénombrements par feux et en recoupant les estimations de 1789 avec les statistiques plus précises de l'époque impériale (conscription oblige...), nous pouvons estimer sûrement la population dans les limites de l'actuel arrondissement comprise entre 55 000 et 60 000 habitants en 1789 c'est-à-dire beaucoup plus qu'au recensement de 1982 (près de 40 000 habitants). Après une réelle poussée démographique au XVIIIe siècle, les campagnes étaient plus chargées que les villes : la population de St Maurice des Lions (limites de l'actuelle commune) peut être estimée supérieure à celle de Chabanais et de peu inférieure à celle de Confolens (comprise entre 2 200 et 2 500 habitants). Les productions agricoles reposaient sur l'élevage et les brandes et landes incultes mentionnées par Munier n'étaient pas forcément inutilisées. Les assolements très variés pour les cultures permettaient aussi des jachères pâturées étendues. Ajoutons-y les prés de fauche et les prairies nombreuses, quoique mal drainées, et nous obtenons la base d'un élevage bovin étroitement relié au commerce vers les centres de consommation. Un rapport circonstancié présenté au district en 1790 par un riche propriétaire, Prévost Du Marais, avocat résidant à Lessac, décrit l'agriculture et le commerce du bétail avant 1789; on en retire l'impression d'une réelle prospérité jusque vers 1786 où le Confolentais envoyait force boeufs gras aux marchés de Sceaux et de Poissy. Ensuite vient la crise qui plonge les habitants «dans l'abattement et le désespoir» avec l'effondrement les prix : un veau de 3 à 4 mois ne trouve plus d'acquéreur pour l'embouche et se voit céder aux boucheries pour 30 livres contre 150 «ce qu'il vendait en premier lieu». Prévost Du Marais estime la baisse de production à un tiers entre 1786 et 1789 et il accuse ouvertement les importations de bœufs étrangers «le plus funeste des abus» autorisées par le ministre Calonne. Gros propriétaires et négociants se plaignent de la conjoncture parfois en exagérant mais leurs difficultés semblent bien réelles et n'ont pu manquer de rejaillir sur la masse des métayers, bordiers et colons partiaires qui dominaient numériquement nos campagnes. Ces derniers ont dû pâtir aussi des aléas climatiques à partir de 1785 : hivers rudes, sécheresse se conjuguent pour amputer les productions et faire grimper les prix : le témoignage du curé de Mauprévoir (paroisse poitevine proche du Confolentais) est éloquent : «L'hyver qui commença de se faire ressentir le 2 décembre 1784 n'a cessé que le 28 may 1785. Ces cinq mois se sont passés en neiges continuelles», «les pâturages ont été totalement perdus». Vient l'été «le bled étouffé par la sécheresse a jeté le désespoir dans tous les esprits». Une disette s'ensuit avec la classique envolée des prix qui fait murmurer le peuple contre les accapareurs. Le rapport de Prévost Du Marais mentionne aussi la prépondérance du seigle parmi les grains cultivés, le froment est présent de façon inégale et nous savons par Munier que le blé noir, les méteils voire le «blé d'Espagne» (le maïs) sont cultivés notablement dans le Confolentais d'avant 1789. Les châtaigniers fournissaient un appoint apprécié, les récoltes habituelles de grains ne suffisant pas à la nourriture des habitants. Les vignes étaient rares mais non absentes : les doléances de Saulgond mentionnent les «vins médiocres» de la paroisse vendus dans le Limousin et les habitants de St Maurice et Lésignac sur Goire vocifèrent à propos des droits sur le commerce du vin «source de l'inquisition la plus révoltante». L'artisanat textile assez répandu permettait de subsister malgré l'absence de manufacture d'étoffes : le district déplore en 1790 la laine achetée par les marchands de Limoges qui la revendent travaillée à Confolens et cherche «un entrepreneur intelligent». Chanvre et lin étaient vendus à la foire de Verteuil. La tannerie était assez active et travaillait les peaux locales surtout dans les quartiers de la Fontorse et du Pont du Goire à Confolens. Le Confolentais ne vivait donc pas en autarcie complète et dépendait des flux commerciaux et de leur dégradation juste avant 1789. La crise multiforme des pouvoirs de l'Ancien Régime entraîne la convocation des États Généraux, les Confolentais allaient être appelés à délibérer en mars 1789 pour exprimer leurs «plaintes, remontrances et doléances», et désigner leurs délégués des trois ordres dans le cadre judiciaire des sénéchaussées.

Source : La Révolution française à Confolens, de Pierre Boulanger.