Jean Moreau de Saint-Martial, né a Saint-Martial-de-Valette, avait été premier président en la souveraine Cour des aides de Guyenne; il s'était fait remarquer, dans ces hautes fonctions judiciaires, par son savoir et par la rare distinction de son esprit.

Lorsque les Cours des aides furent supprimées, le premier président revint en Périgord; c'était au moment où le suffrage des citoyens actifs nommait les nouveaux administrateurs du département de la Dordogne et des arrondissements, créés par la loi du 14 décembre 1789. Le grand Collège électoral, siégeant pour la première fois à Périgueux, nomma Moreau de Saint-Martial procureur-général-syndic; c'était comme un préfet élu par ses administrés. L'ancien premier président, jeune encore et tout heureux de continuer à servir la France et le roi, prit aussitôt possession de ses hautes fonctions. Auprès de lui fut également appelé, par l'élection, Jacques de Maleville, avec le titre de vice-président du Directoire de la Dordogne.

Monseigneur de Flamarens était encore évêque de Périgueux, mais il avait abandonné son évêché pour aller habiter Paris. Moreau de Saint-Martial ne partageait pas, sur la constitution civile du Clergé, les idées que le public attribuait a l'évêque; il avait plutôt à cet égard l'opinion clairement développée dans les œuvres diverses de Guillaume Delfau.

Mais l'ancien premier président aimait l'Eglise comme tout bon gallican, et il ne désespérait pas de convertir son brillant prélat.

Il fit quelques démarches dans ce but et n'obtint aucune réponse favorable. De très bonne foi, il s'étonnait, quand il voyait ses arguments, exposés avec une loyale conviction, rester sans aucun effet.

Le club populaire des Amis de la constitution commençait à trouver étrange que la loi du 12 juillet 1790 ne fût pas encore exécutée dans la Dordogne et que Mgr de Flamarens n'ait pas été sommé de prêter serment; mais le procureur-général-syndic savait bien qu'une mise en demeure aurait amené la rupture complète; il préférait temporiser. Cependant, sous la violente pression du Club et du Journal patriotique, il dut céder, et le 27 mars 1791, le Collège électoral fut convoqué.

Nous verrons plus tard les diverses péripéties de cette élection, qui fit monter Pierre Pontard sur le siège épiscopal du département.

Moreau de Saint-Martal appréciait le nouvel élu à sa juste valeur; il le traitait d'apostat et de prêtre des faux dieux, suscitant ainsi contre lui-même des haines qui vont bientôt éclater. Les progrès rapides de la Révolution lui avaient déjà désillé les yeux; il abandonna sans aucun regret le Directoire. Peu de temps après, les patriotes de Nontron le dénoncèrent comme suspect, et sa demeure fut envahie par les gendarmes, tandis qu'il était seul avec sa sœur, Marie-Radegonde; tous deux furent arrêtés. Mademoiselle de Saint-Martial fut enfermée dans le couvent de Saint-Pardoux-la-Rivière, transformé en prison pour femmes, et l'ancien premier président de la Cour des aides fut conduit de brigade en brigade vers le tribunal révolutionnaire de la Seine, où Fouquier-Tinville l'eût fait exécuter; mais des amis fidèles, qui suivaient sa piste, l'enlevèrent aux gendarmes, non loin des portes d'Orléans. Il resta caché dans des maisons amies jusqu'à la fin de la Terreur, et il mourut en 1804, déçu de toutes ses erreurs libérales et gallicanes.

Moreau de Saint-Martial et Guillaume Delfau nous ont fait voir qu'au moment de la convocation des Etats généraux, les nobles et les bourgeois du Périgord étaient également entraînés vers la révolution par la lecture des Philosophes. Ces mêmes nobles et bourgeois se retrouvaient aussi confondus dans les Loges maçonniques.

Source : Le clergé périgourdin, pendant la persécution révolutionnaire, de Richard de Boysson.