Le district une fois remis au goût du jour après le passage de Bordas, Lapeyre-Bellair rend compte de sa gestion aux Comités parisiens ; il ne dissimule pas le soulagement que l'opinion éprouve après la chute des triumvirs :

"L'importance des fonctions qui me sont confiées ne m'est point inconnue, je sens combien ma tâche est difficile et en consultant mon goût, ma santé et mes moyens, j'aurais peut-être dû suivre l'exemple de mon prédécesseur, mais j'ai senti que dans ce moment ma volonté devait être subordonnée à celle du peuple et du représentant. Jaloux de répondre à la confiance de l'un et de l'autre, j'ai oublié que des raisons qui subsistent plus que jamais m'avaient obligé de quitter le Directoire de ce District où j'étais dès le principe de sa formation et où mes concitoyens m'avaient élu trois fois. Retiré dans ma campagne, maire de ma commune où malgré le malheur des temps j'avais conservé la tranquillité, occupé à préserver mes bons voisins des horreurs qui naguère couvraient la France de deuil, j'avais eu la satisfaction de voir ma commune échapper pour ainsi dire à toutes les calamités. L'heureux changement opéré par la journée du 9 thermidor me faisait jouir de cette tranquillité si désirée des vrais républicains et je ne songeais guère à reparaître encore sur la scène mais enfin (rayé) me Voici et j'apporte dans mon nouveau poste le zèle et la fermeté de l'homme probe et surtout la haine la plus implacable contre les tyrans et les terroristes et la plus ferme résolution d'employer toutes mes forces pour empêcher que leur règne revienne jamais."

Lapeyre-Bellair dit tout haut ce que la bourgeoisie pense tout bas : l'activisme révolutionnaire a fait son temps.

Jean-Baptiste Lapeyre est un brave homme, le modèle du brave homme. Né le 19 mars 1749 à Abjat, la Révolution vient le cueillir au tournant de la quarantaine alors qu'il arpente sa vigne et ses champs. Dans sa belle maison de Saint-Germain de Montbron, il mène une vie patriarcale au milieu de ses enfants.

Comme tout le monde, il prête une oreille attentive aux rumeurs qui agitent le pays. Son village est calme. Tout naturellement, on le porte à la tête de la municipalité ; il met sur pied la garde nationale.

Les administrateurs du district lui demandent de venir les rejoindre ; il acquiesce. Un représentant de passage en Charente le renvoie à ses champs, la Révolution n'a que faire de modérés ! Un autre représentant le rappelle. Ainsi vont les jours de l'homme.

Cette bourgeoisie modérée soucieuse de trouver la place qui lui revient dans la représentation politique vit dans l'attente du régime qui balaira les outrances des Jacobins ; il lui importe peu qu'il soit d'essence monarchique ou républicaine pour peu qu'il ramène l'ordre et cautionne la propriété des biens ; le bonapartisme réalisera ses vœux. Perre-Benoît Lapeyre de Belair, l'un des fils de l'agent national, maire de Saint-Germain de Montbron en 1813, par ailleurs affilié à la loge Saint-Charles d'Irlande, sera nommé Commissaire du pouvoir exécutif.

Source :  La Rochefoucauld au péril des jacobins, d'Yvon Pierron.