La Rochefoucauld, Montbron... Deux cités baignées par une même rivière, distantes de quelques lieues ; deux formes de sensibilité religieuse. Ces deux places furent le théâtre d'affrontements au cours des années qui suivirent la Saint-Barthélemy. Montbron en tenait pour le parti royal dominé par les Guise. Le comte François III de La Rochefoucauld avait mis son épée au service du roi de Navarre. Les deux garnisons échangeaient des coups. L'enjeu, il est vrai, était hautement politique et chaque ville épousa le parti de ses maîtres comme les supporters d'une équipe de foot suivent leurs héros. Il n'en faut pas davantage pour se déchirer.

La Rochefoucauld, de sensibilité gallicane, avait pris ses distances avec Rome lors de la promulgation de la bulle Unigenitus. Montbron s'en tenait à l'usage. Les assemblées électorales réunies à la fin du mois d'août 1792 pour porter des députés à la Convention s'exprimèrent clairement au sujet de la religion. Le curé, Raoul, arriva en tête avant Lautrète et Devars. Les vœux des électeurs étaient sans ambiguïté :

"Art. trois : Il ne sera rien changé en ce que contient la Constitution, relativement à la religion catholique et à son culte. "

Les électeurs du canton exprimèrent le même vœu : "Que la religion de nos pères, le culte catholique soit maintenu et favorisé par la Nation et qu'aucune atteinte ne puisse être portée contre ses dogmes. "

Intentions mises à mal au cours des mois qui suivent mais l'opinion se tait. Elle laisse éclater sa joie lorsque le décret de ventôse rend aux cultes leur liberté ; une joie claironnante, offensante pour des oreilles républicaines, une joie contagieuse qui envahit Rouzède, Mazerolles, Massignac... A l'ouest de Saint-Sornin, la plaine reste tranquille alors que le pays limousin s'embrase. Le district est-il menacé d'un soulèvement de type vendéen ? Les autorités sont sur le qui-vive. Lapeyre-Bellair, agent national, vient d'apprendre que le corps municipal de Montbron a pris un arrêté révélant "... "le despotisme avilissant du fanatisme" ; que cet arrêté où on aperçoit tout à la fois de la part de la municipalité sa connivence avec ceux qui veulent des messes, et la peur qu'elle a d'encourir la sévérité de la loi, parce que son exécution paraît contraire à la loi du 3 ventôse sur la liberté des cultes, parce que vraisemblablement l'église qu'on veut louer servirait à rétablir le culte catholique, qu 'il est prévenu d'ailleurs que la messe y a été célébrée, il requiert que vous ayez à nommer un commissaire pris parmi vous pour se transporter sur les lieux et prendre les renseignements sur les motifs qui ont donné lieu au dit arrêté et sur l'infraction à la loi qu'il prévoit en être résulté."

Source :  La Rochefoucauld au péril des jacobins, d'Yvon Pierron.