14 janvier 2020

Nouvelle jurisprudence sur le fait des chasses

Jugement portant condamnation d'amende contre des gentilshommes, pour avoir suivy leur gibier sur les terres du complaignant.

L'amende n'est que de soixante livres, parce que les accuses étaient gentilshommes, ou leurs fermiers qui les suivaient, avoient le droit de chasse par leur bail, & tous croyoient qu'il leur étoit permis. Du premier mars.

Entre messire Pierre de Curzay, chevalier, seigneur chastelain de St. Mary, Boisbretaud, & autres lieux, demandeur aux fins d'une requeste par luy presentée le 7. février dernier, à ce qu'attendu, que par les interrogatoires subis par les deffendeurs cy-aprés nommez, en execution du décret d'ajournement personel contr-eux decerné le 27. aoust aussi dernier, ils ont reconnu & avoüé tous les faits contenus en la plainte dudit sieur de St. Mary, ils soient condamnez solidairement en ses dépens & interests, pour lesquels il fe restraint à la somme de trois cens livres, en telle amende qu'il plaira à la Cour arbitrer, que defenses leur seront faites de plus user de telles voyes sur plus grandes peines, & en outre condamnez aussi solidairement en tous les dépens du procez, sauf au Procureur général à prendre telles autres conclusions qu'il avisera bon être, d'une part. Et Philippe Raymond écuyer, sieur de St. Germain, Sainte-Colombe, Isaac Odet sieur des Houllières, Gaspard Frotier-Tizon écuyer, sieur de la Rochette, Charles du Rousseau écuyer, sieur de Coulgeans & Philippe du Coux fermier dudit sieur de St. Germain, deffendeurs, d'autre part. Et entre ces mêmes accusez, demandeurs aux fins d'une requeste du 21. février, à ce qu'attendu leurs interrogatoires, & que par iceux ils ont pris droit par les charges & informations contr'eux faites, ledit sieur de St. Mary soit declaré non recevable & mal fondé en son accusation, & eux renvoyez quittes & absous d'icelles, reparation, dommages, interests & dépens, d'une part. Et ledit sieur de St. Mary deffendeur à ladite requeste, d'autre.

Aprés que Tripot avocat du demandeur & accusateur a déduit les moyens de sa demande, & conclu : Ouïy Braguet avocat dudit de St. Germain, & autres deffendeurs & demandeurs en requeste, qui y a aussi conclu : Ensemble Charton pour le Procureur general du Roy en ses conclusions; les pieces mises sur le bureau, tout veu & examiné, Nous, pour les cas resultans du procez, avons condamné & condamnons les accusez en soixante livres d'amende envers le Roy, & en vingt livres de restitution envers le complaignant solidairement, & aux dépens.

Source : La nouvelle jurisprudence sur le fait des chasses après l'ordonnance de 1669.

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13 janvier 2020

Un chirurgien militaire en Nouvelle-France

Étienne Massé (1) est un chirurgien militaire français qui arrive en Nouvelle-France avec le régiment de Béarn, en 1756. Ce régiment est envoyé dans la colonie pour tenter d'éviter la conquête par les armées britanniques. En septembre 1756, le régiment est au fort Carillon sous les ordres du chevalier de Lévis. Ce dernier semble avoir apprécié les services rendus par l'aide-major Étienne Massé, puisque, après la défaite des plaines d'Abraham et avant la capitulation de Montréal, il envoie une lettre au maréchal de Belle-Isle en faveur du sieur Massé: «Le Sieur Massé, chirurgien aide-major, à qui le Roy a conservé la place qu'il avoit à l'hôpital de Landeau, en sollicite les appointements depuis qu'il est en Canada où il a toujours rempli ses fonctions avec application; il mérite la grâce que j'ai l'honneur de vous demander pour lui (2).»

Le 20 janvier 1760, Étienne Massé est à Longueuil où il assiste au mariage d'Edmé Henri, chirurgien major du régiment Royal-Roussillon, avec Geneviève Fournier (3,4). Le chevalier de Lévis, maréchal de camp commandant les troupes du roi en ce pays, a donné à l'époux la permission de se marier. On doit se rappeler qu'en cette période de guerre les militaires et en particulier les officiers ne pouvaient se marier dans la colonie sans avoir obtenu au préalable la permission du commandant des troupes. A l'occasion de ce mariage, le témoin du marié est Jean Danglas Debarsignac, chevalier de l'Ordre militaire de Saint-Louis et capitaine au régiment du Royal-Roussillon. Parmi les dignitaires présents, on remarque Étienne Massé qui porte maintenant le titre de chirurgien major au régiment de Béarn.

Après la capitulation de Montréal, le 8 septembre 1760, le régiment de Béarn retourne en France. Étienne Massé, le chirurgien major, suit son régiment et ne revient plus au Canada. Il est probablement allé pratiquer son art à l'Hôpital de Landau où le roi lui avait conservé la place qu'il avait avant son départ pour la colonie.

Notes :

1. Originaire de Bouëx (Charente), fils de Simon Massé, greffier. En 1780, il assiste au mariage de sa fille Marie-Jeanne avec Jacques Joubert de Praslin, procureur du roi.

2. Lettres du Chevalier de Lévis concernant la guerre du Canada (1756-60), p. 254, C. O. Beauchemin & fils, Montréal, 1889.

3. Tanguay, C., Dictionnaire généalogique des familles canadiennes, vol. V, p. 559, Québec, 1871, Editions Élysée, Montréal, 1975.

4. Charbonneau, H. et J. Légaré, Répertoire des actes de baptême, mariage, sépulture et des recensements du Québec ancien, vol. 42, p. 166, Les Presses de l'Université de Montréal, 1988.

Source : La médecine en Nouvelle-France, de Marcel J. Rheault.

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Une plainte au lieutenant général d'Angoulême

Pierre Desmazeaud, sieur du Maine-Large, expose à M. le lieutenant général d'Angoulême, le 2 juin 1710 :

« Qu'il a le malheur d'avoir dans son voizinage au lieu de Rochepine Pierre Dumargue (du Mergey) écuyer, sieur du Chastellard et ses enfens lesquels font journellement insulte au supliant soit en sa personne soit aux siens et en ses biens nottamment le jour de la Pentecoste environ les huit à neuf heures du matin que le supliant estant en chemain avecq sa femme pour aller à la meissc au bourg de Sainct-Germain le supliant fit rencontre dudit sieur du Chastellard qui estoit a compaigne de ses deux enfens de laine et du cadet les deux enfens ayant chascun une espee a leur coste lesques aprocherent le supliant et laine desdits enfens luy auroit dit quil prétendoit quil le salua sur le champ et que sil ne le saluoit il luy passeroit vingt foist son espee dans le corps que sestoit un chien un bougre à tuer a coup de baston a quoy le supliant auroit respondu quil ny avoit rien de plus libre que le salut et quil ne pouvoit pas lexiger de luy ledit fils aine tira son espee aussi bien que son frer cadet la sienne et auroient lun et lautre fait effor de tuer le supliant ce quils auroient effectivement fait sans le secours de quelques personnes qui se trouvèrent présentes et a la faveur dune chutte que fit le supliant voulant se garantir de la fureur desdits enfens dudit sieur Chastelard lequel supliant setant plaint audit sieur du Chastelard bien loing de blâmer ledit mauvais dessaint lauroit aprouve en disant quils avoient raison den agir de cette manière et les uns et les autres auroient faits une infinité de menasse au supliant comme les suites dune telle action peuvent estre facheuze et quelle méritent corection le supliant a recours a vous pour en estre préserve ».

Source : Notes historiques sur la baronnie de Marthon en Angoumois, d'Adolphe Mondon.

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Preuves de la noblesse de Philippe du Lau de Lâgebâton

Preuves de la noblesse de Philippe du Lau de Lâgebâton. D'or à un lion de gueules passant au pied d'un laurier de sinople à trois branches de même; à l'orle d'argent chargée de besants d'azur sans nombre.

Extrait des registres de la paroisse de St Simphorien de Bunzac, diocèse et élection d'Angoulême, portant que Philippe du Lau fils naturel et légitime de messire Louis du Lau, chevalier, seigneur de Lâgebâton et autres lieux, major de troupes d'infanterie du roi, et de dame Françoise Garnier de la Davignère, naquit le 14 de mars 1774 et fut batisé le lendemain. Cet extrait est signé Albert curé de Bunzac et légalisé.

I. Contrat de mariage de messire Louis du Lau, seigneur de Lâgebâton, Enseigne des Vaisseaux du Roi, fils légitime de feu messire Philippe du Lau, chevalier, seigneur d Lâgebâton et autres lieux, et de feue dame Marie de Montalembert, son épouse, demeurant en la ville de Rochefort, accordé le 19 mars 1767 avec demoiselle Françoise-Jeanne Garnier de la Davignière, mineure, fille légitime de messire Jean Garnier, chevalier, seigneur de la Davignière et autres lieux, et de feue dame Suzanne Thomas de Mongoumard, demeurants au logis noble des Maisonnettes, paroisse de Brie, où ce contrat fut passé devant Juzaud, notaire royal en Angoumois.

II. Contrat de mariage de messire Philippe du Laux, chevalier, seigneur de Lâgebâton, du Fief-de-Siguret & autres places, majeur, fils aîné de haut et puissant messire Jean du Laux, chevalier, seigneur de la Brangerie, de Cellette, de Lâgebâton, de Soulignonne & autres places, et de dame Anne Pasquet, son épouse, demeurants en leur logis noble de Lâgebâton, paroisse de Saint-Projet, près de la ville de La Rochefoucauld en Angoumois, accordé le 26 janvier 1726 avec demoiselle Marie de Montalembert de Plesac, fille puînée de haut et puissant messire Pierre de Montalembert, chevalier, seigneur de Vaux, Plesac & autres lieux, et de dame Françoise-Angélique Poussard, sa femme, demeurants en leur château dudit Vaux, où ce contrat fut passé devant Comte, notaire royal en Angoumois.

III. Contrat de mariage de messire Jean du Laux, chevalier, seigneur de la Brangerie, fils aîné légitime de messire Isaac du Laux, chevalier, seigneur de Cellette, et dame Sara Salebert, son épouse, demeurant au dit lieu de la Cellette, accordé le 7 juin 1688 avec dame Anne Pasquet, veuve de Charles Odet, écuyer, seigneur de Laagebaston & des Ombrais, fille légitime de feu Henry Pasquet, écuyer, seigneur de Laagebaston, et de dame Madeleine de Morel, alors femme de Jacques de Chièvres, écuyer, seigneur de Montravail, demeurant au dit lieu noble de Laagebaston, paroisse de Saint-Projet, où ce contrat fut passé devant de Langlard, notaire royal en Angoumois.

IV. Contrat de mariage de messire Isaac du Laux, chevalier, seigneur de Cellette en Angoumois, demeurant au lien de Champniers en Périgord, accordé le 23 septembre 1659 avec demoiselle Sarra Salbert, fille naturelle et légitime de feu messire Zacharie Salbert et de dame Léa de Bessay, demeurants au logis noble du Breuil, paroisse de Villards en Saintonge; la dite future épouse agissante de l'autorité et consentement de haut et puissant messire Jean Isle, chevalier, seigneur de Beauchaisgne, le Breuil, son beau-père, et de la dite dame Léa de Bessay, sa mère, icelle dame de Bessay dûment autorisée dudit sieur de Beauchaisgne. Les dits futurs époux se prennent avec tous leurs biens et droits échus et à échoir, savoir du chef dudit futur époux les droits successifs qui lui sont échus par le décès de ses père et mère & frères et sœurs, réglés à la somme de 24.000 livres par le testament de feu messire Henry du Laux, chevalier, seigneur de Champniers, son père, du premier juin 1654 reçu par Rougier, notaire royal; laquelle somme en exécution dudit testament haut et puissant messire Armand du Laux, fils dudit Henry et frère d'icelui futur époux, ledit Armand étant héritier universel dudit feu seigneur messire Henry du Laux, leur père, a promis de payer audit futur époux dans les termes portés par la transaction passée entre eux le 19 octobre audit an 1654 reçue par ledit Rougier. Ce contrat où la dite future épouse est assistée de haut et puissant messire Louis Salbert, sieur de Soulignonne, son frère, fut passé au dit logis noble du Breuil devant Tallebet, notaire royal.

Source : Procès-verbaux des preuves de la noblesse des élèves de l'École royale militaire, 1784.

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11 janvier 2020

Une cérémonie de vêture

Aujourd'hui 24 octobre 1779 a été donné dans la communauté de l'Union chrétienne de cette ville d'Angoulême la vêture ordinaire de l'habit de notre communauté de l'institut à sœur Catherine de La Grange demeurante dans notre communauté depuis près de 9 mois, agée de 19 ans faits, fille naturelle et légitime de monsieur Nicolas Durousseau de La Grange et de dame Anne Guimbelot ses père et mère, la cérémonie et prise d'habit de la dite sœur de Lagrange a été faite entre les mains de très digne personne et honorable Monsieur Henri de Chabrignac, chanoine de la cathédrale de cette ville, et en présence de très vénérable Monsieur l'abbé Jean Civadier, aumônier de notre communauté, de vénérable Monsieur Jean Sauvo, chanoine de la même cathédrale, furent aussi présentes dame Gabrielle de Chabrot supérieure et de sieur Jean Durousseau de La Grange représentant Monsieur son père, les dits sieurs ci-dessus ont signé le présent acte de vêture le jour et an susdit sur les deux registres de la communauté avec ladite dame supérieure.

Source : Registre du couvent des dames de l'Union chrétienne d'Angoulême.

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Ordre du roi au vice-sénéchal d'Angoulême

Ordre d'aller à Barbezieux prendre huit personnes et les mener à Saumur où elles seront enfermées dans le château. — Bibliothèque nationale. Mss., f. fr., t. 4184, f 41. Copie.

Du 21e janvier 1652 à Poictiers.

De par le Roy,

Sa Majesté mande et ordonne très expressément au viceséneschal d'Angoulesme (1) d'aller, aussytost le présent ordre receu, avec tous les officiers de robbe courte et archers de sa compagnie, à Barbezieux ou autre lieu que besoin sera, se charger des personnes du marquis de Levy (1) et des sieurs de la Motte Charier, et de Saint Hippolite, ensemble d'un page, un cuisinier et trois valletz du dit marquis, qui ont esté faictz prisonniers au dit Barbezieux et les conduire soubz bonne et seure garde jusques au chasteau de Saumur, où estant les remettre au pouvoir du sieur de Comminges, gouverneur, et lieutenant général pour le Roy au dit Saumur, et lieux en deppendantz, en l'absence et à la survivance du sieur de Guitault, son onele, pour estre les dits prisonniers gardez au dit chasteau suivant la lettre, que Sa Majesté en escrit au sieur de Comminges, qui est adressée au dit vice sénéchal avec le présent ordre, sans se charger de la nourriture, ny des despens par les chemins d'aucuns des ditz prisonniers. Et en cas que le dit marquis ne fust pas en estât de défrayer tous ses dits valletz par les chemins, le dit vïee sénéchal le mènera avec un seul vallet, et en se retirant le dit vice sénéchal [dressera] acte comme il aura remis es mains du dit sieur de Comminges les dits prisonniers, il en sera bien et valablement deschargé. Mande et ordonne Sa Majesté aux gouverneurs, et ses lieutenants généraux en ses dites provinces, baillifs, sénéchaux, prévostz des mareschaux leurs lieutenants dans l'estendue des charges ressortz et destroictz desquelz le dit vice seneschal aura à passer faisant la dite conduitte, et à tous autres ses officiers et subjectz qu'il appartiendra de prester main forte et assistance, et mesmes escortes et prison si besoin est et requis en sont du dit vice séneschal en sorte qu'il puisse faire la dite conduitte en toute diligence et seureté.

(1) Samuel Raoul, sieur de Vouzan, fils et héritier de Charles Raoul, sieur de La Fontaine et maire d'Angoulême en 1605. Lui succéda dans son office de vice-sénéchal, en 1655, Jean du Thiers, sieur de La Rochette et maire d'Angoulême en 1662.

(2) Roger de Levis, comte de Charlus, lieutenant général en Berry.

Le duc d'Harcourt laissa au marquis de Bellefonds et au chevalier d'Albret le soin de s'emparer des « bicoques » de Pons et Barbezieux. D'Harcourt s'empara du château d'Ambleville après un semblant de résistance le 12 ou 13 janvier (Gazette du 25). Barbezieux capitula avec 400 fantassins et 40 maîtres que le prince de Condé avait laissés sous les ordres du marquis de Levis, après un jour de siège seulement, le 15 janvier 1652. Quarante officiers furent faits prisonniers. Cf Journal de Jean Vallier, m, p. 132 ; Dubuisson-Aubenay, Journal des guerres civiles, n, p. 155. Les articles de la capitulation sont dans la Gazette du 1er février 1652 (ibidem).

D'après Jean Vallier, le colonel espagnol qui avait entrepris la défense de Pons avec 200 soldats de sa nation se serait rendu au chevalier d'Albret (ibidem). Dubuisson-Aubenay écrit la même chose (n. p. 154). En somme, il y eut deux actions coup sur coup. Le chevalier d'Albret s'empara de Pons, en chassa la garnison espagnole qui fut faite prisonnière, et, trois ou quatre jours après, il fut assiégé et dut se rendre.

(Archives historiques de la Saintonge et de l'Aunis, 1915)

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Un conseiller au parlement de Paris

Clément Le Meûnier (aussi «Le Munier», «Musnier» ou «Meunier»). Seigneur de Lartige, d'abord avocat au parlement, il fut reçu conseiller le 21 janvier 1611, en la première chambre des Enquêtes d'où il monta à la Grand'Chambre le 4 avril 1641. Il mourut le 3 mai 1664, doyen du parlement. Les «notes secrètes» le disent «homme léger et de peu de confiance et de peu de créance dans sa compagnie; n'a que de petits intérests» (Corr. adminis., p. 36). «A espousé Anne Brisard, fille de Charles Brisard, conseiller du parlement, et de Magdelaine Ligier».

Source : Débats du Parlement de Paris pendant la minorité de Louis XIV.

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Les cultures de Puyréaux

Les terrains de Puyréaux, calcaires sur le plateau et sablonneux dans la vallée de la Bonnieure, sont aptes à toutes les cultures.

M. de Chancel exagère quand il dit de Puyréaux : « Revenu médiocre par suite de la mauvaise qualité du terraîn ; » il est vrai que cette opinion est empruntée au cahier des plaintes, pour la confection duquel l'exagération était de rigueur.

Au XVIIe siècle, on cultivait avec succès à Puyréaux, la vigne, le froment, l'avoine, le seigle, l'orge, le maïs, les fèves, pois, etc., etc. ; la pomme de terre n'apparaît qu'à la fin du XVIIIe siècle. Une autre culture autrefois très soignée et maintenant abandonnée, était celle du chanvre et du safran. Les terrains qui longent la route de Puyréaux à Mansle, appelés petits-chènebeaux, c'est- à-dire chènevières, étaient très propres à ce genre de culture.

En 1786, soixante personnes seulement étaient propriétaires de biens-fonds dans la paroisse de Puyréal-Chastelard ; encore ces soixante personnes n'appartenaient qu'à une quarantaine de familles.

Voici quels étaient les revenus imposés des principales familles : de la Grésille, propriétaire de maisons, rentes, dîmes, agriers, moulin, domaine, 697 liv. ; Boissier des Combes, 260 liv. ; Mallat de l'Etanche, 240 liv. ; Marquet, 160 liv. ; Cholet, 220 liv. ; Constantin de Beauregard, 180 liv. ; Chevalier, 160 liv. ; Mallet, 130 liv. ; du Lau de la Brangerie, 140 liv. ; Ravion, 120 liv. ; Léchelle-Véron, 120 liv.

Comme aujourd'hui, la propriété était très morcelée, par suite des partages de succession. Souvent on voit les enfants d'une même famille, au lieu d'accepter au partage des biens patrimoniaux, l'un tel champ, l'autre tel autre, s'entêter à diviser le même champ ; dès lors, ils comptent le nombre des sillons contenus dans la pièce de terrain, et ils se les partagent.

Les gros propriétaires, et ils sont peu nombreux à Puyréaux, font exploiter leurs terres par métayage; les autres exploitent par eux-mêmes, avec l'aide de domestiques ou seuls. Cependant, même parmi ces derniers, il y a une distinction à établir : ceux qui n'ont que leurs bras pour travailler leurs terres, sont appelés « laboureurs à bras, » ceux qui ont des bœufs, sont appelés « laboureurs à bœufs. »

A peine comptait-on aux XVIIe et XVIIIe siècles dix propriétaires à Puyréaux qui possédaient des bœufs. Citons : les Hugon, Chollet, Ravion, Constantin, Léchelle, Marquet, Chevalier.

Le prix des terres semble peu élevé, si on le compare au prix où elles se sont vendues depuis. Pour être juste, il faut dire aussi que l'argent avait alors une plus grande valeur que de nos jours.

Source : Notes historiques sur la paroisse de Puyréaux, de l'abbé Chevalier.

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02 janvier 2020

La Rochefoucauld au péril des Lumières

Les Marentin, c'est tout autre chose. Ils sont venus depuis plus d'un siècle de Saint-Claud, se sont distingués dans la magistrature, au présidial et à la Rochefoucauld. Juristes, ils le demeurent mais s'engagent dans une voie parallèle : l'administration militaire, Jean-Baptiste Marentin est conseiller du Roi, écuyer ; il vit à Paris mais porte le titre de sieur des Denis, la Rivière, Pierre-Levée, etc. biens dont il a fait l'acquisition à Bunzac et à Rancogne. En 1761, il est commissaire des guerres, employé en Angoumois et subdélégué de Mgr l'intendant, ou si l'on préfère, l'œil de ce haut fonctionnaire à la Rochefoucauld. François Chénevière qui réside à Versailles, en fait son «fondé de procuration». Jean-Baptiste Marentin prend son tour de bête dans la ville royale, — on le trouve à Versailles en 1766 —, avant d'être nommé commissaire principal des guerres au département de Limoges. En 1781, il y réside encore. Licencié ès lois comme ses pères, il est en même temps correspondant de la société d'agriculture de Limoges pour l'Angoumois. Nous verrons qu'il y fait du bon travail. Ce qui ne l'empêche pas de multiplier les acquisitions de terre. Il fait des envieux comme il se doit. Antoine-René, son fils, sera tenu pour suspect sous la Révolution.

Jean-Baptiste Marentin, mort en 1783, laisse un fils et deux filles. Valérie (prénommée ainsi du nom de sa grand-mère Valérie Constant) épouse Henry Pasquet de Saint-Projet, garde du corps du Roi. Son mari choisit d'émigrer ; Valérie laissera sa tête sur l'échafaud. Anne, la deuxième sœur, épouse Jean-Baptiste des Voisins, officier au bataillon d'Angoumois où il sert avec les Maret, Pasquet, Sautereau, etc.

Antoine-René, fils de Jean-Baptiste, écuyer, conseiller du Roi, suit la voie paternelle. En 1783, après la mort de son père, il est commissaire des guerres, à Béziers, en Languedoc, et y demeurant.

Jean-Baptiste a pris sous son aile Théodore Vivien (d'une famille de tanneurs), contrôleur ambulant des hôpitaux de l'armée du Bas-Rhin, qui meurt à Hanau vers la fin décembre 1759. A cette date, il est remarié avec Marie Maignen qui s'est retirée à Lavaud (Rivières) mais il laisse trois enfants de son premier mariage avec Jacquette Gadon, veuve elle-même de Me Louis Mesnard, notaire et procureur.

François Vivien, fils de Théodore, et de Jeanne Gadon, recommandé sans doute par J.B. Marentin, est commis au bureau de la guerre, à Versailles, en 1766. Commis mais non commissaire, nuance ! Il donne pouvoir à Jean-Baptiste Marentin pour régler ses affaires à la Rochefoucauld. Les cambois, Guyon, Vivien ont fait leurs premières armes aux portes de leur ville natale, «commis aux entrées», alors que Pierre Pintaud en était le receveur. Première démarche d'intégration dans la fonction publique. La tannerie, pierre angulaire de l'économie locale a fait son temps. Notons que les Cambois, Guyon et Vivien en procèdent.

Les maîtres de forge de Rancogne se sont distingués dans l'administration militaire depuis la création du port de Rochefort par Colbert (1666). René Landouillette, commissaire général de la marine, anobli sous le nom de Logivière, prend en main la forge de Rancogne, dite alors «forge à canons» et lui impulse un réel dynamisme. Une de ses filles cherche à poursuivre l'entreprise pour beaucoup de succès. Tantôt, c'est l'eau qui manque, et tantôt le chabon de bois. L'affaire est reprise par Charles Pierre Ruffray, trésorier des vivres de la marine, mort à Rancogne, dont la veuve épouse Julien René de la Grève, Conseiller du Roi, contrôleur ordinaire des guerres, qui acquiert au nom de ses beaux-fils les droits seigneuriaux de la baronnie de Manteresse. Cette baronnie est mythique, mais les droits sont bien réels. Il acquiert du même coup des droits seigneuriaux à Saint-Sornin et Vilhonneur. L'un des fils de Charles-Pierre de Ruffray et de Marie-Anne de Chalvière, est lieutenant en second de chevau-légers. Jean-Louis Marie, son frère, sieur de Manteresse, est contrôleur ordinaire des guerres en 1773. A cette date, il est dit seigneur de Manteresse, demeurant au château de la baronnie de Manteresse, à la forge de Rancogne. D'où la couronne de baron qui somme la grille d'entrée de château... création de la seconde moitié du XVIIe siècle. Jean-Louis Marie de Ruffray est dit ailleurs «baron de Manteresse, les Gonds, faubourg de Lhoumeau...», extrapolation nobiliaire de ce XVIIIe siècle finissant, si proche de la Révolution... On se gonfle de titres, on donne le change, la comédie nobiliaire prend le tour d'un bal masqué. Plus dure sera la chute. A ces titres, Jean Louis Marie de Ruffray ajoute celui d'officier de la connétablie, gendarmerie et maréchaussée de France des camps et armées du Roi, beaucoup de mots pour une charge vénale. Il demeure alors quai des Orfèvres.

Source : La Rochefoucauld au péril des Lumières, d'Yvon Pierron.

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Le régisseur de Gurat avant la Révolution

Pierre Bourrut La Couture, régisseur de Perrier de Gurat

En septembre 1738, la seigneurie de Gurat est passée aux mains de François Élie Perrier de Grésignac, conseiller au présidial d'Angoulême. Nous savons les difficultées rencontrées lors de ce changement, Jean Bourrut refusant de se reconnaître le fermier de la terre pour n'avoir pas à payer la taille afférente à ce service. Puis, il devient le fermier de Perrier de Grésignac, mais celui-ci meurt en 1751, à quarante-deux ans, laissant un jeune mineur de dix ans, Jean-Baptiste, déjà orphelin de mère, une Arnaud de Ronsenac. C'est le grand-père, Pierre Perrier de Grésignac, secrétaire du roi près la cour des Aides de Bordeaux, qui fut son tuteur et il en héritait en 1768. Dès lors Jean-Baptiste Perrier, seigneur de Bonnes et de Gurat, prenait en mains la conduite de ses affaires. Son premier interlocuteur est toujours Jean Bourrut, son procureur auprès de la juridiction de Salles, Vaux et Gurat, à cause d'arriérés de rentes seigneuriales restées impayées depuis 1740 pour certaines d'entr'elles. Tout un dossier épais, dans les archives de Lémerie, concernant plusieurs tenanciers, avec des sommes assez considérables.

Compte de régie de 1767-1768 concernant Gurat

- prix de la ferme pour une année ; 1 800 L.
- la moitié des lods et ventes sur acquisitions depuis 1740 ; 889 L.
- la moitié des arrérages de rentes antérieurs à 1740 ; 364 L.

Soit un total de 3 053 L.

On trouve aussi plusieurs livres de comptes, l'un de 1768 à 1771, avec les dépenses annuelles, d'une Saint-Jean à l'autre : paiements des ouvriers, journaliers, achats, réparations, etc. l'autre, de 1770 à 1773, concerne l'économie domestique du château de Bonnes : le personnel, l'écurie, les pigeons, la volaille, les chiens, les pauvres, la cuisine... tout est minutieusement noté. En particulier, comme dans les autres châteaux : deux tables « la table et la seconde table », deux sortes de pain, et de vins... quant à la viande on en prendre à la fois pour le bouilli et pour le rôt (ou rôti). On saisit également les composantes du domaine de Bonnes : le château, la grande métairie, la petite métairie, le Gâtineau, la grave...

Dans la correspondance, le fils La Couture est devenu très vite l'interlocuteur du propriétaire seigneur. Souvent La Couture se rend à Bonnes et y réside pour gérer. Perrier, de son côté, surveille de très près ses exploitations. Leur correspondance permet d'entrer dans le mode de de vie et les problèmes rencontrés par un magistrat conseiller au présidial d'Angoulême, qui ne jouit pas d'une grosse fortune, le plus souvent à court d'argent, presse son fermier-régisseur de lui faire passer au plus vite l'argent de ses recettes. Gurat (Perrier) partage son temps entre Angoulême, où il exerce, avec une maison sur le rempart de Beaulieu et ses domaines à la campagne (Grésignac et Bonnes). Il faut savoir que le logis de Gurat, au bourg du même nom, a cessé d'être depuis longtemps une résidence du seigneur-propriétaire. Par contre, à Bonnes, on assiste à des travaux soumis à la surveillance de La Couture, travaux de maçonnerie au château, réfecton d'un chemin qui traverse les terres. Le propriétaire est attentif à tout, il fait même passer les commandes de cuisine par La Couture.

Tout au long de cette correspondance de 1766 à 1789, et après, on constate la qualité de leurs rapports, tous les deux se confient mutuellement leurs problèmes et se donnent des conseils. En décembre 1778, une lettre de Gurat qui craint de perdre son régisseur : « Je serai bien fâché si ces circonstances vous obligent d'abandonner la régie de mes affaires de Bonnes, toutes les affaires que vos grandes possessions vous donnent nécessairement, mais vous pourrez toujours faire en pantoufles ma régie de Gurat et je me rappellerai toujours avec plaisir que vous m'avez été utile dans maintes occasions et je ne l'oublierai pas... »

En fait les choses continuent comme avant. La Couture continue d'assurer tous ses services. En 1771 Gurat demande à son régisseur de lui trouver un prêteur pour une somme de 4 000 livres à rembourser sur deux ans. En décembre 1781, La Couture refuse de prendre la ferme de Bonnes que Perrier lui réservait en priorité. Dans la correspondance, Madame de Gurat prend le relais de son mari, une première fois lors d'un voyage de ce dernier à Paris, ensuite du fait de sa maladie dans l'été de 1781, avec une fièvre persistante. La dame n'a pas la maîtrise de son mari et use d'une orthographe phonétique. C'est l'occasion de vérifier que les femmes ne reçoivent pas l'instruction des hommes à tous les échelons de la société. Je l'ai déjà vu chez les Galard de Béarn, et aussi chez les Bourrut où l'on serait en peine de trouver une correspondance féminine de mère, épouse ou fille, dans le fonds, avant la fin du XIXe siècle. Madame de Gurat s'est substituée à son mari dans la conduite des affaires, et elle remercie La Couture, qu'elle apprécie, de l'avoir « débarrassée de plusieurs vauries que nous nourrissons à Bonnes dont vous avez eu la complaisance d'en chasser une partie... »

En 1782, Gurat semble remis et reprend la correspondance. En 1783, une procuration de Gurat est faite à La Couture pour affermer ses terres au pris de 3 800 livres par an, forte augmentation de la ferme par rapport aux pris précédents, mais on peut se demander si le nouveau contrat n'englobe pas une partie de Bonnes. En 1788, Perrier marie sa fille avec Monsieur Belhade, de Saint-Privat (24). Il essaie de vendre des biens, car il lui a fait une dot de 50 000 livres, d'où des ennuis de trésorerie pour faire face à ses engagements. En 1789, dans une lettre de Bonnes datée du 17 septembre, Gurat parle de « cabales, effervescences particulières, accaparement de blés ». La Révolution est là, avec ses changements.

En juillet 1790, Perrier de Gurat est élu maire d'Angoulême, en remplacement de son beau-frère Valleteau de Chabrefy, promu à la tête du nouveau département. Il a été élu alors qu'il était à Paris, faisant partie d'une délégation chargée de demander un tribunal d'appel pour la ville d'Angoulême. Il accepte sa nomination et le voilà pour seize mois projeté dans une fonction à laquellle, lui, un homme de l'Ancien Régime, n'est pas du tout préparé... Dans une lettre du 23 octobre 1791, il écrit : « Le temps approche où je vais être libre, il est bien temps que je sorte de la galère où je suis depuis seize mois ».

Au printemps 1793, après l'insurrection vendéenne, ce sont les premières arrestations de suspects en Charente, dont celle de Perrier qui va rester en état de détention pendant vingt-deux mois. Une lettre de 1793 (mais illisible), la dernière du fonds, adressée à La Couture : « ... depuis plus de cinq mois, Monsieur, que je suis privé de ma liberté sans savoir encore pour quelle cause et par quelle autorité. Je n'ai pu prendre connaissance d'aucune de mes affaires ». Dans cette correspondance, à présent raréfiée, entre 1789 et 1793, les événements politiques ne sont guère évoqués, il est question seulement de la gestion des domaines. De 1793 à 1797, on trouve des comptes de Gurat, mais plus de lettres.

Rendu à la liberté, Perrier n'est pas pour autant libéré des soucis et des ennuis. Entre 1793 et l'an IX, il s'enfonce dans une dérive financière à coups de prêts hypothécaires : plus de dix inscriptions au bureau des hypothêques d'Angoulême, douze à celui de Barbezieux. Il cumule les ennuis et les chagrins : la mort de sa femme, ses propres problèmes de santé et pour couronner le tout, les exigences de son fils que nous avons vues, et qui l'oblige à aliéner son domaine de Gurat racheté par La Couture.

Ce dernier, au moment de cette vente en l'an X, n'est plus ni le gestionnaire, ni le fondé de pouvoir de Perrier de Gurat, c'est Pierre Lambert, le jeune, propriétaire au bourg de Salles. Pourquoi et quand ce changement ? Les archives de Lémerie ne disent rien à ce sujet. Quelle triste fin pour ce seigneur que nous avons suivi pendant vingt ans, le fils odieux envers son père a quitté la France pour l'Amérique en 1803, pour aller mourir à l'hôpital de la charité de la Nouvelle-Orléans en septembre de la même année. Gurat, lui, s'est retiré chez sa fille à Saint-Privat en Dordogne, où il meurt à soixante-trois ans, en juillet 1804.

Source : Les Bourrut Lacouture, de Jean Jézéquel.

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