20 janvier 2020

Les fiefs nobles de Ruelle avant la Révolution

Le fief de Ruelle, à la veille de la Révolution, appartenait à la famille Birot. Jean Birot, écuyer dont le père était avocat au présidial d'Angoulême, l'avait acquis en 1694 pour 12 000 livres. Cette famille a fait construire le logis de Ruelle, près de la Touvre, sur la route de Mornac (ensemble de bâtiments anciens, face à l'école de la Marine). Le seigneur de Ruelle partageait les dîmes avec le curé ; il en gardait le quart qui s'ajoutait aux redevances féodales. En 1789, ce fief était tenu par un autre Jean Birot dont le frère, Jean Charles, Maréchal des logis des Gardes du corps du Roi, chevalier de Saint Louis, était appelé le Chevalier de Ruelle.

Le fief du Maine-Gagnaud passa, vers 1750, dans la famille Labatud par le mariage de Pierre Labatud avec Françoise Marie de la Charlonnie. Pierre Labatud fut avocat au Présidial, Maire d'Angoulême de 1754 à 1757 ; son fils a dû payer la somme requise soit 6 000 livres (la finance) pour que la noblesse de la famille soit confirmée. Le logis du Maine-Gagnaud était délabré car les propriétaires habitaient à Angoulême depuis plus de vingt ans ; on en découvre quelques vestiges dans le secteur Impasse du Logis, rue François Ier ; c'était là que se trouvait la fontaine François-Ier avant son transfert dans le jardin public au bord de la Touvre. En 1789, Pierre Labatud, le fils, était le détenteur de ce fief.

Celui de Fissac a été acheté en 1769 par Claude Trémeau, juge au Présidial d'Angoulême et ancien Maire d'Angoulême (1757-1760), pour 51 600 livres (il a payé la finance ordonnée par arrêt de 1770 pour confirmer la noblesse). Il mourut en 1790 à 67 ans ; on lui réserva un enterrement de «1re classe» puisque outre le curé et le vicaire de Ruelle, étaient présents les curés de Mornac, de Magnac et l'ex-curé de Sigogne. Il laissa le domaine à son fils François qui pendant la Révolution signait «le Républicain et Montagnard Trémeau» ; sous l'Empire on rajouta à nouveau de Fissac au nom ; Alexandre Trémeau de Fissac, adjoint au Maire de Ruelle en 1808. Le logis de Fissac est situé entre la Touvre et la route du Pontouvre, près de la minoterie et du foyer.

Lors de l'arpentement de 1742, le fief de Villement appartenait à Louis Robert Bourrée, écuyer. Il eut plusieurs filles : Jeanne, dame de l'Union Chrétienne, Françoise qui mourut à Villement en 1775 à l'âge de 84 ans, Blanche mariée à David Brumeau de Villeneuve, Thérèse mariée à Jacques-Pierre Salomon qui fut seigneur de Bourg, Cressé, Veillard... Thérèse eut au moins huit enfants dont Robert Salomon de Beaussaye qui, en 1789 détenait en partie le fief de Villement, selon la déclaration concernant la contribution patriotique. Le logis seigneurial se trouve lui aussi à proximité de la Touvre, en aval de la papeterie.

Vigier de la Pile, dans son histoire de l'Angoumois au XVIIIe siècle ne signale pas le fief de Villement mais cite celui des Riffauds appartenant «à la dame de Neuvy, héritière du feu sieur Paulte» décédé en 1729 (un Paulte fut échevin et Maire d'Angoulême au XVIe siècle). Le fief était passé à la famille La Laurencie de Charras : Noël-Bertrand de la Laurencie de Charras, Marquis de Neuvy, avait épousé Marie Paulte, fille de défunt Jean Paulte, avant 1741 (et son père avait épousé en secondes noces Marie du Chazeau, la veuve de Jean Paulte et mère de Marie). Jean Paulte, écuyer, en 1697 et 1703 avait acquis du roi, héritier des Comtes d'Angoulême, les droits seigneuriaux sur des terres autour des Riffauds, les droits de pêche et de propriété sur les eaux de la Touvre, à charge de les tenir en fief du Roi, de lui en rendre foi et hommage. Lorsque le Comte d'Artois, frère de Louis XVI, reçut en apanage l'Angoumois, il racheta ces droits au prix de l'aliénation (pris payé par Jean Paulte) ; heureusement la Marquise de Charras avait eu la bonne idée de revendre en 1751 une partie de ces droits, ceux sur les eaux de la Touvre, à un prix deux fois et demie plus élevé.

Le seigneur de Ruelle détenait 90 journaux 68 carreaux estimés 467 livres 2 sols, celui du Maine-Gagnaud 62 j. 150 c. estimés 500 livres 11 sols, celui de Fissac 66 j. 31 c. estimés 704 livres 16 sols, celui de Villement 200 j. 79 c. estimés 1 208 livres 15 sols, et celui des Riffauds 253 j. 86 c. estimés 1 069 livres 19 s.

II ne s'agit là que de leurs biens à Ruelle ; certaines familles possédaient des terres affermées ou exploitées par des métayers dans d'autres paroisses : à Mornac le seigneur de Fissac détenait 176 j. 149 c. au revenu estimé 403 livres 6 sols ; Monsieur du Maine Gagnaud : 62 journaux (comprenant un moulin) au revenu de 341 livres dans la paroisse de Lhoumeau (au Pontouvre).

Source : Michel Herbreteau, 1989.

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Un aventurier charentais, colonel de chouans Jean Biget, dit Achille

Un aventurier charentais, colonel de chouans Jean Biget, dit Achille
Première édition : 1913 - Auteur : S. C. Gigon

Le Département de la Charente, très patriote en 1789, avait en 1791, 92 et 93 levé vingt-cinq bataillons de volontaires qui combattirent bravement aux frontières et à l'intérieur. Néanmoins, le département envoya à l'insurrection royaliste quelques uns de ses meilleurs soldats.

La Charente fournit à la Vendée l'héroïque Daniaud-Duperat que la Restauration fit Maréchal de Camp ; et en même temps les Bretons de Cadoudal obéirent au Colonel charentais Biget. La carrière de ce chouan est pleine de détails piquants dans leur variété ; Biget d'abord prêtre, devint chef de chouans, fut un des Colonels de Cadoudal et après la paix, trahit sans vergogne ses anciens amis au profit de la police de Fouché.

On lira avec quelque intérêt les détails d'une vie aussi agitée. Combien d'autres aventuriers joueront au même moment des rôles importants qui sont tombés maintenant dans l'oubli. Ils surgissent par moments, ces hommes héroïques ou criminels, de la poudre des Archives et nous montrent ce que la pression formidable des évènements de la Révolution a pur faire d'individus souvent de valeur commune. L'histoire de Jean Biget montre le Charentais en bonne place parmi les aventuriers de son temps.

Jean Biget naquit près d'Angoulême, au hameau de la Ferrière dans la paroisse de Ruelle le 2 décembre 1764. Son père était meunier sur la Touvre. Biget fut élevé aux écoles d'Angoulême, dédaignant la profession paternelle ; il aspira à la prêtrise et fut ordonné bien jeune. Sa vocation n'était pas sérieuse car, dès 1788, il abandonna l'habit des clercs pour se livrer aux affaires. Associé à sa mère, il entreprit le commerce des grains et des vins.

La fermentation politique générale agitait l'Angoumois comme le reste de la France, mais la douceur et l'indolence des habitants de la province ne les portaient pas aux excès sanglants qui souillèrent trop souvent la liberté reconquise. Les campagnes furent seulement troublées au moment de la suppression des droits féodaux, mais il n'y eut aucune effusion de sang.

L'ex-curé Biget, comme tous ses contemporains, se mêla de politique. Le club parisien des Feuillants avait une filiale à Angoulême et Biget appartenait à ce club, de nuance monarchique. Dès cette époque, Biget affichait donc ses convictions royalistes. Notre homme ayant échoué dans son commerce quitta Angoulême en 1791 pour chercher fortune sur un plus grand théâtre. On le retrouve en 1792 à Paris, où certainement il se mêla aux agitations violentes qui signalèrent la fin de la Monarchie. Après la proclamation de la République, Biget dut quitter Paris où il avait, sans doute, tout à craindre ; le 28 septembre 1792, il se faisait délivrer un passe-port par la section des Gravilliers pour voyager dans toute la France. Son voyage fut court, d'ailleurs, car peu de temps après il était établi en Bretagne aux environs de Saint-Brieuc.

La province de Bretagne, depuis la spoliation de l'Eglise et les persécutions contre les prêtres, était fortement agitée. Ces dispositions n'avaient fait qu'augmenter après la suppression violente de la royauté. Cependant, au moment où Biget s'établissait près de Saint-Brieuc, rien n'était encore organisé en vue d'une révolte ouverte ; la Bretagne ne prit les armes qu'après l'écrasement de la grande Vendée, à la fin de 93. La préparation de l'insurrection remontait, cependant, au commencement de cette même année, et dès que l'insurrection éclata, elle se montra très redoutable. Toutes les routes devinrent dangereuses pour les détachements isolés, la vie des patriotes, surtout celle des acquéreurs des biens nationaux, fut menacée, l'insurrection était générale par suite, insaisissable. Le département des Côtes-du-Nord fut un des plus agités des départements de la Bretagne, sous la direction de chefs énergiques, comme les Tinteniac, les Carfort, les Deban, etc.

Il n'existe pas de renseignements certains sur le rôle joué par Biget à cette époque ; on sait, cependant, qu'il se lia avec des chefs bretons et fit expédition avec eux. Il est probable que dès 1794 il connut Cadoudal, avec lequel il devait se lier intimement plus tard. Le premier soulèvement breton ne fut pas de très longue durée, Charette ayant traité avec la République à la Jaunaie, le 17 février 1795, les chefs Chouans comprirent qu'ils ne sauraient, seuls, résister longtemps. Le baron de Cormatin chef d'Etat-Major de l'armée de Bretagne signa le 20 avril 1795, à la Mabilais, un traité de paix aux conditions qu'avait obtenues Charette. Chaque chef important adhérent au traité devait faire sa soumission personnelle ; Biget, qui occupait une situation déjà en vue dans les bandes chouannes, dut venir se présenter en Mai 1795, au Général commandant le département des Côtes du Nord. Il fit donc acte d'adhésion au traité de la Mabilais et réclama le bénéfice de l'amnistie auprès du Général Valletaux commandant le département.

Valletaux était lui même un Charentais : né à Hiersac, le 29 Novembre 1757, il s'était engagé dans l'armée royale au régiment d'Aunis, le 4 décembre 1779. Il avait, depuis, servi dans la Garde-Constitutionnelle de Louis XVI. Une fois ce corps licencié, il était revenu au pays natal, où sa réputation le fit choisir par ses compatriotes pour commander le 11e Bataillon de Volontaires. Le 14 Octobre 1794, il était promu général de Brigade, à l'armée du Nord. Suspendu en Mars 1795, il venait d'être replacé en Mai à l'armée des côtes de Brest. La conversation entre les deux compatriotes dut être piquante.

La paix établie entre les Chouans et la République ne dura pas longtemps, car ils marchaient à l'expédition de Quiberon commencée le 26 Juin 1795. Il est probable que Biget ne prit aucune part à cette expédition ; les faits ultérieurs semblent le prouver. Nous retrouvons notre héros seulement à Paris en 1797. Il y fut arrêté comme émigré : mais s'étant réclamé de son département, en affirmant qu'il n'avait nullement émigré, on l'envoya à Angoulême faire vérifier ses assertions auprès du Directoire départemental.

Les élections de l'an V avaient donné une majorité modérée aux deux Chambres législatives, par suite, les administrations départementales s'étaient relâchées de leur intransigeance révolutionnaire ; les administrateurs du département de la Charente admirent les assertions de Biget, affirmant n'être jamais sorti de France et, de plus, être couvert par l'amnistie obtenue en 1795. Le 27 Juin 1797, les administrateurs de la Charente mirent Biget en liberté.

La France avait été obligée de supporter le coup d'Etat de la Convention expirante contre les doigts du suffrage populaire ; les révolutionnaires nantis, menacés d'une Restauration monarchique vengeresse, avaient décrété la réélection forcée des deux tiers des députés sortants. Le pouvoir leur échappait cependant car les élections de l'an V avaient donné la majorité aux modérés dans les Chambres, dans le Directoire seulement ils restaient en minorité. Les Jacobins voyant arriver la fin de leur domination à bref délai ne pouvaient admettre la perte du pouvoir et de ses bénéfices ; ils se préparaient donc à sauver la République en violant la légalité - sans doute, suivant une formule célèbre plus tard - pour rentrer dans le droit.

La Charente en 1791 avait remplacé deux régicides : Guimberteau et Dubois de Bellegarde par les royalistes Descordes et Thorel, mais les Administrateurs du département, tous jacobins, favorisaient des troubles à Angoulême. Les nouveaux députés, le 9 Juillet 1797, signalaient au ministre de la Police générale l'action des Anarchistes qui, sans être poursuivis, avaient attaqué et blessé avec l'aide de soldats embauchés, des citoyens inoffensifs et continuaient à les menacer de mort. Il est certain que ces agissements d'énergumènes agirent sur l'opinion publique du pays, Biget, après sa libération, devint populaire chez les royalistes qui, comptant sur son énergie, le firent placer par le vote populaire à la tête de la Garde Nationale d'Angoulême. On devait compter sur la fermeté de l'ancien Chouan pour réprimer les excès officiels des républicains.

Cette nomination nous est connue par un rapport des Administrateurs de la Charente du 23 Février 1800, il y est indiqué que Biget, ex-abbé et émigré, rentra en l'An V "époque à laquelle on eut l'imprudence de le mettre à la tête de la Garde Nationale d'Angoulême ; il fut alors le principal moteur des troubles qui affligèrent cette ville et qui ne se sont pas renouvelés depuis."

Les Administrateurs départementaux de 1800, encore très jacobins, ont naturellement travesti le rôle de Biget, lui imputant les propres excès de leurs partisans.

Le coup d'Etat du 18 Fructidor an V - (4.9.97) - renversa les espérances des modérés et des royalistes. Les dernières élections de la Charente furent annulées ; Guimberteau et Dubois de Bellegarde reprirent leurs places, Descordes et Thorel ayant été fructidorisés. On pense bien que le Chouan Biget fut forcé de disparaître d'Angoulême et il est probable qu'il dut, dès ce moment se réfugier de nouveau en Bretagne.

La Bretagne d'abord étourdie par le coup de massue de Quiberon n'avait pas tardé à se ressaisir. Au cours de l'année 1796, les bandes disloquées s'étaient reformées sur tous les points de la province. Dans le Morbihan, sous le commandement énergique de Cadoudal, elles avaient combattu de nouveau. En 97 et 98 l'état de guerre avait persisté, Biget revenu en Bretagne près de Cadoudal dont il était connu depuis plusieurs années, fut attaché au général comme aide de camp.

De suite après le 18 fructidor, une poussée de la haine jacobine triomphante avait ouvert de nouveau l'ère des persécutions. Les philosophes au pouvoir n'avaient plus songé qu'à persécutions. Les philosophes au pouvoir n'avaient plus songé qu'à persécuter les prêtres, quelle que fût leur origine ; la déportation, cette guillotine sèche, fonctionna sur une large échelle ; un peu plus tard en 1799 sous l'influence jacobine des derniers élus aux Cinq-Cents ; la loi sur l'Emprunt forcé et celle des Otages portèrent au plus haut degré l'exaspération des provinces de l'Ouest. Les chefs royalistes, à ce moment, étaient préparés à reprendre les armes tous ensemble et ils attendaient le moment propice ; il arriva avec les revers des armées républicaines sur toutes les frontières. Au mois d'août 1799, une levée générale de boucliers fut résolue ; les royalistes pouvaient à ce moment tout espérer des divisions républicaines, les jacobins directoriaux expulsés en juin 1799, le Directoire nouveau s'était trouvé en fâcheuse posture, les hommes et l'argent faisaient également défaut, et les étrangers vainqueurs étaient sur le point de franchir nos frontières.

Au moment de reprendre les armes, Georges Cadoudal, chef absolu dans le Morbihan, voulut reformer son armée sur des bases plus régulières ; par son ordre du jour du 17 août 1799, il divisa son armée en douze légions, remplaçant les divisions anciennes. Chacune des légions était commandée par un colonel assisté d'un lieutenant-colonel, et comptait au moins trois bataillons. La septième légion dite de Melrand fut confiée à Achille Biget. La circonscription de ce corps s'étendait d'Hennebont à Pontivy et comprenait les régions commandées par deux chefs de division célèbres, morts en 1798, Jan-Jean et Legourierec, dit l'invincible. Tout ce pays ne parlant que le breton, Biget avait dû apprendre la langue pour communiquer avec ses officiers et ses soldats.

... A la fin du mois d'août 1799, l'insurrection des pays de l'Ouest s'était produite avec ensemble. Le Poitou, l'Anjou, la Bretagne, la Normandie guerroyaient, leurs bandes montraient une activité déconcertante. Dans toute la Bretagne, l'armée républicaine était annihilée ; le général en chef Michaud, vétéran du Rhin, se déclara de suite impuissant à réprimer une révolte aussi générale. L'armée n'était maîtresse que des villes où elle pouvait se retrancher, pas un courrier ne passait, les convois de ravitaillement enlevés constamment, les villes vivaient au jour le jour. L'armée régulière d'ailleurs pas payée et mal nourrie, montrait la plus grande indiscipline.

Le Morbihan, surtout, était devenu intenable à l'armée républicaine ; ses routes très rares traversant des landes incultes couvertes de taillis et de hauts ajoncs étaient semées d'embuscades ; les cultures subdivisées par des levées de terre plantées d'arbres et de buissons formaient de véritables redoutes difficiles à aborder. La population très sauvage, séparée du reste de la France par la langue montrait un enthousiasme farouche pour arrêter les massacreurs de prêtres et les profanateurs des églises. Cadoudal, investi par le Comte d'Artois du haut commandement de la Bretagne, avait dans le Morbihan de douze à quinze mille hommes toujours prêts à répondre à son appel. Après plusieurs affaires, où la victoire lui était restée, Cadoudal, le 20 octobre 1799 fit enlevé Locminé par Guillemot et de Sol de Grisolles. Dans cette affaire des contingents de Baud furent mis en action, par conséquent les hommes de la légion de Melrand, participèrent à cette victoire.

Le mouvement offensif, si vif en Bretagne, n'était pas moins énergique en Anjou et dans le Maine. Le Mans fut, pendant trois jours aux mains de Bourmont ; les Chouans entrèrent dans Nantes, qui leur avait résisté victorieusement en 1793. La victoire souriait aux royalistes et, malgré l'accalmie survenue sur le Rhin après Zurich, les insurgés auraient eu grande chance de réussir si le Comte d'Artois, était venu se mettre à la tête de ses fidèles, mais il resta prudemment en Angleterre, tout en donnant force bonnes paroles.

Un évènement décisif vint à ce moment faire évanouir les espérances des royalistes ; Bonaparte, après le 18 brumaire était nommé premier consul. Le nouveau chef de l'Etat persuadé de la nécessité de terminer immédiatement la guerre civile, se décida à essayer d'abord d'une pacification en accordant aux insurgés des conditions honorables, promettant la suppression des lois révolutionnaires de spoliation et assurant le libre exercice du culte catholique. Une guerre impitoyable devait succéder aux offres de paix si elles n'aboutissaient pas immédiatement.

Le général Michaud, jugé inférieur à la situation, qui demandait un diplomate plus qu'un général, fut remplacé le 17 novembre dans le commandement de l'armée de l'Ouest par le général de division de Hédouville. Celui-ci était un homme d'esprit modéré, d'ailleurs calme et généreux, et qui désirait, avant tout, ne pas verser le sang des Français. Il entra rapidement en relation avec les chefs des insurgés des deux rives de la Loire et le 18 janvier 1800, leur fit à Montfaucon accepter un traité de paix. Georges Cadoudal, invité à adhérer à la convention, refusa de poser les armes.

Les négociations de Hédouville avaient trop duré au gré de Bonaparte ; impatienté de ne pas réussir immédiatement, le 19 janvier il avait remplacé Hédouville par Brune. Brune arriva donc à Vannes muni d'instructions féroces, il trouva le traité signé et rendit compte de la situation au premier Consul, qui voulut bien faire reconnaître sa satisfaction au général Hédouville, qui dut, cependant, rester à l'armée comme chef d'état-major de son remplaçant.

Bonaparte avait donné les ordres impératifs les plus durs à Brune pour l'écrasement de Cadoudal ; il désirait un exemple, un exemple sanglant et immédiat. Brune, une fois sur les lieux jugea impossible l'exécution immédiate des ordres consulaires. Cadoudal était encore maître du pays et il le prouva le 20 janvier par son combat du Pont-Sal. Il valait mieux traiter avec ce chef que d'attendre encore de longs jours avant de l'accabler. Cadoudal fut donc pratiqué à nouveau. Il sentit enfin le besoin de suspendre les hostilités pour échapper à l'écrasement prochain. De cette façon il se réservait pour une occasion, peut-être prochaine, la paix générale n'étant pas encore établie entre la coalition et la France, Cadoudal se résigna donc à traiter avec Brune à Vannes, le 12 février 1800. Les conditions étaient les mêmes que celles accordées aux Angevins et aux Vendéens. Dans le traité, des localités étaient indiquées pour le dépôt des armes des légions. Hennebont était une de ces localités. Biget, en sa qualité de chef de la septième légion, accepta sans arrière-pensée la pacification et le 17 février 1800, il versa 261 fusils entre les mains du Commandant militaire d'Hennebont.

L'amitié de Cadoudal pour Biget était grande ; elle était probablement méritée à cette époque : l'article 5 du traité signé avec Cadoudal stipulait qu'après la remise des armes, "le chef Georges" se rendrait près du gouvernement à Paris ; il se mit donc en route le 5 mars, accompagné seulement de deux de ses officiers, Achille Biget et de sol de Grisolles. Biget était muni d'un laisser-passer, à lui délivré par le général Brune le 23 février.

Il est probable que Biget dut accompagner son chef aux Tuileries avec de Sol de Grisolles. Dans cette entrevue, le farouche lieutenant de Cadoudal avait proposé à son chef d'étouffer dans ses bras le Premier Consul. Pendant ce premier séjour à Paris, il est certain que Biget dut être tâté au Ministère de la Police par Desmarest, chef de la Police secrète et, peut-être, par Fouché lui-même. La Police avait tout intérêt à flatter et à gagner les chefs marquants du parti royaliste, les subsides de Fouché opérèrent de nombreuses conversions à cette même époque. Biget ne semble pas avoir été alors touché par les séductions dorées de la police, mais il eut certainement des relations assez suivies avec les bureaux du Ministère, comme le montrent des déclarations qu'il fit un peu plus tard.

Le séjour de Biget à Paris dura peu, le 17 avril il était de retour à Nantes, près de Brune, qui lui accordait le droit du port d'armes. Au même temps, on lui interdit le séjour du Morbihan, où il avait commandé et combattu. Par ordre du Ministère de la Police, la ville de Rennes fut assignée à Biget comme résidence.

En arrivant à Rennes, alors sous l'état de siège, Biget sollicita de l'autorité militaire un passe-port pour se rendre à Angoulême afin d'y visiter sa famille. Le 19 septembre 1800 l'Adjudant-Général Tilly lui faisait délivrer son passe-port ; Biget arriva à Angoulême au mois de Septembre. Le rôle qu'il avait joué en 1797 était encore trop récent pour être oublié ; les Administrateurs du département, très vigilants, quelques mois auparavant, avaient montré une singulière méconnaissance de sa personnalité et du rôle joué par lui. Ils écrivaient, le 23 Février 1800 au Ministère de la Police Générale. "On nous a aussi assuré que le nommé Georges, chef de Chouans, qui s'est rendu dernièrement, n'était autre chose que le nommé Biget, fils d'un meunier de notre département, ex-abbé et émigré". Biget avait donc dans son pays une notoriété retentissante.

Le séjour de Biget dans son pays natal ne fut pas alors marqué d'incidents fâcheux et le maire d'Angoulême lui adressa même en Octobre et Décembre des lettres très courtoises. Il est certain que les convictions politiques de Biget n'avaient subi aucun changement, aucun fléchissement. Il était lié avec toutes les personnalités royalistes marquantes du pays, spécialement avec MM. Descordes, Marvaud, Huet, etc., que la police militaire de la Charente signalait encore en 1806 comme ses correspondants.

Biget vivait donc au sein de sa famille et fort tranquille quand se produisit l'attentat du 3 Nivôse (24 Décembre 1800). On sait que le complot, d'abord attribué aux républicains, fut déterminé par Fouché comme un attentat royaliste, exécuté par Saint-Regent et Limoelan, deux des officiers principaux de Cadoudal. De suite, tous les chefs Chouans furent arrêtés dans toute la France, sur un ordre venu de Paris. Biget, ami de Cadoudal, ne pouvait être oublié, on le saisit dans sa famille, le 13 janvier 1801.

L'arrestation de Biget éclaira de suite le préfet de la Charente, M. Delaistre. Il n'avait pas, jusque là, soupçonné le danger de la présence de Biget à Angoulême, mais, une fois arrêté ; il le signala comme très dangereux et obtint l'ordre de le diriger sur Paris pour y être détenu.

Avant le départ de Biget, le préfet essaya vainement, par des interrogatoires répétés, de compromettre le prisonnier. Biget répondit au préfet d'une façon très vague ; il causa au contraire très volontiers avec le lieutenant de Gendarmerie Gagneau, chargé de l'amener à Paris. Ses confidences furent ensuite répétées par l'officier au Ministre de la Police. Biget lui avait narré complaisamment les méthodes de guerre des Chouans, leur ravitaillement par les Anglais en armes et en argent, etc. Il ne mettait pas très haut la mentalité de ses compagnons d'armes, dont les uns "se battaient, disait-il, pour avoir un roi, d'autres pour la religion et la majorité, uniquement pour piller". Il rendait bon témoignage de Georges Cadoudal et rapportait que "quand Georges apprit que les autres Généraux Chouans s'étaient rendus, il s'était aussi décidé à se rendre : que le même jour qu'il entra en pourparlers avec le Général Brune, il lui était arrivé 45 caisses de 15.000 francs l'une, qu'il y en avait déjà dix de débarquées, mais que, forcé de déposer les armes, il fit dire au Commodore Anglais qui protégeait le débarquement qu'il allait lui renvoyer 35 caisses, parce qu'il était forcé de déposer les armes". Biget, certainement au courant des détails de cette affaire, n'a pas osé, dans sa situation, révéler à son interlocuteur que Brune avait vainement conseillé à Cadoudal de garder tout l'argent anglais pour le partager avec lui.

Biget, très inquiet de sa détention, se voyait déjà déporté. L'ex-Chouan, d'ailleurs besogneux, calcula qu'il avait tout à gagner à renier son passé et à se mettre bien avec le pouvoir. Son passé ne lui en fournissait le moyen que s'il offrait des révélations sur ses anciens compagnons, désarmant ainsi la police de Fouché. Il disait donc au Lieutenant Gagneau : "Je connais parfaitement le pays, j'ai même la confiance des habitants, il ne me sera pas difficile de faire arrêter tous ceux que l'on soupçonne d'avoir coopérer à l'assassinat du Premier Consul de la République". Le gendarme ayant demandé à Biget s'il connaissait Saint-Regant dit Pierrot, il répondit qu'il l'avait connu chef de légion dans le Morbihan, où il habitait les Paroisses de La Noue et de Saint-Meen ; il connaissait aussi Limoelan, qui était attaché à la légion de Rennes. En Février 1800 il s'était trouvé à Paris avec Hyde, surnommé Neuville ; il connaissait aussi Joyau dit aussi Layaye, Saint-Hilaire, dit Raoul. Biget se réservait de donner d'autres détails confidentiels au Ministre de la Police, lui-même ; ne voulant pas qu'ils fussent connus des bureaux du Ministère où il savait que plusieurs employés étaient à la solde des royalistes.

On voit que le Colonel de Chouans Biget ne demandait qu'à s'enrôler dans les indicateurs de Fouché. Il n'était pas, d'ailleurs, le seul dans le parti à trahir ses convictions et à offrir à la Police Consulaire un dévouement tarifé. Le cabinet de Desmarets recevait beaucoup de communications provenant de prêtres et de gentilshommes, autrefois bons royalistes, que la faim transformait en espions, parfois même, en Agents à tout faire.

Dès le commencement de l'année 1803, il s'était produit en Bretagne quelques faits de Chouannerie et on avait signalé dans les Côtes-du-Nord la rentrée d'un des plus audacieux lieutenants de Cadoudal, Lepaige dit Debar. Le Ministère de la Police recommanda à Mounier de surveiller les nouveaux mouvements des Chouans ; Mounier, tout en se méfiant de Biget, comprenait l'avantage qu'il y aurait à se l'attacher comme indicateur, spécialement pour la surveillance de ses anciens compagnons d'armes. Il connaissait l'état d'esprit de l'ancien Chouan, désoeuvré, miséreux et dégoûté de tout dévouement pour une cause désormais improductive. Il le savait prêt à servir la police et le 21 janvier, il proposa au Grand-Juge d'employer le Charentais comme indicateur. Il écrivait "Achille Biget peut être utile pour découvrir toutes les tentatives qui peuvent être faites dans le département par Debar ou d'autres scélérats de son genre. Il m'a promis de ne rien négliger pour parvenir à savoir s'il y a des hommes dans ce département à qui l'on a proposer d'entrer dans le complot pour attenter aux jours du Premier Consul".

Biget, enrôlé dans l'armée policière, voulait au moins en vivre largement, mais le préfet Mounier, en l'employant, se méfiait de lui comme le montre sa lettre du 18 février déjà citée, et il tenait très serrés les cordons de la bourse des fonds secrets. Cependant, au cours de l'année 1803, Biget ayant rendu des services sérieux, le préfet prit confiance dans son Agent.

Les espions français entretenus en Angleterre par la police, connaissaient trop facilement les projets des émigrés par leurs propos inconsidérés ; aussi fort avant la mise en train de l'expédition de Cadoudal, la police française eut vent de ces projets.

La conspiration signalée dès le commencement de 1803, était prête à agir au mois d'Août de la même année. Georges Cadoudal, ayant pénétré en France par la falaise de Biville, le 21 Août, était venu se cacher dans Paris, après avoir échappé à la police, cependant prévenue et en éveil.

La police parisienne sans soupçonner la présence du chef des conjurés, arrêta au hasard quelques comparses et obtint des indications vagues sur les projets de Cadoudal. Néanmoins, la résidence de ce chef et le nombre de ses adhérents restèrent inconnus jusqu'en janvier 1804. La police cherchant en aveugle, réclamait partout des concours, Mounier prévint alors le Grand-Juge que Biget était disposé à servir le gouvernement contre Cadoudal. De suite, Réal, directeur de la Police, accepta ce concours. Biget, se sentant nécessaire, aurait voulu obtenir un traitement fixe, que Mounier refusa de concéder, offrant seulement un salaire intermittent, fixé d'après l'importance des communications.

A ce moment, Bonaparte apprit la présence de Cadoudal dans Paris et des mesures révolutionnaires furent prises pour s'emparer du terrible Breton. Les économies sur la police n'étaient plus de saison et le Grand-Juge Regnier, Ministre de la Justice et de la Police, ordonna à Mounier de donner à Biget le traitement fixe réclamé par lui, disant : "Il a eu pendant longtemps la confiance de Cadoudal, il connaît les hommes dangereux de ce parti. Quoique il n'ait peut-être plus leur confiance, il peut cependant être utile, s'il veut servir le gouvernement de bonne foi. Achille Biget doit encore connaître les points de débarquement des Agents de Georges, ceux qui les reçoivent et les personnes qui facilitent leur correspondance et les dépôts d'armes". Le Grand-Juge, d'ailleurs justement méfiant, finissait en disant : "Sa conduite fera juger de sa sincérité et s'il ne fait des déclarations uniquement que pour se procurer des ressources".

La certitude de la présence de Georges à Paris et la crainte de son audace faisaient redoubler les efforts de la police pour se documenter sur ce chef et ses officiers les plus dévoués. On comprendra aisément que Biget, ami de Georges, devait être fortement sollicité de servir contre son ancien chef. Le Jacobin Réal, qui dirigeait les recherches dans l'affaire Cadoudal écrivait le 3 février au préfet Mounier "Les détails que contient, citoyen préfet, la lettre du Grand-Juge, du 10, sur le retour de Georges, sur la réunion qu'il doit faire ici d'un certain nombre d'hommes déterminés, destinés à concourir à l'assassinat qu'il médite, exige que vous ne négligiez rien pour obtenir d'Achille Biget l'état des hommes dangereux de ce parti, que vous êtes chargé de lui demander. Achille Biget a eu longtemps la confiance de Georges, il a connu ceux qui étaient dévoués à ce chef et dont il pourrait disposer pour les assassinats et pour les expéditions dangereuses qu'il ordonnerait. Il doit être instruit de leurs dispositions, depuis la pacification et les endroits qu'ils habitent. Il peut, conséquemment, fournir les renseignements demandés ; son refus, dans cette circonstance, prouverait que s'il n'est pas complice de Georges, il veut au moins se ménager auprès de lui et qu'il n'est pas disposé à servir le gouvernement contre cette bande d'assassins ... Le Post-scriptum qui suit prouve que Biget avait eu déjà des entretien avec Desmarest au cours de 1801 et que le subtil policier n'avait rien oublié. La note disait : le citoyen Desmaret, chef de la Police secrète, se rappelle que le citoyen Achille Biget lui a dit qu'avant le 3 Nivôse il avait aperçu clairement, à certains mouvements de certains hommes, qu'il se tramait quelque chose sur Paris. Il doit vous parler avec confiance et entrer dans le détail de toutes les particularités qui peuvent vous éclairer.

Mounier dut donc mettre du zèle à interroger son indicateur sur ses anciennes relations. Biget n'avait, d'ailleurs, nul besoin d'être excité. Il parlait d'abondance, se réjouissant du besoin qu'on avait de ses lumières ; il espérait bien en tirer un supplément de ressources et, qui sait peut-être une bonne position dans la phalange policière parisienne. Il n'y eut certainement pas été déplacé. Le 13 février, Mounier, pour répondre aux demandes pressantes de Réal, envoyait à Paris une lettre de Biget ainsi conçue : "Vous pouvez assurer le Directeur de la Police générale que je connais parfaitement, au physique et au moral, les individus que Georges peut employer pour une tentative sur les jours du Premier Consul ; tels que Hyde, Picot, Limoelan, Raoul Saint-Hilaire, Joyau, dit Assas, Roger, Durty, Bonté, Coster, Saint-Victor, Jean-Marie, Grimaudière, Cadot et autres dont il peut disposer" ... Biget s'offrait en volontaire pour empêcher le crime projeté.

Biget n'ayant pas été dirigé sur Paris s'en plaignait au préfet le 5 Mars, demandant à être changé de résidence ou envoyé à Angoulême, dans sa famille. Le préfet communiqua cette requête au Grand-Juge en lui rappelant le désir de Biget d'être employé à Paris, où il serait très utile pour reconnaître et faire arrêter les hommes de Cadoudal.

Biget, conscient de son importance, ne pouvait croire à l'incurie du Grand-Juge et de Réal, qui laissaient de côté un homme aussi utile que lui dans les circonstances présentes ; il ne savait sans doute pas encore que la plupart des accusés et Georges lui-même étaient arrêtés. Il écrivait donc à Mounier, le 7 mars, sur un ton ironique "Monsieur le Préfet, je commence à croire, décidément, que le Grand-Juge ne donne pas d'importance à l'affaire dont nous avons parlé. S'il ne sent pas le prix de l'offre, je ne puis que le plaindre et les gens sensés et capables qui veulent servir l'ordre des choses établi.

Aucune réponse favorable n'arriva ; on n'avait plus besoin de Biget et il restait suspect malgré sa bonne volonté et les services rendus ; la confiance qu'il inspirait au préfet ne le consolait pas et le 7 Juillet il écrivait à Fouché, de nouveau Ministre de la Police, pour se plaindre de la surveillance à laquelle il était astreint depuis trois ans, comptés depuis le 3 Nivôse, époque où il avait subi un emprisonnement injuste de onze mois, il rappelait que pendant ces trois ans il ne s'était absenté de Rennes que pour aller deux fois dans sa famille à Angoulême et il demandait à être déchargé de toute surveillance.

Il est probable que les bons services de Biget, s'il avait eu un peu plus de patience, lui auraient procuré la faveur d'entrer dans la Police parisienne ou d'obtenir une place du gouvernement dans quelque administration, mais une catastrophe allait définitivement terminer sa carrière.

Les ressources pécuniaires de Biget avaient toujours dû être assez précaires. Il était à la charge de sa famille, très pauvre elle-même car sa propre fortune s'était évanouie depuis longtemps et ce qu'il en restait avait même été un moment mis sous le séquestre. Déjà, en 1800, le préfet Delaistre l'accusait d'avoir ruiné sa famille. Il est donc certain que Biget n'avait en 1804, d'autres ressources que celles provenant du préfet Mounier, d'ailleurs assez chichement mesurées. En raison de son dénûment, au mois d'Août 1804, Biget se décida à essayer un stratagème pour tirer de l'argent à la fois de son préfet et probablement aussi des agences royalistes d'Angleterre et de Jersey. Il projeta donc de créer une apparence de complot mi-royaliste, mi-républicain que, suivant l'occurrence il pourrait dénoncer au gouvernement ou s'en targuer près du Comte d'Artois.

Le projet était d'ailleurs de réussite plus qu'incertaine. Le chef de Chouans Biget, à la fin de 1804, était absolument brûlé à Rennes. Ses anciens camarades, au dire même du général Julien, préfet du Morbihan, le considéraient comme un traître et cette flétrissure ne pouvait pas être ignorée à Rennes. Biget ne pouvait donc agir que sur des simples ou des ignorants. Il se décida à commencer sa propagande anti-gouvernementale en s'adressant à un brave ouvrier, le nommé Fabre, armurier et ancien soldat, qu'il connaissait depuis peu. Dans une conversation politique, il lui affirma la défaite probable de Napoléon, en raison de l'alliance Anglo-Russe qui venait de se conclure. Fabre, étonné, écouta le beau parleur qui revint plusieurs fois le trouver. Il l'écoutait, a-t-il dit, pour pouvoir déjouer ses projets, une fois dévoilés. Après quelques entrevues, Fabre proposa à Biget, de lui faire connaître un de ses amis, le nommé Le Harper, qu'il déclarait être dans les bonnes idées. Il y eut donc une conférence avec Le Harper, à qui Biget proposa de former un Comité de royalistes et de républicains pour se défaire de Napoléon. Le Harper amena, un peu plus tard, à la conférence un sien ami nommé Michel Duroy, qu'il garantissait comme un adepte des plus sérieux. Celui-ci devait amener d'autres adhérents. Biget proposa alors de créer de suite une commission qui rédigerait une adresse à Louis XVIII, adresse qu'il porterait lui-même en Angleterre.

Ces menées misérables montrent de façon évidente le peu de valeur de Biget qui, du premier coup, se confiait à des gens inconnus, sans faire sur eux la plus légère enquête, enquête qui lui aurait montré de suite à qui il avait affaire. Le Harper et Duroy, en effet, étaient d'anciens terroristes miséreux et mal famés, Duroy était, en outre, un prêtre marié. Ces deux individus étaient de bas policiers au service du Général commandant la Division. Avec des intentions aussi pures que celles de Biget, s'ils étaient entrés dans ses vues, c'était pour tirer quelque argent de ce fantôme de conspiration.

Le général Delaborde, jacobin mal converti, avait, au mois de Juin 1802, tenté de diriger l'enquête sur l'affaire des Libelles, mais il avait eu le désagrément d'être primé en tout par le subtil préfet Mounier. Les royalistes n'ayant pu être atteints par lui, Delaborde gardait de ce mécompte un vif ressentiment contre le préfet, cet ex-émigré et il adoptait envers lui une attitude rogue. Dans ces dispositions, il ne pouvait que désirer de prendre une revanche.

Delaborde dut tressaillir de joie quand le nommé Duroy, son espion, vint lui dénoncer un gros complot royaliste, monté par un ancien Colonel de Chouans qui, par surcroît, était l'indicateur du préfet, lequel, après tout, n'ignorait peut-être pas le complot. Delaborde ravi de trouver une telle occasion de donner le camouflet à Mounier, s'entendit avec son second, le général de gendarmerie Mignotte et le 28 septembre, celui-ci, fit appréhender Biget en pleine rue par le commandant d'armes Mayeux. Le prisonnier fut amené à l'hôtel du Quartier Général pour y être interrogé et on saisit ses papiers à son domicile.

L'arrestation de Biget, citoyen français, quoique en surveillance, cette arrestation ordonnée par un Commandant militaire était une violation flagrante des lois, mais qui s'inquiétait des lois au mois de septembre 1804, si peu de temps après l'assassinat du duc d'Enghien, après l'exécution de Cadoudal et de ses compagnons ? Le général Delaborde savait bien qu'avec le prétexte de conspiration royaliste il n'avait pas à se gêner et il ne se gêna pas.

Biget, interrogé par Mignotte déclara n'avoir pas à répondre à des questions posées illégalement. Delaborde le fit alors écrouer le 30 septembre au matin, à la Tour-Lebas, prison militaire de la ville. On lui adjoignit son pseudo-complice Fabre, mais on se garda bien d'incarcérer Le Harper et Duroy, organisateurs du complot au même titre que Biget.

JLe préfet Mounier avisé de l'arrestation de Biget et de Fabre demanda des explications au général Delaborde qui les refusa. Mounier écrivit au Ministre de l'Intérieur pour lui rendre compte de l'incident. Le général Delaborde avait écrit en même temps à son Ministre pour lui narrer les faits, mettant tout à la charge de Biget. La Police générale feignait de croire à son tour à une machination sérieuse du Chouan. Cependant, comme il était impossible d'admettre le procédé par trop illégal du général Bertier, Ministre de la Guerre, prescrivit à Delaborde de remettre les prisonniers à l'autorité civile ; il ne fut obéi que le 16 octobre. Le général Delaborde pour mieux manifester sa mauvaise volonté ne fit pas suivre les prisonniers des procès-verbaux de l'arrestation et de leurs interrogatoires ; il fallut une nouvelle réclamation du préfet à son Ministre pour les obtenir.

L'affaire entre les mains d'un homme loyal et expérimenté fut vite élucidée ; Biget, interrogé le 27 octobre, prétendit n'avoir travaillé que pour le gouvernement ; il rappelait au préfet que ce dernier devait le charger de se rendre auprès de Monseigneur Dutheil, un des principaux confidents du Comte d'Artois "avec qui il avait été particulièrement lié et, par ce moyen, il aurait été facile de savoir les projets arrêtés pour exciter de nouveaux troubles". Le projet de conspiration n'était rien qu'une ruse destinée à donner confiance aux royalistes d'Angleterre. Biget prétendait même être venu un jour à la préfecture pour mettre Mounier au courant de son projet. Le préfet étant malade, ce jour-là, il n'avait pas pu être reçu. Le nommé Duroy lui avait assuré, d'ailleurs, qu'on n'avait rien à craindre du général qui ne demandait pas mieux que de tout ignorer et qu'on aurait rien à craindre de lui, ajoutant "si nous agissons prudemment, il sera dans cette affaire comme dans celle du Général Simon où il ferma les yeux". C'était Duroy qui avait affirmer à Biget devoir s'occuper spécialement de la formation d'un Comité composé de royalistes et de républicains. Il mettait donc tout le gros de l'affaire à la charge des espions militaires.

Le Conseiller d'Etat Réal, maintenant chargé du premier arrondissement de Police au Ministère, ayant la même mentalité que Fouché, avait naturellement accepté toutes les assertions du Général Delaborde et il voulait charger les royalistes de cette basse intrigue que personne ne pouvait prendre au sérieux. Ministre et Conseiller d'Etat furent cependant obligés de reconnaître l'inanité de l'affaire après l'enquête de Mounier, quels que fussent leurs désirs de transformer l'intrigue en un solide complot royaliste.

Le 4 décembre le préfet rendait compte à Réal que son Ministre lui avait donné l'ordre de relâcher Fabre, mais que Biget devrait garder prison jusqu'à nouvel ordre. Réal annonça la décision prise au Général Delaborde le 8 décembre 1804. Le vertueux Réal l'ancien ami d'Hébert, le substitut de Chaumette, flétrissait de bonne encre la conduite "de ce Biget, déjà transfuge à son parti et employé précédemment par la police ... Ce Biget, homme essentiellement vil et corrompu, s'efforçait de tirer de tous côtés de l'argent, en trahissant à la fois les intérêts de la sûreté publique et ceux des ennemis de l'Etat". Il ajoutait que le peu de succès de ses démarches et des raisons de convenance empêchaient de faire juger Biget, qui serait détenu provisoirement tandis que son prétendu complice Fabre serait élargi. Réal comblait d'ailleurs de louanges le vigilant et loyal Delaborde pour son dévouement à l'Empereur.

Pour terminer honorablement cet épisode policier, Réal allouait à Duroy le mouton du Général, une somme de 1200 fr. à titre d'encouragement et de récompense. Delaborde, lui, n'avait eu que des éloges. Quant à Mounier, peu de temps après cette affaire, il quitta Rennes pour entrer au Conseil d'Etat dont il fut une des lumières.

La carrière de Biget était maintenant terminée ; le Chouan resta en prison une partie de l'année 1805, puis enfin fut élargi. Rendu à la liberté, l'administration ne pouvait plus le conserver à Rennes où il était trop connu, où il devenait impossible à employer encore comme policier. Il fut mis en surveillance à Angers. On aurait pu l'envoyer beaucoup plus loin du théâtre de ses premiers exploits ; le choix de la résidence d'Angers permet de croire qu'on espérait de nouveau utiliser ses services ; il était encore là en pays de connaissance.

La fin de la vie d'Achille Biget n'est pas connue. Le 5 janvier 1806, il écrivait encore au Ministre de la Police pour que des papiers saisis à son domicile le 30 septembre 1804 lui fussent restitués. Cette démarche ne fut pas accueillie car les Archives Nationales gardent toujours ces papiers. Un rapport du Général Garraud, commandant la Charente fait encore mention de Biget en Juin 1805 ; après cette date, son nom ne figure plus dans aucun document. Biget a-t-il persévéré dans la Police ? a-t-il pu rentrer dans le clergé ? En quelle année est-il mort ? Mystères.

La fin de cette vie est sans intérêt ; cette vie fut d'ailleurs curieuse seulement par le reflet particulier qu'elle emprunte aux évènements de l'époque. Les mouvements violents de la révolution avaient projetés hors du cercle prévu de leur vie une foule d'hommes qui, sans ces circonstances exceptionnelles auraient vécu sans trouble dans leur province ; ces hommes déracinés, lancés dans les aventures ne purent pour la plupart se réencadrer dans la vie normale. Il leur fallait les émotions de la guerre, des conspirations et aussi parfois les émotions de la Police secrète. Les Archives de la Police napoléonienne sont pleines de révélations bien édifiantes sur la moralité des hommes et des partis.

Fouché et Napoléon ont illuminé de leur génie spécial l'amas de turpitudes que dénoncent les Archives.

Jean Biget, dit Achille, fils de François et de Jeanne Robert, né le 2 décembre 1764 à Laferrière, paroisse de Ruelle. - Signalement de Achille Biget, chef de chouans, âgé de 38 ans. Taille 1m67, cheveux et sourcils bruns, yeux gris, bouche moyenne, menton rond, visage ovale et brun. Natif de Ruelle, département de la Charente et profession de prêtre.

Jean-André Valletaux, né à Hiersac (Charente), le 23 novembre 1757, fils de André et de Marie, enrôlé le 4 décembre 1779 au régiment d'Aunis, adjudant le 4 novembre 1791, garde constitutionnel, le 1er janvier 1792, licencié, 5 Juin 1792, lieutenant-colonel du 11e bataillon des volontaires de la Charente, général de brigade le 14 octobre 1794, armée du Nord, suspendu le 16 mars 1795, réintégré par les représentants du peuple le 20 mai 1795, armée des Côtes de l'Océan, prit part à l'expédition de Quiberon, fut tué en Espagne, 13 juin 1811, affaire de la Quintina del Rey. Valletaux interrogé par les Conventionnels Choudieu et Florent-Guyot sur les causes de sa suspension par le Ministre à l'armée du Nord, répondit qu'il avait été dénoncé aux Jacobins d'Armentières par un gendarme de la 31e division.

Jean Guimberteau, avocat, né à Angoulême, 1er septembre 1744. Député à la législative, 6 septembre 1791. Conventionnel 4 septembre 1792.

Antoine-Denis Dubois de Bellegarde, né à Angoulême le 1er mars 1738, mort à Bruxelles en 1825, d'abord garde du corps, capitaine des chasses du Comte d'Artois en Angoumois, maire élu d'Angoulême. Législative en 1791, Convention 4 septembre 1792, membre des 500, 24 septembre 1795, réélu après fructidor. Inspecteur des forêts sur l'Empire, mort en 1819 en exil.

Pierre-Joseph-Jean-Baptiste Descordes, avocat, né à Angoulême, 1er avril 1760, mort à Poitiers, 20 octobre 1836. Député en 1796 aux 500, fructidorisé, arrêté puis relâché. Député de la Charente sous la Restauration, en 1807, le préfet de la Charente le notait ainsi dans un rapport, "n'est pas attaché au gouvernement, exerce une grande influence dans tout le département".

Jean-Baptiste Thorel, né à Paris, 17 novembre 1737, mort à Ruffec, 16 décembre 1815. Député aux 500 fut fructidorisé et rentra dans la vie privée.

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19 janvier 2020

Confirmations de noblesse de cloche

Estât des particuliers dénommez au roolle arresté au Conseil de Sa Majesté pour la confirmation de leur noblesse déclairés roturiers par l'arrest cy-dessus. (7 novembre 1668)

Et premièrement, Guillaume Lambert, sieur du Maine-Giraud.

2. Jean Lambert, sieur de Rocheffort.
3. Antoine Lambert, fils dudit Guillaume.
4. Guillaume Lambert, cy-devant procureur du Roy.
5. François Lambert, à présent procureur du Roy, son fils.
6. Raymond De Villoutrays, sieur de la Diville.
7. Pierre De Villoutrays, son fils.
8. Les Enfans de deffunt Pierre Avril, avocat.
9. N Descombes, sieur du Maine-Gaillardon.
10. Jean Moulin, cy-devant lieutenant-criminel.
11. Jacques De Villoutrays.
12. Les Enfans de deffunt Hélies De Villoutrays.
13. Hélies Martineau, sieur de Barrière.
14. Pierre Balue, sieur de Montgaudier.
15. N Balue, sieur de Coursac.
16. N Balue.
17. Henry Pasquet, sieur de Lage-Baston.
18. Abraham Pasquet, sieur de Lage.
19. Toussainct Falligon, sieur des Gaignieres.
20. François Falligon, sieur de Villeneuve.
21. Pierre Thomas, sieur des Maisonnettes.
22. Antoine Thomas, sieur de Lézignac.
23. Jean Thomas, sieur des Bertonnières.
24. Jean Jameu.
25. Marcq Guillaumead, sieur de Ruelle.
26. N Aigron, sieur de la Motte.
27. N Aigron, son frère.
28. N Aigron, sieur de la Font.
29. Pierre Birot, sieur de la Barrie.
30. N Birot, médecin.
31. N Birot, son filz.
32. Charles Feriiend, sieur des Roches.
33. Jean Mauronnier (maurougné), sieur du Parcq.
34. Jacques Mauronnier (maurougné) , sieur de Grapillet.
35. Anthoine Boisson, sieur de Bussac.
36. Clément Boisson, sieur de Dirat.
37. Hélies Boisson.
38. Jacques Boisson.
39. Jean Boisson.
40. N Boisson.
41. Hélies Desruaux.
42. Pierre Faure, sieur de Courgeat.
43. Estienne Chilloux, sieur de Fontenelle.
44. Les Enfans de N Souchet, sieur de la Dourville.
45. Les Enfans de N Souchet, sieur des Chadennes.
46. Jean Souchet, sieur des Doucetz, lieutenant criminel d'Angoulesme.
47. N Barraud, sieur de Goueix.
48. N Barraud, sieur de Boisse.
49. François Des Bordes, sieur du Mayne-Dupuy.
50. N Des Bordes, sieur de Combedieu.
51. Jean Racaud, conseiller.
52. Antoine Racaud, sieur de Laugerie.
53. Anneï- De La Charlqnnie, sieur d'Auteroche.
54. Allain Arnaud, sieur de Çhalonne.
55. N Viroulaud, sieur de Marillac.
56. N Barbier De Signac.
57. François Saunier, sieur de Francillac.
58. Jean Mesneau, sieur de la Motte.
59. N Mesneau, sieur de la; Brousse.
60. Anthoine Trigeau, sieur de la Prade.
61. Pierre Barreau, sieur de Lage.
62. N Barreau, sieur de Denat.
63. N Barreau, sieur de Beauregard.
64. Louis Bernard, procureur du Roy en l'Eslection.
65. Louis Bernard, lieutenant particulier au Présidial d'Angoulesme.
66. Pierre Desforges, advocat.
67. N Desforges, conseiller, son filz
68. Jacques Pichot, sieur de Rophie (Roffy).
69. Jean Guimard, sieur de Salles.
70. Samuel Pasquet, sieur de Piedgut.
71. François Pommet, sieur des Trapes.
72. Jean Gillibert, sieur des Vaux.
73. Jean Dutiers, sieur de la Rochette.
74. David Barbox.
75. Marcq Barbot, son filz.
76. Pierre Desbrandes,
77. N Desbrandes, son filz.
78. Jean Rousseau, sieur de la Bourelie.
79. Jean Préveraud, sieur des Mardieres.
80. Pierre Briand, sieur de la Chaussée.
81. Jean Preveyraud (préveraud), sieur de la Piterne.
82. Jean De Lestoile, sieur de la Croix.
83. N De Lestoile, son filz.
84. Samuel Pacte, sieur des Riffaux.
85. Jacques Macrin, conseiller.
86. François Birot, sieur d'Amblecourt.

(Bulletin de la Société archéologique et historique de la Charente, 1867)

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18 janvier 2020

La cloche d'Aignes

Gaston Viault, écuyer valeureux, pour maintenir du lien d'Aignes l'église, a suscité les tenanciers meilleurs de recouvrer leur première franchise, et de faire une cloche établir, que les maudits huguenots de la France et les mécréans au roy ont fait démolir, et appaiser la divine puissance...

... Pierre Perier, perrin sus-nommé Provençal. — Anne Colombe, la merrine, m'ont nommé, 1590. — Sanctus Marcialis.

(Bulletin de la Société archéologique et historique de la Charente, 1901)

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Procès de la marquise de Charras

Anne-Jeanne Roëttiers de La Chauvinerie, marquise de Lalaurencie-Charras et Marie de Lalaurencie-Charras sa belle-sœur.

Il est difficile, même après avoir lu les dossiers de jugement de ces deux dames, de dire de quelles fautes, de quel péché véniel elles pouvaient être accusées; ce qu'il y a de plus clair, c'est qu'elles étaient ci-devant nobles, comme on disait dans le temps, et qu'elles avaient pour adversaire l'infernal Fouquier-Tinville, le fabricateur d'accusation, la hache exterminatrice du parti de la Terreur.

Elles furent toutes deux dénoncées par le comité révolutionnaire de la section du Mont-Blanc comme suspectes, en vertu de la loi de Merlin de Douai. Elles habitaient la commune d'Asnières, près Paris, avec le marquis de Charras, leur époux et frère, ancien inspecteur des maréchaussées, qui eut lo bonheur ou le malheur d'être tellement malade qu'on ne put le transporter en prison. Comme il me serait impossible d'extraire des trois pièces qui composent le dossier de Mme la marquise de Charras une seule raison de condamnation, je vais en citer les passages les plus saillants; c'est le seul moyen de faire connaître les procédés de justice de cette machine de destruction que le montagnard Lecointre (de Versailles) définissait ainsi : « Qu'est-ce qu'un tribunal révolutionnaire?... C'est un tribunal arbitraire où le parti dominant envoie ses victimes. »

Dont le conventionnel Doulcet-Pontécoulant a dit : « Les tribunaux révolutionnaires n'ont trouvé partout des coupables que parce que le gouvernement de la Terreur voulait qu'on trouvât partout des coupables. »

Et Bordas (de la Haute-Vienne), autre conventionnel : « C'est une caverne d'assassins (1) ! »

Voici l'interrogatoire subi devant Deliège, juge au tribunal criminel et révolutionnaire de Paris :

« D. Les nom, âge, profession, pays et demeure?

« R. Anne-Jeanne Roëttiers de La Chauvinerie, femme de Charras, ci-devant marquis (2), âgée de quarante et un ans, native de Paris, demeurant à Asnières, département de Paris, district de Franciade (Saint-Denis).

« D. Où est actuellement son mari?

« R. A Asnières, bien malade.

« D. Quelles sont ses opinions sur la Révolution?

« R. Qu'elle trouve bien fait ce qu'elle a fait.

« D. Ce qu'elle pense du jugement du tyran et de son infâme femme?

« R. Que puisqu'on les a jugés, elle pense qu'ils méritaient de l'être.

« D. Connaissez-vous la femme Billens?

« EL Oui, mes parents étaient bien liés avec les siens.

« D. Avez-vous su si l'on n'a pas tenu chez elle des conciliabules tendant à rétablir l'ancien régime?

« R. Que non.

« D. Si elle a un conseil?

« R. Qu'elle nomme le citoyen Villains.

« Lecture faite, elle persiste, etc. »

Sur cet interrogatoire Fouquier-Tinville brocha l'acte d'accusation suivant :

« Examen fait des interrogatoires, il résulte que ladite Charras était l'ennemie de la Révolution; que c'était chez elle que les contre-révolutionnaires tenaient leurs conciliabules; que l'on y tenait les discours les plus incendiaires contre la Convention nationale, contre les patriotes et contre Paris; on disait où il fallait mettre le feu afin d'en brûler toute la canaille, qui n'était bonne à conserver que du jour au lendemain; qu'elle paraît même avoir conservé des correspondances avec l'émigré Corberon.

« En conséquence, l'accusateur public requiert.... Le 7 pluviôse an II. »

Le 11 du même mois, la malheureuse dame comparaissait devant le tribunal révolutionnaire, composé de André Coffinhal, faisant fonctions de président; Pierre-Noël Subleyras et François-Joseph Denizot, juges; Gilles Liendou, substitut de l'accusateur public. Voici les questions posées au jury :

« Est-il constant qu'il a existé des intelligences et correspondances avec les ennemis dela République, tendant à favoriser par tous les moyens possibles le succès de leurs armés et leur entrée sur le territoire français, anéantir la souveraineté du peuple, dissoudre la représentation nationale, rétablir la royauté en France?

« Anne-Jeanne Roëttiers de La Chauvinerie, femme de François Charras, ci-devant marquis, est-elle du nombre de ceux qui ont entretenu lesdites intelligences?

« La déclaration du juré (3) est affirmative sur toutes les questions. »

Il paraît que cette dame et son mari s'étaient toujours montrés d'une bienfaisance et d'une générosité qui le? avaient rendus la providence de la contrée, aussi la population s'émut de leur arrestation. La société populaire d'Asnières se réunit et prit plusieurs délibérations dans l'une desquelles on lit ce qui suit : « Depuis vingt mois que la citoyenne Charras et son époux résident en cette commune, ils ont tenu une conduite sans reproche; que, au contraire, la société do ladite commune ne peut que leur donner les marques d'estime que l'on doit aux bons Français, et que les membres de ladite société peuvent et croient devoir attester devant les citoyens qui composent le tribunal révolutionnaire, que la citoyenne Charras et son époux ont toujours donné les preuves de leur zèle pour la chose publique, et qu'ils se sont montrés jusqu'à ce jour les amis de l'humanité, en soulageant la classe indigente d'uu côté, et mettant les premiers la main à l'œuvre lorsqu'il s'agissait de sacrifices envers la patrie. C'est pourquoi il a été arrêté, après nuire délibération de l'assemblée, qu'il serait nommé six commissaires, pris dans son sein, pour porter et remettre le présent extrait entre les mains de qui de droit. » Un grand nombre de signatures suivent au bas de cette pièce, qui est au dossier.

Mais que pouvaient faire les efforts de toute une population reconnaissante auprès de ce tribunal de sang, dont le septembriseur Danton, qui fut son créateur et sa victime, disait : « Je demande pardon à Dieu et aux hommes de l'avoir fait décréter ! »

La malheureuse femme fut condamnée à mort et exécutée le même jour.

(Archives de l'Empire, W, 316, dossier 477.)

Marie de Lalaurencie-Charras.— Il n'existe pas plus de charges contre cette victime que contre la précédente. La procédure fut identique : interrogatoire insignifiant, acte d'accusation faux et sans base, questions aux jurés inventées et étrangères au procès, condamnation capitale inique, telle est Pu raccourci la physionomie de cette nouvelle affaire. Au forai, tout cela n'était qu'une hypocrite comédie; il ne s'agissait pas de punir des coupables, mais bien d'anéantir des adversaires.

Mlle Marie de Lalaurencie était, comme son frère, native de Chatras, qu'elle avait habité toute sa vie, et elle eût mieux fait d'y rester. Depuis deux ans elle s'était rapprochée de son frère et de sa bellesœur qui habitaient Asnières, comme nous l'avons déjà dit. Son frère, très malade, avait réclamé ses soins, et elle n'avait pas hésité à braver le danger pour aider, dans cet acte pieux, sa belle-sœur, la malheureuse qui tomba sous le glaive de la loi, comme disait Fouquier-Tinville, quelques mois avant elle.

Il paraît que ce fut le même comité révolutionnaire de la section du Montblanc qui la fit arrêter comme sa belle-sœur.

Des différents interrogatoires qu'elle subit, il résulte qu'on lui reprocha :

1° De n'avoir pas excité son domestique Delveau à faire son service dans la garde nationale, ce qui la rendait suspecte. — A quoi elle répondit qu'elle ne s'était jamais informée si son domestique faisait ou ne faisait pas son service.

2° On lui demanda si elle n'avait pas porté le deuil du tyran Capet, et combien de temps? — Répond qu'elle ne l'a jamais porté.

3° Si elle n'avait pas des frères émigrés?—Répond que trois de ses frères sont absents depuis 1779, qu'elle les croit émigrés, mais qu'elle n'en a jamais eu de nouvelles.

4° Si elle n'a pas fréquenté la femme du ci-devant président Billens-Guibeville (4) et le marquis de Corberon? Et, attendu qu'ils sont connus pour aristocrates, il ne peut manquer pour elle d'en être de même. — Répond qu'elle les connaît, mais ne les a jamais fréquentés; que du reste elle n'est pas de leur avis.

Aucune autre question, aucun autre reproche ne lui fut adressé, tout se borna à ces quelques suppositions; aucune autre preuve ne fut administrée. Là-dessus Fouquier-Tinville bâtit l'acte d'accusation qu'on va lire :

« Antoine-Quentin Fouquier, accusateur public du tribunal révolutionnaire, expose que Marie Lalaurencie-Charras, âgée de quarante-deux ans, native de Charras, près d'Angoulême, demeurant à Asnières, près de Paris, a été renvoyée au tribunal révolutionnaire.

« La fille Charras est sœur (il faut lire belle-sœur) de celle que le glaive de la loi a déjà frappée; elle portait la haine contre la Révolution au dernier période; on l'a vue porter le deuil du tyran Capet; ses discours révoltaient même jusqu'aux citoyens les plus indifférents sur la Révolution, et les aristocrates eux-mêmes prétendaient que la Charras était d'une aristocratie puante.

« D'après l'exposé ci-dessus, l'accusateur public a dressé la présente accusation contre la fille Charras pour avoir conspiré contre le peuple français.

« Fait au cabinet de l'accusateur public, le 25 germinal, l'an II de la République. »

Le 29 germinal, Marie Lalaurencie-Charras parut au tribunal révolutionnaire, et après une apparence de débat, voici les questions posées au jury :

« Est-il constant qu'il a existé des conspirations contre la liberté, la sûreté du peuple, tendant à rétablir la tyrannie et à détruire le gouvernement républicain, par suite desquelles conspirations des intelligences ont été entretenues avec les ennemis intérieurs et extérieurs, des secours en hommes et en argent ont été fournis, des moyens de corruption et de trahison ont été employés pour exciter la guerre civile, affamer le peuple, détruire la fortune publique, assassiner les patriotes, avilir et dissoudre la représentation nationale?

« Marie Lalaurencie-Charras est-elle complice de ces conspirations?

« La déclaration du juré est affirmative sur toutes ces questions.

« Paris, le 29 germinal, l'an II de la République.

« Signé : Dumas, président; Ducray, commis-greffier. »

En conséquence de ce verdict, Marie Lalaurencie-Charras fut condamnée à mort pour une conspiration dont il n'y avait même pas traces dans l'affaire; elle fut exécutée le même jour. De crime, il n'y en a pas même d'apparences; mais, comme je l'ai dit, elle était noble, sœur de trois émigrés, et de plus belle-sœur d'une guillotinée. Or, il entrait dans les principes de ces messieurs de frapper les proches parents de ceux qui avaient déjà subi cette peine; car, disaient-ils, jamais les ex-nobles ou les parents des guillotinés n'aimeront la Révolution (5).

(Archives de l'Empire, W, n° 348, dossier 702.)

Notes :

1. Voir la Justice révolutionnaire à Bordeaux, par Fabre de La Benodière. Discours de rentrée de la cour impériale. 1865.

2. Ils étaient père et mère de feu le marquis de Charras, ancien député de la Charente sous la Restauration, mort il y a quelques années au château de Montchaude, près Barbezieux.

3. On sait qu'à cette époque on appelait le juré ce que nous nommons aujourd'hui le jury.

4. Celle malheureuse dame avail été jugée et décapitée avec Mme la marquise de Charras.

5. Le tribunal était composé de René Dumas, président; Gabriel Deliège et Joseph Denizol, juges; Edmond Lescot-Fleuriot, substitut de l'accusateur public; Anne Ducray, commis-greffier. Je n'ai trouvé au dossier que les noms de qualre jurés : les citoyens Trinchard, Lumière, Desboisseaux, Besnard. Le défenseur était Chauveau-Lagarde.

Source : Les victimes de la terreur du département de la Charente, de Stéphane-Claude Gigon.

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Inhumation de François-Marc-René de La Laurencie

« Le dix neuf octobre mil sept cent quatre vingt cinq ont été faites les cérémonies de l'enterrement de messire f. m. rené de lalaurencie de charas doyen de l'église d'angoulême et vicaire général du diocèse dont le corps a été transporté et inhumé dans la cathédrale la cérémonie faite en présence des soussignés... de montozon ancien curé de sigogne, naud curé de touvre, duplessis curé de mornac, biget, bernard curé, joubert curé de ruelle. »

Source : Généalogie Charente Périgord.

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Preuves de Charles Henri de La Laurencie

La Laurencie de Villeneuve (Charles Henri de). — Poitou. D'azur à un aigle d'argent, à deux testes, le vol abaissé.

VIII. François de La L., éc., sgr de La L., x Marie de Plouër.

VII. Christophe de La L., éc., sgr de Villeneuve, x c. 27-VII-1528 Marie de La Chambre.

VI. François de La L., éc., sgr de Villeneuve, x Jeanne Frotier.

V. Gabriel de La L., éc., sgr de Villeneuve, x c. 11-II-1603 Catherine Chesnel.

IV. Charles de La L., éc., sgr de Villeneuve, gentilh. de la ch., x c. 8-VII-1624 Luce de Montbron.

III. Henri de La L., éc., sgr de Villeneuve, x c. 3-VIII- 1660 Renée de Castello.

II. Pierre Henri de La L., chev., sgr de Villeneuve, m. n. le 29-I-1700 par Maupeou, int. de Poitou, x c. 29-VIII-1685 Jeanne du Laux.

I. Charles Henri de La Laurencie de Villeneuve, né et bapt. le 7-VI-1686 à Villeneuve-Ia-Comtesse, dioc. de Saintes.

Preuves du 30-IV-1701. (fr. 32.101, fol. 260).

Source : Les pages de la Grand écurie, de François Bluche.

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Le seigneur d’Herpès en Courbillac

L’histoire se situe au village d’Herpès, ancien fief relevant de la châtellenie de Neuvicq. Le dernier possesseur du château était M. de La Laurencie, marquis de Charras qui avait droit de basse et moyenne justice.

Ce seigneur peu banal, qui était le père du dernier marquis possesseur du château, alimenta la chronique locale car il était réputé pour être avare et violent. Un jour, il avait requis pour faire conduire sa récolte de vin, 24 manants pour conduire 24 charrettes. Après avoir chargé au château qui se situait bien à deux kilomètres du bourg, les paysans devaient mener leur charroi jusqu’à Jarnac, situé à une douzaine de kilomètres. Or, un des habitants n’avait qu’un boeuf. Il décida donc de s’adjoindre un voisin. En groupant leurs bêtes ils pouvaient ainsi constituer l’attelage manquant.

"Pour ce voyage pénible dans des sentiers comme on en voyait dans ce bienheureux temps, ils reçurent comme rétribution 5 sols par attelage et un souper au château". Au retour de cette course de plus de 24 kilomètres, les deux Herpois affamés allèrent donc s’attabler avec les autres. Les mauvaises langues de l’époque prétendirent que le repas fut des plus médiocres si l’on s’en réfère à l’avarice du maître des lieux. C’est alors que le vieux marquis entra tout à coup.

Mais laissons place au conteur relatant l’altercation :

"Le marquis compte ses gens, les recompte...vingt-cinq ! Il y en a un de trop ! s’écrie t’il d’une voix tonnante ! Nul ne bouge. Il fait un second dénombrement, même résultat ; ils sont 25. Il veut connaître l’intrus. Il tempête, si bien que le pauvre diable se lève, se jette à ses genoux et lui explique sa présence presque justifiée par le prêt de son boeuf. La fureur du marquis ne connaît plus de bornes.

Rends-moi mon souper, coquin ! hurle t-il et ses yeux cherchent un bâton quelconque pour assommer le voleur. Notre manant comprend qu’il n’a que le temps de fuir. Il s’échappe, mais pas assez vite pour éviter le terrible marquis qu’il trouve à la porte extérieure du château décidé à étrangler le voleur qui lui emporte son souper".

Pendant la période révolutionnaire, le marquis de Charras résidait dans la région parisienne où il échappa au rasoir national eu égard à son état maladif. Mais son épouse et sa soeur, accusées de complicité à l’émigration, périrent sur l’échaufaud . La plupart des La Laurencie émigrèrent et passèrent à l’armée de Condé.

Source : La Charente au XVIIIe siècle, de Gabriel Tesseron.

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L'abbaye de Grosbost en Charras

En 1632, le nouveau prieur, voulant y habiter, fait dresser un état des lieux. Les vents s'engouffrent dans l'édifice, absolument inhabitable « même une seule heure ». Plus de toiture aux chapelles. Clocher et chœur sont découverts, la voûte de la nef effondrée. Enfin, plus de tuiles sur la charpente... Existent encore, mais souvent en fort mauvais état, réfectoire, cuisine, dépense, boulangerie, caves, greniers, grange, écuries. Quelques réparations sont effectuées par les abbés, de 1632 à 1640, en récupérant notamment des rentes que s'était appropriées le seigneur de Charras, profitant des malheurs du temps. En 1641, la métairie de l'abbaye possède deux bœufs, vingt-sept brebis, deux charrettes. L'abbé Jean VII de la Font vint résider à l'abbaye et essaya d'y mettre de l'ordre. Il s'efforça de reconquérir les domaines usurpés. Il obtient ainsi du seigneur de Mainzac la restitution d'une rente de quarante-neuf boisseaux de froment, quatre de seigle et de sept gélines. Le même abbé dit et remontre en 1641 « que son abbaïe a estée ruinée depuis longtemps et bruslée par les Huguenots, ainsi comme il ce vois par les vestiges et ce cougnois encore dans des antiens cartelages, et a esté tenue en confidence par des abbés commendataires et sans provision de Roume et mesme par Vincent de Villards de la maison de Minzat, qui se disoit abbé de ladite abbaïe et en a joui l'espace de dix à douze ans et faisoit donner quittance des recettes qu'elle recepvoit par une certaine femme nommée Marie Guichard qui faict voir que jouissant de lacdite abbaïe il s'est emparé de tous les tiltres et en ont faict faire d'aultres et arpentemens de leur authorité à leur avantage... »

Source : La Charente sous Louis XIII, de Gabriel Tesseron.

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Les frères de La Laurencie dans l'armée de Condé

Charles-César de La Laurencie (Comte de La Laurencie) : né au château de Charras, en Angoumois, 22 août 1745, bapt. le 22 sept. église St-Vivien de Charras - lieut. en 2d au régt du Roy inf., 24 déc. 1758 - enseigne, 11 fév. 1759 - lieut., 22 mars - s.-aide-major, 10 janv. 1762 - rang de cap., 25 avril - aide-major ord., 30 oct. 1768 - rang de major, 24 avril 1778 - aide-major du corps, 11 mars 1781 - major et com. de col., 1er janv. 1784 - cdt à son rang concurremment avec le 1er et le 2d lieut.-col., 27 avril 1788 - 1er lieut.-col., 27 oct. 1789 - maréchal de camp pour retraite, 1er mars 1791. Chev. de St- Louis, 26 fév. 1777 - campagnes d'Allemagne de 1758 à 1762 - blessé d'un coup de fusil à Philingsauzen - pension 900 l., 1er sept. 1779 - gratif. : 500 l., 12 déc. 1784 - 1.000 l., 8 juil. 1786; 28 janv. 1787; 13 janv. 1788; 3 nov. 1788; 27 oct. 1789. Emigra, 8 juin 1791 - employé à Arlon, 7 nov. - rejoint l'armée de Condé à Bingen - aide-major gén. de l'inf., 1er juin 1792 - campagnes de 1792 à 1797 - suit l'armée en Russie - confirmé maréchal de camp, 15 janv. 1793 - Com. de St-Louis, 1er juil. 1797, reçu le 20 sept. Il mourut à Dubno, en Wolhynie le 25 sept. 1798 - inhumé dans le cimetière catholique de Dubno. A. G. : class. gén. - 3501, 3533 - Com. Vte Grouvel.

Jean-Bertrand de La Laurencie (Vicomte de La Laurencie) : fils de Noël-Bertrand, Mis de Nevicq et de Charras, lieut. des maréchaux de France en Angoumois, et de Marie Paulte - né au château de Nevicq, 16 fév. 1748, bapt. le jour, église St-Martin de Nevicq - lieut. au régt du Roy inf., 12 déc. 1762 - s.-lieut. form. de 1763 - lieut., 1er août 1767 - sous- aide-major, 15 nov. 1772 - rang de cap., 16 juin 1774 - cap. cdt, 6 juil. 1778 - aide-major ord., 1er sept. 1781 - aide-major du Corps avec rang de major, 9 mai 1784 - rang de Mestre de camp, 28 fév. 1787 - chef de bat. et cap. d'une Cie, 27 avril 1788 - major, 27 oct. 1789 - maintenu en activité avec trait. de 1.500 l., 10 fév. 1791. Chev. de St-Louis, août 1781. Emigra, mars 1791 - arrivé à l'armée de Condé, 15 sept. 1791 - campagne de 1792, cdt la Cie de cav. formée des officiers du régt du Roy inf. - quitte l'armée; y revient 31 oct. 1795 - entré dans l'inf. noble 2e Cie - cdt la 16e Cie, 1er mars 1796 - passé à la 18e Cie; lieut.-col. cdt la 3e Cie - en congé, sept. 1797 - resté en Allemagne. II épousa Anne-Marie de Livenne, fille de Jean-Léon, Sgr de Montchaude, en Saintonge. A. G. : cont. Roy inf., 1776 - class. gén. - 3501, 3521, 3531, 3541 - E. Barth, Le Canton de Barbezieux, 1955.

Source : L'émigration militaire, de Jean Pinasseau.

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