31 janvier 2020

Les foires de Raix

Vu par la Cour les lettres-patentes du Roi, données à Marly le 27 mai 1767, signées : Louis, et plus bas : Par le Roi, Phelippeaux, et scellées du grand sceau de cire jaune, obtenues par Louis Le Musnier, sieur de Raix, lieutenant général en la Sénéchaussée d'Angoulême ; par lesquelles, pour les causes y contenues, le seigneur Roi a permis à l'impétrant d'établir en sa terre et seigneurie de Raix 12 foires par an, pour y être tenues le 17 de chaque mois ; veut en conséquence ledit seigneur Roi que tous les marchands et autres particuliers puissent aller et venir dans lesdites pour y porter ou conduire, vendre ou acheter, troquer et débiter toutes sortes de bestiaux, denrées et marchandises permises et non prohibées, à condition qu'à quatre lieues à la ronde il n'y ait auxdits jours autres foires et marchés, et qu'au cas que lesdits jours de foires échoient aux jours de dimanches ou de fêtes solennelles, elles seront remises au lendemain, etc..., ainsi qu'il est plus au long contenu èsdites lettres-patentes à la Cour adressantes ; vu ensemble la requête présentée à la Cour par ledit impétrant à fin d'enregistrement desdites lettres-patentes, l'arrêt rendu sur les conclusions du procureur général du Roi, poursuite et diligence de son substitut en la Sénéchaussée d'Angoulême et pardevant le lieutenant particulier, et en cas d'absence ou autre légitime empêchement pardevant le plus ancien officier du siège, suivant l'ordre du tableau, il seroit informé de la commodité ou incommodité que peut apporter l'établissement de 12 foires par an au bourg de Raix, pour y être tenues le 17 de chaque mois, et si à 4 lieues à la ronde il n'y a point d'autres foires aux mêmes jours auxquelles elles puissent nuire ou préjudicier; comme aussi ordonne que les lettres-patentes du 27 mai 1767 seroient communiquées aux officiers et au substitut du procureur général du Roi, exerçant la police audit lieu, pour donner leur avis sur ledit établissement, et que lesdites lettres-patentes seroient pareillement communiquées aux syndics et habitans dudit bourg de Raix, convoqués et assemblés en la manière accoutumée, pour donner leur consentement à l'enregistrement et exécution desdites lettres-patentes, ou y dire autrement ce qu'ils aviseroient ; ordonne en outre que l'impétrant seroit tenu de rapporter à la Cour un état ou tarif de lui signé et par lui certifié véritable des droits qu'il entend faire percevoir à son profit sur les denrées et marchandises qui seront appoitées, vendues et débitées èsdites foires, pour le tout fait, rapporté et communiqué au procureur général du Roi, être par lui pris telles conclusions et par la Cour ordonné ce qu'il appartiendroit. L'information faite d'office à la requête du procureur général du Roi, en exécution dudit arrêt, les 18 juillet, 3 et 7 août 1767, par le lieutenant particulier en ladite Sénéchaussée d'Angoulême ; poursuite et diligence du substitut du procureur général du Roi audit siège, composée de 13 témoins qui tous ont unanimement déposé que l'établissement de 12 foires par an au bourg de Raix, pour y être tenues le 17 de chaque mois, ne peut être que trèsavantageux au canton ; qu'il n'y a point à 4 lieues à la ronde d'autres foires le même jour ; que ledit lieu de Raix est voisin et environné de plusieurs autres gros bourgs dans lesquels il n'y a point de foire, et auxquels cet établissement pourra être utile, et que ledit bourg de Raix étant situé sur les confins des provinces de Poitou et d'Angoumois, ces foires pourront favoriser le commerce de ces deux provinces ; un acte en forme d'avis, donné le 2 août 1767 par le juge sénéchal civil, criminel et de police de la châtellenie de Raix et le procureur fiscal de ladite justice, légalisé le 24 septembre suivant par PierreDominique Vachier, conseiller en la Sénéchaussée d'Angoulême, les chefs dudit siège absens, par lequel appert que lesdits officiers de police, après avoir, en exécution dudit arrêt de la Cour, pris communication desdites lettres-patentes, ont déclaré estimer que l'établissement desdites 12 foires par an au bourg de Raix est très-utile non seulement auxdits habitans dudit bourg, mais encore à ceux des paroisses circonvoisines pour la facilité du commerce, qui est actuellement très-peu usité dans lesdits lieux par l'éloignement où ils sont des endroits où il y a foires et marchés ; et qu'au moyen de l'établissement desdites foires audit lieu de Raix le commerce s'y établira avec plus de facilité, ce qui produira un bien général au public, avec d'autant plus de raison qu'il n'y a point de foires ni de marchés le 17 de chaque mois à plus de 4 ou 5 lieues dudit bourg de Raix; autre acte passé devant Dumagnoux, notaire royal à Angoulême, et témoins, le 2 août 1767, légalisé le 22 septembre suivant par ledit Vachier, conseiller, par lequel appert que les curé, syndic et habitans de la paroisse dudit bourg de Raix, convoqués et assemblés en la manière accoutumée, après avoir, en exécution dudit arrêt de la Cour, pris communication desdites lettres-patentes, ont unanimement déclaré consentir à leur enregistrement et exécution; autre acte passé devant Sicard le jeune et Crassat, notaires royaux à Angoulême, le 13 février 1768, légalisé le 22 des mêmes mois et an par le lieutenant particulier en ladite Sénéchaussée, par lequel appert que ledit impétrant auroit déclaré n'entendre faire percevoir esdites foires autres et plus grands droits que ceux énoncés au tarif inséré audit acte et qui sont :

1° Pour droit de bouchon sur chaque hôtelier et cabaretier en chacune foire, 2 sols 6 deniers ;

2° Pour le droit de vigerie et de minage sur tous les bleds exposés en vente, légumes, noix, châtaignes et sel, la 64e partie, perçue à une écuelle de cuivre, marquée aux armes du seigneur, qui fait sur 2 boisseaux 1/2 mesure, et des 64 boisseaux 1 boisseau, et moitié du droit sur les habitans dans l'étendue de la châtellenie et haute justice de Raix qui acheteront pour revendre ;

3° Sur chaque charge de poterie ou vase de terre, une pièce ;

4° Sur chaque charge de vase à faire lessive, 2 sous ;

5° Sur chaque paire de bœufs ou de veaux vendus, autres que ceux de la châtellenie et haute justice, 4 sous ;

6° Sur chaque vache, 1 sou 6 deniers ;

7° Sur chaque cheval, mule, jument ou mulet, 3 sous ;

8° Sur chaque bête, âne mâle ou femelle, 1 sou ;

9° Sur chaque cochon ou truie, 3 deniers ;

10° Sur chaque chèvre, 6 deniers ;

11° Sur chaque mouton ou brebis, 2 deniers ;

12° Sur chaque boucher débitant en foire hors de la halle, 2 sous ;

13° Sur chaque boulanger vendant en foire, 2 sous ;

14° Sur chaque charge d'ail ou d'oignon, 6 deniers ;

15° Sur chaque marchand forain qui étalera en foire soit étoffes de toutes espèces ou quinquailleries et autres marchandises sous la halle, 4 sous ;

16° Par chacun de ceux qui étaleront au champ de foire, 2 sous ;

Conclusions du procureur général du Roi ; ouï le rapport de Me Claude Tudert, conseiller, la Cour ordonne que lesdites lettres-patentes seront registrées au greffe d'icelle, pour jouir par l'impétrant de leur effet et contenu et être exécutées selon leur forme et teneur, conformément au tarif inséré dans l'acte du 13 janvier dernier. Fait en Parlement le 11 mars 1768. — Signé : Dufranc. Collationné, signé : Cottin.

Les foires commenceront à tenir le... du mois de... de la présente année 1768.

Il ne sera perçu aucuns droits avant le 17 avril 1771.

(Société archéologique et historique de la Charente, 1876)

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Biographies militaires de l'Angoumois

Galard de Béarn,
Comte de Brassac, ambassadeur, ministre d'État, gouverneur général de Saintonge et d'Angoumois, maréchal-de-camp.

Galard de Béarn (Jean) était fils de René de Galard de Béarn, seigneur de Brassac, et de Marie de Larochebeaucourt. Dans sa jeunesse il portait le nom de Larochebeaucourt, et servit pendant les années 1594, 1595, 1596 et 1597. Il se trouva à divers sièges et combats, obtint en 1606 la place de lieutenant de roi de Saint-Jean-d'Angély, et prit dès lors le nom de comte de Brassac. La reine Marie de Médicis, à la sollicitation du maréchal de Bouillon, lui avait recommandé de veiller soigneusement à ce que le duc de Rohan, pourvu depuis quelques années du gouvernement de Saint-Jean-d'Angély, ne pût rentrer en possession de la place, tout en évitant cependant ce qui pourrait occasionner une rupture avec les protestants. Le duc, informé de ce qui se tramait contre lui, se hâta de revenir de Bretagne et rentra dans son gouvernement. Brassac était absent. Il fut bientôt informé des événements par un courrier que lui expédia le corps de ville, qui lui était dévoué. Il jugea prudent de ne pas venir reprendre sa lieutenance et se contenta de faire connaître l'arrivée du duc à la reine régente (1612). Il se rendit ensuite à la cour et obtint une compagnie de cent hommes d'armes et le brevet de conseiller d'État. Le comte de Brassac suivit le roi en Guienneen 1615 et 1616, marcha à l'attaque des retranchements du Pont-de-Cé en 1620, et au siége de Saint-Jean-d'Angély, Louis XIII lui donna le commandement de cette place, qui avait résisté vingt-cinq jours, du 31 mai au 24 juin 1621. Nommé, le 15 janvier 1622, lieutenant-général au gouvernement du haut et bas Poitou et gouverneur particulier de Châtellerault, il se démit du gouvernement de Saint-Jean-d'Angély et commanda dans cette province jusqu'en 1628. A cette époque, le comte de Brassac se rendit à Rome en qualité d'ambassadeur ordinaire du roi. Il y resta jusqu'en 1632, en partit le 21 novembre pour revenir en France et fut créé ministre d'État. Le 10 février 1633, il obtint le gouvernement général de Saintonge et d'Angoumois, à la réserve de Saujon et de Tonnay-Charente, par provisions données à Saint-Germain-en-Laye, le 8 mars de cette année. Chevalier des ordres du roi le 14 mai, il suivit ce prince à la conquête de la Lorraine et eut le gouvernement de Nancy, après la reddition de cette ville, le 30 septembre. Il se démit de la lieutenance-générale du Poitou et du gouvernement de Châtellerault, et fut nommé gouverneur et lieutenant-général du Barrois (30 mars 1634). Il s'en démit l'année suivante, revint à la cour, fut fait surintendant de la maison de la reine en 1640, et assista aux conseils d'État jusqu'à sa mort, qui eut lieu le 14 mars 1645. II était âgé de soixante-six ans.

Le comte de Brassac ne laissa point d'enfants de sa femme Catherine de Sainte-Maure, dame d'honneur de la reine Anne d'Autriche et fille de François de Sainte-Maure, baron de Montausier.

Galard de Béarn,
Marquis de Brassac, lieutenant-général.

Galard de Béarn (René De), marquis de Brassac, fut d'abord connu sous le nom de chevalier de Brassac. Entré au service comme cornette au régiment de cavalerie du Maine, le 4 février 1713, il passa dans les mousquetaires en octobre 1714, fut nommé capitaine en second dans le régiment de Cayeu, le 10 mars 1719, et devint mestre-de-camp d'un régiment de cavalerie le 24 août 1743, puis mestre-de-camp d'une brigade de carabiniers dans la même année. Il avait alors fait toutes les campagnes depuis 1713, aux armées d'Allemagne et d'Espagne, en Westphalie et en Bavière, et s'était trouvé à plusieurs batailles, combats, siéges et prises de places. Il fut créé brigadier le 1er mai 1745, combattit à Fontenoy, servit aux siéges de différentes villes dans la même année et en 1746 et 1747 ; il combattit encore à Lawfeld én 1748, et fut déclaré, au mois de décembre, maréchal-de-camp. Le brevet lui en avait été expédié le 10 mai précédent. On le créa commandeur de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis le 5 mars 1756, et il fut employé en cette qualité sur les côtes de Normandie. René de Galard de Béarn fut promu au grade de lieutenant-général le 17 décembre 1759. Il servait encore sur les côtes de Normandie en 1762.

Source : Biographie militaire de l'Angoumois et de la Charente, d'Edmond Sénemaud.

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29 janvier 2020

Un poème de La Péruse

La mort du capitaine Faïoles.
Le paisné.

Quoi! dureront tousiours tant de maux inhumains,
Qui troublent à l'enui le repos des humains?
Quoi! viendra-il tousiours quelque occasion fresche,
Qui l'aise des humains et leur bonheur empesche?
Est-il doncq' resolu par le destin du Ciel
Que le miel des humains sera voisin du fiel?
Est-il doncq' resolu que l'homme, tant qu'il vive,
N'aura iamais un bien qu'apres yn mal ne suive?
Ah! pauure genre humain! que ton bien à l'enui
Est de mille malheurs soudainement suivi!
Ah! pauvre genre humain! que ta rose est voisine
Des esperons agus de la noueuse espine!
Un gain n'a si tost faict tes soupirs retirer,
Qu'une perte te faict encore soupirer;
Un plaisir n'a plus tost r’asserené ta face,
Qu'un destin enuieux quelque malheur te brasse;
Tu n'as pas si tost veu la seule ombre de l'heur,
Que tu te sens plonger au profond du malheur;
Tu n'as si tost pensé à n'estre plus malade,
Qu'un mal encor plus grand ia de travers t'oeillade.
Et (ô Dieu quel malheur!) tousiours le mal te vient
Quand, au milieu des biens, du mal ne te souvient.
Quand plus tu penses estre esloigné de destresse,
C'est lors qu'au desproueu quelque encombrier t'opresse;
Quand plus tu penses estre asseuré de ton bien,
C'est lors que tu te vois asseuré de ton rien;
Quand plus tu penses estre asseuré de ta vie,
C'est alors que la Parque a sur tes iours enuie.
Helas! tu l'as bien sceu, tu as bien sceu les loix
De ce monde inconstant, ô l'honneur d'Angoumois,
Faïoles, cher cousin: tu as bien sceu qu'au monde
N'y a non plus d'arrest qu'au branlement d'une onde,
Et que lors que du monde on a l'espoir conceu,
C'est alors que du monde on se trouue deceu,
C'est alors que le sort, contretournant sa roue,
Des mal-heureux humains à son plaisir se ioue,
Empeschant leurs desseins, culbutant leurs effors,
Haut-eslevant le foible, abatant les plus fors,
Couppant le fil des ans à la verde ieunesse,
Et prolongeant les jours à la courbe vieillesse.
Vrayment tu cogneus bien l'inconstance du sort,
Faïoles, cher cousin, quand, atteint de la mort
En l'avril de ton aage, (ayant pourtant laissée
Desia par tes haus faicts claire la renommée
De toy et de ton nom) tu laissas le soleil,
Pour aller sommeiller d'un oblieux sommeil,
D'un oblieux sommeil, dont quiconques sommeille,
Sommeille si profond qu’onques il n'en reveille,
Que le haut-bruyant son de la trompe des Cieux,
Rompant ce long sommeil, ne dessille ses yeux,
Le bien-heurant du tout, et luy baillant à l'heure
Pour une vie estainte une vie meilleure.
Las, helas! ce fut lors que Charles, enragé
Du bonheur des François, tenoit Mets assiegé;
Lors que maint Espagnol cogneut à son dommage
Quels estoient tes effors; lors que d'un haut courage,
lamais recreu de peur, iour, nuit, soir et matin,
Hardi tu terrassas maint Bourguignon mutin;
Lors que choisi sur tous par ce grand Duc de Guise
Tu mis heureusement à fin mainte entreprise;
Lors que les Alemans cogneurent à leur dam
L'Enseigne valeureux du seigneur de Randam.
Las, helas! ce fut lors, cher cousin, que la vie
En la fleur de tes ans d'un plomb te fut ravie,
Ostant à l'ennemy la grand crainte de toy,
Et laissant aux François un eternel esmoy:
Un eternel esmoy, un ennuy, une plainte,
Voyant le coeur hardi, qui oncq ne logea crainte,
Par un boulet meurtrier empesché de courir
Au comble de l'honneur, premier que de mourir.
Vrayment tu fus par trop ennemy de la vie,
Quiconques le premier trouuas l'Artillerie.
Vrayment d'un faict cruel tu te bailles renom,
Quiconques le premier inuentas le canon.
Et quoi? si tu voulois qu'il fut de toy memoire,
Faloit il achepter par nostre mort ta gloire?
Et quoi? ne pouvois-tu autrement empescher
Que ton renom mourut, sans qu'il coustat si cher?
O maudite façon! maudit art! maudit maistre!
O mal-heureux canon! ô mal-heureux salpestre!
O mal-heureuse poudre! ô boulets mal-heureux!
O bourreaux inhumains des hommes valeureux!
Par vous l'homme vaillant tombe aussi tost par terre
Que faict le plus poltron qui onques fut en guerre;
Par vous maint homme fort est du foible abatu;
Par vous on ne sçait pas des François la vertu;
Par vous on ne sçait pas des François la vaillance.
Encores y a-il des Rolans en la France,
Il y a des Renauts, et des Ogers aussi,
Que l'effroyable peur ne mit oncq' en soucy.
Mais ce maudit canon les meurdrit ainsi comme
Il feroit un gouiat, ou quelque coüart homme,
Et moins s'en peut garder l'homme brave et hardi
Que le craintif, qui a le coeur abastardi.
En pourroit-on avoir une preuve meilleure
Qu'en voyant ton corps mort, qui dedans Mets demeure,
Et mil moindres que toy, moindres aussi tenus,
Sans aucun encombrier en sont sains reuenus.
N'estime plus, Caesar, vaine ton entreprise:
Bien que par tes effors la ville ne soit prise,
N'estime pourtant pas, non, n'estime iamais
Que tu n'as rien conguis en ce siege de Mets.
Si contre tes effors le Roy garda Lorraine,
Il y perdit beaucoup, perdant tel capitaine,
Et tu gaignas beaucoup, gaignant la vie à maints,
Qui, sans ce plomb meurtrier, fussent morts de ses mains.
Encore n’as-tu pas du tout raui sa vie,
Encore vit de luy la meilleure partie.
Ton mal-heureux boulet a, sans plus, abatu
Ce qui pouvoit mourir: mais non pas sa vertu,
Ny ses faicts valeureux, qui viuront en la France
Tant que l'on baillera coup d'epée et de lance.
Ses faicts viuront tousiours, et, malgré ton canon,
Ils auront par mes vers un eternel renom.
Celuy ne meurt iamais, qui, vaillant, à la guerre,
Pour soutenir son Roy est renuersé par terre:
Mais des hommes coüars, de crainte demy-morts,
Un mesme coup abat et les noms et les corps.
Et puis, mon cher cousin, tu esperois quelque heure
Viure au ranc des heureux d'une vie meilleure;
Tu esperois par foy quelques fois avoir lieu
Au ranc des bien-heureux, au sainct regne de Dieu;
Tu sçavais bien, Cousin, que la mort est la porte
Par laquelle conuient que de ce monde on sorte,
Pour voler droit au Ciel, sur l'aele de la foy,
Où maintenant tu vis exant de tout esmoy:
Et nous sommes icy, attendans pareil change,
Pour aller, comme toy, rendre au Seigneur louange.

NB : Pierre de Lubersac (-1552), dit le capitaine Fayolle, originaire de Fayolle (paroisse de Jauldes) en Angoumois, fils paîné de Foulques de Lubersac et Madeleine Tizon, était enseigne dans la compagnie de Charles de La Rochefoucauld (1520-1583), comte de Randan, baron de Cellefrouin, seigneur de Sigogne (paroisse de Coulgens). Le capitaine Fayolle est mort suite à ses blessures reçues au siège de Metz. Ce texte poétique du XVIe siècle est tiré des œuvres de Jean Bastier de La Péruse (1529-1554).

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Les seigneurs du Fouilloux

Au château du Fouilloux, qui constitue le logis le plus important de la paroisse d'Agris, vivent au début du XVIIe siècle les descendants de la famille Odet.

a) Joseph Odet, fils de Nicolas, écuyer, seigneur du Fouilloux et des Houillères. Par contrat du 16 mai 1607, il épouse Marie Du Lau, issue d'une famille noble et ancienne qui serait originaire du Béarn. Venue du Périgord se fixer en Angoumois, la famille Du Lau a formé plusieurs branches. Blason : d'or au laurier à trois branches de sinople et un lion léopardé de gueules brochant sur le fût de laurier, à la bordure d'azur chargée de quinze besans d'argent. C'est Joseph Odet qui, en 1617, achète aux frères Delabrousse la métairie du village de La Brousse, « réservé auxdits vendeurs leur droit d'exploit dans la forêt de Quatre-Vaux, avec les bœufs de ladite métairie ».

En 1626, il signe un testament par lequel il donne l'usufruit de ses biens à demoiselle Marie Du Lau, sa femme, « à la charge de nourrir et d'entretenir les enfants dudit testateur et d'elle ».

Il habite Le Fouilloux avec une sœur, Perrine Odet, mariée à Marsaud Béraud, décédée avant 1633, date du mariage de sa fille Marguerite avec René Massias, de Chantrezac. Il signe avec Marie Du Lau le contrat de mariage d'Antoine Ravion et Marguerite Picard en 1627, de Jacques Marchadier et Perrette Delabrousse en 1637. Joseph Odet vit encore en 1649.

Il a deux fils : Charles-Isaac, écuyer, seigneur du Fouilloux, qui suit ; François, écuyer, sieur des Houillères, qui comparut au ban de 1635 « au lieu de Joseph Odet, sieur du Fouilloux, son père ».

b) Charles-Isaac Odet, écuyer, seigneur du Fouilloux, y demeurant, épouse le 21 mars 1632 dame Suzanne de Lescours, fille de Messire François de Lescours, baron de Savignac.

Le 29 juillet 1663, il passe « une convention avec les notables habitants de la paroisse d'Agris au sujet de la métairie du Fouilloux, appartenant à la communauté de ladite paroisse, que ledit du Fouilloux faisait valoir depuis de nombreuses années ». En 1668, par contrat d'échange, il cède à Pierre Mayoux, sergent, et ses parsonniers, une pièce de trois rangs (de vigne), située aux Landes-du-Fouilloux, et reçoit en retour une pièce de terre et bois taillis, sise au Pré-Fauveau, sur la rivière de Belonne, en la paroisse de Rivières. Sa femme et lui font cession, le 22 mai 1671, à dame Jeanne de Lescours, dame de Lauvancourt (?) de Lestang, « de présent audit lieu du Fouilloux », d'un créance de quatre cents livres sur les biens dépendant de la succession de feu messire François de Lescours, seigneur baron de Savignac.

Gentilhomme huguenot, le fait le plus important de sa vie est, sans conteste, d'avoir été commis par le roi Louis XIV pour recevoir les plaintes faites par ses sujets sur les contraventions à l'Edit de Nantes. Deux commissaires furent choisis : pour les catholiques Hélie Houlier, lieutenant général ; pour les protestants Odet du Fouilloux et des Houillères, « pour les pays de Xaintonge, Brouage, Aulnis, ville et Gouvernement de La Rochelle, tant à l'Edit de Nantes et à celuy de 1629, qu'aux déclarations données et consenties et y pourvoir ainsy qu'il sera nécessaire et j'envoy pour cet effect au dit sieur Houlier la commission que j'ay faict expédiée. Je vous ay voulu faire cette lettre pour vous en donner advis et vous dire de vous rendre au jour et au lieu qu'il vous marquera, assister, conférer ensemblement des choses que vous et luy aurez à faire pour celles que je vous ordonne. Vous assurant que les services que vous me rendez en ceste occasion me seront en très particulière considération et que je les reconnoistray par les effects de ma bienveillance en tout ce qui s'offrira pour vostre bien et advantage. Cependant je priray Dieu qu'il vous ayt, M. du Fouilloux, en sa saincte garde. » Escript à Paris, le 20e jour de May 1663. Signé : Louis. Et plus bas : Phelipeaux. Et au dos est escript : Monsieur, Monsieur du Fouilloux. Le dit jour, 7 avril 1664, la lettre de cachet cy-dessus a esté enregistrée, requerant le dit sieur du Fouilloux auquel l'original a esté rendu par moy. Signé : Dubois, Greffier ».

C'est en cette qualité de commissaire du roi qu'on voit Charles-Isaac Odet rendre, le 28 juillet 1664, l'ordonnance suivante : « Défense à toute personne de troubler les habitants dudit lieu (La Rochefoucauld) dans l'exercice de la religion P (rétendue) R (éformée) dans le temple et dans les fonctions du collège dont ils jouissent maintenant sous les peines portées par les édits et les déclarations du roi ».

Deux ans après, Odet, sieur du Fouilloux, paroisse de Griparentier, figure dans la Maintenue d'Aguesseau (1666-1667). Il s'agit sans nul doute de ce Charles-Isaac qui vit encore en 1682.

Sa mort se situe entre 1682 et 1684. Il laisse au moins trois enfants : un fils, Isaac, qui suit ; deux filles, Marie et Jeanne. Par le mariage des deux filles, la famille Odet s'allie à la famille de Goret, famille noble originaire de Champagne-Mouton, et établie du XVIe siècle à la fin du XVIIIe dans la région de Ruffec, Civray, Poitiers. Blason : d'argent à la fasce de gueules, à trois têtes de sangliers arrachées de sable, languées du second, mirées du premier. Les deux frères de Goret appartiennent à la branche des Fourniers.

Marie Odet épouse Louis de Goret, écuyer, seigneur des Fourniers, y demeurant, paroisse de Messeux, fils de feu Joseph de Goret, vivant écuyer, et de demoiselle Elisabeth Dexmier. Il avait abjuré le protestantisme à l'âge de 22 ans, en l'église Saint-Cybard de Poitiers, le 1er juillet 1685. Le contrat de mariage avec Marie, « fille de feu Charles Odet », est signé au château du Fouilloux, le 8 novembre 1686, « en présence de nombreux parents et amis qui ont signé ».

Louis de Goret meurt entre 1691 et 1694. Marie Odet, en 1708, cède à François-Isaac Odet, chevalier, écuyer, sieur du Fouilloux, son neveu, tous les biens qu'elle pouvait avoir dans la succession de son mari. En 1710 François Odet est dit son héritier sous bénéfice d'inventaire quand, à sa requête, est dressé un inventaire des meubles dépendant de la succession de Marie Odet.

Jeanne Odet a épousé le frère de Louis, Antoine de Goret, écuyer, seigneur de La Barrière. Ce dernier, « tant pour lui que pour dame Jeanne Odet, sa femme, et dame Marie Odet, sa belle-sœur », signe en 1694 un bail à ferme d'une tuilerie sise au village des Houillères. En 1693-1694, Antoine de Goret et Jeanne Odet demeurent ensemble au lieu de La Fillenie, paroisse de La Chapelle-Chabossan, en Poitou. Ils vivaient encore le 13 mars 1710, date à laquelle Antoine de Goret, « à cause de demoiselle Jeanne Odet, sa femme », passe avec son neveu, François Odet, chevalier, seigneur du Fouilloux, un bail à ferme à Jean et Bernard Delord, tuiliers de Coulgens, de la tuilerie des Houillères.

c) Isaac Odet, écuyer, seigneur du Fouilloux, Les Houillères et Les Ombrais, épouse le 20 février 1655, Anne de Villemandy, fille de feu Philippe, en son vivant avocat au Parlement de Paris et de Renée Dulignon. « Le contrat de mariage est passé dans la grande salle du château de La Rochefoucauld, en présence du duc de La Rochefoucauld François VI, l'auteur des Maximes, d'Anne de Vivonne, sa femme, de deux de leurs enfants et des principaux habitants de la ville et des environs, huguenots bien entendu. Ce contrat est une véritable page d'histoire locale pour la ville et les environs ».

Isaac Odet, le 27 janvier 1664, achète le château des Ombrais à Jacques de La Croix, écuyer, seigneur des Ombrais. Ce dernier et sa femme, Angélique de Massacré, échangent leur maison et seigneurie des Ombrais contre la somme de six cents livres de rente constituée, cédée par le seigneur du Fouilloux et des Houillères. La remise à l'acquéreur des papiers et titres de propriété concernant ce fief sera faite par Angélique de Massacré devenue veuve, le 6 février 1680.

Isaac Odet meurt entre 1688 et 1691, laissant six enfants, trois fils et trois filles : — François-Isaac, écuyer, chevalier, seigneur du Fouilloux, héritier de sa tante Marie Odet. Le 2 février 1719, il loue à Jean Nollet, marchand, demeurant au bourg de Coulgens, la tuilerie sise au village des Houillères, paroisse de Rivières. — Charles-Isaac, écuyer, seigneur des Ombrais, qui suit. — Jean, écuyer, seigneur des Houillères, demeurant au Puy-de-Lavaud en 1671, aux Ombrais en 1673. — Marie-Suzanne, mariée par contrat du 8 mars 1687 à François-Samuel de Devezeau, écuyer, sieur de Crésier, fils de François de Devezeau, écuyer, sieur de Rancougne (Rancogne) , et de feue demoiselle Marie Pasquet. Ils eurent sept enfants dont Jean-François de Devezeau dont il sera parlé plus loin.

Catherine, mariée par contrat du 24 août 1695 à Jean Jordin, écuyer, sieur du Rousle, fils de feu Jacques Jordin et de demoiselle Gabrielle de Fisier. On sait par les registres paroissiaux d'Agris que Jean Jordain, alors sieur de La Prèze, décéda « de mort violente » au logis du Fouilloux le 19 avril 1719, et qu'il fut enterré dans l'église d'Agris le 20, « après visite et procès-verbal de son corps ». — Marie, protestante, enfermée à l'Union chrétienne d'Angoulême, où elle vivait encore en 1715.

d) Charles-Isaac Odet, écuyer, seigneur des Ombrais, épouse le 20 septembre 1679, Anne Pasquet, fille de feu Henri, seigneur de Lage-Baston, et de Marguerite Morel. Le mariage fut célébré en l'église réformée de La Rochefoucauld.

Louis XIV révoqua l'Edit de Nantes le 15 octobre 1685. Peu avant cette date, le 29 septembre 1685, arrivèrent dans la ville de La Rochefoucauld « deux compagnies de dragons rouges, conduites par le marquis d'Argenson, lieutenant général d'Angoumois, et suivies le surlendemain de Mgr l'Evêque d'Angoulême et de l'Intendant, lesquelles firent convertir plus de 400 huguenots tant de la ville que des environs ».

Les Odet, malgré les persécutions, restèrent dans le sein de la Religion Réformée. Moins de deux ans après, Charles-Isaac Odet, seigneur des Ombrais, devait périr assassiné ainsi que le relate H. de Montégut : « Le 5 mai 1687, le seigneur des Ombrais se rendait à cheval aux Lignons entre quatre et cinq heures. Il avait eu à se plaindre d'un domestique que le sieur Laforcade, horloger audit lieu, avait pris à son service. Que se passa-t-il alors ? Ce que nous savons, c'est que, peu de temps après, il fut rencontré par plusieurs témoins sur le chemin des Ombrais, distant des Lignons d'une demi-lieue, la tête couverte de sang, auxquels il n'eut la force que de dire ces mots : « Les valets de Laforcade m'ont tué ».

A peine arrivé aux Ombrais, on le descendit de cheval ; il fut étendu sur son lit par le métayer Delasge, et rendit le dernier soupir. Sa femme, Anne Pasquet, aussitôt prévenue, le fit transporter à Lage-Baston, sa demeure ordinaire, et enterrer dans son jardin, sans cérémonie religieuse.

Si la paroisse d'Agris n'a pas été le témoin de ces faits, ils se sont passés vraiment tout près et la victime portait le nom des seigneurs du Fouilloux.

Charles-Isaac Odet laissait quatre enfants : — Isaac, mort au Fouilloux sans postérité, « de mort subite ». le 2 mars 1729. A noter dans l'inventaire de ses pauvres meubles après son décès, une épée à poignée d'argent et quelques pistolets. — Sarah, protestante exilée, vivante encore en 1721 : à cette date, en effet, il est fait mention d'un bail à ferme par messire Samuel-François de Devezeau, fondé de procuration spéciale de messire Jean-François de Devezeau son fils, « du lieu de La Patardière, appartenant à demoiselle Sara Odet, demoiselle des Ombrais, fugitive du royaume à cause de la religion, duquel lieu ledit de Devezeau a été pourvu comme plus proche parent de ladite demoiselle ». — Anne, baptisée le 24 mars 1686 dans l'église de Saint-Projet. — Suzanne, née après la mort de son père et baptisée le 5 juin 1687. Décédée au Fouilloux en 1742.

e) Jean-François de Devezeau.

Le dernier descendant mâle des Odet étant mort sans postérité, le domaine du Fouilloux passa à la famille de Devezeau.

Cette famille, d'ancienne noblesse féodale, est originaire de l'Angoumois où se trouve le fief de Devezeau, paroisse de Saint-Angeau.

Armes : d'azur à la fasce d'argent, au chef denché d'or de cinq pointes, et une étoile d'or en pointe.

Jean-François de Devezeau hérite des droits de sa mère, Marie-Suzanne Odet. Il était écuyer, seigneur de Rancougne, Le Fouilloux, Les Ombrais, chevalier de Saint-Louis, brigadier des gardes du roi.

En 1735, un procès-verbal est dressé « à la requête de Jean-François de Devezeau de Rancougne, l'un des gardes du corps de sa Majesté, demeurant au lieu noble des Ombrais, paroisse de Saint-Constant, au sujet de dégâts commis dans la garenne, fief et seigneurie du Fouilloux ».

Le 14 avril 1740, il vend Les Ombrais à Jean de Bertin, conseiller du Roi en tous ses conseils, maître des requêtes de son hôtel, baron et comte de Bourdeille, seigneur de Brantôme. En 1744, il fait un bail à moitié des fruits de sa métairie de La Porte-du-Fouilloux, à Pierre Boutinon, laboureur ; en 1747, un bail à moitié des fruits de sa métairie du Puy-de-Lavaud, à Pierre Mathieu, laboureur.

Décédé au logis du Fouilloux « de mort presque subite », il est enterré dans l'église d'Agris, le 2 avril 1750.

f) Jean Jordin (ou Jordain, ou encore Jourdain), fils de Catherine Odet, écuyer, seigneur de La Prèze en Rouzède, est héritier sous bénéfice d'inventaire de feu Jean-François de Devezeau, son cousin germain, dans le bail à ferme qu'il passe en 1751 de la métairie du Puy-de-Lavaud.

Jean Jordain est déclaré seigneur du Fouilloux, ancien garde du corps du Roi, demeurant au Fouilloux, paroisse d'Agris, le 11 mai 1762, quand Abraham Gadon, marchand, Jacques Gréaud aussi marchand et Antoinette Gadon, sa femme, lui cèdent leurs parts d'une pièce de terre dans laquelle est un four à tuiles, sis en la paroisse de Rivières, à côté de la tuilerie dudit acquéreur.

Le 12 mars 1766, il fait un bail à ferme de sa tuilerie des Houillères à Léonard Laversanne, tuilier. Nous le voyons encore le 21 mars 1773 passer un bail à ferme des tuileries et four à chaux des Houillères. C'est la première fois qu'un four à chaux est signalé aux Houillères.

Marié à dame Marguerite Julie de Villeneuve de l'Eschelle, Jean Jordain eut deux filles, Suzanne et Julie, née en 1735 et 1738, qui épousèrent, la première Joseph Arondeau, Sieur de Chabrignac, en l'église d'Agris, le 19 février 1759 ; la deuxième Jean Mosnier ou Mousnier, ancien « gens d'armes », Sieur de La Coste, dit écuyer en 1779. Jean Jordain appose sa signature, souvent en tant que parrain, au bas des actes de baptême de ses petits-enfants nés au logis du Fouilloux et baptisés entre 1761 et 1781. Il signe le plus souvent Laprèze ou Laprèze Dufouilloux.

En 1771, il est parrain, à Rivières, du fils d'un laboureur, sa petite-fille, Rose Arondeau, âgée de dix ans, étant la marraine. Ses filles meurent au logis du Fouilloux : Julie, âgée de quarante-six ans, en 1784 ; Suzanne, veuve Arondeau de Chabrignac, en 1785, à l'âge d'environ cinquante ans. Toutes les deux sont inhumées au cimetière paroissial d'Agris. M. de La Prèze vit encore le 27 juillet 1788, date où il fait un versement de 60 livres aux Sœurs Hospitalières de La Rochefoucauld, acompte pour les arrérages qui leur sont dus d'une rente de 50 livres d'intérêt.

Nous arrivons aux années qui précèdent la Révolution. Ainsi, pendant plus de deux siècles, la famille Odet et ses descendants est l'une des familles nobles les plus en vue d'Agris et de la région par ses actes et surtout par ses alliances, et aussi par le rôle que jouèrent certains de ses membres dans l'histoire du protestantisme en Angoumois.

Source : Notes historiques sur Agris, de Jane Marcelle Delahaye.

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26 janvier 2020

Le parti catholique en faveur des Jésuites

Malgré tous les efforts, le collège d'Angoulême n'avait pu, arriver à un développement complet au moment où s'ouvrit le XVIIe siècle. Comme l'Université elle-même, avec son personnel à demi laïque, à demi ecclésiastique, - avec ses méthodes routinières, il était destiné à végéter longtemps encore, s'il ne fût tombé aux mains de la plus puissante congrégation religieuse du temps, celle des Jésuites, soutenue par l'ardente sympathie du parti catholique. En Angoumois comme dans toute la France, le concile de Trente et l'action de la Société de Jésus avaient arrêté le progrès de la réforme protestante. Sous la direction des ordres religieux, les catholiques avaient partout organisé la lutte. En 1576, les habitants d'Angoulême s'étaient refusés à ouvrir leurs portes aux protestants, qui avaient obtenu cette ville comme place de sûreté, lors de la paix de Beaulieu. Plus tard, la Ligue y avait eu de fougueux partisans. L'esprit de prosélytisme y était d'autant plus vit dans la bourgeoisie orthodoxe, qui dominait au chef-lieu de l'Angoumois, que la réforme avait de nombreux adhérents dans le reste de la province, notamment à Jarnac, a Cognac, à Segonzac, à Barbezieux et à La Rochefoucauld. Les deux partis en présence comprenaient l'importance que pouvait avoir pour la diffusion de leurs doctrines l'enseignement distribué dans les collèges. Après avoir essayé en 1568 de s'emparer du collège d'Angoulême, les protestants de l'Angoumois, désireux de résister énergiquement à la-contrerévolution catholique, avaient fondé le collège de La Rochefoucauld. Cet établissement, soutenu par les subsides des synodes provinciaux de l'Angoumois, de l'Aunis et de la Saintonge, jeta bientôt le plus vif éclat. Le cours des étudesy était plus complet que dans l'institution rivale. On y enseignait non-seulement la grammaire, comme à Angoulême, mais encore les humanités, la rhétorique, la philosophie, la théologie et l'hébreu, comme dans les collèges des Universités. Organisé à la fin du XVIe siècle, il devait durer jusqu'en 1685. Après des débuts obscurs (il apparaît dès 1583), il eut une existence brillante, surtout après l'édit de Nantes, sous la direction de maîtres éminents, tels que les Écossais Thomas Hog, Daniel Robertson, David Dixon, et les Français Jacques Ducasse et Georges Pacard. Là se formèrent des publicistes protestants qui eurent au XVIIe siècle une certaine célébrité : le philosophe Villemandy, qui enseigna à Montauban ; les théologiens et controversistes Loquet, Yver, Gomaire, qui professèrent à Puylaurens, Saint-Jean-d'Angély et Saumur. Le succès de l'enseignement des calvinistes était fait pour, inspirer les plus vives craintes aux catholiques d'Angoumois. Le prosélytisme alarmé leur inspira l'idée d'opposer aux maîtres protestants, leurs plus redoutables adversaires, les Jésuites. Déjà, à Paris, à Bordeaux et dans bien d'autres villes, la Compagnie de Jésus avait réussi à s'établir, en dépit de l'Université, qui paraissait trop laïcisée, trop tiède, au point de vue confessionnel, aux ardents partisans de la contre-réforme. Dès 1593, le maire d'Angoulême, François Le Musnier, sieur de Lartige, conseiller du roi et premier président de l'Élection, l'un des chefs du parti catholique, qui venait de faire bâtir à Beaulieu l'église des Bénédictines, entraîna, dans un élan de zèle religieux, les membres du corps de ville, « à « constituer chacun en leur particulier les rentes néces« saires pour l'établissement des Pères Jésuites au collège, « en vue du service de Dieu, bien public et instruction des « enfants ». Le projet ne put être exécuté. Mais les partisans de la Compagnie de Jésus gagnaient peu à peu du terrain. Le puissant duc d'Épernon, gouverneur d'Angoumois, yrai roi de la province, l'évêque d'Angoulême, Charles de Bony, les notables de la ville, les .membres du présidial, les principaux dignitaires du clergé, se firent les promoteurs de l'établissement des Pères. Le 7 août 1600, François Le Musnier, maire pour la quatrième fois, propose de nouveau, « pour le bien et advantaige de la religion catholique, « apostolique et romaine, instruction de la jeunesse et bien « publicq de ceste ville et pays », de fonder « ung collège de « messieurs les Jésuites ». L'ordre y consentirait avec empressement ; il a délégué le provincial de Guyenne « et le recteur du collège de Périgueux, avec lesquels le « maire a conféré » à ce sujet. Ils ont affirmé « volontiers « voulloir venyr et fournir de leur Compaignie la société suf« fisante et nécessairepourledict collège». Le corps de ville, apprenant que le duc d'Épernon « a eue fort agréable » cette négociation, s empresse de donner pleins pouvoirs au maire pour poursuivre l'établissement des Jésuites et obtenir l autorisation du roi et « de messieurs de la Court du Parlement de Paris ». Cette seconde tentative échoua encore. Le moment était mal choisi. Le Parlement, imbu des idées gallicanes et partisan de l'Université, avait peu de goût pour les Pères. Le roi lui-même, après avoir ordonné l'expulsion des Jésuites en 1594, ne les rappelait qu'en septembre 1603, et ne leur accorda jamais qu'une confiance limitée. Peu satisfaits de ne pouvoir obtenir l'autorisation d appeler les Jésuites, le corps de ville et le chapitre s'intéressent de moins en moins à la prospérité du collège. Les principaux se plaignent de leur négligence. Le chapitre prétend nommer un titulaire de la prébende préceptoriale en dehors du collège, et ne plus payer au principal les 400 liv. de rente qui sont attachées à ce bénéfice. Cependant les catholiques redoublaient d'efforts. Déjà des ordres religieux nouveaux s'établissent à Angoulême, à côté des anciens. Les Capucins y sont appelés par M. de Nesmond (1611), les Minimes (1619) par Marie de Médicis, les Ursulines par de pieux fidèles de la paroisse Saint-Martial au début du siècle (3). Enfin, en 1622, le parti catholique réussit à obtenir, après trente années d'une propagande persistante, l'établissement des Jésuites au collège. Dès la fin de 1621, les amis de la Compagnie s'étaient mis en mesure d'obtenir de Louis XIII l'autorisation tant convoitée. On mettait à profit la présence du roi au delà de la Loire où il enlevait aux protestants Saumur, Saint-Jeand'Angély et Royan (1621-1622). Le duc -d'Épernon, colonel général de l'infanterie, gouverneur d'Angoumois, Saintongeet Limousin, qui accompagna le prince, usait de sa puissante influence en faveur des Jésuites. Le maire, Jacques Le Musnier, seigneur de Rouffignac, trésorier général des finances en la généralité de Limoges, et avec lui tout le corps de ville avaient déjà négocié avec le P. Cotton, pro vincial de Guienne, les conditions d'un accord. On sollicitait des dons en faveur de la Compagnie. Une pieuse veuve, Delphine Gentil, veuve de Cybard de Corlieu, descendant du premier historien de l'Angoumois, léguait au corps de ville 3,000 liv. qui lui étaient dues par François et Robert d'Aubeterre, afin d'aider à la fondation du collège des Jésuites, jugeant que nul ordre n'était plus « propre à l'instruction « de la jeunesse en toute piété, correction de mœurs et « bonne discipline ». Une autre dame zélée, Marie de Lageard, veuve de Pierre Gandillaud, écuyer, seigneur de Fontfroide, conseiller au présidial et ancien maire d'Angoulême, accordait par testament un capital de 3,000 liv., à prendre après son décès sur la totalité de ses biens, à la charge de consacrer cette somme à la fondation du collège des Jésuites d'Angoulême. Les Jésuites acceptaient ces avances avec empressement. Le P. Cotton, ancien confesseur de Henri IV et provincial de Guienne, donnait aussitôt procuration à Jean du Fossé, sieur de La Fosse, avocat au siège présidial d'Angoumois, pour accepter ces deux donations de même que toutes celles qui pourraient être faites à l'avenir « en faveur de la Compagnie ». La bourgeoisie angoumoisine, impatiente d'obtenir l'établissement des Pères, se départait en leur faveur de ses habitudes de parcimonie. Une souscription volontaire, ouverte au mois de juin 1622 pour ce motif, donnait la somme importante de 16,000 liv. (au moins 100,000 fr. valeur actuelle). L'évêque Antoine de La Rochefoucauld, assiégé de sollicitations des partisans des Jésuites, fort nombreux à la cour, où il se trouvait, pressé par son chapitre cathédral, écrivait au corps de ville « pour louer « grandement les affection et bonne volonté » que les conseillers montraient en songeant à établir un collège des Pères. « Ce projet, disait-il, regarde la gloire de Dieu, le « bien de son Église et celui de toute la province ». Il promettait d'en confèrer lui-même avec le P. Cotton à Paris, et il exhortait le corps « à persévérer en ses bons « desseins », au succès desquels il s'engageait «àcontribuer « tout ce qui serait de lui ». Enfin, Louis XIII, qui venait de soumettre les protestants du Bas-Poitou, accordait par ses lettres datées du camp de Royan, « aux maire, eschevins « et habitans de la ville d'Angoulesme..., qu'ils pussent « établir dans leur ville un collège des Pères Jésuites, pour « enseigner la jeunesse aux bonnes sciences divines et « humaines, pour la gloire de Dieu et ornement de son « Église ».

Source : Histoire du collège et du lycée d'Angoulême (1516-1895), de Prosper Boissonnade.

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Des nobles marginaux

Toutes les régions périphériques avaient leurs nobles marginaux, tels les frères du Rousseau de Coulgens au XVIIIe siècle, dont la série judiciaire de l'Angoumois révèle l'existence. L'abbé Rullier, curé de Coulgens, rapporte à propos des frères, hobereaux de sa paroisse : « Nous apprîmes de témoins que les Sieurs du Rousseau de Coulgens, s'étaient battus avec quelques paysans du village de Sigogne qu'ils avaient attirés dans leur logis pour jouer avec eux ». Ces rencontres de fortune se terminaient souvent en rixes. Orphelins, réduits à un revenu de misère, ils avaient été élevés sous la tutelle bienveillante du curé de la paroisse Rullier qui réussit à les faire admettre au régiment de Guyenne. Inaptes à saisir leur chance, cause de rixes et de beuveries, ils en furent exclus à la suite de multiples désordres, et revinrent au pays où ils n'eurent de cesse de tyranniser leur malheureux protecteur et sa servante, allant jusqu'à les frapper et les menacer de mort, ce qui l'amena à porter plainte.

Source : La douceur des Lumières, de Michel Figeac.

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Mariage de Marie Cambois

Le dix-sept janvier 1792 après la publication des trois bans faite tant en cette église qu'en celle de Saint-Florent, sans nulle opposition, les fiançailles faites, les ordonnances royales, les lois et cérémonies de l'église observés, ont canoniquement et civilement reçu la bénédiction nuptiale par moi curé soussigné, du consentement du curé de cette paroisse, Pierre Grassin-Châtelard, agé d'environ 32 ans, fils légitime du sieur Pierre Grassin, directeur de la poste aux lettres et de demoiselle Marie-Anne Cambois, de cette paroisse, d'une part; et Marie Cambois, agée d'environ 32 ans, fille légitime du sieur Louis Cambois-La Borderie, négociant, et de déffunte Elizabeth Dumas-La Feuillade, de la paroisse de Saint-Florent de cette ville, d'autre part, et du consentement et en présence de Pierre Grassin, père de l'époux, Louis Cambois-La Borderie, père de l'épouse, Pierre Cambois, Martial Cambois, frères de l'épouse, et autres parents qui ont avec nous signé... Marie Cambois, Grassin-Châtelard, L. Cambois, Grassin, Cambois l'aîné, Martial Dumas, Marie Binaud, Grassin-La Côte, Suzanne Saunier, Suzanne Cambois, Anne Cambois-Pradignac, P. Pradignac, M. Cambois, Sibilet, Philippon-Jolly, Grassin curé de Coulonges.

Source : Généalogie Charente Périgord.

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Biget et la police secrète

Bulletin du 21 vendémiaire an XIII. Samedi 13 octobre 1804. Achille Biget. — Un ancien chef de chouans, Achille Biget, d'Angoulême, fut arrêté à l'époque du 3 nivôse. Il offrit des révélations, et, par ordre du ministre, il fut traduit à Paris. Il donna quelques renseignements peu intéressants. En brumaire, an X, il fut mis en liberté et envoyé à Rennes, sous la surveillance du préfet, auquel il promit d'être utile. Il lui a effectivement donné quelques notes importantes. C'est par lui qu'on a su notamment que Roger, l'un des conspirateurs, avait passé à Rennes, que Datry et Hervé l'avaient suivi à Paris. Le préfet avait été autorisé par le ministre à lui accorder un traitement pour sa subsistance. Depuis quelques mois il était devenu inutile et n'avait plus de nouveaux documents à fournir sur ce parti. Le traitement lui avait été retiré. Depuis, il a imaginé de proposer au préfet de rechercher si les exagérés ne méditaient pas quelque projet contre le gouvernement. Le préfet lui a répondu qu'il serait bon d'observer ceux qui pourraient paraître suspects, mais sans suggestions. Le préfet et le général Laborde ont adressé au ministre de longs rapports sur ce qui a suivi. Les faits se réduisent à peu de mots. En fructidor, Biget s'est rendu chez le nommé Faure, révolutionnaire exalté, et lui a fait des propositions tendant à un complot contre le gouvernement. Faure a teint de s'y prêter pour le dénoncer. Il les a communiquées à un nommé le Halper, de son parti. Ils ont engagé d'autres entrevues avec Biget, auxquelles ils ont admis un troisième, prêtre marié, nommé Duroy. Les propositions étaient de réunir les jacobins et les royalistes, de former une commission intermédiaire, de faire une adresse pour le rappel des Bourbons, etc. Duroy a donné avis au général Laborde de tout ce qui se passait dans ces conférences et n'a cependant présenté comme coupables que Biget et Faure, distinguant son ami le Halper qui l'avait initié dans le complot. Il a ajouté que Biget les avait assurés qu'il ne craignait ni les recherches du préfet, ni celles de la gendarmerie. Biget n'a fait aucune déclaration au préfet. S'il a eu l'intention d'en faire, il a été prévenu par celle de Duroy. Le général a fait arrêter Biget et Faure sans en prévenir le préfet. Il a chargé le commandant de la gendarmerie des arrestations et de l'instruction. Dans un rapport, le général présente le complot comme très réel et tendant au rappel des Bourbons. Le préfet n'y voit au contraire qu'une intrigue pour obtenir des récompenses pécuniaires. Il pense que ce n'est qu'une suite de la proposition que Biget lui avait faite de rechercher les révolutionnaires qui tenteraient quelque projet ; et que Duroy et le Halper en ont profité pour se procurer eux-mêmes la récompense que Biget espérait. Il est constant que Biget n'a plus la confiance des anciens chouans et qu'ils le croient un espion payé par la police. (La police secrète du premier empire; bulletins quotidiens adressés par Fouché à l'empereur)

NB : Jean-Achille Biget, né en 1764. Fils de François Biget, député de Ruelle en 1789, et Jeanne Robert. Ancien émigré et officier de l'Armée catholique et royale, chevalier de Saint-Louis. Mort après 1817.

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La Rochefoucauld au péril de Calvin (2/2)

Beaucoup d'entre elles sont contemporaines de l'irruption dela classe marchande sur la scène locale au début du XVIIe siècle. Il se peut qu'elles aient remplacé des constructions plus anciennes, ruinées par les temps mais leur classicisme laisse peu de doute quant à la date de leur fondation.

Les dynasties bourgeoises se sont réparties l'espace rurale, Albert à la Marvaillière (Taponnat) ; les Barraud à Lagerie (La Rochette), aux Doussineaux (Rancogne) ou la Ménardière (Rivières) ; les Desaunières à la Maison-Blanche, à Glory et à Roumagne (Rancogne et la Rochefoucauld) pour l'une de ses branches ; à la Basse-Ville et à la Vacherie (Saint-Adjutory) pour l'autre ; les Dulignon à la Mirande de Rancogne et aux Charumes de Saint-Sornin ; les de Garoste au Roule (Rancogne) et à Russas (St-Adjutory) ; la famille Héraud aux Espinasses (Taponnat) ; les Jarrigeon à la Villandière (Rivières) ; les Lériget à la Taillandière (Taponnat) et à Bourdelière ; les Maret à Cloulas (Fleurignac) et à Saint-Projet ; les Mathieu à la Bergerie ; les Mayou à Lespardelière (Saint-Adjutory), les Pasquet à Cloulas-Fleurignac, Lavaud (Rivières), Lagebaston et Rochebertier ; les Pintaud à Fonceau et à la Maison-Blanche de Saint-Constant ; les Poutignac à la sortie de la Rochefoucauld à la Braconne d'Yvrac et à Libourne (Saint-Projet), les Regnaud à la Mirande (Marillac) et à Taponnat ; les Sautereau à Olérat ; les Villemandy à Anthieu, à la Croutelle, à la Vallade, à la Mesnière et au Maine-Charnier.

Cette liste est loin d'épuiser le sujet. Bien entendu, il y a encore la maison en ville, ces belles maisons patriciennes qui font la gloire de la grande rue et de la rue des Halles et pour les plus fortunés, proches du présidial, l'hôtel particulier d'Angoulême avec sa porte cochère et sa cour intérieure, fierté des bonnes maisons.

Nous connaissons la date de construction de quelques unes de ces maisons de la ville ou des champs. Les deux frères Pierre et Henry de Saunières ont fait construire les leurs vers le milieu du siècle, Henry, en 1645, dans le bas de la grande rue là ou se trouve aujourd'hui l'hôtel de France ; les initiales H D S sont mentionnées en même temps que la date. Pierre de Saunières a fait construire sa maison au lieu-dit «entre les ponts» sur la rive droite de la Tardoire face aux moulins du château. Cette maison était connue à l'époque sous le nom de Laurière dont Pierre avait pris le nom pour se distinguer de son frère, sieur de l'Hermitage. La date de construction est rappelée sur le proche : 1649.

L'une des portes du logis du Roule porte la date de 1638.

Ce logis aux façons de gentilhommière rappelle que son hôte Pierre de Garoste, avocat au présidial, l'un des Pairs de l'assemblée de ville portait le titre de «noble homme». Cette distinction n'est pas tout-à-fait la noblesse mais elle incline à vivre «noblement».

Source : La Rochefoucauld au péril de Calvin, d'Yvon Pierron.

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La Rochefoucauld au péril de Calvin (1/2)

Ils ont fréquenté l'Alma Mater, ils sont docteurs. Les médecins forment l'aristocratie de la profession. Moins nombreux que les chirurgiens, parfois revêtus du titre sans pour autant pratiquer. Qu'ils exercent ou non, j'en ai compté une vingtaine qui résident à La Rochefoucauld.

Les docteurs en médecine recrutent surtout dans les rangs de la R.P.R.. A quatre exceptions près, Jacques Degorces, Jean Maignot (fils d'autre Jean Maignot, régent du collège de Saint-Florent), Pierre de Rassat et Abraham de Villemandy, ils sont tous protestants. Ce recrutement n'est pas fortuit : les protestants ont le goût de l'étude, la passion du savoir. Que l'on se souvienne des grands noms qui jalonnent la France des guerres de religion.

Par une disposition dont je saisis mal le sens, on rencontre fréquemment des protestants, docteurs en médecine, qui ne s'engagent pas dans cette profession. Ainsi Pierre Boutaud, ministre de la parole de Dieu ; Jean Bolot et Pierre Rochard, principaux du collège R.P.R. Théophile Robertson, fils de l'ancien principal David Robertson ; David et Siméon Pascard, fils et petit-fils du glorieux ministre de la Rochefoucauld.

Tradition qui se maintiendra longtemps au sein de l'église protestante, illustrée de façon exemplaire par la famille Clémenceau en plein XIXe siècle, au cœur de la Vendée.

Ainsi se sont formées quelques dynasties. Pierre Dulignon, juge-assesseur, «homme docte et fort homme de bien en sa charge» — (la mention figure sur la page de garde du premier registre protestant de la Rochefoucauld) —, «Ancien» de l'église réformée, laisse trois enfants : Théodore, docteur en droit et juge-assesseur à la suite de son père ; Pierre et Jean Dulignon, docteurs en médecine. Pierre Dulignon quitte la Rochefoucauld pour Angoulême où il exerce à Marjevols. Il a acqis la charge de «Médecine ordinaire, intendant des bains et fontaines minérales dela province du Languedoc» ; à son tour, il a un fils, autre Jean, qui quitte la médecine pour le barreau ; le voici Conseiller du Roi et procureur à Marjevols. Quant à Pierre, le médecin fixé à Angoulême, il a un fils, également prénommé Jean, avocat au Parlement de Toulouse et une fille mariée à Julien de La Forcade, Me horloger.

La médecine et le barreau, tournés vers le social, vers l'assistance aux autres, se disputent les faveurs de la bourgeoisie protestante. Si l'on ne va pas aussi loin, on se fait apothicaire, tels les Dulignon de la branche cadette.

Si ses diplômes lui valent un certaine considération, le médecin n'en est pas moins moqué. Nous les connaissons surtout, écrit Marion, «par les plaisanteries dont les a criblés Molière (et avant lui Rabelais) et ils passent pour avoir eu plus de prétentions que de mérite» et l'auteur cite à l'appui de son affirmation les cris indignés que l'on relève dans beaucoup de Cahiers de doléances en 1788 à l'encontre de ces «assassins patentés». C'est que le recours aux médecins est coûteux, que la médecine n'est pas encore entrée dans l'âge scientifique et que beaucoup se disent en leur for intérieur que les remèdes de bonne femme sont aussi efficaces à moindres frais.

Le statut social du médecin l'assimile à l'avocat et au bourgeois vivant noblement, mais, dans l'ignorance où l'on se trouve encore du fonctionnement du corps humain, que peut-il d'autre que de reprendre sur un ton doctoral les gestes familiers aux empiriques ?

Clysterium donare
Postea seignare
Ensuita purgare...

récite le bachelier en médecine du «Malade imaginaire». Que convient-il alors de faire si le patient ne veut pas guérir interrogent tour à tour les examinateurs lors de la soutenance de la thèse ? Eh ! bien, on recommence : clysterium donare, postea seignare... ânonne le bachelier dans son latin de cuisine avant d'être reçu docteur sous les vivats du jury. Il a si bien parlé le nouveau docteur... Qu'il vive donc mille et mille années ! Qu'il mange, qu'il boive, qu'il saigne et qu'il tue ! La chute est cruelle. Non, tous les médecins ne témoignent pas d'une pédanterie si accablante au temps de William Harvey et du docteur Fagon, archiâtre attaché à la personne du Roi. Mais l'ignorance où l'on se trouve encore des fonctions physiologiques limite singulièrement le pouvoir du médecin. En vient-on à dévoiler le mystère de l'ovulation ? Fi donc ! Se récrient les Précieuses, nous prend-on pour des poules pondeuses ?

A tout prendre, le diagnostic vaguement formulé, c'est encore chez l'apothicaire que l'on a quelque chose chance de trouver le moyen d'une guérison hypothétique.

La population des villes paie un tribut sevère au «mal contagieux»  qui se réveille de temps en temps. Plus dispersé, le monde rural se défend mieux contre les maladies épidémiques.

La lèpre disparue, la peste et le choléra font renaître les terreurs ancestrales. Tesseron a dressé un tableau saisissant de la peste d'Angoulême en 1629-1630.

La contagion chemine depuis la fin de l'année 1629. Les notables ont pris rapidement le large. Jean Guérin, le maire, reste seul ou presque. Il supplée comme il peut aux défaillances, réquisitionne les blés, les vins, les vivres, ordonne que les foyers contagieux soient déclarés. Le cours du blé est plafonné, les marchands tenus de laisser visiter leurs greniers par les commissaires désignés. Médecins, chirurgiens, apothicaires, maintenus sur place sont appelés à veiller aux mesures d'hygiène. Un contrat en règle est passé devant notaire avec le maître apothicaire Descombes, tenus de «traiter, panser et médicamenter bien et dûment tous les habitants qui sont frappés et affligés de maladie contagieuse, faire toutes les opérations, fournir de toutes drogues et médicaments». Au commencement de chaque mois, il lui sera fait une avance, lse pauvres devant recevoir «toutes drogues convenables gratuitement et sans aucun salaire».

Cependant, le mal contagieux suit son cours. L'exode se précipite : magistrats, bourgeis, religieux fuient la cité. Assisté de deux échevins et de quatre pairs sur les cent membres que compte le corps de ville, Jean Guérin mène les opérations. Le 11 septembre 1630, il fait dresser un acte pour rendre compte de la gravité de l'épidémie. Les Jésuites ont pris rapidement des mesures sanitaires efficaces : les écoles sont fermées ; les religieux atteints ou trop âgés sont envoyés aux champs. Quant à ceux qui restent, ils ne sortent qu'avec «des habits parfumés avec une éponge imbibée de fort bon vinaigre». Frappés du même mal qui décime l'Europe entière, les Italiens portent un faux nez qu'ils appellent drôlement «Dotorre de la pesta». Jacques de Vinceguerre, maître parfumeur à La Rochefoucauld combat le fléau selon ses moyens en désinfectant les foyers. On ne suspecte pas encore l'agent responsable, — il s'en faut de deux siècles et demi —, mais en attendant la révolution pastorienne, on se méfie des miasmes, des effluves, du contact rapproché avec des personnes atteintes. Angoulême est totalement abandonnée des gens de qualité «fors quelques dix ou douze, qui y sont encore de présent et sur le point de s'en aller», aveu mélancolique. Tous ont fui «même Monsieur l'évêque, doyen, chanoines, religieux et religieuses».

Le 5 octobre, Jean Guérin n'a plus pour l'assister que l'un de ses échevins, Jean Thomas, sieur de Saint-Simon. Les documents les plus précieux sont «mis au four», dans un sac, en vue de les désinfecter.

A La Rochefoucauld, l'épidémie frappe à plusieurs reprises. Un acte du 7 mai 1648 reçu par le notaire Desaunières et par lequel Jacques du Carroy, au nom du duc François V, afferme «le droit de péage et traverse» , autrement dit le droit d'entrée à l'intérieur des murs de La Rochefoucauld, précise :

«et pour ce que le trafic a été interrompu en cette ville au mois de juillet, août et septembre, à cause de la maladie contagieuse qui était en quelques endroits, au moyen desquels les dits droits de péage n'ont pu être levés, il a été accordé que pour cette non jouissance, il sera déduit et rabattu audit Lamachère (signataire du contrat) la somme de trente livres».

Ces médecins dont on dénonce l'âpreté au gain, il arrive qu'ils fassent des actes gratuits. Abraham de Villemandy, exception dans cette famille très protestante et demeuré catholique. Le père Agatange de Saint-Léonard, prieur des Carmes, entouré des révérends pères Bernardin de Saint-Hary, Juste de Saint-Albert, procureur-syndic, Pierre-Thomas de Saint-Jean Baptiste, Hugues de Saint-Valentin et Ildefonse de la Vierge-Marie, rappelle que ce médecin a soigné depuis vingt ou vingt-cinq ans les membres de la communauté «dans toutes les maladies quis sont survenues aux religieux défunts comme les soins charitables qu'il a toujours eu pour eux depuis ce temps sans en avoir retiré aucun paiement, salaire ni récompense et par une bonté toujours particulière a toujours bien continué».

Aussi, lui accorde-t-on pour lui et les siens une sépulture dans la chapelle des Carmes proche de celle de ses beaux-parents, Daniel Danias, vivant maître apothicaire, et son épouse.

Source : La Rochefoucauld au péril de Calvin, d'Yvon Pierron.

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