Au château du Fouilloux, qui constitue le logis le plus important de la paroisse d'Agris, vivent au début du XVIIe siècle les descendants de la famille Odet.

a) Joseph Odet, fils de Nicolas, écuyer, seigneur du Fouilloux et des Houillères. Par contrat du 16 mai 1607, il épouse Marie Du Lau, issue d'une famille noble et ancienne qui serait originaire du Béarn. Venue du Périgord se fixer en Angoumois, la famille Du Lau a formé plusieurs branches. Blason : d'or au laurier à trois branches de sinople et un lion léopardé de gueules brochant sur le fût de laurier, à la bordure d'azur chargée de quinze besans d'argent. C'est Joseph Odet qui, en 1617, achète aux frères Delabrousse la métairie du village de La Brousse, « réservé auxdits vendeurs leur droit d'exploit dans la forêt de Quatre-Vaux, avec les bœufs de ladite métairie ».

En 1626, il signe un testament par lequel il donne l'usufruit de ses biens à demoiselle Marie Du Lau, sa femme, « à la charge de nourrir et d'entretenir les enfants dudit testateur et d'elle ».

Il habite Le Fouilloux avec une sœur, Perrine Odet, mariée à Marsaud Béraud, décédée avant 1633, date du mariage de sa fille Marguerite avec René Massias, de Chantrezac. Il signe avec Marie Du Lau le contrat de mariage d'Antoine Ravion et Marguerite Picard en 1627, de Jacques Marchadier et Perrette Delabrousse en 1637. Joseph Odet vit encore en 1649.

Il a deux fils : Charles-Isaac, écuyer, seigneur du Fouilloux, qui suit ; François, écuyer, sieur des Houillères, qui comparut au ban de 1635 « au lieu de Joseph Odet, sieur du Fouilloux, son père ».

b) Charles-Isaac Odet, écuyer, seigneur du Fouilloux, y demeurant, épouse le 21 mars 1632 dame Suzanne de Lescours, fille de Messire François de Lescours, baron de Savignac.

Le 29 juillet 1663, il passe « une convention avec les notables habitants de la paroisse d'Agris au sujet de la métairie du Fouilloux, appartenant à la communauté de ladite paroisse, que ledit du Fouilloux faisait valoir depuis de nombreuses années ». En 1668, par contrat d'échange, il cède à Pierre Mayoux, sergent, et ses parsonniers, une pièce de trois rangs (de vigne), située aux Landes-du-Fouilloux, et reçoit en retour une pièce de terre et bois taillis, sise au Pré-Fauveau, sur la rivière de Belonne, en la paroisse de Rivières. Sa femme et lui font cession, le 22 mai 1671, à dame Jeanne de Lescours, dame de Lauvancourt (?) de Lestang, « de présent audit lieu du Fouilloux », d'un créance de quatre cents livres sur les biens dépendant de la succession de feu messire François de Lescours, seigneur baron de Savignac.

Gentilhomme huguenot, le fait le plus important de sa vie est, sans conteste, d'avoir été commis par le roi Louis XIV pour recevoir les plaintes faites par ses sujets sur les contraventions à l'Edit de Nantes. Deux commissaires furent choisis : pour les catholiques Hélie Houlier, lieutenant général ; pour les protestants Odet du Fouilloux et des Houillères, « pour les pays de Xaintonge, Brouage, Aulnis, ville et Gouvernement de La Rochelle, tant à l'Edit de Nantes et à celuy de 1629, qu'aux déclarations données et consenties et y pourvoir ainsy qu'il sera nécessaire et j'envoy pour cet effect au dit sieur Houlier la commission que j'ay faict expédiée. Je vous ay voulu faire cette lettre pour vous en donner advis et vous dire de vous rendre au jour et au lieu qu'il vous marquera, assister, conférer ensemblement des choses que vous et luy aurez à faire pour celles que je vous ordonne. Vous assurant que les services que vous me rendez en ceste occasion me seront en très particulière considération et que je les reconnoistray par les effects de ma bienveillance en tout ce qui s'offrira pour vostre bien et advantage. Cependant je priray Dieu qu'il vous ayt, M. du Fouilloux, en sa saincte garde. » Escript à Paris, le 20e jour de May 1663. Signé : Louis. Et plus bas : Phelipeaux. Et au dos est escript : Monsieur, Monsieur du Fouilloux. Le dit jour, 7 avril 1664, la lettre de cachet cy-dessus a esté enregistrée, requerant le dit sieur du Fouilloux auquel l'original a esté rendu par moy. Signé : Dubois, Greffier ».

C'est en cette qualité de commissaire du roi qu'on voit Charles-Isaac Odet rendre, le 28 juillet 1664, l'ordonnance suivante : « Défense à toute personne de troubler les habitants dudit lieu (La Rochefoucauld) dans l'exercice de la religion P (rétendue) R (éformée) dans le temple et dans les fonctions du collège dont ils jouissent maintenant sous les peines portées par les édits et les déclarations du roi ».

Deux ans après, Odet, sieur du Fouilloux, paroisse de Griparentier, figure dans la Maintenue d'Aguesseau (1666-1667). Il s'agit sans nul doute de ce Charles-Isaac qui vit encore en 1682.

Sa mort se situe entre 1682 et 1684. Il laisse au moins trois enfants : un fils, Isaac, qui suit ; deux filles, Marie et Jeanne. Par le mariage des deux filles, la famille Odet s'allie à la famille de Goret, famille noble originaire de Champagne-Mouton, et établie du XVIe siècle à la fin du XVIIIe dans la région de Ruffec, Civray, Poitiers. Blason : d'argent à la fasce de gueules, à trois têtes de sangliers arrachées de sable, languées du second, mirées du premier. Les deux frères de Goret appartiennent à la branche des Fourniers.

Marie Odet épouse Louis de Goret, écuyer, seigneur des Fourniers, y demeurant, paroisse de Messeux, fils de feu Joseph de Goret, vivant écuyer, et de demoiselle Elisabeth Dexmier. Il avait abjuré le protestantisme à l'âge de 22 ans, en l'église Saint-Cybard de Poitiers, le 1er juillet 1685. Le contrat de mariage avec Marie, « fille de feu Charles Odet », est signé au château du Fouilloux, le 8 novembre 1686, « en présence de nombreux parents et amis qui ont signé ».

Louis de Goret meurt entre 1691 et 1694. Marie Odet, en 1708, cède à François-Isaac Odet, chevalier, écuyer, sieur du Fouilloux, son neveu, tous les biens qu'elle pouvait avoir dans la succession de son mari. En 1710 François Odet est dit son héritier sous bénéfice d'inventaire quand, à sa requête, est dressé un inventaire des meubles dépendant de la succession de Marie Odet.

Jeanne Odet a épousé le frère de Louis, Antoine de Goret, écuyer, seigneur de La Barrière. Ce dernier, « tant pour lui que pour dame Jeanne Odet, sa femme, et dame Marie Odet, sa belle-sœur », signe en 1694 un bail à ferme d'une tuilerie sise au village des Houillères. En 1693-1694, Antoine de Goret et Jeanne Odet demeurent ensemble au lieu de La Fillenie, paroisse de La Chapelle-Chabossan, en Poitou. Ils vivaient encore le 13 mars 1710, date à laquelle Antoine de Goret, « à cause de demoiselle Jeanne Odet, sa femme », passe avec son neveu, François Odet, chevalier, seigneur du Fouilloux, un bail à ferme à Jean et Bernard Delord, tuiliers de Coulgens, de la tuilerie des Houillères.

c) Isaac Odet, écuyer, seigneur du Fouilloux, Les Houillères et Les Ombrais, épouse le 20 février 1655, Anne de Villemandy, fille de feu Philippe, en son vivant avocat au Parlement de Paris et de Renée Dulignon. « Le contrat de mariage est passé dans la grande salle du château de La Rochefoucauld, en présence du duc de La Rochefoucauld François VI, l'auteur des Maximes, d'Anne de Vivonne, sa femme, de deux de leurs enfants et des principaux habitants de la ville et des environs, huguenots bien entendu. Ce contrat est une véritable page d'histoire locale pour la ville et les environs ».

Isaac Odet, le 27 janvier 1664, achète le château des Ombrais à Jacques de La Croix, écuyer, seigneur des Ombrais. Ce dernier et sa femme, Angélique de Massacré, échangent leur maison et seigneurie des Ombrais contre la somme de six cents livres de rente constituée, cédée par le seigneur du Fouilloux et des Houillères. La remise à l'acquéreur des papiers et titres de propriété concernant ce fief sera faite par Angélique de Massacré devenue veuve, le 6 février 1680.

Isaac Odet meurt entre 1688 et 1691, laissant six enfants, trois fils et trois filles : — François-Isaac, écuyer, chevalier, seigneur du Fouilloux, héritier de sa tante Marie Odet. Le 2 février 1719, il loue à Jean Nollet, marchand, demeurant au bourg de Coulgens, la tuilerie sise au village des Houillères, paroisse de Rivières. — Charles-Isaac, écuyer, seigneur des Ombrais, qui suit. — Jean, écuyer, seigneur des Houillères, demeurant au Puy-de-Lavaud en 1671, aux Ombrais en 1673. — Marie-Suzanne, mariée par contrat du 8 mars 1687 à François-Samuel de Devezeau, écuyer, sieur de Crésier, fils de François de Devezeau, écuyer, sieur de Rancougne (Rancogne) , et de feue demoiselle Marie Pasquet. Ils eurent sept enfants dont Jean-François de Devezeau dont il sera parlé plus loin.

Catherine, mariée par contrat du 24 août 1695 à Jean Jordin, écuyer, sieur du Rousle, fils de feu Jacques Jordin et de demoiselle Gabrielle de Fisier. On sait par les registres paroissiaux d'Agris que Jean Jordain, alors sieur de La Prèze, décéda « de mort violente » au logis du Fouilloux le 19 avril 1719, et qu'il fut enterré dans l'église d'Agris le 20, « après visite et procès-verbal de son corps ». — Marie, protestante, enfermée à l'Union chrétienne d'Angoulême, où elle vivait encore en 1715.

d) Charles-Isaac Odet, écuyer, seigneur des Ombrais, épouse le 20 septembre 1679, Anne Pasquet, fille de feu Henri, seigneur de Lage-Baston, et de Marguerite Morel. Le mariage fut célébré en l'église réformée de La Rochefoucauld.

Louis XIV révoqua l'Edit de Nantes le 15 octobre 1685. Peu avant cette date, le 29 septembre 1685, arrivèrent dans la ville de La Rochefoucauld « deux compagnies de dragons rouges, conduites par le marquis d'Argenson, lieutenant général d'Angoumois, et suivies le surlendemain de Mgr l'Evêque d'Angoulême et de l'Intendant, lesquelles firent convertir plus de 400 huguenots tant de la ville que des environs ».

Les Odet, malgré les persécutions, restèrent dans le sein de la Religion Réformée. Moins de deux ans après, Charles-Isaac Odet, seigneur des Ombrais, devait périr assassiné ainsi que le relate H. de Montégut : « Le 5 mai 1687, le seigneur des Ombrais se rendait à cheval aux Lignons entre quatre et cinq heures. Il avait eu à se plaindre d'un domestique que le sieur Laforcade, horloger audit lieu, avait pris à son service. Que se passa-t-il alors ? Ce que nous savons, c'est que, peu de temps après, il fut rencontré par plusieurs témoins sur le chemin des Ombrais, distant des Lignons d'une demi-lieue, la tête couverte de sang, auxquels il n'eut la force que de dire ces mots : « Les valets de Laforcade m'ont tué ».

A peine arrivé aux Ombrais, on le descendit de cheval ; il fut étendu sur son lit par le métayer Delasge, et rendit le dernier soupir. Sa femme, Anne Pasquet, aussitôt prévenue, le fit transporter à Lage-Baston, sa demeure ordinaire, et enterrer dans son jardin, sans cérémonie religieuse.

Si la paroisse d'Agris n'a pas été le témoin de ces faits, ils se sont passés vraiment tout près et la victime portait le nom des seigneurs du Fouilloux.

Charles-Isaac Odet laissait quatre enfants : — Isaac, mort au Fouilloux sans postérité, « de mort subite ». le 2 mars 1729. A noter dans l'inventaire de ses pauvres meubles après son décès, une épée à poignée d'argent et quelques pistolets. — Sarah, protestante exilée, vivante encore en 1721 : à cette date, en effet, il est fait mention d'un bail à ferme par messire Samuel-François de Devezeau, fondé de procuration spéciale de messire Jean-François de Devezeau son fils, « du lieu de La Patardière, appartenant à demoiselle Sara Odet, demoiselle des Ombrais, fugitive du royaume à cause de la religion, duquel lieu ledit de Devezeau a été pourvu comme plus proche parent de ladite demoiselle ». — Anne, baptisée le 24 mars 1686 dans l'église de Saint-Projet. — Suzanne, née après la mort de son père et baptisée le 5 juin 1687. Décédée au Fouilloux en 1742.

e) Jean-François de Devezeau.

Le dernier descendant mâle des Odet étant mort sans postérité, le domaine du Fouilloux passa à la famille de Devezeau.

Cette famille, d'ancienne noblesse féodale, est originaire de l'Angoumois où se trouve le fief de Devezeau, paroisse de Saint-Angeau.

Armes : d'azur à la fasce d'argent, au chef denché d'or de cinq pointes, et une étoile d'or en pointe.

Jean-François de Devezeau hérite des droits de sa mère, Marie-Suzanne Odet. Il était écuyer, seigneur de Rancougne, Le Fouilloux, Les Ombrais, chevalier de Saint-Louis, brigadier des gardes du roi.

En 1735, un procès-verbal est dressé « à la requête de Jean-François de Devezeau de Rancougne, l'un des gardes du corps de sa Majesté, demeurant au lieu noble des Ombrais, paroisse de Saint-Constant, au sujet de dégâts commis dans la garenne, fief et seigneurie du Fouilloux ».

Le 14 avril 1740, il vend Les Ombrais à Jean de Bertin, conseiller du Roi en tous ses conseils, maître des requêtes de son hôtel, baron et comte de Bourdeille, seigneur de Brantôme. En 1744, il fait un bail à moitié des fruits de sa métairie de La Porte-du-Fouilloux, à Pierre Boutinon, laboureur ; en 1747, un bail à moitié des fruits de sa métairie du Puy-de-Lavaud, à Pierre Mathieu, laboureur.

Décédé au logis du Fouilloux « de mort presque subite », il est enterré dans l'église d'Agris, le 2 avril 1750.

f) Jean Jordin (ou Jordain, ou encore Jourdain), fils de Catherine Odet, écuyer, seigneur de La Prèze en Rouzède, est héritier sous bénéfice d'inventaire de feu Jean-François de Devezeau, son cousin germain, dans le bail à ferme qu'il passe en 1751 de la métairie du Puy-de-Lavaud.

Jean Jordain est déclaré seigneur du Fouilloux, ancien garde du corps du Roi, demeurant au Fouilloux, paroisse d'Agris, le 11 mai 1762, quand Abraham Gadon, marchand, Jacques Gréaud aussi marchand et Antoinette Gadon, sa femme, lui cèdent leurs parts d'une pièce de terre dans laquelle est un four à tuiles, sis en la paroisse de Rivières, à côté de la tuilerie dudit acquéreur.

Le 12 mars 1766, il fait un bail à ferme de sa tuilerie des Houillères à Léonard Laversanne, tuilier. Nous le voyons encore le 21 mars 1773 passer un bail à ferme des tuileries et four à chaux des Houillères. C'est la première fois qu'un four à chaux est signalé aux Houillères.

Marié à dame Marguerite Julie de Villeneuve de l'Eschelle, Jean Jordain eut deux filles, Suzanne et Julie, née en 1735 et 1738, qui épousèrent, la première Joseph Arondeau, Sieur de Chabrignac, en l'église d'Agris, le 19 février 1759 ; la deuxième Jean Mosnier ou Mousnier, ancien « gens d'armes », Sieur de La Coste, dit écuyer en 1779. Jean Jordain appose sa signature, souvent en tant que parrain, au bas des actes de baptême de ses petits-enfants nés au logis du Fouilloux et baptisés entre 1761 et 1781. Il signe le plus souvent Laprèze ou Laprèze Dufouilloux.

En 1771, il est parrain, à Rivières, du fils d'un laboureur, sa petite-fille, Rose Arondeau, âgée de dix ans, étant la marraine. Ses filles meurent au logis du Fouilloux : Julie, âgée de quarante-six ans, en 1784 ; Suzanne, veuve Arondeau de Chabrignac, en 1785, à l'âge d'environ cinquante ans. Toutes les deux sont inhumées au cimetière paroissial d'Agris. M. de La Prèze vit encore le 27 juillet 1788, date où il fait un versement de 60 livres aux Sœurs Hospitalières de La Rochefoucauld, acompte pour les arrérages qui leur sont dus d'une rente de 50 livres d'intérêt.

Nous arrivons aux années qui précèdent la Révolution. Ainsi, pendant plus de deux siècles, la famille Odet et ses descendants est l'une des familles nobles les plus en vue d'Agris et de la région par ses actes et surtout par ses alliances, et aussi par le rôle que jouèrent certains de ses membres dans l'histoire du protestantisme en Angoumois.

Source : Notes historiques sur Agris, de Jane Marcelle Delahaye.