Bulletin du 21 vendémiaire an XIII. Samedi 13 octobre 1804. Achille Biget. — Un ancien chef de chouans, Achille Biget, d'Angoulême, fut arrêté à l'époque du 3 nivôse. Il offrit des révélations, et, par ordre du ministre, il fut traduit à Paris. Il donna quelques renseignements peu intéressants. En brumaire, an X, il fut mis en liberté et envoyé à Rennes, sous la surveillance du préfet, auquel il promit d'être utile. Il lui a effectivement donné quelques notes importantes. C'est par lui qu'on a su notamment que Roger, l'un des conspirateurs, avait passé à Rennes, que Datry et Hervé l'avaient suivi à Paris. Le préfet avait été autorisé par le ministre à lui accorder un traitement pour sa subsistance. Depuis quelques mois il était devenu inutile et n'avait plus de nouveaux documents à fournir sur ce parti. Le traitement lui avait été retiré. Depuis, il a imaginé de proposer au préfet de rechercher si les exagérés ne méditaient pas quelque projet contre le gouvernement. Le préfet lui a répondu qu'il serait bon d'observer ceux qui pourraient paraître suspects, mais sans suggestions. Le préfet et le général Laborde ont adressé au ministre de longs rapports sur ce qui a suivi. Les faits se réduisent à peu de mots. En fructidor, Biget s'est rendu chez le nommé Faure, révolutionnaire exalté, et lui a fait des propositions tendant à un complot contre le gouvernement. Faure a teint de s'y prêter pour le dénoncer. Il les a communiquées à un nommé le Halper, de son parti. Ils ont engagé d'autres entrevues avec Biget, auxquelles ils ont admis un troisième, prêtre marié, nommé Duroy. Les propositions étaient de réunir les jacobins et les royalistes, de former une commission intermédiaire, de faire une adresse pour le rappel des Bourbons, etc. Duroy a donné avis au général Laborde de tout ce qui se passait dans ces conférences et n'a cependant présenté comme coupables que Biget et Faure, distinguant son ami le Halper qui l'avait initié dans le complot. Il a ajouté que Biget les avait assurés qu'il ne craignait ni les recherches du préfet, ni celles de la gendarmerie. Biget n'a fait aucune déclaration au préfet. S'il a eu l'intention d'en faire, il a été prévenu par celle de Duroy. Le général a fait arrêter Biget et Faure sans en prévenir le préfet. Il a chargé le commandant de la gendarmerie des arrestations et de l'instruction. Dans un rapport, le général présente le complot comme très réel et tendant au rappel des Bourbons. Le préfet n'y voit au contraire qu'une intrigue pour obtenir des récompenses pécuniaires. Il pense que ce n'est qu'une suite de la proposition que Biget lui avait faite de rechercher les révolutionnaires qui tenteraient quelque projet ; et que Duroy et le Halper en ont profité pour se procurer eux-mêmes la récompense que Biget espérait. Il est constant que Biget n'a plus la confiance des anciens chouans et qu'ils le croient un espion payé par la police. (La police secrète du premier empire; bulletins quotidiens adressés par Fouché à l'empereur)

NB : Jean-Achille Biget, né en 1764. Fils de François Biget, député de Ruelle en 1789, et Jeanne Robert. Ancien émigré et officier de l'Armée catholique et royale, chevalier de Saint-Louis. Mort après 1817.