Le fief de Ruelle, à la veille de la Révolution, appartenait à la famille Birot. Jean Birot, écuyer dont le père était avocat au présidial d'Angoulême, l'avait acquis en 1694 pour 12 000 livres. Cette famille a fait construire le logis de Ruelle, près de la Touvre, sur la route de Mornac (ensemble de bâtiments anciens, face à l'école de la Marine). Le seigneur de Ruelle partageait les dîmes avec le curé ; il en gardait le quart qui s'ajoutait aux redevances féodales. En 1789, ce fief était tenu par un autre Jean Birot dont le frère, Jean Charles, Maréchal des logis des Gardes du corps du Roi, chevalier de Saint Louis, était appelé le Chevalier de Ruelle.

Le fief du Maine-Gagnaud passa, vers 1750, dans la famille Labatud par le mariage de Pierre Labatud avec Françoise Marie de la Charlonnie. Pierre Labatud fut avocat au Présidial, Maire d'Angoulême de 1754 à 1757 ; son fils a dû payer la somme requise soit 6 000 livres (la finance) pour que la noblesse de la famille soit confirmée. Le logis du Maine-Gagnaud était délabré car les propriétaires habitaient à Angoulême depuis plus de vingt ans ; on en découvre quelques vestiges dans le secteur Impasse du Logis, rue François Ier ; c'était là que se trouvait la fontaine François-Ier avant son transfert dans le jardin public au bord de la Touvre. En 1789, Pierre Labatud, le fils, était le détenteur de ce fief.

Celui de Fissac a été acheté en 1769 par Claude Trémeau, juge au Présidial d'Angoulême et ancien Maire d'Angoulême (1757-1760), pour 51 600 livres (il a payé la finance ordonnée par arrêt de 1770 pour confirmer la noblesse). Il mourut en 1790 à 67 ans ; on lui réserva un enterrement de «1re classe» puisque outre le curé et le vicaire de Ruelle, étaient présents les curés de Mornac, de Magnac et l'ex-curé de Sigogne. Il laissa le domaine à son fils François qui pendant la Révolution signait «le Républicain et Montagnard Trémeau» ; sous l'Empire on rajouta à nouveau de Fissac au nom ; Alexandre Trémeau de Fissac, adjoint au Maire de Ruelle en 1808. Le logis de Fissac est situé entre la Touvre et la route du Pontouvre, près de la minoterie et du foyer.

Lors de l'arpentement de 1742, le fief de Villement appartenait à Louis Robert Bourrée, écuyer. Il eut plusieurs filles : Jeanne, dame de l'Union Chrétienne, Françoise qui mourut à Villement en 1775 à l'âge de 84 ans, Blanche mariée à David Brumeau de Villeneuve, Thérèse mariée à Jacques-Pierre Salomon qui fut seigneur de Bourg, Cressé, Veillard... Thérèse eut au moins huit enfants dont Robert Salomon de Beaussaye qui, en 1789 détenait en partie le fief de Villement, selon la déclaration concernant la contribution patriotique. Le logis seigneurial se trouve lui aussi à proximité de la Touvre, en aval de la papeterie.

Vigier de la Pile, dans son histoire de l'Angoumois au XVIIIe siècle ne signale pas le fief de Villement mais cite celui des Riffauds appartenant «à la dame de Neuvy, héritière du feu sieur Paulte» décédé en 1729 (un Paulte fut échevin et Maire d'Angoulême au XVIe siècle). Le fief était passé à la famille La Laurencie de Charras : Noël-Bertrand de la Laurencie de Charras, Marquis de Neuvy, avait épousé Marie Paulte, fille de défunt Jean Paulte, avant 1741 (et son père avait épousé en secondes noces Marie du Chazeau, la veuve de Jean Paulte et mère de Marie). Jean Paulte, écuyer, en 1697 et 1703 avait acquis du roi, héritier des Comtes d'Angoulême, les droits seigneuriaux sur des terres autour des Riffauds, les droits de pêche et de propriété sur les eaux de la Touvre, à charge de les tenir en fief du Roi, de lui en rendre foi et hommage. Lorsque le Comte d'Artois, frère de Louis XVI, reçut en apanage l'Angoumois, il racheta ces droits au prix de l'aliénation (pris payé par Jean Paulte) ; heureusement la Marquise de Charras avait eu la bonne idée de revendre en 1751 une partie de ces droits, ceux sur les eaux de la Touvre, à un prix deux fois et demie plus élevé.

Le seigneur de Ruelle détenait 90 journaux 68 carreaux estimés 467 livres 2 sols, celui du Maine-Gagnaud 62 j. 150 c. estimés 500 livres 11 sols, celui de Fissac 66 j. 31 c. estimés 704 livres 16 sols, celui de Villement 200 j. 79 c. estimés 1 208 livres 15 sols, et celui des Riffauds 253 j. 86 c. estimés 1 069 livres 19 s.

II ne s'agit là que de leurs biens à Ruelle ; certaines familles possédaient des terres affermées ou exploitées par des métayers dans d'autres paroisses : à Mornac le seigneur de Fissac détenait 176 j. 149 c. au revenu estimé 403 livres 6 sols ; Monsieur du Maine Gagnaud : 62 journaux (comprenant un moulin) au revenu de 341 livres dans la paroisse de Lhoumeau (au Pontouvre).

Source : Michel Herbreteau, 1989.