La maison de la Laurencie, originaire d'Angoumois, établie en Poitou et en Saintonge, et maintenue à l'intendance de Limoges en 1666, sr dudit lieu, de Charras, en Saintonge et de Villeneuve-la-Comtesse, est d'ancienne noblesse et prouve sa filiation depuis Louis de la Laurencie, écuyer, sr de la Laurencie en 1460. Outre l'évêque de Nantes, elle a produit Charles, gentilhomme de la Chambre en 1633. Ses membres sont titrés comtes, marquis et barons.

Les de la Laurencie portent : d'azur à l'aigle à deux tètes au vol abaissé, d'argent ; aliàs, d'après Courcy : d'argent, à l'aigle éployée de sable.

C'est du premier de ces deux blasons que fit toujours usage l'évêque de Nantes, avec des accessoires en tout semblables à ceux de son prédécesseur. La bibliothèque publique de Nantes possède plusieurs exemplaires de l'Almanach royal reliés à ses armes.

Charles-Eutrope naquit le 30 avril 1740, au château de Villeneuve-la-Comtesse (diocèse de Saintes), de Charles-Henri de la Laurencie, sr de Villeneuve-la-Comtesse, Croix-la-Comtesse, Thibaudières, etc., chef de la branche aînée, qui, par contrat du 28 février 1728, avait épousé Marie-Anne de la Laurencie sa cousine, fille de Bertrand 2e du nom, marquis de Charras, sr de Nevée, Joinville, Seurres, etc., et de dame Armand de Méré, de la branche cadette. Charles-Eutrope était le 4e des sept enfants issus de ce mariage.

L'abbé de la Laurencie était vicaire général de Poitiers lorsqu'un brevet du roi Louis XVI, en date du 19 octobre 1783, lui confia l'évêché de Nantes, vacant depuis un mois. Le nouvel élu, agréé par Sa Sainteté Pie VI, fut sacré le dimanche 11 janvier 1784. Trois jours après, la Chambre des comptes de Paris enregistra son serment de fidélité.

Un des premiers soins de l'évêque de Nantes fut de donner à son diocèse une liturgie propre, selon l'usage et les privilèges reconnus par les souverains pontifes à toutes les anciennes églises. Sur sa demande, un nouveau bréviaire nantais fut rédigé et publié en 1790. Un missel devait suivre, mais les préoccupations causées par la Révolution, qui s'ayançait menaçante, ne permirent pas de réaliser ces deux projets.

L'assemblée nationale, qui démolissait alors pièce à pièce l'édifice antique de l'Église et de la France, ayant décrété la suppression du chapitre et de la collégiale, Mgr de la Laurencie publia, le 16 octobre 1790, un mandement qui prolestait contre cet abus de pouvoir. L'évêque de Nantes adhéra aussi à l'instruction pastorale de M. de la Luzerne, évêque de Langres, contre le serment que l'on exigea du clergé. Enfin il fit paraître, le 12 mai 1791, une ordonnance contenant une déclaration de principes et une protestation contre l'intrusion de Minée. Forcé d'émigrer peu après, le pasteur légitime de Nantes passa en Angleterre, d'où il continua à gouverner son diocèse par l'entremise de ses deux grands vicaires, MM. de Chevigné du Bois-Chollet, plus tard évêque de Séez, et Le Flo du Trémélo.

M. de la Laurencie accompagna Monsieur, comte d'Artois (plus tard Charles X),et le duc de Bourbon, dans l'expédition de l'Ile-Dieu en 1795. Lors du concordat de 1801, le pape Pie VII, pressé par la plus impérieuse nécessité, crut devoir demander aux évêques catholiques de France la démission de leurs sièges. L'évêque de Nantes fut au nombre des trente-huit qui refusèrent et adressèrent au Saint-Père des réclamations aussi canoniques que respectueuses, datées du 6 avril 1803. Il prit encore part à la suite de ces réclamations, que douze de ces mêmes évêques firent parvenir à Rome l'année suivante, et continua de résider en Angleterre jusqu'à la Restauration. A cette époque, il lui fut permis de revoir sa patrie, dont il était éloigné depuis vingt-quatre ans. Il se fixa à Paris et y mourut, à la suite d'une longue maladie, le lundi 13 mai 1816. Son portrait peint à l'huile existe dans la salle du Chapitre de Nantes. La collection de la Jarriette en possédait une reproduction au physionotrace.

(Revue historique de l'Ouest, 1892)