Bertrand de La Laurencie, Ier du nom, écuyer, seigneur de Charras et de Séguiniac, était fils de Jean de La Laurencie et de Suzanne de La Garde. Il embrassa le parti de la reine mère, Marie de Médicis, mère de Louis XIII. Cette princesse lui adressa, le 20 juillet 1620, la commission qui suit :

« Marie, par la grâce de Dieu, royne de France et de Navarre, mère du roy, au sieur de Charas, salut. La longue patience que nous avons eue, ayant endurci le cœur de ceux qui abusent du nom et de la bonté du roy, notre très honoré seigneur et fils, jusques à tel point que voulant faire servir toutes choses à leur ambition déréglée et avarice insatiable, après avoir employé en vain tous les artifices du monde dont ils se sont pu aviser, pour nous opprimer avec les princes du sang, et autres princes et grands seigneurs du royaume, ne se contentant pas de les tenir avec nous dans un mépris insupportable, ils sont si audacieux que de vouloir, a force ouverte, perdre et ruiner par les armes du roy ceux qui devraient en attendre leur protection ; pour à quoy obvier, voyant qu'au lieu d'entendre les remontrances salutaires que nous avons faites au roy, on prend ces voies périlleuses qui ne tendent qu'à la ruine de l'État et à la désolation du pauvre peuple ; protestant devant Dieu que nous n'agissons que pour en empêcher le cours et nous garder d'oppression, nous aurions, de l'avis desdits princes du sang, autres princes, ducs, pairs, officiers de la couronne et grands seigneurs du royaume, résolu de lever et mettre sus un bon nombre de gens de guerre, tant de pied que de cheval, et les faire conduire par de bons, vaillants et expérimentés capitaines, fidèles et affirmés. A ces causes, et pour l'entière confiance que nous avons en vous et en vos sens, valeur et sage conduite, nous vous avons commis et député, commettons et députons par ces présentes signées de notre main, pour lever et mettre sur pied, incontinent et le plus diligemment que faire se pourra, une compagnie de cent hommes de pied, des plus vaillants et aguerris que vous pourrez trouver et élire, lesquels vous conduirez et exploiterez sous la charge de notre cousin le duc d'Épernon, votre colonel, là, par où, et ainsi qu'il vous ordonnera pour notre défense, les faisant vivre avec telle police et discipline que nous n'en recevions aucune plainte, et nous vous ferons payer, vous et les susdits hommes, des soldes, états et appointements qui vous seront et à eux dus, selon les rôles des montres et revues qui en seront faites par les commissaires et contrôleurs des guerres à ce commis, tant et si longuement qu'ils seront sur pied. De ce faire vous avons donné et donnons plein pouvoir, autorité, commission et mandement spécial. Mandons à tous ceux qu'il appartiendra, qu'à vous, en ce faisant soit obéi : en témoin de quoi, nous avons fait mettre notre scel à ces présentes. Donné à Angoulême, le onzième jour de juillet 1620. »

Signé Marie, et plus bas, par la royne mère du roy, Bouthillier.

La guerre fut de peu de durée. Les troupes de la reine mère furent défaites au Pont-de-Cé, le 7 août 1620, et le 10 du même mois, Marie de Médicis signait un traité de paix.

A l'époque de la recherche de la noblesse, Bertrand de La Laurencie fut assigné devant d'Aguesseau, maître des requêtes, président au grand-conseil et commissaire départi pour l'exécution des ordres du roi dans la généralité de Limoges et les élections de Saintes et de Cognac. Il justifia sa descendance depuis François de La Laurencie, son trisaïeul, et obtint, le 22 décembre 1666, une ordonnance de maintenue de noblesse.

Il avait épousé, le 17 décembre 1619, demoiselle Léonarde Audier, fille de Bertrand Audier, écuyer, seigneur de Montchenil, dans la paroisse de Saint-Martial de la Vallette, en Périgord, et de demoiselle Antoinette de Pourtenc de La Barde. De ce mariage sortirent deux fils, Jean et Armand.

I. Jean de La Laurencie, seigneur de Charras et de Jumilhac, épousa, le 24 juin 1653, Louise des-Doussetz ; il n'en eut point d'enfants, et la terre de Charras retourna à son puîné, par une donation spéciale qu'il lui fit de cette terre et de tous ses droits.

II. Armand de La Laurencie, seigneur de Montguillard, puis de Charras, de Chadurie, des Thibaudières, de Rodas, eut ces trois dernières terres par le mariage qu'il contracta, le 10 mai 1668, avec Marie Cladier, fille de Guillaume Cladier, seigneur de Chadurie. Il eut plusieurs enfants, dont Bertrand, l'aîné, seigneur de Charras, qui suivra.

Bertrand de La Laurencie, IIe du nom, seigneur de Charras, de Névic, de Sonneville, des Seurres, en Saintonge, chevalier de l'ordre militaire de Saint-Louis, lieutenant des maréchaux de France et leur subdélégué dans les bailliages de Saint-Jean-d'Angély et de Cognac, naquit le 22 septembre 1669. Il entravers la fin de 1686, ou au commencement de 1687, dans la seconde compagnie des mousquetaires, et y demeura jusqu'au 10 septembre 1688. A cette époque, M. de Jouvelle, lieutenant-général des armées du roi, capitaine-lieutenant de la seconde compagnie des mousquetaires, lui donna son congé absolu, en attestant « qu'il avait très bien servi Sa Majesté pendant un an et huit mois et demi, et qu'il ne quittait ce service que pour commander une compagnie de cavalerie ou chevau-légers que le roi lui avait accordée. »

Sa commission, datée du 20 août précédent, portait qu'il était même chargé de lever cette compagnie, avec laquelle, dès le 13 décembre suivant, il reçut l'ordre de passer dans le régiment royal de Piémont-cavalerie, pour y servir sous le marquis de Rivarol, mestre-de-camp. Il y servit pendant treize ans, et toujours avec distinction, selon les termes d'un certificat donné à Clermont, en Auvergne, le 26 juin 1702, par le vicomte de Beaune, lieutenant-général des arniées du roi, commandant dans la province d'Auvergne et pays de Combrailles.

Trois mois après sa retraite, le 22 janvier 1702, il obtint l'office de lieutenant des maréchaux de France en la sénéchaussée d'Angoulême, créé par l'édit du mois de mars 1693. Il prêta serment au tribunal le 25 du même mois. Quoiqu'il ne fût plus en activité de service, le roi Louis XV, informé de la distinction avec laquelle il avait rempli ses divers emplois militaires sous le feu roi, lui accorda la croix de Saint-Louis, le 17 juin 1722, « nonobstant que, par l'édit du mois d'avril 1719, concernant la confirmation et l'institution de l'ordre militaire de Saint-Louis, il fût expressément porté que nul ne pourrait y être admis s'il n'était encore actuellement dans les troupes en qualité d'officier, et qu'aux termes de cet édit, il ne pût espérer d'être admis dans l'ordre, ayant été obligé quelque temps auparavant de quitter l'emploi qu'il, avait dans les troupes. » Bertrand de La Laurencie obtint en même temps une pension de 1,500 liv., suivant une lettre que Le Blanc, alors secrétaire d'État et ministre de la guerre, lui écrivit le 21 juin, par ordre du régent, qui voulait ainsi lui marquer la satisfaction qu'il éprouvait de ses services. Les maréchaux de France le nommèrent, le 5 juillet 1724, leur subdélégué dans les bailliages de Saint-Jean-d'Angély et de Cognac, pour exercer les fonctions de cette charge de la même manière qu'il exerçait celle de leur lieutenant au bailliage d'Angoulême. Il se démit de cette dernière le 6 mai 1739, en faveur de son fils aîné, Noël-Bertrand.

Bertrand de La Laurencie fut marié deux fois : la première, le 12 février 1700, avec demoiselle Anne Arnauld de Méré, fille de Jean Arnaud, écuyer, seigneur de Bouex, de Méré, de Breuil, Dignac, etc., conseiller du roi, lieutenant particulier au siège présidial d'Angoumois, et de Jeanne Dexmier ; la seconde, avec dame Marie du Chazeau, veuve de Jean Paulte, seigneur des fiefs des Riffaux, de Bourclaveau, dans la paroisse de Ruelle, et des Grimardières, conseiller du roi, maître particulier des eaux et forêts d'Angoumois.

Du premier lit sortirent deux fils et une fille: 1° Noël-Bertrand de La Laurencie ; 2° François de La Laurencie de Charras, capitaine dans le régiment de Saint-Aignan-cavalerie ; 3° demoiselle Marie-Anne de La Laurencie, mariée à Charles-Henri de La Laurencie, seigneur de Villeneuve-la-Comtesse, son cousin.

Noël-Bertrand de La Laurencie de Charras, le fils aîné, naquit le 8 novembre 1707, et fut nommé le 7 mai 1739, par le maréchal duc de Biron, pour remplacer son père dans l'office de lieutenant des maréchaux de France à Angoulême. Il épousa, par contrat du 20 décembre 1731, demoiselle Marie Paulte, fille de Jean Paulte et de Marie du Chazeau.

Source : D'Hozier, Armorial général.