Les Marentin, c'est tout autre chose. Ils sont venus depuis plus d'un siècle de Saint-Claud, se sont distingués dans la magistrature, au présidial et à la Rochefoucauld. Juristes, ils le demeurent mais s'engagent dans une voie parallèle : l'administration militaire, Jean-Baptiste Marentin est conseiller du Roi, écuyer ; il vit à Paris mais porte le titre de sieur des Denis, la Rivière, Pierre-Levée, etc. biens dont il a fait l'acquisition à Bunzac et à Rancogne. En 1761, il est commissaire des guerres, employé en Angoumois et subdélégué de Mgr l'intendant, ou si l'on préfère, l'œil de ce haut fonctionnaire à la Rochefoucauld. François Chénevière qui réside à Versailles, en fait son «fondé de procuration». Jean-Baptiste Marentin prend son tour de bête dans la ville royale, — on le trouve à Versailles en 1766 —, avant d'être nommé commissaire principal des guerres au département de Limoges. En 1781, il y réside encore. Licencié ès lois comme ses pères, il est en même temps correspondant de la société d'agriculture de Limoges pour l'Angoumois. Nous verrons qu'il y fait du bon travail. Ce qui ne l'empêche pas de multiplier les acquisitions de terre. Il fait des envieux comme il se doit. Antoine-René, son fils, sera tenu pour suspect sous la Révolution.

Jean-Baptiste Marentin, mort en 1783, laisse un fils et deux filles. Valérie (prénommée ainsi du nom de sa grand-mère Valérie Constant) épouse Henry Pasquet de Saint-Projet, garde du corps du Roi. Son mari choisit d'émigrer ; Valérie laissera sa tête sur l'échafaud. Anne, la deuxième sœur, épouse Jean-Baptiste des Voisins, officier au bataillon d'Angoumois où il sert avec les Maret, Pasquet, Sautereau, etc.

Antoine-René, fils de Jean-Baptiste, écuyer, conseiller du Roi, suit la voie paternelle. En 1783, après la mort de son père, il est commissaire des guerres, à Béziers, en Languedoc, et y demeurant.

Jean-Baptiste a pris sous son aile Théodore Vivien (d'une famille de tanneurs), contrôleur ambulant des hôpitaux de l'armée du Bas-Rhin, qui meurt à Hanau vers la fin décembre 1759. A cette date, il est remarié avec Marie Maignen qui s'est retirée à Lavaud (Rivières) mais il laisse trois enfants de son premier mariage avec Jacquette Gadon, veuve elle-même de Me Louis Mesnard, notaire et procureur.

François Vivien, fils de Théodore, et de Jeanne Gadon, recommandé sans doute par J.B. Marentin, est commis au bureau de la guerre, à Versailles, en 1766. Commis mais non commissaire, nuance ! Il donne pouvoir à Jean-Baptiste Marentin pour régler ses affaires à la Rochefoucauld. Les cambois, Guyon, Vivien ont fait leurs premières armes aux portes de leur ville natale, «commis aux entrées», alors que Pierre Pintaud en était le receveur. Première démarche d'intégration dans la fonction publique. La tannerie, pierre angulaire de l'économie locale a fait son temps. Notons que les Cambois, Guyon et Vivien en procèdent.

Les maîtres de forge de Rancogne se sont distingués dans l'administration militaire depuis la création du port de Rochefort par Colbert (1666). René Landouillette, commissaire général de la marine, anobli sous le nom de Logivière, prend en main la forge de Rancogne, dite alors «forge à canons» et lui impulse un réel dynamisme. Une de ses filles cherche à poursuivre l'entreprise pour beaucoup de succès. Tantôt, c'est l'eau qui manque, et tantôt le chabon de bois. L'affaire est reprise par Charles Pierre Ruffray, trésorier des vivres de la marine, mort à Rancogne, dont la veuve épouse Julien René de la Grève, Conseiller du Roi, contrôleur ordinaire des guerres, qui acquiert au nom de ses beaux-fils les droits seigneuriaux de la baronnie de Manteresse. Cette baronnie est mythique, mais les droits sont bien réels. Il acquiert du même coup des droits seigneuriaux à Saint-Sornin et Vilhonneur. L'un des fils de Charles-Pierre de Ruffray et de Marie-Anne de Chalvière, est lieutenant en second de chevau-légers. Jean-Louis Marie, son frère, sieur de Manteresse, est contrôleur ordinaire des guerres en 1773. A cette date, il est dit seigneur de Manteresse, demeurant au château de la baronnie de Manteresse, à la forge de Rancogne. D'où la couronne de baron qui somme la grille d'entrée de château... création de la seconde moitié du XVIIe siècle. Jean-Louis Marie de Ruffray est dit ailleurs «baron de Manteresse, les Gonds, faubourg de Lhoumeau...», extrapolation nobiliaire de ce XVIIIe siècle finissant, si proche de la Révolution... On se gonfle de titres, on donne le change, la comédie nobiliaire prend le tour d'un bal masqué. Plus dure sera la chute. A ces titres, Jean Louis Marie de Ruffray ajoute celui d'officier de la connétablie, gendarmerie et maréchaussée de France des camps et armées du Roi, beaucoup de mots pour une charge vénale. Il demeure alors quai des Orfèvres.

Source : La Rochefoucauld au péril des Lumières, d'Yvon Pierron.