13 décembre 2019

Justice des eaux et forêts

La rigueur de la réformation n'épargne pas les membres de la maîtrise, les simples négligences sont sanctionnées : Jean Paulte, le maître particulier, paiera 50 livres; Gervais, garde, 100 l., Crozan 100 l., puis 1 000 l. à titre de restitution; Meneau 30 l., Fureau, garde traversier, 150 l.; Louis Delage, Jean Gervais, F. Boissier, Guy Gauvry, gardes, 20 l., les héritiers de feu Benoist, garde, 100 l., Léonard Vidaud, garde, 200 l., Louis Rivaud 100 l. Personne n'a surveillé comme il le devait la forêt dont il avait la charge.

Ces amendes sans trop de frais ont dû secouer le monde forestier.

Sa majesté rappelle qu'elle s'est toujours réservé la jouissance de la haute futaie et les seigneurs usurpateurs n'en ont pas l'exploitation à leur usage (B 140/11).

En 1674 une tentative de restauration de 140 arpents de chaumes dans la paroisse de la Rochette : y sont piqués des glands de chêne, du frêne et autres essences.

En 1677 Jean Gillibert obtient la charge de procureur du roi (B 140/27-28).

En dépit des menaces, les usurpations continuent; chacun espère ne pas être pris; les plus riches invoquent des droits d'usage nébuleux, pour atténuer leur faute.

Les Tison de Coulgens reconnaissent avoir pris du bois en Braconne; Ramade du bourg de la Rochette a pris un gros chêne de 18 pieds; c'était pour la fête de St Roch; Jean Nadaud de Coulgens est coupable d'un délit analogue. Les trois personnages paieront. Les du Rousseau de Coulgens prétendaient avoir des droits d'usage en Braconne pour leurs maisons et leur four banal: droits supprimés.

Dans la maison du Sr de la Rochette les gardes trouvent beaucoup de bois de chêne pour faire ouvrage, des bûches en cordes, du bois merrain : confiscation et amendes.

Le duc de la Rochefoucauld, pour le chauffage du château et de bâtiments divers, pour les halles et ses 6 fours, jouira de 200 cordes de bois et de 10 000 fagots annuellement.

En cette fin de XVIIe siècle, Paulte, le maître particulier, Meneau son lieutenant, et Gillibert le procureur du roi, jugent chaque semaine aux audiences de la maîtrise, les mêmes délits.

Le garde même seul était un peu policier; et suivant le train d'une charette (marques des roues de charette) il pouvait arriver au logis d'un petit seigneur; ce qui provoquait des explications délicates avec le seigneur, ou surtout avec sa femme; il y avait parfois des accomodements (B 140/47).

Avec les délinquants roturiers, parfois amis du garde, ce dernier devait au risque de perdre sa charge leur dresser procès-verbal; d'où naissaient au village des rancœurs durables.

En 1704 un édit du roi aggrave les peines: bœufs et charrettes utilisés par les usurpateurs seront confisqués et vendus; les gardes qui souffriraient l'entrée de bestiaux en forêt, auront une amende de 20 livres accrue en cas de récidives; ils risquent même d'être pris de corps et saisis de bien; cet édit sera affiché à la porte de toutes les églises; sa rigueur reflète bien l'état du royaume à cette époque.

Cependant en 1705 le garde Dubournais surprend deux valets du Sr de Guitard emportant dans une charrette tirée par deux bœufs, trois chênes récemment coupés; 48 livres d'amende et restitution des chênes; il n'est pas question de saisir l'attelage; Mr de Guitard est noble !

Le même Dubournais, à partir de quatre souches de chêne coupés depuis peu, suit un train de charrette qui le conduit au logis de la Rochette; le sieur du lieu lui permet de perquisitionner; les chênes coupés ne s'y trouvent pas; Dubournais reçoit l'ordre de la maîtrise de chercher encore (audience du 27.1.1705).

Le 16.04.1705 Gauvry, garde surprend Marry Dars, son fils et un valet emportant des branches dans une charrette tirée par 2 bœufs, le tout est saisi et sera vendu au prochain marché de la Rochefoucauld; avec en plus une amende de 40 livres.

Près de Bunzac en Braconne, 5 petites filles gardent dans des rejets 55 brebis: 165 livres d'amende.

En forêt de Bois Blanc, 4 bergères gardent 45 brebis: 135 livres d'amendes plus dommages et intérêts.

Le garde Vidaud surprend 2 délinquants, s'enfuyant la cognée sur l'épaule; il les poursuit à course de cheval et saisit leurs cognées; à l'audience ils sont condamnés à la prison (9.3.1706).

Jean Rondinaud de Rivières, pris sur le fait, blesse un garde avec sa hache; en prison, Rondinaud (13.4.1706).

Il est interdit à tous marchands d'acheter des bêtes rousses ou noires; l'amende est de 250 livres pour une biche ou un faon (bêtes rousses) ou pour un chevreuil. Pour un sanglier et un marcassin (bêtes noires) l'amende sera de 120 livres; il est interdit de chasser les perdrix avant la fin juillet; filets et nasses sont interdits dans les forêts sous peine de 30 livres d'amende à la première sanction; à la seconde les coupables seront fustigés, flétris et bannis de la maîtrise pour 3 ans. Ces injonctions s'adressaient surtout à ceux qui avaient le droit de chasser.

Les gardes ne pourront porter l'épée et le pistolet de ceinture sauf pour leur défense; il est rappelé qu'ils ne peuvent emmener leurs chiens en forêt sous peine de destitution; personne n'a le droit de porter un fusil en forêt.

Un certain Valette de Brie faisait le guet; surpris par un garde, il le menace de son arme, il ira en prison (B 140/45).

Le 3.12.1709, Bordet, garde, trouve en Braconne la servante de François et de Jean Frotier avec 7 ou 8 autres bergers et bergères «gardant à garde faite» dans des rejets de l'année précédente 180 brebis, 1 chèvre, 1 bourrique et sa suite, ils avaient en outre fait un grand feu avec des rejets de chêne et une grande fourche d'arbre mort. Puis ils s'étaient tous enfuis.

A l'audience, les maîtres et les pères et mères des bergers et bergères sont condamnés à payer solidairement 540 livres pour les brebis, 5 pour la chèvre, 20 pour la bourrique et sa suite, 30 pour avoir fait du feu en forêt et 40 sols pour les rejets. La confiscation du bétail eut été trop cruelle à cette époque et n'est pas signalée.

Le terrible hiver de 1709 avait contraint les pauvres gens qui n'avaient plus rien à donner à leurs bêtes à les conduire en Braconne; les sanctions n'étaient pas très sévères lorsqu'ils s'agissait du vol de rejets morts par la gelée; les gardes cherchent à excuser les coupables, sur lesquels est toujours suspendu l'édit du roi : le bétail pris en forêt sera saisi et vendu à la prochaine foire, qu'il s'agisse de veaux, de vaches ou de bœufs au profit de sa majesté; et il fallait payer les amendes.

Les exigences des maîtrises sont de plus en plus contraignantes; il faut absolument faire rentrer de l'argent dans le trésor royal; les agents de la maîtrise qui délivreraient des bois à ceux qui prétendent avoir des droits de chauffage, sans en avoir vérifié leurs titres, seront condamnés à 300 livres d'amende. (Ordonnance du Sr Milon, chevalier, Sr du Mesne) (B 140/45)

Le 20.10.1710 Jean Joseph Gilbert (ou Gillibert) de Vassigny, reçoit de sa majesté l'office de conseiller et de procureur du roi de la présente maîtrise; la réception de cet office faite à la table de marbre à Paris a été adressée au greffe de la maîtrise qui l'a enregistrée (Sr Milon grand maître des eaux et forêts de France).

Ce Jean Joseph Gilbert, fils de Jean et de Marie Bourdage succédait dans le même office à son père qui le tenait lui-même d'un certain Jean Gros; il aura des ennuis financiers au début de sa carrière et sera menacé de la saisie de son office et de ses biens; son mariage avec Marie Barreau de Montbron semble l'avoir tiré d'affaire; il achètera et restaurera le château de Marendat près Montbron; il mourra sans avoir eu d'enfant en 1740, à Angoulême au n° 19 de notre rue St Etienne et sera enterré dans l'église St André (B 140/27 et registres paroissiaux de St André).

A l'audience du 10.9.1711 Jean Paulte, maître particulier présidait, assisté de Jean Ducluzeau, greffier de la maîtrise; Jean Gilbert de Vassigny, procureur du roi y assitait l'épée au côté; privilège que n'ont pas les procureurs du roi s'écria Jean Paulte. Il y aura entre les deux nommes d'autres algarades.

Il est interdit de faire élever aucun moulin, bâtardeaux, écluses, pertuis ou murs, de mettre des amas de pierre dans les rivières, d'y faire planter des arbres et d'être tant soit peu nuisible au cours de l'eau, aucune ordure ne doit être déposée sur les quais sous peine de 500 livres d'amende.

Il doit être laissé sur les rives un espace de 24 pieds (8 mètres) pour le chemin du roi.

En 1712 des paysans des Rigalloux de Brie sont surpris par Boissier, garde, portant leur faix de rejets de chêne tués par la gelée; amende minime de 40 sols et restitution; des bornes de la forêt ont été déplacées; il s'agit assurément d'usurpation, elles seront remises en place par les paysans coupables et à leurs frais.

Quant à Paulte le maître particulier, il est condamné à 300 livres d'amende envers le roi; «nous lui faisons défense de connaître des bois dépendant de l'abbaye de la Couronne sous plus grande peine et nous révoquons toute connaissance que nous lui avions donné sur ces bois; la présente ordonnance sera lue et publiée à l'audience, tenant à la diligence du procureur du roi» signé Hénin le 5/10/1712; il est difficile d'être plus sévère.

(Société archéologique et historique de la Charente, 1994)

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12 décembre 2019

Léon de Maumont sur le Palmier

Voici à présent un autre témoignage, celui de Léon de Maumont (1752-1794). Soldat au régiment de Poitou en 1767, lieutenant en 1773, il se retrouve aux Antilles à faire la même campagne que Saint-Exupéry. Les différentes lettres qu'il adresse au duc de La Rochefoucauld nous renseignent beaucoup sur l'état général des troupes françaises, état lamentable. Les troupes embarquées souffrent particulièrement. Scorbut et fièvres font plus de ravages que les canons anglais, quand les ouragans ne viennent pas drosser les navires à la côte, comme ce malheureux convoi anéanti par les éléments déchaînés à la Jamaïque. A côté de ces dures réalités humaines, l'intérêt purement militaire est relégué au second plan (arrivée de la flotte espagnole par exemple) :

« Le 28 juin 1780, à bord du palmier (escadre du comte de Grasse)

Monsieur le Duc,

Nous sommes sortis le 9 juin pour aller au devant de douze vaisseaux espagnols et de deux frégates ; le tout commandé par M. de Solano qui a aussi sous sa protection cent trente huit voiles marchandes richement chargées, il y a en plus sur ces vaisseaux marchands douze mille hommes de troupe de terre.

Le vent a dispersé cette belle flotte le 11 juin, au moment où nous l'avons rencontrée près de la dominique ; elle a restée huit jours à se rassembler devant cette isle ; les vents continuant a nous êtres contraires pour faire entrer ces vaisseaux marchands a la martinique, nous avons pris le parti de les faire mouiller dans une autre isle (La Guadeloupe) ; et pour leur sureté nous leurs avons laissé deux vaisseaux de lignes espagnols, les autres sont entrés avec nous à la martinique. Il y a eu dans les trois combats dont il a été question dans ma dernière lettre que j'ai eu l'honneur de vous écrire cent quatre vingt hommes de tués et cinq cents de blessés. M. de Guichen a perdu son fils ainé d'une blessure qu'il avoit reçu dans le second combat. »

La lettre en question n'est peut-être jamais parvenue au duc, en tout cas, elle n'a pas été retrouvée. Le 17 août, toujours à bord du Palmier, Maumont poursuit : « Nous sommes partis le 5 de juillet de la martinique ainsi que les douze vaisseaux de lignes espagnols dont il a été parlé dans la dernière lettre que j'ai eu l'honneur de vous adresser. Et nous avons passés à la Gouadeloupe pour y prendre les vaisseaux marchands espagnols que nous avions fait mouiller à la basse terre de cette isle. De là nous avons pris le chemin du Cap François et M. de Bouillé celui de la Grenade, avec le vaisseau l'Expérimen et deux frégates.

Le 12 a la vue de Saint Domaingue, M. de Monteil reçut l'ordre de prendre le commandement de six vaisseaux de lignes, d'une frégate et d'un coter (cotre) pour faire le tour de cette isle, du côté de la ville du meme nom (ou nous y primes cent bœufs en passant) de celle de Saint Louis, du Cap Tiberon, du port au prince et du mole Saint Nicolas, dans l'intention de prendre dans ces ports les vaisseaux marchands qui pourroient être et les conduire au cap François tandis que M. de Guichen prit de l'autre coté de l'isle, acompagné les Espagnols jusqu'à l'isle de Cubat, de là les Espagnols s'en allèrent a la havane et M. de Guichen au Cap François.

Et nous sommes aujourd'hui douze du mois d'aout devant le Mole, ne pouvant pas gagner le Cap François a cause des vents contraires. M de Guichen viendra nous joindre ici, nous croiserons jusqu'à ce tems là, il prendra les vaisseaux marchands que nous avons trouvé dans notre cource et dirigera la sienne sans s'arreté vers la France avec dix sept ou dix huit vaisseaux de lignes (ou du moins tel est le projet). M. de Grace et M de la Mote Piquet passent en France avec lui, et monsieur de Monteil reste ici avec neuf vaisseaux (Saint Exupéry assiste au départ de de Guichen le 13 août avec ses 18 vaisseaux et un convoi de 15 voiles à destination de Cadix). Roden (Rodney) étoit à Sainte Lucie lorsque nous partimes de la Martinique, le trente juillet on a vu quatorze de ses vaisseaux près du Cap Tiberon qui allaient a la jamaïque. Vous savez que Chalerstown est pris. On dit M. de Terné (Ternay) à Boston. Voilà Monsieur le Duc toutes les nouvelles que je sais, elles viennent difficilement joindre ceux qui sont au milieu des mers ; le plaisir n'y vient pas non plus ; je n'y goute que celui de vous écrire et de me ressouvenir des bontés attentivent que vous avez bien voulut avoir pour moi. Grande mortalité dans ce pays ci, vous allez en juger ; de cent quatorze soldats que nous avons mené dans le palmier il y a six mois, dix huit sont morts, vingt et un sont en hôpitaux, la plus part d'eux rongés de scorbut, nous avons encore a rester dans ce pays ci, concevez la perte que nous feront. J'avois en partant de la Martinique une fièvre chaude des plus dangereuses, actuellement je suis convalescent... »

Source : La question américaine au 18ème siècle, de Daniel Vaugelade.

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Les 13 archiprêtrés de l'Angoumois

Les 13 archiprêtrés du diocèse d'Angoulême :

1° Archiprêtré de Saint-Jean. — Saint-Jean, Saint-Pierre, Saint-Cybard, Grosbos, Saint-Ausone, La Couronne, Saint-André, Beaulieu, Saint-Augustin, Saint-Jean de la Palud, Saint-Antonin, Saint-Martial, Lhoumeau, Saint-Martin, Le Petit Saint-Cybard, Saint-Yrieix, Saint-Michel d'Entresgues, Nersac, Saint-Nicolas de Beaulieu.

2° Archiprêtré de Rouillac. — Rouillac, Saint-Cybardeaux, Saint-Séverin, Hiersac, Moulidars, Genac, Mérignac, Bonneville, Vibrac.

3° Archiprêtré d'Ambérac. — Ambérac, Saint-Amant-de-Boixe, Vindelle, Lanville, Montignac, Vouharte, Gourville, Vars, Balzac, Champniers, Brie, Xambes.

4° Archiprêtré de Saint-Projet. — Saint-Projet, La Rochefoucauld, Rivières, Marillac, Les Pins, Yvrac, Rancogne, Bunzac, Agris, Saint-Constant, Montembœuf.

5° Archiprêtré de Garat. — Garat, Cloulas, Villars, Mornac, Dirac, Touvre, Dignac, Sers, Bouëx, Beaulieu, Soyaux, L'Isle d'Espagnac, Magnac, Ruelle.

6° Archiprêtré de Jauldes. — Jauldes, Aussac, La Rochette, Touriers.

7° Archiprêtré de Pérignac. — Pérignac, Blanzac, Montmoreau, Mouthiers, Chavenat, Saint-Laurent-de-Belzagot, Saint-Eutrope, Courgeac, Fouquebrune, Torsac, Voulgézac, Aignes, Saint-Léger, Chadurie, Rouffiac, Bécheresse, Champagne, Charmant, Puypéroux, Juillaguet, Puymoyen, Vœuil, Magnac, Porcheresse.

8° Archiprêtré de Grassac. — Grassac, Pranzac, Charras, Marthon, Feuillade, Chazelles, Vouzan, Souffrignac, Charras, Mainzac.

9° Archiprêtré de Chasseneuil. — Chasseneuil, Saint-Mary, Saint-Claud, Chatelars, Taponnat, Vitrac, Saint-Adjutory, Saint-Laurent-de-Céris, Vieux-Cérier, Suaux, Nieuil, Chantrezac, Saint-Vincent.

10° Archiprêtré de Jurignac. — Jurignac, Châteauneuf, Angeac, Saint-Estèphe, Mainfonds, Plassac, Birac, Étriac, Mosnac, Roullet, Pereuil, Éraville, Aubeville.

11° Archiprêtré de Saint-Genis. — Saint-Genis, Linars, Trois-Palis, Asnières, Dignac, Fléac, Saint-Saturnin, Champmillon.

12° Archiprêtré de Orgedeuil. — Orgedeuil, Montbron, Saint-Sornin, Vilhonneur, Écuras, Mazerolles

13° Archiprêtré de Saint-Ciers. — Saint-Ciers, Cellefrouin, La Tâche, Lichères, Nanclars, Luxé, Ventouse, Mansle, Saint-Angeau, Puyréaux, Turgon.

Source : Statistique monumentale de la Charente, de Jean-Hippolyte Michon.

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La mort des frères Sardain (Chabanais 1791)

Les deux frères « héros » de cette histoire sont fils de Pierre Sardain, sieur de Saint-Michel, seigneur de Beauregard, et de Marguerite Dereix des Rivières. De ce ménage, uni le 10/X/1763 à Chabanais, sont issus neuf enfants dont trois interviennent dans cette histoire : Louis, sieur de Saint-Michel, le quatrième enfant et le premier fils du couple, né le 27/11/1768 ; Luc, sieur de Beauregard, le sixième enfant et le deuxième fils. Il est aussi question d'une fille, Françoise, née le 22/IX/1766, qui au moment des faits réside à Saint-Junien.

Le décor de cette histoire, c'est la petite ville de Chabanais et surtout le logis dit de Saint-Michel, sis paroisse Saint-Pierre-Saint-Michel, à côté de l'église Saint-Michel dont ne subsiste plus actuellement que le clocher fortement remanié d'ailleurs à la fin du XIXe siècle.

C'est là que résident les deux frères Sardain, deux petits nobles, apparentés à une autre famille Sardain, celle dite des Sardain de la Soutière.

L'un des deux a laissé un « livre de la marchandise que j'ay pris chez Crouzit de l'année 1790 », écrit d'une grosse écriture de quasi illettré, ce qui montre que l'éducation intellectuelle de ces deux personnages paraît avoir été assez déficiente.

Depuis le huit mai de cette année 1791, Luc, le plus jeune, vit maritalement avec Jeanne Rougier, épouse de Biaise Gabry, « ...marchand-orlogier... » de la ville d'Angoulême, laquelle après « ... s'être dérobée nuitament de la maison de son mary... » avait rejoint son amant.

Leur père est mort depuis 1781 et la situation de Louis et de Luc paraît financièrement assez critique. Le dossier qui contient le récit des faits parle de la visite d'un commis des aides venu contrôler leur réserve de vin et qui semble les avoir menacés d'une saisie. Cherchant désespérément de l'argent, les deux frères ont d'abord recours au procédé classique dans ce milieu : acheter sans payer. Puis ils essayent d'emprunter à des gens de leur milieu, ce qui ne semble pas avoir eu de résultats tangibles sinon d'occasionner un conflit avec François-Gilbert de Saingareau à qui un des frères, Luc, avait écrit pour solliciter un prêt. La nouvelle de cette demande se répand dans tout Chabanais et Louis, l'autre frère, menace verbalement Saingareau lors d'une partie de billard.

Ces procédés ne donnant pas les résultats escomptés, les deux frères passent à l'extorsion de fonds à main armée, purement et simplement. Un des témoins entendu par la justice après la mort des deux frères, Pierre Terracher, maréchal, explique comment les deux frères lui ont extorqué sous la menace 72 livres : « ... le dix-sept avril dernier, le Sr de Saint-Michel l'ainé l'envoya chercher... ledit Sr de Saint-Michel luy demanda à emprunter soixante-douze livres, que le déposant ayant dit qu'il n'avoit point d'argent ledit Sr de Saint-Michel s'emporta, luy fit des menaces, luy dit qu'il le payeroit et qu'il fesoit de l'argent à ses dépens. Led. exposant, craignant pour sa vie, dit aud. Sr de Saint-Michel : « M., ne crioit pas tant, je m'en vais trouver un de mes amis qui me prestera ». Le déposant parti et revint porter aud. Saint-Michel lad. somme de soixante-douze livres qui luy est encore düe.

Qu'au commencement de janvier précédent, Le Sr de Saint-Michel le plus jeune avoit aussi envoyé chercher le déposant ; que celuy-ci s'étant rendu dans la salle de la maison dud. Saint-Michel, celui-ci ferma les portes et fit un grand feu, qu'il y avoit sur la table un fusil à deux coups et deux pistolets, que ledit Sr de Saint-Michel luy dit qu'il avoit fait les quatre (cents) coups... que ledit sieur de Saint-Michel demanda audit exposant cent livres à emprunter, qu'iceluy déposant répondit qu'il n'avoit point d'argent, qu'alors ledit Sr de Saint-Michel le traita de Jean-F. et de F.-gueux ; que le déposant, craignant pour sa vie, s'en alla sous la promesse de raporter les cent livres. Que le neuf may dernier, ledit Sr de Saint-Michel vint dans la vigne du déposant qui y fesoit travailler des ouvriers, qu'il luy dit : « Adieu, mon B. ! » que le déposant luy ayant souhaité le bonjour s'apperçut qu'il avoit deux pistolets dans ses poches de veste et un gros bâton à la main, qu'au même instant ledit Sr de Saint-Michel dit au déposant : « Il faut que je te donne une rincée (?) et ces deux B. là ferons le trou pour t'enterrer ! » ; que le déposant répondit : « En voulés-vous à ma vie, monsieur ? Tué moi, qu'en auroit vous davantage ?

Qu'alors led. Sr de Saint-Michel luy donna de son gros baton dans la poitrine et se retira environ quatre pas de lui et luy dit que s'il n'avoit pas parlé si poliment, sa vie n'auroit pas duré une minute ; ajoutant qu'il pouvoit labourer sa vigne, qu'il ne lèveroit pas la récolte, que c'en étoit pas fini encore... »

Ce n'est que le début d'un processus qui va amener les deux frères à passer des paroles aux actes.

Le 19 mai, ils agressent Bernard Goursaud, aubergiste et beau-frère du témoin précédent.

Les blessures sont sérieuses puisque le chirurgien qui dresse le procès-verbal de l'état du blessé lors du dépôt de la plainte estime qu'il faudra quinze jours à trois semaines pour qu'elles guérissent.

C'est cette agression qui va déclencher le drame que les dépositions des différents témoins permet de reconstituer.

C'est donc le jeudi 19 mai que les frères Sardain passent à l'attaque.

« ... en passant sur le pont de Vienne de ladite ville de Chabanois, il (le déposant, Bernard Goursaud, l'agressé) rencontra les nommés Louis et Luc Sardain, que ce dernier, en lui adressant la parole : « Hé bien, Goursaud, ne veux-tu pas me remettre ce livre de rente ! » ; qu'à cela le déclarant luy répondit que volontiers mais qu'il luy faloit une décharge. Aussitôt, ledit Luc Sardain s'approcha dudit déclarant, luy porta le poing sous le manton en le luy relevant très fortement ; que bientôt après ledit Luc Sardain, en ayant répété ces mots : « Tu demande une décharge, te la voilà !» et en même tems son frère et luy tombèrent sur le déclarant à coups de bâtons dont ils étoient armés tous deux et luy firent deux blessures à la tête et luy cassèrent le poulce de la main gauche ; que ces coups qui renversèrent le déclarant luy firent perdre connoissance... »

Le dossier ne contient aucun autre détail sur le fameux livre de rentes auquel il est fait allusion. On peut supposer que ces rentes étaient dues par les frères Sardain non à B. Goursaud lui-même mais à un crédirentier dont il était le représentant et qu'ils espéraient, en récupérant ce document et peut-être en le détruisant annuler leurs dettes.

Les deux frères Sardain ne s'arrêtent pas en chemin et continuent, après cette agression, à parcourir Chabanais avec trois compagnons et à terroriser la population. Ils entrent chez François Bouyat, aubergiste, boivent de l'eau-de-vie en se vantant de leur exploit. Rencontrant après Jean Autier, marchand, ils s'en prennent également à lui. A Noël de l'an 1790, ils avaient demandé à lui emprunter de l'argent et ce dernier avait refusé, il est frappé à coups de bâtons et c'est la plainte qu'il dépose devant la municipalité qui va déclencher toute l'affaire. B. Goursaud et J. Autier ne sont pas les seules victimes des deux excités ; Pierre Rivet, aubergiste, est lui aussi bastonné par les deux frères qui rejoignent leur logis pendant que la population entre en ébullition.

La municipalité, réunie sous la direction du maire Pierre-Isaac Dupont demande aux quatre gendarmes de la brigade de la maréchaussée d'intervenir. Ces derniers se rendent devant le logis des deux frères et les trouvent barricadés, armés et prêts à résister à toute intervention des forces de l'ordre.

Les gendarmes demandent au maire l'appui de la garde nationale de la localité et le maire délivre à Pierre-Joseph Dupont de Chaumont, le commandant de cette troupe, un ordre écrit de réquisition. Les gendarmes et les gardes nationaux se réunissent sous les halles : une troupe de seize hommes dont l'armement — en ce qui regarde les gardes nationaux — est assez hétéroclite : l'un n'a qu'un pistolet, un autre est muni en tout et pour tout d'une simple fourche. Par les petites rues de l'ancien Chabanais disparu lors de l'incendie de 1944, cette troupe gagna la place du Pau (actuelle place du quatorze-juillet) puis monte en direction de l'église Saint-Michel et de la demeure des deux frères Sardain. Comme toujours, en temps d'émeute, le réflexe des riverains est le même : on ferme précipitamment les boutiques, referme les volets des fenêtres et on se barricade chez soi ; ce qui assure non seulement une relative sécurité mais permet ensuite, s'il y a enquête, de dire que l'on a rien vu (c'est ce que feront certains voisins lors de leurs dépositions).

Juste au moment où les forces de l'ordre arrivent devant le logis de Saint-Michel, elles en voient sortir un petit domestique qui est immédiatement arrêté et qui révèle que les deux frères l'avaient chargé d'aller chez Crouzit acheter de la poudre ; ce qui montre bien qu'ils avaient l'intention de résister. Avant de passer à l'attaque du logis, François-Guillaume Duval-Papius, major de la garde nationale, essaie de parlementer, il ne s'attire que cette réponse :

— Comment toi, Duval, toi qui est mon ami, tu es assés coquin pour te mettre à la tête de cette canaille, de ses coquins, de ses geusards pour tourner les armes contre moi ! » ; que led. déposant luy répondit :

— Je ne viens point tourner mes armes contre toi mais je viens pour te sauver et tu sçais ce que j'ai fait pour toi. Rend-toi, je t'en prie et je te répond d'arranger tout ! ».

Les témoignages ensuite divergent sur ce qui s'est exactement passé. D'après F.G. Duval-Papuis, son intervention, ainsi que celle du sieur de Rocquard, ami des Sardain, se serait soldée par un échec et que, loin de calmer les deux frères ivres de fureur et d'alcool, elle leur aurait plutôt semblé être un signe de faiblesse. Luc Sardain,  vite las de parlementer, menace de faire parler la poudre :

« ... il (Luc) se déboutonna et montra à ce déposant (Duval-Papius) deux pistolets qu'il avoit sous sa redingotte, qu'il les arracha et les porta sur la poitrine du déposant ; que led. déposant ne perdît pas courage et continua toujours ses suplications amicales aud. Sr de Saint-Michel ; que celui-ci rentra de quelques pas dans sa cuisine, qu'il s'y arma d'un fusil à deux coups et paru avec ledit fusil et deux pistolets dont un à la main et toujours tenu vers ledit Sr Duval qui dépose ; que le déposant, craignant pour sa vie menacée tant par led. Sr de Saint-Michel le jeune que par son frère aîné qui se tenoit à costé aussi armé d'un fusil à deux coups et qui injurioit luy déposant, se retira vers la porte en réitérant ses instances et ses prières aud. Sr de Saint-Michel... »

Pendant cet épisode, le reste de la troupe, gendarmes et gardes nationaux confondus, est resté un peu à l'écart, en contrebas du côté de l'église proche. C'est peut-être ce qui explique les quelques divergences entre les témoignages et le fait que cette première partie ne soit pas rapportée par tous les témoins (à moins que F.G. Duval-Papius n'ait voulu par la suite se donner le beau rôle et légèrement « arrangé » la situation).

Jean-Baptiste Desbordes, garde national, lui, n'a pas vu cette scène. Il n'a qu'entendu Luc Sardain crier à l'adresser de ses assaillants :

— Où sont-ils ces B. là, où sont-ils ? Les voilà ! », en même tems led. Sr Michel (sic) et son frère ainé tirèrent chacun un coup de fusil sur la troupe où étoit le déposant, que personne ne fut blessé, qu'alors le détachement fit feu sur lesd. Sr de Saint-Michel, que le plus jeune d'entreux tomba sur la place presque mort et que l'ainé reçu plusieurs blessures mortelles et que, n'étant pas tombé, il prit la fuite, qu'il fut poursuivi par plusieurs gardes nationales (sic), cavaliers de la maréchaussée ; que l'un d'eux, le Sr Grellier le jeune, luy porta un coup de bayonnette dans le flanc et qu'à ce coup led. Sr de Saint-Michel laissa tomber le fusil qu'il portoit et, pendant qu'il s'enfuyoit, il luy fut tiré plusieurs coups de fusil par les nommés Felon l'ainé et d'autres dont il ne se souvient pas ; que ceux qui étoient à sa poursuite l'ayant atteint, l'un d'eux, François Brunet, qui luy avait tiré un coup de fusil, luy porta sur la tête plusieurs coups de la crosse ; que led. Sr de Saint-Michel en se rendant et conduit par un cavalier de maréchaussée et des gardes national reçu encore un coup de sabre à la tête qui luy fut porté par le nommé Pineau en luy disant :

— Je ne t'ai pas encore donné ce que je te dois ! »...

On a donc affaire à une véritable scène de lynchage qui entraîne la mort de Luc Sardain.

Quant à son frère, il ne survivra que quelques heures et décédera le lendemain.

Leurs actes de décès ne mentionnent pas les circonstances de leur mort : « Le vingt mai mil sept cent quatre-vingt onze, a été inhumé Luc Sardain, décédé d'hyer, fils légitime de feu Pierre Sardain, sieur de Saint-Michel, et de demoiselle Marguerite Dereix... »

« Le vingt-un mai a été inhumé Louis Sardain, décédé d'hyer, âgé d'environ vingt-quatre ans, fils légitime de feu Pierre Sardain, sieur de Saint-Michel, et de demoiselle Marguerite Dereix... »

L'affaire n'en reste pas là. Saisie, la justice du tribunal du district de Confolens décide, à l'audition des événements, d'ouvrir une enquête. Le 24 mai, elle ordonne l'exhumation des cadavres et leur examen auquel procède Goursaud-Verniolet, chirurgien à Chabanais. Le 1er juin, les témoins sont appelés à la barre. Certains sont manifestement gênés et Jean Crouzit, celui qui fournissait les deux frères en poudre et munitions, fournit un certificat médical comme quoi il est malade et ne peut se déplacer pour apporter son témoignage. Vingt-six témoins sont entendus et c'est l'ensemble de ces dépositions, plus ou moins cohérentes, qui a permis de reconstituer cette histoire. Déposent les responsables municipaux ; Dupré, le procureur de la commune, Jean-Duval-Papius-Serbuisson, officier municipal ; par contre le maire ne dépose pas ; le témoignage de Dupon, juge de paix de la ville de Chabanais ; les victimes des exactions des deux frères dont les noms ont déjà été cités ; aucun gendarme mais une partie de la garde nationale : Pierre-Joseph Dupont de Chaumont, le commandant ; François-Guillaume Duval-Papius, le major ; François-Gilbert de Saingaraud et Daniel-Pierre de Rempnoulx, les capitaines ; Duval-Rochemont, officier dont le grade n'est pas autrement précisé ; Pinaud fils, sergent major de la garde nationale et Junien Pinier, sergent ; Jean Desbordes, simple garde national.

Si l'effectif de la garde nationale était au complet, on aurait donc eu sept gradés sur douze hommes ! Les conclusions rendues par le tribunal de Confolens ne sont pas connues et il est impossible de connaître la suite de cette affaire.

Source : Pierre Boulanger.

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La maison du Comte de Montbron à Angoulême

Inventaire des meubles appartenant à Monsieur le Comte de Montbron en sa maison d'Angoulême
Par Albertine Cadet

Cet inventaire non daté et non signé a eu lieu après le décès, le 21 novembre 1758, de Madame de Saint-Martin, née Madeleine Husson, veuve en premières noces d'Etienne Chérade, Comte de Montbron (1) et en deuxièmes de Monsieur de Saint-Martin.

L'héritier n'est pas l'aîné de ses fils Etienne Adrien Chérade décédé en 1742, mais son petit-fils Adrien, Alexandre, Etienne né en 1731, époux de sa cousine Elisabeth Le Musnier, qui habite pour l'heure en son hôtel Cul de sac de Notre Dame des Champs, Faubourg St Germain Paris, et qui mourra émigré à Lograno (Espagne) le 7 mai 1795.

Il fait donc état de :

— Premièrement, dans la Salle une tapisserie de verdure de Flandre contenant neuf aunes et demie de court sur deux aunes et demi de haut en trois pièces ; dix fauteuils de tapisserie, les uns de point et les autres d'Aubusson, un soffa, le millieu de petit point (2), le bois à la Reine ; une glace entre les deux fenêtres avec un tableau au-dessus ; une commode de bois de noïer avec ses garnitures de cuivre ; en couleur le portrait de Monsieur ; trois tables de jeux que Monsieur a fait faire ; une thèse (3) au-dessus de la cheminée avec un cadre doré ancien, deux autres portraits, une autre thèse de satin, un parravent de papier doublé de toille en 6 feuilles, un écran de point ; le bois sculpté, deux chaises communes de paille, deux chenets et une pincette de fer.

Estimé le tout : 650 livres

— Dans la chambre de Monsieur une tapisserie d'indienne contenant quatre aunes et demi de court, dont Monsieur le Comte a fourni la doublure et payé la façon ; un lit à baldaquin (4) aussi d'indienne garnie de ses tringles grandes et petites pantes, la couchette, deux matelas, un lit de plume avec son traversin, une couverture de laine et une paillasse ; un secrétaire de bois de noïer et une table à écrire toute nue, un fauteuil et quatre chaises communes de paille, un petit miroir de toilette, une thèse de satin avec un cadre doré et ancien, une grille à feu de fer, une pincette et un soufflet.

Estimé le tout : 280 livres

— Plus, dans l'antichambre à côté, deux demi-cabinets de peuplier et un cabinet de bois de noïer à quatre battants estimés 24 livres avec deux chaises communes de paille.

Plus dans la chambre au-dessus du salon, une tapisserie verdure contenant cinq aunes trois quarts de verdure Flandre pareil à celle de la Salle et quatre autres de verdure felletin (5), un lit à impériale (6) le dedans d'étoffe à fond blanc encadré avec du satin vert et autre satin blanc avec des bouquets, les grandes et petites pentes de tapisserie de point à fond blanc et des ornements cramoisi (7) sans bonnes grâces (8) les tringles en dessus, les rideaux de cadis (9) vert, la couche composée de deux matelas, lits de plume, traversin, couverte de laine, deux couvrepié et la courte-pointe (10) pareille au dedans du lit, la paillasse, un lit à tombeau (11) dans la dite chambre, le bord garni d'une housse bleu très mauvaise, galonnée autour d'un ruban jaune, d'un matelat, lit de plume, traversin, une méchante couverte d'étoffe ; un grand miroir à chapiteau et bordure de glace avec des ornements dorés, une commode de bois de noïer au-dessous sans garniture, un confessionnal de tapisserie de point à fond rouge, quatre fauteuils aussy de point, bois à la capucine (12), deux chenets de fer garnis de cuivre, une pelle, un soufflet et une chaise commune de paille, une petite table à écrire.

Estimé le tout 600 livres

— Dans la garde robe de la dite chambre, un lit de sangle (13) garni d'un lit de plumes, traversin, couverture de laine, une table à écrire, un fauteuil et une chaise de paille, une autre table à écrire.

Estimé 36 livres

— Dans la chambre où est décédée Mme de Saint Martin, une tapisserie de verdure felletin contenant dix aunes de court, un lit à impériale d'un raz (14) de Sicile à fond brun et quelques bandes de satin rayé, les petites pantes pourvues de tapisserie et parties de satin rouge et blanc, les grandes pantes de tapisserie, la courtepointe pareil au dedans, la couchette garnie d'un matelas lit de plume, traversin, couverte de laine et paillasse ; trois fauteuils et trois chaises de tapisserie de point, une espèce de coffre, quatre chaises de paille communes, un demi-cabinet de noïer, deux chenets de fer garni de cuivre, estimé le tout : 380 livres.

— Dans la chambre des officiers de cuisine, deux lits à tombeau dont l'un garni de bazin (15) brun et l'autre de damas (16) de cauté chaqu'un un matelas lit de plumes, traversin et couverte de laine et paillasse ; un grand cabinet de peuplier et une caisse au-dessus, deux méchantes chaises, un grand coffre en bois de noïer, le tout estimé 130 livres.

— Dans le salon à manger, une tapisserie de cuir doré contenant cinq aunes environ de court sur deux aunes un tiers de haut ; un grand cabinet de bois de noïer, un bas de buffet de peuplié, une grande et une petite table à manger de peuplié avec deux tréteaux une fontaine de fayence avec sa cuvette et support de fer ; deux fauteuils et un écran de tapisserie de point, un fauteuil de paille et neuf chaises de paille communes estimé le tout : 130 livres plus un fauteuil et une chaise de paille : 30 sols.

— Dans l'office une table de bois blanc estimée 40 sols.

— Dans la chambre au bout de l'escalier, un lit de domestique garni d'un matelas lit de plume, traversin, deux méchantes-couvertes de laine, une paillasse et deux petites cassettes.

Estimé le tout 36 livres.

— Dans la cuisine, 8 casseroles et leurs couvercles tant grandes que petites, une casserolle sans queue, une tourtière, une poissonnière, un grand passoir et 2 petits écumoires, 2 marmites de cuivre, 5 couvre plats de fer blanc, 2 poêlions, un four de campagne avec son dessus ; une braisière, 4 flambeaux de cuisine, 5 autres flambeaux, un chaudron de taulle et un petit chaudron de cuivre, une marmitte de fer, un gril, une cuillère à pot de fer, une broche, 2 chenets, une pelle plus 26 plats de fayence, 6 autres plats à feu, 18 assiettes d'étain fin, 5 douzaines d'assiettes de fayence, 200 bouteilles...

Notes :

(1) Ses parents étaient marchands de soie à Angoulème où il était né en lfi63. Il était lieutenant général d'Angoumois, maire en 1693. Laborieux et actif, il acquit en peu de temps Montbron. Marthon, Blanzac, La Rochandry, Clarvaux, etc.

(2) Nom de plusieurs ouvrages de tapisserie.

(3) feuille ae papier ou de satin sur laquelle on imprimait autrefois les thèses, c'est-à-dire les propositions que l'on avance, que l'on soutient.

(4) Edifice de tapisserie ou d'architecture destiné à servir de couronnement à un lit.

(5) Tapisserie.

(6) Pas de définition dans le Larousse.

(7) Rouge foncé, vieux rose.

(8) ?

(9) Tissu de laine étroit et léger.

(10) Couverture de lit rnauée.

(11) ?

(3) feuille ae papier ou de satin sur laquelle on imprimait autrefois les thèses, c'est-à-dire les propositions que l'on avance, que l'on soutient.

(12) Surmonté d'un talon.

(13) Châssis pliant et portatif dont le fond est garni de sangles ou d'une grosse toile.

(14) Sorte d'étoffe de laine ou de soie dont le poil ne paraît point.

(15) Etoffe croisée dont la chaîne est de fil et la trame de coton.

(16) Etoile de soie à fleurs autrefois fabriquée à Damas.

Source : Archives départementales de la Charente — Série E.66 papiers de famille.

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Procès-verbal à la requête du comte de Montbron

Chérade de Montbron. — Notice sur les seigneurs de Montbron, par Marvaud. Bulletin de la Société archéologique de la Charente, t. V, années 1851-1852.

Vigier de la Pile, Coutume d'Angoumois, 1720, p. 72, 122, 188, 212.

Archives de l'Empire. Apanage. Carton O. 19,746. Cote 1,562. Titres de propriété de l'Isle-d'Espagnac.

Mémoire sur l'Angoumois, par Gervais. Société archéologique de la Charente, t. I, 1re partie, 1864, p. 270.

Montbron. — Vigier. Coutumes, p. 7, 29, 115, 179, 379, 485.

Acte passé à Angoulême, le 9 décembre 1782, par lequel Adrien-Alexandre-Etienne Chérade de Montbron, fils de feu Adrien-Etienne Chérade, comte de Montbron, lieutenant-général de la sénéchaussée d'Angoulême, qui lui-même était fils d'Etienne Chérade, comte de Montbron, aussi lieutenant-général en ladite sénéchaussée, a déclaré n'avoir absolument rien à prétendre sur 18 journaux de pré, situés en la paroisse d'Espagnac, et 3 sols de rente seigneuriale sur un autre pré au même lieu, engagés à son aïeul par le contrat du 28 mai 1705 ; que ces objets appartiennent aujourd'hui aux héritiers du sieur Mesnard, et qu'ils ont seuls le droit de prétendre au remboursement de la finance d'engagement.

Procès-verbal du 8 novembre 1783, fait par Me Jamain, notaire, à la réquisition de messire Adrien-Alexandre-Etienne Chérade, comte de Montbron, portant qu'après avoir pris communication : 1° d'un partage de la succession de M. Etienne Chérade, lieutenantgénéral de la sénéchaussée, passé le 26 décembre 1715 entre Madeleine Husson, veuve dudit sieur Chérade, épouse en secondes noces de M. Armand de Saint-Martin, tant en son nom que comme tutrice de demoiselle Madeleine Chérade de Marthon, sa plus jeune fille, d'une part, messire Etienne-Adrien Chérade, chevalier, comte de Montbron, assisté de son conseil, et autres héritiers dudit feu sieur Etienne Chérade ; 2° de l'inventaire fait le 24 novembre 1744 après le décès de M. Etienne-Adrien Chérade, chevalier, comte de Montbron, et de demoiselle Marie-Louise Duval, son épouse, à la requête de Madeleine Husson, tutrice honoraire des enfants mineurs desdits feus sieur et dame de Chérade, petits-enfants de ladite dame Husson, ledit Jamain, notaire, a certifié n'avoir trouvé dans lesdits actes aucuns titres ni renseignements relatifs à la vente faite par les commissaires du roi audit sieur Etienne Chérade, d'un pré situé en l'Isle-d'Espagnac.

Et par ledit acte, Adrien-Alexandre-Etienne Chérade a déclaré qu'il n'avait point été fait d'inventaire après le décès d'Etienne Chérade, son aïeul, et qu'après le décès d'Etienne-Adrien Chérade de Montbron, son père, arrivé en 1744, il n'avait été fait aucun partage des biens de sa succession.

15 octobre 1759. Mariage d'Adrien-Alexandre Chérade, chevalier, comte de Montbron, Marthon, etc., fils d'Etienne Chérade, comte de Montbron, lieutenant-général d'Angoumois, et de Louise Deval, tous deux lors décédés, — avec Elisabeth Le Musnier, fille de Jacques Le Musnier, baron de Reix, Blanzac, etc., lors décédé, et de Marguerite Chérade. En présence de Marguerite Chérade de La Garenne et de Pierre-Adrien Chérade de Larochandry, frère et sœur du marié. (Mairie d'Ang. rég. p. Saint-Martial.)

Source : La Charente révolutionnaire, de Victor Bujeaud.

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L'érection de la terre de Montbron en comté

Enquête pour l'érection de la terre de Montbron en comté (11-14 septembre 1767).

A Monsieur le Lieutenant general d'Angoumois, suplie humblemant Adrien-Alexandre-Etienne de Cherade, chevalier, seigneur comte de Monbron, marquis de Clairvaux et autres lieux, qu'il vous plaise lui donner acte de la representation qu'il vous fait des lettres patantes du Roy données à Versailles au mois de decembre mil sept cens soixante six, signées : Louis, et plus bas : Par le Roy, Phelippaux, visa Louis, et scellées du grand sceau de sire verte en lacs de soye rouge et verte, obtenues par le supliant, par lesquelles Sa Majesté permet l'union et incorporation des terres, seigneuries et fiefs de Monbron, La Greliere, Marthon, La Forest d'Horte, La Faye, Rezervat, Peribonis, apartenances et dependances, en un seul et même corps, pour ne faire et compozer à l'avenir qu'une seulle et même terre et seigneurie, de l'erection d'icelle en titre et dignitté de comté sous la dénomination de comté de Monbron et ainsi qu'il est plus au long contenû ez dittes lettres patantes à la Chambre des Comptes du Roy adressantes et l'arrest rendu par laditte Chambre en datte du vingt neuf avril dernier, signé : Henry, qui avant de proceder à l'enregistrement desdittes lettres patantes ordonne qu'à la requeste de Monseigneur le procureur general du Roy en laditte Chambre, poursuitte et diligence de M. le procureur du Roy au present siege, et pardevant vous, Monsieur, il sera informé duemant et dilligemmant de la commoditté ou incommoditté que peut aporter l'union et incorporation desdittes terres et seigneuries de Monbron, La Greliere, Marthon, La Forest d'Horte, La Faye, Rezervat, Peribonis, leurs circonstances et dependances, en un seul et même corps pour ne faire et compozer à l'avenir qu'une seulle et même terre et seigneurie, et de l'érection du tout en comté sous le nom de Monbron, comme aussy du revenû desdittes terres et seigneuries et en quoi il consiste; ordonne en outre que lesdittes lettres seront communiquées aux officiers et procureurs fiscaux desdittes terres et seigneuries unies, aux syndics, habitants, vassaux et justissiables d'icelles, convoqués et assemblés à la maniere accoutumée, aux seigneurs limitrophes, et au receveur general des domaines et bois pour donner leurs consentements à l'enregistrement desdittes lettres, ou dire autrement, ainsy qu'ils aviseront bon estre, et generallementinformer; et laquelle information par vous faitte, Monsieur, en consequence de la commission à vous donnée par ledit arrest estre communiquée à M. le procureur du Roy, au receveur du domaine et autres officiers que verrés estre pour l'interest du Roy, pour vous donner leurs avis pour icelle information et avis ; ensemble votre avis particullier envoyé à la Chambre, communiqué à Monseigneur le procureur general du Roy, et lui ouy, estre sur le tout ordonné ce que de raison ; en concequence et sur la communiquation qui sera faitte à M. le procureur du Roy de la presente requeste, lettres patantes et arrest y enoncés, estre par lui pris telles conclusions qu'il avisera, et par vous ordonné ce qu'il apartiendra; et vous feres bien. — Signé : Teurtas.

Soient la presente requeste, les lettres patantes et arrest y enoncés communiqués au procureur du Roy. Fait à Angoulême le 11 septembre 1767. — Signé : Cazaud.

Veu la presente requeste, les lettres patantes et arrest y enoncés, je requiers pour le Roy qu'il soit informé à la requeste de Mongr le procureur general du Roy en la Chambre des Comptes et à ma poursuitte et diligence de la commoditté ou incommoditté que peuvent aporter l'union et incorporation des terres, seigneuries et fiefs dont s'agist en un seul et même corps et l'érection d'icelluy en titre et dignitté de comté sous la denomination de comté de Monbron, ensemble du revenu desdittes terres unies, ce en quoi il consiste pour, sur laditte information faitte et à moi communiquée, estre par moi donné mon avis au dezir dudit arrest et tout ce qui est ordonné par ledit arrest fait et raporté à la Chambre, estre par elle statué ce qu'il apartiendra sur l'enregistrement desdittes lettres. Fait à Angoulesme le onze 7bre 1767. — Signé : Seguinaud, substitut de Mr le procureur du Roy absent.

Acte au supliant de sa requeste et de la representation qu'il nous a faitte des lettres patantes et arrest y énoncés, soit fait comme il est requis par le substitut du procureur du Roy. Fait à Angoulême les jour et an susdits. — Signé : Cazaud.

Source : Documents historiques inédits sur l'Angoumois, de Gustave Babinet de Rancogne.

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La singulière comtesse de Rouffiac

Marguerite Chérade, fille d'Etienne, lieutenant général de la Sénéchaussée, qui fit une fortune considérable, veuve de Jacques Le Musnier, seigneur de Lartige, mère de cinq enfants adultes, en 1749, épouse, dix mois plus tard, Elie des Ruaux, comte de Rouffiac, lieutenant-colonel au régiment de Rouergue, ayant fait, nous apprend H. Molit, « des sommations respectueuses à sa mère ». « Dès le jour de son mariage, elle quitta son mari pour ne jamais habiter avec lui. Elle lui fit souscrire un engagement d'honneur de la laisser vivre « à sa fantaisie » et lui paya cette liberté 1.000 livres de pension annuelle, outre les 30.000 livres qu'elle lui avait données par contrat de mariage. » « Cette femme bizarre n'avait cherché dans son second mariage qu'un titre sonore et le plaisir de se faire appeler comtesse de Rouffiac. Elle interdit aux religieux de La Couronne de pêcher devant son château de La Rochandry, lesquels nous ont appris dans leur défense « que la dame de Rouffiac, petite-fille d'un marchand d'Angoulême, leur suscite un procès injuste... Elle en suscite à tous ceux qui sont dans ses terres, elle a fait assigner son évêque lui-même pour un objet modique... en un mot c'est une femme inquiète qui ne peut vivre ni avec son mari, ni avec ses enfants et qui, quoique catholique et en bonne santé, ne sort jamais de chez elle même le jour de Pâques pour aller à la messe ». Veuve une seconde fois, à 59 ans, elle pense se remarier une troisième fois. Ses enfants la font interdire.

Source : La Charente au XVIIIe siècle, de Gaston Tesseron.

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Notice sur le comte de Montbron (1762-1841)

Étienne-Pierre Chérade de Montbron
Grassac (Charente), 24 janvier 1762 - Clervaux, 24 janvier 1841.

En raison d'un «inviolable attachement aux Bourbons», Chérade de Montbron s'est refusé à toute responsabilité publique sous l'Empire, préférant s'occuper d'agriculture et de botanique sur ses terres de Clervaux. Sa famille, il est vrai, doit toute sa réussite au système social en vigueur sous l'Ancien Régime et aux faveurs des monarques. À l'origine, les Chérade sont de robe : Étienne Chérade, lieutenant particulier, assesseur et premier conseiller au présidial d'Angoulême est l'un des personnages les plus riches de cette ville et en devient le maire perpétuel en 1695. Il accumule les fiefs titrés, faisant notamment l'acquisition du comté de Montbron en 1699 et du marquisat de Clervaux en 1704, et accède finalement à la noblesse par l'achat d'une charge de secrétaire du roi en 1712. Si son fils Adrien-Étienne, lieutenant-général en la sénéchaussée d'Angoulême, est encore un représentant de l'élite urbaine, son petit-fils Adrien-Alexandre-Etienne est, lui, un gentilhomme campagnard. Il épouse en 1759 sa cousine germaine Elisabeth Le Musnier, veuve de Jean de Lageard, marquis de Cherval, grand-sénéchal d'Angoumois et lieutenant-colonel au régiment d'Harcourt. Pour récompenser les services rendus par ses ancêtres à l'Etat, Louis XV confirme en 1766 l'érection de la châtellenie de Montbron en comté, légitimant ainsi son droit et celui de ses descendants à porter le titre, et réunit en 1768 la baronnie de Thuré au marquisat de Clervaux.

Étienne-Pierre Chérade est le fils d'Adrien-Alexandre-Étienne et d'Élisabeth Le Musnier. Reçu conseiller au parlement de Paris, il renonce vite à la robe pour l'épée et entre comme exempt aux cent suisses de la garde ordinaire du corps de Monsieur le 25 novembre 1783. Le 14 février 1787, il épouse à Saint-Barthélémy-de-La-Rochelle (Charente-Maritime) Marie-Louise-Henriette Harouard, fille de Pierre-Étienne-Louis, chevalier seigneur de La Jarne, Buzay et autres lieux, lieutenant-général de l'amirauté de La Rochelle, et de Marie-Agathe Petit du Petit-Val. Le chevalier de Montbron se constitue en dot les droits mobiliers provenant de la succession de sa mère et s'élevant à la coquette somme de 40 000 livres. Son père y joint le marquisat de Clervaux et son office d'exempt des gardes suisses, pour une valeur totale de 250000 livres. Les apports de l'épouse sont à peine moins spectaculaires qui réunissent 100000 livres en espèce et 112000 livres en principal de rentes. Cette même année 1787, Chérade de Montbron est nommé capitaine conservateur des chasses et lieutenant de la louveterie du comte d'Artois pour les provinces de Poitou et d'Angoumois. Il continue néanmoins à habiter La Rochelle et c'est là qu'il assiste à l'assemblée de la noblesse convoquée pour nommer les députés aux états généraux, déléguant un procureur pour le représenter à Poitiers.

Il fait partie de la première grande vague d'émigration de l'automne 1791 et rejoint le comte de Provence à Coblence. Promu le 25 novembre 1791 lieutenant-colonel dans son corps d'origine, il fait la campagne de 1792 du côté des princes mais, avec l'assentiment de ses chefs, choisit de rentrer en France vers la fin de l'année. On ne connaît pas les motifs qui le poussent à commettre cette imprudence. Le fait est que Chérade est arrêté à Paris en 1793 et condamné à mort «comme royaliste, émigré et fils d'émigré».

«Grâce au dévouement de sa femme», sa peine est néanmoins commuée en emprisonnement : il est alors détenu durant environ treize mois au fort de Montendre jusqu'à sa libération par les thermidoriens. À partir de ce moment là, Chérade se fixe au château de Clervaux, seul vestige de ses biens patrimoniaux qui seraient aux trois quarts perdus en raison de la mort en émigration de son père. Sous le Consulat et l'Empire, il décline les propositions de services qui lui sont faites dans l'armée et se contente d'être au nombre des électeurs du département. L'essentiel de son temps et de son énergie va en fait à l'entretien et au développement du « magnifique établissement d'agriculture» qu'il s'est constitué à Clervaux. Ses efforts sont d'ailleurs récompensés par la prospérité de ses affaires : Chérade de Montbron occupe la cinquième place dans la liste des contribuables de la Vienne en l'an X et il est encore au douzième rang en 1813. L'année suivante, la première Restauration lui offre une seconde jeunesse à 52 ans en même temps qu'une promotion fulgurante. Il réintègre le corps des cent suisses avec le grade de sous-lieutenant surnuméraire le 16 juillet 1814, obtient le brevet de major le 25 du même mois, celui de colonel le 25 août, et la croix de Saint-Louis le 6 septembre 1814. Sa fidélité à la dynastie qu'il sert depuis plus de trente ans n'en est que plus solide : le comte de Montbron accompagne Louis XVIII durant ses cent jours d'exil à Gand. Ce dévouement sans faille lui vaut l'ordre royal de la Légion d'honneur et une nomination par exception au grade honorifique de maréchal de camp par ordonnance du 26 février 1823. Avec cette faveur pour toute retraite, le vieil homme infirme passe ses dernières années au château de Clervaux. Peut-être vibre-t-il une dernière fois lorsque son frère Joseph, ancien rescapé de l'expédition de Quiberon, tente de rallier à la cause légitimiste le peuple limousin lors de l'équipée de la duchesse de Berry en 1832.

Le décès du comte de Montbron en 1841 laisse ses héritiers en possession d'une fortune considérable. Sa succession comprend 299468 francs de valeurs mobilières, non compris les nombreux legs particuliers dont il a gratifié ses domestiques ou certains de ses parents. À ce pactole, placé pour les deux tiers en actions de la Banque de France et en rentes sur l'État, s'ajoute un capital foncier de 353 400 francs comprenant le château et le parc de Clervaux, trois maisons à Clervaux et dix domaines alentours. Ces biens revinrent à ses deux fils : Adrien-Marie (La Rochelle, (17) 18 août 1788-La Jarne (17), 28 février 1864), comte de Montbron, propriétaire, maire de La Jarne de 1843 à 1864, chevalier de la Légion d'honneur, marié à Paris le 16 novembre 1813 avec Alexandrine Drouyn de Lhuys.

Marie-Étienne-Louis dit le vicomte Ludovic de Montbron (La Rochelle, 21 juillet 1789-après 1833) a épousé Antoinette Personne de Songeons par contrat du 14 juin 1820 passé chez Ducrocq, notaire à Songeons (60). Il vivait à Marseille-en-Beauvaisis (60) en 1833.

(AD86 : 2C 7978 ; SHAT : 8YD/2442 ; AD17 : 3E 955)

Source : Louis Bergès, Guy Chaussinand-Nogaret.

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Le seigneur de Rivières écrit à l'intendant de Limoges

François de Crozant, châtelain de Rivières, chevalier de Saint-Louis, ancien capitaine au Lyonnais, allié aux Normand de la Tranchade et aux Guitard de Ribérolle, adresse le 13 août 1785 une lettre à l'intendant de Limoges. D'une part, il se fait l'écho d'une pétition des paroissiens de Rivières qui sollicitent un secours suite à la sécheresse persistante, pétition « qui vous représentera leur triste situation ; ils ont tout lieu d'espérer, Monsieur, d'un cœur aussi bienfaisant que le vôtre quelque soulagement à leur peine ». L'affaire expédiée, — trois lignes, c'est une entrée en matière —, il en vient au souci qui le tourmente, à la situation de son fils qu'il souhaite faire inscrire à l'école Militaire. Son parent, le chevalier de la Tranchade l'a engagé à risquer cette démarche. Il s'y est pris un peu tard, confesse-t-il, et sollicite de M. Meulan d'Ablois, intendant de la généralité, la nomination de son deuxième fils au régiment de la Fère, suivant l'assurance que le comte de Saint-Chamant lui avait donnée au cours de l'année passée. C'est une sous-lieutenance qu'il attend pour son fils ; le garçon a l'âge prévu par l'ordonnance royale. L'auteur de la lettre se confond en remerciements, expose sa situation : « Ma médiocre fortune, ne me permettant même pas, de l'y tenir sur ce pied là... » Au siècle passé, on a vu la châtelaine douairière des Deffends de Bunzac hypothéquer l'héritage laissé par son mari pour équiper ses deux fils. Les jeunes gens venus de la noblesse souhaitent faire leurs premières armes au sein du corps le plus prestigieux, la Maison du Roi, gardes, gendarmes de la garde, chevau-légers ou mousquetaires. Ce qui se fait de mieux en matière d'uniformes. Suprême honneur, on veille sur la personne du Roi. On ne fait pas carrière dans ce corps d'élite dont les officiers portent les plus grands noms de France ; après avoir servi en qualité de garde du corps ou de mousquetaire, on acquiert généralement une compagnie de cavalerie.

Source : La Rochefoucauld au péril des Lumières, d'Yvon Pierron.

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