15 décembre 2019

La fête de la déesse Raison

Bien avant la venue d'Harmand, depuis l'été 1792, une nouvelle législation se développait et se renforçait, atteignant à présent le clergé constitutionnel : le nouveau serment de liberté-égalité, d'août 1792, mieux accepté d'ailleurs que celui de la Constitution civile du clergé, et auquel les curés adhèrent sans difficultés, la loi autorisant et encourageant le mariage des prêtres, l'interdiction du port du costume ecclésiastique, la suppression des vicaires épiscopaux (septembre 1793). C'est à l'automne de 1793, dans une campagne organisée et généralisée à l'ensemble de la République, que le coup fatal était porté à l'Église constitutionnelle, et en Charente c'est l'ancien séminariste Harmand qui en fut le promoteur et l'agent. L'un des moments clefs de l'entreprise fut la fête de la déesse Raison le 10 frimaire dans la ci-devant cathédrale d'Angoulême. Le représentant Harmand s'était occupé personnellement de la transformation de l'église en faisant disparaître toutes les marques de l'ancien ordre des choses. Pendant une quinzaine de jours, une équipe d'une trentaine d'ouvriers y avait travaillé jour et nuit, à raison de 50 sous par jour ou nuit. Il n'est pas sûr que toutes les autorités du lieu, même les plus avancées, aient approuvé l'initiative du représentant en mission. Dès le lendemain de la fête, Harmand commandait de nouveaux travaux, alors que Latreille du département faisait savoir à l'entrepreneur qu'il n'y avait pas de fonds pour les continuer, et c'est ainsi qu'en l'an VII la deuxième tranche de travaux exécutés n'était pas encore payée. D'autre part, certains responsables semblent avoir boudé la cérémonie du 10 frimaire, et le récit qu'en fait Quignon, qui n'est pas toujours fiable, ne correspond ni pour la date ni pour les discours prononcés à ce que nous en savons par ailleurs. Une absence remarquée, celle du maire Marvaud. Les discours de Harmand et François Trémeau, le procureur général syndic du département, ont célébré l'athéisme officiel et la supériorité de la philosophie rationaliste qui trouve son idéal en l'homme. Une demoiselle de la ville du nom d'Aubert-Bouniceau, fort belle d'après Quignon, symbolisait en l'occurrence la déesse Raison. Cette fête devait être reprise dans les chefs-lieux des districts et des cantons. Notons pour terminer que les registres officiels (département, district et municipalité) sont soit silencieux soit seulement allusifs à son sujet.

(La Révolution française à Angoulême)

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Noblesse récente et bourgeoisie

C'est dans la noblesse de robe ou de cloche que nous trouvons les plus belles fortunes de la place d'Angoulême. Mais il suffit de remonter quelques générations en arrière pour trouver le marchand qui est à l'origine de l'ascension sociale, doublée d'un enrichissement matériel, mais les deux ne vont pas nécessairement de pair, tantôt il peut y avoir seulement maintien, et, dans d'autres cas, appauvrissement. De toute manière ce n'est pas la fonction judiciaire ou administrative qui enrichit, et l'office n'est qu'un élément évalué comme les autres biens de la famille.

D'ailleurs, bourgeois seulement titrés et bourgeois anoblis sont entremêlés et ne se distinguent guère, mais lorsqu'il va falloir voter pour les états généraux chacun devra rejoindre son ordre.

En 1789 le personnage le plus considérable, sinon le plus représentatif, de cette noblesse de robe, et qui a réussi, est Pierre Arnaud de Ronsenac, le procureur du roi au présidial. La famille avait été anoblie, deux générations auparavant, avec Pierre Arnaud, conseiller au présidial et maire d'Angoulême, en 1721-1723, la fortune s'est considérablement agrandie sous André Arnaud pour atteindre son apogée avec la troisième génération Pierre Arnaud de Ronsenac (1731-1813). Ce dernier atteint un niveau de fortune qu'il faut se garder de généraliser et qui représente même un cas limite de réussite par une meilleure gestion de ses biens immobiliers et seigneurieux, un train de vie plus calculé, moins dispendieux et moins généreux, partagé entre la maison de la paroisse Saint-André et les différentes demeures à la campagne. Mais ce personnage riche et puissant avant 1789, était aussi affairiste et intriguant, il avait des ennemis dans la ville à cause de son action dans l'affaire des banquiers. La Révolution met fin à sa toute-puissance, Arnaud-Ronsenac est hostile aux changements, père d'émigré, suspect et détenu... mais ces malheurs feront disparaître toute différence entre noblesse traditionnelle et noblesse plus récente.

(La Révolution française à Angoulême)

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Activités multiples de L'Houmeau

L'Houmeau, à cause du port, est le principal faubourg industriel de la ville, et la paroisse de Saint-Jacques est la plus taxée, en fonction, non des fortunes, mais du grand nombre d'activités. Une partie du commerce du vin et des eaux-de-vie de l'Angoumois passe par L'Houmeau, en direction des provinces de l'intérieur. Les marchands du commerce du bois mérain sont établis ici, et pour une fois Munier donne des chiffres : une centaine d'ouvriers occupés toute l'année à fabriquer douze à quinze mille barriques, trois mille tierçons et le volume du bois non fabriqué et destiné surtout à Cognac est encore plus considérable, ce mérain venant essentiellement du Limousin. Autres trafics : le bois à brûler, le charbon, le bois de construction et de charronnage, dont une partie passe par L'Houmeau en direction de Rochefort, le fer forgé et le fer fondu. Le port reçoit aussi le sel marin des îles de Ré et d'Oléron, débarqué ici pour être en grande partie revendu aux voituriers du Limousin et du Poitou qui apportent bois mérain et grains, mais le commerce du sel est à présent aléatoire et moins lucratif qu'autrefois. Les registres des taxes foncières de 1791-1792, pour le quartier de L'Houmeau, indiquent beaucoup de maisons à trois étages, rares sur le plateau et témoignent de l'activité et de la richesse de quelques familles qui ont acquis ou sont en train de bâtir une fortune foncière par l'économie, au milieu d'un monde de fabricants, artisans, commerçants, gabarriers, postillons, charrons, selliers, maréchaux, tonneliers, faïenciers... et c'est dans ce faubourg que l'on retrouve le plus grand nombre d'auberges et de cabarets.

(La Révolution française à Angoulême)

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Le voeu d'appeler Angoulême Montagne-Charente

Le 7 frimaire, Marc Joubert officier municipal et Buchey, le procureur, rapportent au bureau municipal le vœur unanime des Amis de la Société Populaire, que le nom de Montagne-Charente remplace celui d'Angoulême, et dès le lendemain le vœu est présenté à la séance du conseil général, présidé par Desbrandes officier municipal, sur nomination d'Harmand, cependant que le maire, Marvaud, est toujours absent. Le vœu est adopté à l'unanimité, une motion est adressée à la Convention nationale, qui est d'abord un acte de foi montagnarde, avec le serment de suivre « la ligne sans-culottide », et en même temps la demande de changer le nom d'Angoulême « ... odieux, il rappelle à notre mémoire le souvenir honteux ou exécrable de nos ci-devant fils de France, ducs d'Angoulême et surtout de ce brigand nommé François Ier... ».

La loi du 14 frimaire, en réorganisant le gouvernement révolutionnaire, donne plus d'attributions aux districts aux dépens du département, le procureur général syndic disparaît, et quelques jours plus tard Trémeau par nomination de Roux-Fazillac, depuis Périgueux, est placé au directoire départemental.

Harmand parti, le département reste quelques mois sans visite de représentant en mission. Cependant Lequinio, un député breton du Morbihan en tournée dans la Charente-Inférieure, et qui a reçu une délégation pour la Charente-Supérieure, annonce à plusieurs reprises sa viste, mais en fait il ne vient pas.

(La Révolution française à Angoulême)

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Le maire d'Angoulême aux Tuileries

Le maire Perrier de Gurat rend compte, dans une lettre adressée à la municipalité, de sa présentation au roi et à la reine, lors de sa mission à Paris dans l'été de 1790 avec Guillaume Clavaud jeune, et c'est durant cette absence pour le compte d'Angoulême qu'il avait été élu maire, le 19 juillet, Clavaud étant, depuis mars, notable.

« ... Quelques-uns de nos députés à l'Assemblée Nationale furent d'avis qu'en qualité de membres de la municipalité... et ses députés extraordinaires nous fussions présentés au Roi et à la Reine.

Cette présentation eut lieu le lundi seize de ce mois (Août) : elle fut faite par Mr l'évêque d'Angoulême et Mr Roy. Mr Clavaud mon codéputé fut privé de cette flateuse cérémonie par une indisposition particulière. Je fus seul présenté en qualité de maire de cette ville.

Le Roi sur l'indication de Mr de Villequier s'approcha de Mr l'évêque et lui dit n'est-ce-pas le maire d'Angoulême ? — Oui, Sire, c'est en cette qualité que j'ai l'honneur de présenter Mr de Gurat à votre Majesté. Alors le Roi m'adressant la parole a dit : « Vous êtes maires d'Angoulême, Monsieur, je sais que votre beau-frère est président du département et je suis informé que c'est un fort bon choix. »

Je me disposais à répondre à sa Majesté, mais la Reine s'approchant de moi a dit aussitôt : « J'appris hier trop tard, Monsieur, que vous étiez venu chez moi, je vous aurais donné des marques de mon attention particulière. »

Je crus devoir répondre à leurs majestés et j'eus l'honneur de leur dire : « Si la municipalité d'Angoulême et le département eussent pu prévoir que leurs Majestés auraient la bonté de permettre que je leur fusse présenté, ils m'auraient spécialement chargé de mettre au pied du trône l'assurance de leur respect, de leur amour et de leur fidélité inviolable pour leurs personnes sacrées ; je crois pouvoir en répondre à vos Majestés. La ville d'Angoulême a fait depuis longtemps ses preuves d'attachement à la Monarchie Française et à ses légitimes souverains. Cet amour seul et le courage de ses habitants lui suffirent seuls pour rentrer sous l'obéissance de son Roi lorsqu'un traité malheureux les avaient soumis à une domination étrangère. Les Angoumoisins n'ont pas dégénéré, Sire, ils sont pénétrés de vos bontés et de vos vertus, aucuen de celles de notre auguste Reine ne nous échappe et vos Majestés peuvent être assurées de leur part d'une fidélité dictée par l'amour plus encore qu'elle n'est commandée par le devoir. »

Je puis vous assurer, Messieurs, que le Roi et la Reine m'ont témoigné leur satisfaction avec des marques de bonté... »

L'Assemblée (du Conseil Général de la Commune) a beaucoup applaudi au rapport ci-dessus, elle a témoigné toute la satisfaction qu'elle éprouvait de la conduite de Mrs de Gurat et Clavaud jeune, elle a arrêté enfin qu'il leur serait voté des remerciements.

Extrait des délibérations du conseil général, le 24 août 1970. A.M. D.

Voilà une relation qui évoque l'Ancien Régime et les présentations de Versailles alors que nous sommes aux Tuileries, au milieu de 1790, avant l'accélération de la Révolution et les premières grandes ruptures qui affecteront l'attachement au roi et à la monarchie, mais point chez Perrier de Gurat qui reste le maire le plus conservateur d'Angoulême de toute la Révolution.

(La Révolution française à Angoulême)

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La Révolution française à Angoulême

L'auteur de cet ouvrage, édité en 1988, est l'historien Jean Jézéquel (1921-2001), membre de l'Académie d'Angoumois.

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13 décembre 2019

Le logis de Saint-Ciers

À proximité de l'église, on retrouve dans une ancienne maison quelques traces du logis seigneurial, en particulier une porte en plein cintre et un bâtiment appelé la chapelle, vaste pièce dotée d'une voûte en berceau haute de six ou sept mètres. Non loin une fuie ronde est en ruine. Dès le XVe siècle, la terre de Saint-Ciers appartient aux Romagne. En 1591, les Devezeau s'en rendent acquéreurs. Au XVIIe siècle, elle passe aux mains des Benoist. Roch Benoist, seigneur de Saint-Ciers décède en 1703. Sa fille, Catherine, mariée à Jean Authier, avocat, hérite. Après son décès, son mari et ses enfants vendent le fief et la seigneurie de Saint-Ciers à Jean Gervais, le 24 janvier 1708. Jean Gervais, fils du précédent, écuyer, seigneur de Lussaud, revend la seigneurie de Saint-Ciers, le 31 juillet 1739, à Jacques Salomon, écuyer, conseiller secrétaire du roi près du parlement de Bordeaux, seigneur du Chastenet. Dès le 4 août suivant, Jacques Salomon fait faire le procès-verbal de son acquisition. La cuisine est voûtée avec deux fenêtres de chaque côté fermées par des panneaux de vitres en losange et deux volets chacune. Un escalier de pierre descend à la cave. Les greniers au-dessus du « fourniou » et de l'orangerie sont éclairés par neuf fenêtres. Les charpentes y sont tenues par trois piliers de pierre de taille et la couverture faite de tuiles plates. La porte de séparation de la cuisine et du salon est en noyer. Dans le salon, au sol pavé, sur la cheminée est attaché un tableau avec les armes du Roi, du duc d'Uzès, de la maison de ville d'Angoulême et du sieur Gervais. Un escalier en chêne, avec une rampe à « pilastres tournés », part du salon. Il dessert au-dessus un grenier en partie tillé éclairé par sept fenêtres. Les murs de la salle à la suite du salon, sur toute leur hauteur, sont recouverts de boiseries faites à panneaux, et blanchies. Les murs d'un autre salon, ouvrant sur les jardins, sont traités comme ceux de la salle. À côté des nouvelles écuries, s'élève une galerie en pierre de taille à huit arceaux. La grange est construite proche de l'endroit où était l'ancienne église. Près du portail de la cour de l'ancien logis, une petite tourasse existe dans le coin du mur du coté du chemin. L'ancien logis comprend un couloir où les pavés sont fort vieux, deux chambres à gauche, un degré de pierre dont la majeure partie des pilastres sont démolis. À l'étage, on trouve un couloir pour aller aux chambres, une à droite, deux à gauche, et deux autres « au-devant dudit degré ». Une petite tourasse renferme le siège de latrines. Une cave existe sous l'ancien logis. De là, le notaire s'est transporté dans la nouvelle batisse qui n'est point finie. Les murs ont douze pieds, de hauteur sans entablement. La voûte de la cave au-dessous et les dix marches de l'escalier sont neuves. Dans le jardin poussent des pommiers, des poiriers et des pêchers. Un petit cabinet, couvert d'ardoise et tillé à l'intérieur, s'élève dans un coin du jardin. La charmille est tracée en étoile et dans l'allée se trouvent vingt-six orangers et trois citronniers en caisse. Dans le « renclos », la fuie est neuve et nouvellement batie. Un inventaire du lieu, réalisé le 4 novembre 1766, après le décès de Jean-Jacques Salomon, permet de compléter la connaissance des lieux. Dans le salon, à l'article 90 est notée une flûte de bois de buis. Dans la salle, à l'article 113, figure la garniture de la cheminée : neuf pots dorés, cinq flacons façon ivoire avec leur bouchon d'étain à vis de différentes grandeurs, deux pots de terre grise, deux pots de faïence. À l'article 120 sont mentionnés deux violons. Dans une chambre de l'étage, à l'article 191, sont cités sans détail « cent quatre-vingt-dix-neuf tomes de livres presque tous vieux et fort petits, de différentes espèces ». Dans une autre chambre, l'article 211 concerne un berceau, l'article 215 une chaise roulante pour enfant et l'article 222 quatorze pièces de tapisserie de haute lisse à personnages ou en verdure. Dans la cour se trouvent « plusieurs quartiers de pierre de taille pour servir à des croisées ou des cheminées, tout quoi étant destiné à parachever ledit logis ». Parmi les nombreux papiers inventoriés figure un marché sous seing privé, non daté mais passé par le défunt Salomon, pour le montage d'une charpente au logis. Jean-Jacques Salomon, fils du précédent, épouse en 1781, Elisabeth Constantin. Ayant émigré, le domaine de Saint-Ciers est divisé en quarante-sept lots. L'ensemble des bâtiments du logis formant les cinq premiers sont adjugés le 21 germinal an II (10 avril 1794). Le premier lot comprend la cuisine, plusieurs chambres, sept arcades de la galerie et est adjugé à Mesmin demeurant à Nanclars. Le second lot, avec l'orangerie, le fourniou, la buanderie, une arcade de la galerie, est acquis par Jean Perrotin de Saint-Ciers. Le troisième lot, avec bâtiment couvert à la Mansart, une portion de cour et sa sortie contre le cimetière est acheté par Pierre Grand de Saint-Front. La quatrième partie comprenant des dépendances revient à Léon Rangier aîné, maire de Saint-Ciers. Le reste des bâtiments avec la fuie est attribué à Jean Nadaud de Saint-Ciers.

Bibliographie : AD Charente 2 E 461, 2 E 462, 2 E 549, 2 E 567, 2 E 1179, 2 E 12453, 2 E 12454, 2 E 15977, Q III 31, Q XII 50, Q XVIII 67.

Source : Châteaux, logis et demeures anciennes de la Charente, 2005.

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La brigade de gendarmerie de Montbron

Le nombre de déserteurs augmentait sans cesse ; on en compta à certains moments plus de 3 000 en Charente, plusieurs centaines de mille en France. Le gouvernement jugea indispensable de prendre d'urgence des mesures sévères pour les forcer à rejoindre leurs unités.

La brigade de gendarmerie de Montbron, commandée par le citoyen Girard, reçut des ordres « pour enteprendre des tournées dans toutes les communes du canton, pour avertir les insoumis qu'ils eussent à se présenter devant l'administration pour faire viser leurs congés, conformément à la loi ».

En janvier 1796, dans un long rapport, le brigadier Girard rend compte de l'insuccès total des efforts des gendarmes.

Nous avons été insultés, écrit-il, suivis à coups de pierres, notamment dans la commune de Rouzèdes, au lieu-dit La Cibarie, et qu'en conséquence de cela, je requiers de l'administration qu'il nous soit donné main forte, à moi et à ma brigade, pour retourner à La Cibarie pour saisir les réfractaires à la loi et la faire respecter.

Le Conseil municipal de Montbron prend aussitôt un arrêté pour faire face à ces désordres : Attendu que notre brigade de gendarmerie n'est point armée, qu'il n'y a que deux membres de montés, même faiblement, que notre garde nationale n'est point organisée, malgré notre sollicitude pour faire exécuter la loi et qu'il n'est pas possible dans ce moment de remplir le voeu du dit Girard sans, au préalable, avoir pris les ordres de l'administration du département, que, de suite, il lui sera donné avis des difficultés qui se présentent pour l'exécution de la loi...

Le Conseil demande à l'administration du département de commander, si elle en juge à propos, une force armée pour renforcer notre brigade de gendarmerie aux fins de s'assurer des réfractaires à la loi, et que force demeure à la justice, d'autant que l'esprit public dans la campagne est infiniment corrompu. Presqu'aucun individu ne veut entendre parler de lois. De fréquentes menaces sont faites aux agents municipaux lorsqu'ils requièrent d'exécuter les lois. (Signé) : Marvaud, Morellet, Broussard, Blanchard, Callandreau-Dufresse, Chesson, Pradignac, Durousseau-Chabrot, Vallentin.

La brigade de Montbron est notoirement insuffisante pour entreprendre des tournées efficaces, chaque quinzaine, dans les huit communes du canton comprenant plusieurs centaines de villages. Il faut d'urgence réorganiser la garde nationale, faire revivre l'enthousiasme qui animait les hommes de 18 à 60 ans au moment de sa création, en 1790 et 1791. On comptait alors à Montbron 730 gardes nationaux commandés par des officiers et des sous-officiers élus par leurs troupes. Ils répondaient aux convocations pour les manifestations patriotiques. Ils assistèrent aux engagements des volontaires de 1791, 1792 et de mars 1793. Mais la mobilisation forcée des hommes de 18 à 25 ans, en septembre 1793 (les requis ou réquisitionnaires) avait heurté les populations de nos campagnes, lasses de tout, lasses des années de guerre et n'aspirant plus qu'à la paix, au pain quotidien, à la saine monnaie.

Le Directoire départemental de la Charente envoya à chaque commune des instructions précises, fort détaillées, enjoignant aux municipalités de réorganiser au plus vite leur garde nationale : 18 ventôse an VI, mars 1796, les agents municipaux auront à user de la plus grande surveillance dans leurs communes respectives pour découvrir les malveillants et corrupteurs de l'opinion publique qui cherchent à éloigner les citoyens de l'exécution des lois, spécialement celles qui ordonnent la réorganisation de la garde sédentaire, en cherchant à les persuader que leur enrôlement en y-celle les exposerait à quitter leur foyer et à être transportés soit à la Vendée, soit aux frontières, soit même à Cayenne, que tous les bruits sont attentatoires au bien de la chose publique et aliènent infiniment l'esprit des citoyens envers leurs magistrats.

Considérant, en outre, que le rapport fait par plusieurs de ses membres, qu'ils ont reçu dans leurs communes des menaces lorsqu'ils ont voulu parler de cette organisation si nécessaire à la tranquillité publique et qu'il est de la plus grande importance qu'il ait pleine exécution. Pour y parvenir, elle croit de sa sagesse de commettre dans chaque commune des citoyens jouissant de la confiance publique pour travailler à effacer les mauvaises impressions et fausses préventions qu'ont pu donner les malveillants et faire sentir aux citoyens combien il est de leur intérêt de se soumettre à l'exécution de cette loi.

En conséquence, le Directoire administratif de la Charente arrête qu'il sera nommé pour Montbron neuf commissaires : les citoyens Léchelle-Dérivières, Juzaud, Lamour fils, Didier Marandout, les deux frères Janot, Didier Redon, Fonchin-Larnaudie, Mathelon-Vignaud.

Rouzèdes : Guerry-Champneuf, Félix de Neuville.

Eymouthiers : Guimbelot et Marcillou.

Vouthon : Grenet et Callandreau.

Saint-Sornin : Chazeau et Bounithon.

Vilhonneur : Picard et Jean Clément.

Orgedeuil : Lamothe, Maigne, Perry-Logeas.

Ces commissaires étaient choisis par l'administration départementale parmi les bourgeois aisés, tous sachant lire et écrire, estimés dans leurs communes.

On leur demandait « d'employer de suite les moyens que leur donne la confiance publique dont ils jouissent et leur zèle accoutumé pour l'intérêt de la chose publique à l'effet de ramener les esprits à la soumission aux lois et aux autorités constituées sans laquelle pratique il ne peut résulter que des maux incalculables ».

On les chargeait, en outre, de faire connaître sous quinzaine, par procès-verbal respectif, le résultat des opérations prescrites. Ce résultat fut, une fois de plus, lamentable. Les rapports remis à la mairie de Montbron se résument en quelques mots : « Pas de succès, seulement des menaces dans plusieurs endroits, spécialement de la part des femmes. Ont accepté plusieurs hommes de la cité de Montbron et un seul de la campagne. »

Le registre des gardes nationaux de la commune de Montbron contient alors une cinquantaine de noms, nombre insuffisant pour constituer une compagnie.

(Société archéologique et historique de la Charente, 1981)

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Le moulin de La Rochette

Tous ceux qui habitent la vallée de la Tardoire, surtout de la basse Tardoire, reconnaissent la diminu­tion progressive du cours de cette rivière.

Ici à la Société archéologique et historique de la Charente nous n’avons pas à faire une étude géologique et spéléologique du régime de cette rivière mystérieuse qui disparaît dans un sol, fissuré de gouffres. Ce serait une étude évidemment intéressante, mais qui sertirait de notre cadre.

Je voudrais donc me borner à présenter quelques documents qui nous prouvent que cette rivière, depuis au moins plus de deux siècles et demi, diminue pro­gressivement son cours visible, augmentant ainsi son cours souterrain.

Ces documents m’ont été très obligeamment prêtés par Mme la Baronne de. Ribérolle qui voudra bien trouver ici l’expression de ma respectueuse reconnais­sance.

C’est d’abord un acte de ferme du moulin de La Rochette du 13 novembre 1739, passé devant Caillaud, notaire royal à Angoulême, pour M. Alexandre de Paris, « chevallier, seigneur du Courret, La Rochette, Saint-Pardoux, Chenanmoine et autres lieux », demeu­rant à Angoulême. Celui-ci dépose entre les mains du notaire la minute d’un contrat de ferme des « moullins à bled et à huille » de La Rochette, « faitte par Roch Frottier Tizon, chevallier, seigneur de Villars, La Ro­chette et autres lieux, à Jean Lesmerie meunier pour cinq ans, moyennant 80 livres en argent et 80 bois­seaux mesture mesure de La Rochefoucauld, par an. »

La minute de ce contrat de ferme du- moulin de La Rochette est datée du 21 octobre 1679 et l’acte avait été passé par devant Gounin, notaire royal.

Dans la copie de ce contrat de ferme du moulin de La Rochette, j’ai relevé les notes intéressantes sui­vantes.

Avant ce Jean Lesmerie qui vient d’Artenat, paroisse de Saint-Mary, c’était un nommé Jacques Petit qui exploitant ce moulin. Il consiste en « moullin blanc, moullin noir et moull-n à huille ». Il est situé sur la rivière de Tardouëre.

La ferme se fait par paiement de 80 livres et de 80 boisseaux de « bled mesture bonne et raisonnable mesure de La Rochefoucauld », payable annuellement moitié à Noël, moitié à Pâques.

« Dans laquelle ferme est compris la jouissance du bateau, que le dit Seigneur bailleur mettra entre mains du preneur en bon état... »

« Au regard de l’essat du dit moullin les partyes partageront les anguilles qui s’y pourront prendre par moitié et entretiendront le dit essat par moitié. »

Un autre document est l’ordonnance rendue le 14 juillet 1736, par le Maître particulier des Eaux et Forêts d’Angoumois, sur la supplique à lui adressée par M. Alexandre de Paris, Seigneur du Courret, La Rochette et autres lieux en vue de sauvegarder ses droits de pêche, notamment sur la Tardoire, à La Rochette.

D’après cette requête, il était signalé que divers particuliers pêchaient dans la Tardoire, aux endroits dépendant du fief de La Rochette « avecq tramails et paniers et autres engins deffendus » et prenaient ainsi la principale partie des poissons.

Défense est dès lors demandée au Maître particulier des Eaux et Forêts et accordée par lui en faveur de M. Alexandre de Paris, pour que les habitants de la paroisse et des paroisses voisines ne pêchent pas dans les eaux dépendant du fief et n’y prennent aucun pois­son « avecq tramails, filets et autres engins deffendus ». Les contrevenants seront passibles des peines portées par l’Ordonnance des Eaux et Forêts du mois d’août 1669.

Le seigneur suppliant pourra en outre faire « saisir, déposer et mettre en madn tierce les filets et autres engins des particuliers qui seront trouvés peschant dans les dittes eaux et faire publier et afficher la pré­sente requête et ordonnance aux portes des Eglises des dites paroisses le jour de dimanche ou teste issue de messes paroissiales par le premier huissier ou ser­gent royal ».

A la suite de ces deux documents, M. de Ribérolle épinglait quelques notes, datées de 1838, où il écrivait ce qui suit.

Cette ferme du moulin de La Rochette en 1739, se référant à un autre acte de 1679, prouve ce que j’ai entendu dire bien souvent que la Tardoire manque d’eau beaucoup plus aujourd’hui qu’autrefois. Moi- même je me rappelle, écrit M. de Ribérolle, qu’il y a trente ans, — donc au début du XIXe siècle, — elle manquait encore moins que dans ce moment. Mon père avant la Révolution de 1793 affermait la pêche de Ribérolle. J’ai entendu dire au meunier de Chez-Merlet que. jamais il ne menait moudre hors de son moulin; aujourd’hui il y va au moins six mois dans l’année.

Après la destruction du moulin de La Rochette est venue celle du moulin du Monac, puis la destruction du moulin de Ribérolle.

M. de Ribérolle ajoutait : Le moulin de Chez Merlet ne pourra tenir longtemps. Et de fait actuellement il n’existe plus.

Il est en tout cas bien clair que si la Tardoire pri­mitivement avait manqué d’eau, comme elle en man­que actuellement, jamais on n’aurait eu l’idée d’éta­blir des moulins à La Rochette, au Monac, à Ribérolle et à Chez Merlet.

Nous pouvons également rappeler cette rente an­nuelle de trois livres fondée pour le Curé de Rivières le 6 décembre 1733, à charge par lui d’aller célébrer la messe les dimanches et fêtes à la chapelle du logis de Péruzet, « vu l’éloignement qu’ai y a de ce logis de Péruzet et l’église de Rivières et de l’incommodité de s’y rendre en temps d’hiver et de pluie et des ris­ques qu’il y a lors des inondations de la rivière de Tardoire, qui y passe entre le dit logis et la dite église, en ce qu’il n’y a aucuns ponts ny chaussées ».

Une étude semblable pourrait être également entre­prise sur la diminution progressive du cours du Ban- diat, de la Ligonne, de la Bellonne, etc., où des mou­lins avaient été bâtis et étaient exploités jadis, alors qu’ils n’existent plus maintenant.

Il est encore une fois hors de notre cadre de nous demander : d’où cela vient-il ? Cela provient-il d’une plus grande quantité de gouffres, du fait qu’dis se sont agrandis, qu’il s’en est formé davantage en amont, que les sources ont diminué, que les réparations aux gouffres n’ont pas été suivies, etc...

Et, d’autre part, c’est un fait aussi que plus va et moins la Touvre manque d’eau dans les étés les plus secs, tel l’été de 1929.

Du moins, me bornant à mon rôle d’histonien, il est intéressant de noter, par l’examen des divers docu­ments que je viens de produire, qu’au XVIIe siècle et même eu XVIIIe siècle la Tardoire avait de l’eau vrai­semblablement toute l’année à La Rochette. Non seu­lement on pouvait y faire marcher des moulins, mais l’on pouvait y pêcher avec toutes sortes d’engins et s’y promener en bateau.

Il serait curieux de voir d’autres documents antérieurs et postérieurs à ces XVIIe et XVIIIe siècles pour faire l’histoire de la diminution progressive du cours visible des eaux de la Tardoire et des autres rivières de cette région. Les quelques documents que je viens de présenter ont néanmoins leur intérêt et je serais heureux s’ils pouvaient inciter des chercheurs et des érudits à compléter cette étude qui n’est qu’une ébau­che de l’histoire à écrire de nos rivières de la région de La Rochefoucauld.

(Société Archéologique et historique de la Charente, 1930)

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Certificats de noblesse délivrés en Angoumois

Angely-de-la-Salle (Antoine), baptisé, le 6 fevrier 1766, dans l'église paroissiale de S.-Denis de Lichères, au diocèse d'Angoulême, fils de François Angely, écuyer, seigneur de la Salle, et d'Elisabeth Richard ; obtint, le 7 août 1782, de M. Chérin, père, le certificat de noblesse requis pour le service militaire.

Chapiteau-de-Raimondias (Charles de), né le 8 août 1764, et baptisé le même jour dans l'église paroissiale de S.-Maurice de Mainzac, au diocèse d'Angoulême, fils de Salomon Chapiteau, chevalier, seigneur de Raimondias, et de dame Thérèse de Rousseau de Chabrol ; obtint, le 12 juin 1784, de M. Chérin, père, le certificat de noblesse requis pour le service militaire.

Cherade-de-Montbron (Étienne-Pierre de), né le 24 janvier 1762, ondoyé le même jour dans la chapelle du château de la Forest-d'Orthe, et a reçu, le 7 août 1765, le supplément des cérémonies du baptême dans l'église paroissiale de Grassat, au diocèse d'Angoulême ; fils d'Adrien-Alexandre de Cherade, chevalier, comte de Montbron, seigneur de Clervaux, de Marthon de Thieré, et d'Elisabeth le Meusnier du Raix ; obtint, le 9 août 1783, de M. Chérin, père, le certificat de noblesse requis pour le service militaire.

Crozant-de-Rivières (Sébastien-François de), né le 24 mai 1770, et baptisé le lendemain dans l'église paroissiale de S.-Cybar de la ville de Rochefoucault, au diocèse d'Angoulême, fils de Maximilien de Crozant, chevalier, seigneur de Rivières et de Chastelard, et d'Anne-Marguerite, aliàs Anne Normand de Garat de la Tranchade. — (Jean-François de), frère du précédent, né le 18 janvier 1773, et baptisé le même jour dans la même église ; les deux frères ont obtenu, le 12 janvier 1782, de M. Chérin, père, le certificat de noblesse requis pour le service militaire.

Lau-de-Lage (Henri du), né le 21 octobre 1764, et baptisé le même jour dans l'église paroissiale de S.-Saturnin de Cellette, au diocèse d'Angoulême, fils de Henri du Lau de Lage, écuyer, sieur de Lage, et de Jeanne de Lord ; obtint, le 18 septembre 1781, de M. Chérin, père, le certificat de noblesse requis pour le service militaire.

Vassoigne-de-Beauchamp (Elie de), né le 26 mars 1769, et baptisé le 30 suivant dans l'église paroissiale de Grassac, au diocèse d'Angoulême, fils de Pierre de Vassoigne, chevalier, seigneur de la Brachenie, de Beauchamp, le Mas, Maillaguet, et de Marie-Claude Prevost de Sansac de Touchimbert ; a obtenu, le 7 août 1784, de M. Chérin, père, le certificat de noblesse requis pour le service militaire.

Source : Recueil de certificats de noblesse délivrés par Chérin, de Louis Foy.

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