16 décembre 2019

La famille de Jacques Roux

La première marche dans l'ordre des professions juridiques, c'est le « praticien », homme de loi formé sur place, possédant la pratique de son art, en connaissant les subtilités et les ficelles. Sa condition ne requiert pas les coûteuses études exigées pour devenir « licencié es lois ». En 1616, Berthoumé Roux, fils d'Adam Roux et de Marie Morcan, exerce cette profession à Pranzac. Propriétaire d'un modeste fief dans le ressort de la paroisse il en est l'un des notables. Les enfants qui suivent forment deux branches ; l'une se fixe à Marthon où Antoine Roux, Me chirurgien, est inhumé en 1693 à l'âge de cinquante-sept ans. On trouve après lui Pierre, notaire et procureur, assesseur de Pranzac, dont le petit-fils, François, bourgeois de Pranzac, meurt sans postérité. De son mariage avec Sébastienne Fontan, il laisse un fils, autre François, mort sans postérité.

L'autre branche est formée par Claude Roux, grand-père du futur révolutionnaire. Juge sénéchal de la juridiction de Pranzac, il porte le titre de sieur des Ajounières (écrit ailleurs : de lajaunière). Outre ses fonctions de juge, il a d'autres sources de revenus, peut-être plus lucratives ; il est dit : « conseiller aux grandes voiries », « voyer particulier en l'Élection d'Angoulême », « directeur des affaires du Roi, intéressé dans les affaires du Roi », « directeur des Francs Fiefs et amortissements pour la généralité de Limoges », charges vénales qui se confondent plus ou moins et qui ont à voir avec la fiscalité. Elles lui sont attribuées en 1714, 1720, 1722 et jusqu'à sa mort tragique le 28 mars 1727. Il réside à Pranzac, en tout cas depuis 1713 jusqu'à sa mort, et il a pour épouse Marie Goursaud (alias Gourceau, Gourseaud...). Un chirurgien de ce nom, Jacques Goursaud, et son fils, autre chirurgien, demeurent à Pranzac sans que l'on puisse établir un lien de parenté.

Claude Roux meurt brutalement dans l'une de ces affaires d'honneur - ou d'humeur - qui mettent en cause des gentilshommes prompts à dégainer. On ferraille beaucoup moins que sous les rois Valois, cependant ce genre d'affrontements se pratique encore.

Une sourde rivalité, une offense, un mot de travers, il n'en faut pas d'avantage pour invoquer le « point d'honneur » ; l'épée est arrachée de son fourreau, le pistolet jaillit des fontes.

On ne saura sans doute jamais pourquoi l'assassin, François Viaud, écuyer, sr. de la Charbonnière, poursuivait la victime au grand galop, l'épée à la main, criant : «Je t'attraperai bien, mon bougre ! » Le motif de la querelle demeure obscur, le juge de Pranzac fait appel à la raison, prie son agresseur de s'arrêter pour lui donner des éclaircissements; l'autre écume, exhibe ses pistolets, le somme de se battre en duel. Claude Roux s'y refuse, assurant néanmoins qu'il « n'était pas poltron ».

La course se poursuit jusqu'à Saint-Germain de Montbron, presque à la porte du logis de la Brande où le juge sénéchal de Marthon, Pierre Bonnin, est informé par les ouvriers qui travaillent dans sa vigne du crime commis sous leurs yeux. Il accourt, l'homme est ensanglanté, le juge l'interroge, il fait effort pour se relever et donne d'une voix entrecoupée le nom de son meurtrier ; puis il expire lorsque survient le curé. Son cheval noir broute tranquillement près de lui. On porte le cadavre du gisant chez l'aubergiste le plus proche. On trouve sur le défunt, dans un habit gris bleu doublé d'écarlate, le mouchoir bleu et l'argent qu'il portait sur lui, les papiers de son état, mémoires, lettres, actes des notaires, insinuations, papier timbré...

Le meurtrier s'est enfui, il sera arrêté, la suite nous est inconnue.

La réparation est prévue dans les textes, rarement suivie d'effet; en expirant, Claude Roux laisse une veuve de trente-sept ans et un fils d'environ cinq ans, Gratien, ou mieux, Gatien Roux.

Se pose alors la question de son éducation, les archives sont muettes à ce sujet. Il est douteux que l'ancien juge sénéchal ait laissé derrière lui un grand héritage, en tout cas l'enfant est trop jeune pour l'administrer. Il ne semble pas avoir suivi la filière commune qui mène à une charge dans la judicature; il s'engage dans l'armée après avoir fait l'acquisition d'un brevet d'officier, démarche commune à l'époque à l'intérieur de la bourgeoisie si l'on se résigne à végéter dans un grade subalterne. Au mois de janvier 1748, Gatien Roux est de retour dans sa famille à la faveur des quartiers d'hiver. Lieutenant d'infanterie au régiment de Hainaut, il quitte son régiment deux ans plus tard. François Duvignaud, seigneur de Sigogne entré dans ce même régiment au mois d'octobre 1708, s'y trouvait encore en 1750, promu lieutenant-colonel. Il n'est pas rare que l'on entre dans un régiment sur la recommandation d'un proche, d'un ami lorsqu'une vacance se manifeste. François Guitard de Beaumont, cadet des Guitard de Ribérolle, vient d'y faire ses premières armes, acquéreur d'un brevet de lieutenant au mois de novembre 1745, à l'âge de quinze ans.

Selon le Pr W. Markov, c'est au cours de la guerre de Succession d'Autriche que Gatien Roux fît l'acquisition de son brevet. Au cours de cette période, le régiment est commandé par le marquis de La Roche-Aymon. En 1742, le régiment est enfermé dans Prague contre les Autrichiens ; présent en 1744 lors de la prise d'Acqui, ville que Bonaparte emportera cinquante-deux ans plus tard sur les Autrichiens et les Piémontais.

Gatien Roux a-t-il participé à la bataille de Fontenoy? Nous ignorons son parcours militaire.

En 1748, la paix est signée à Aix-la-Chapelle. Gatien Roux a pris sa retraite, il regagne ses foyers sans avoir eu le temps d'acquérir la croix de Saint-Louis, pressé sans doute de renouer avec la tradition familiale et de fonder un foyer. Le 16 juillet 1749, il signe son contrat de mariage avec Marguerite de Montsalard à Bussière-Badil, village à l'entrée du Périgord ; la bénédiction nuptiale est donnée le 19 août suivant.

Les Montsalard appartiennent à la bourgeoisie du Périgord vert, là où la province se confond avec l'Angoumois. Les Montsalard ne sont pas nobles, la particule fait ici illusion, mais ils appartiennent à ce milieu où se recrutent vers la fin de l'Ancien Régime les forces vives de la nation. Les professions libérales y sont à l'honneur. On retiendra que l'épouse de Gatien Roux est fille, petite-fille et arrière-petite-fille de docteurs en médecine. François et Olivier de Montsalard, respectivement trisaïeul et bisaïeul de Jacques Roux, exercent leur art à Soufirignac. Un frère d'Olivier, Hélie, est curé de Bouex et de Sers. Catherine, leur sœur, épouse un procureur de Vouzan. Unité de lieu : Soufirignac, Bouex, Sers, Vouzan..., et côté Roux, Marthon, Chazelles, Pranzac..., toutes ces paroisses voisinent. Unité de milieu social : la nébuleuse, l'univers en expansion de la bourgeoisie montante. Joachim de Monsalard, le grand-père maternel de Jacques Roux, né du mariage d'Olivier de Monsalard et de Bertrande Faurien, a quitté Souffrignac pour exercer la médecine à Bussière. Son frère Hélie, neveu de l'ancien curé de Bouex, est tué à Marthon au mois d'avril 1716 dans l'une de ces querelles qui opposent des notables.

Bien que le port des armes soit réprouvé et fréquemment rappelé par les édits royaux, la transgression est fréquente. Une affaire trop banale pour être racontée par le menu ; elle n'est pas sans rappeler le meurtre de Claude Roux qui surviendra onze ans plus tard.

Le juge sénéchal de Marthon, Pierre Bonnin, dispute à son beau-frère, syndic perpétuel de la même paroisse, la prérogative de loger les soldats de passage; les particuliers font la grimace lorsqu'on leur présente un billet de logement. La querelle s'aigrit entre le juge et le syndic ; elle rebondit le lendemain : parents et proches s'en mêlent. Une rixe éclate dans la rue. Le juge accourt au bruit, tente vainement de lâcher un coup de pistolet, se saisit de son épée. Il reçoit une décharge de gros plomb, on l'emporte « chancelant et sanglant », mais les gens de sa suite courent sus aux agresseurs. Hélie de Monsalard tombe raide mort à la porte du sieur de Beaulieu, le syndic, son beau-frère. Ce sont les mœurs du temps, il ne faut pas en tirer de conclusions extrêmes. Notons cependant que Marguerite de Montsalard, la mère de Jacques Roux, perd son oncle paternel et son futur beau-père à peu d'années de distance dans des circonstances dramatiques. Masquée par l'habit sacerdotal, cette violence se manifestera un jour dans le caractère de Jacques Roux. Gatien Roux et son épouse passent leur première année de mariage chez les Montsalard à Bussière; convention fréquente au bénéfice d'un jeune ménage. Et c'est à Bussière que naît leur premier enfant, une fille, Jeanne, baptisée le 4 juillet 1750. Douze enfants verront le jour au cours des seize années qui suivent. Ce n'est pas un cas unique; l'enfant est un don de Dieu, la province se tient à l'écart des « funestes secrets » qui s'échangent dans les grandes villes; les familles nombreuses sont très répandues, on compte dix-sept enfants chez Bernard Sazerac des Roches, négociant d'Angoulême; ils sont onze chez son aîné, Louis Sazerac de Forges. Ce sont autant de bouches à nourrir, d'établissements à prévoir. Gatien Roux est loin d'être fortuné. L'héritage laissé par son père, l'ancien juge sénéchal de Pranzac, est des plus minces : une métairie, c'est le pain quotidien assuré, mais encore?

Il n'a plus rien à attendre de l'armée. Selon le Pr Markov, Gatien passe après son mariage au service du comte de Solignac, du nom d'une terre proche de Limoges ; elle ne l'éloignait pas sensiblement de son domicile conjugal. Retenu à Versailles ou dans son hôtel parisien de la rue du Bac, le seigneur du lieu était rarement présent. Roux avait la fonction de juge assesseur.

Désirait-il se rapprocher de Pranzac? C'est dans une maison du bourg que naît son premier fils, François, le 20 août 1751. Promis à une vie brève, l'enfant s'éteint quelques mois plus tard. Troisième enfant de la famille, Jacques Roux vient au monde le 23 août 1752. François est mort le 4 mars précédent. L'acte de baptême est libellé ainsi : 23 août 1752, Baptême de Jacques Roux, fils de M. Gratien Roux et demoiselle Marguerite de Monsalard, né le jour d 'avant-hier au bourg de Pranzac. Le parrain a été M. Jacques Tourette, le grand-père, et a tenu par commission, M. Jacques Tourette, son petit-fils, et marraine, Mette Anne Monsalard, et par commission, Mlle Marie Montsalard, sa mère qui ont signé.

Un point demeure obscur. Sa mère est née Montsalard. Les registres paroissiaux sont très incomplets. Le nouveau titulaire de la cure de Pranzac, l'abbé Marquet, a-t-il confondu grand-père et bisaïeul? Ce qui demeure avéré, c'est la relation d'intimité qui unit les deux familles, Tourette et Roux.

Plus anciennement que les Roux, mieux assis financièrement (pour autant que l'on puisse en juger à distance, d'après les actes des notaires), les Tourette sont les premiers notables de Pranzac, par les biens qu'ils possèdent à Flamenac et à Combe-Brune, par leur présence à l'église et au château. Depuis 1643, quatre générations de Tourette ont desservi la cure : Philippe (1643-1645), un autre Philippe, son neveu (1651-1675), Antoine (1675-1729), enfin Léonard-Sébastien Tourette, de mai 1767 à juin 1794.

Tout contribue à rapprocher les deux familles ; leurs alliances sont confirmées par la similitude des charges et des fonctions, au XVIIe siècle, Jean Tourette est chirurgien à Pranzac, Antoine Roux à Marthon.

À son tour, Jacques Tourette, lieutenant d'infanterie, choisit Gatien Roux pour être le parrain de son fils. Mais l'enfant, né en 1748, ne survivra pas.

Lorsque Léonard Tourette prend possession de la cure de Saint-Cybard et des deux stipendies annexées après la résignation de son oncle Philippe, la famille se presse dans l'église au cours de la cérémonie, le 28 juillet 1766. Au premier rang, Gatien Roux., fabricant, Marguerite de Montsalard, son épouse, les « demoiselles de Montsalard », leurs sœur et belle-sœur...

« Fabricant » (ou pour mieux dire, fabricien), le terme recouvre à la fois un service et une distinction, la marque d'un attachement à l'église. Le fabricien - ailleurs marguillier - veille sur le temporel, sur les revenus, les charges et les libéralités de la fabrique liée à la paroisse.

Nulle charge officielle ne distingue encore sur les actes des notaires l'ancien officier au régiment de Hainaut. C'est seulement plus tard, autour de 1780, à peu d'années de sa mort, qu'il apparaît sous le titre de juge-assesseur du marquisat de Pranzac. Ses fils sont alors hors de page ou sur le point de l'être.

Comment a-t-il réussi à élever les siens depuis la naissance de Jacques, le futur « prédicateur des sans-culottes » en 1752? Jacques-Madeleine viendra au monde en 1756, un autre fils de ce nom en 1759; ils seront suivis de Michel, de Guillaume, de Louis, d'un ultime garçon, Jacques encore, en 1765, de Marie enfin, la quatrième fille à porter ce prénom, treizième et dernier enfant de la famille.

L'histoire s'écrit sur fond de survie quotidienne ; les ressources de la famille sont modestes. Il m'est arrivé de penser que les discours enflammés du futur révolutionnaire devaient beaucoup aux soucis paternels dont son enfance fut le témoin.

De 1748 à 1780, hormis le bref intérim qu'il exerce pour le compte du seigneur de Solignac, Gatien Roux mène le train ordinaire d'un bourgeois. Il possède en propre une métairie, Chez Tarrois, à Pranzac, qu'il afferme en 1754 ; la métairie de la Grande Forêt à Souffrignac appartient à Jeanne Daire, veuve de Joachim de Montsalard, la mère de son épouse ; la dame s'est retirée à Pranzac au sein de la famille Roux; elle afferme sa métairie à Henry Tourette, sr. de Beaumont.

Gatien Roux tente sa chance dans le trafic fluvial qui va bon train. Le 18 janvier 1753, quelques mois après la naissance de son fils Jacques, il affrète une « gabare munie de tous ses cordages et accessoires ». Le bailleur, Jean Poitevin, mari de dame Rose Lescalier, est notaire à Angoulême.

Le fleuve Charente est le cordon ombilical qui relie l'Angoumois et l'arrière-pays à la mer; il est soumis à un trafic intense depuis l'ouverture du port de Rochefort créé de toutes pièces par Colbert dans la seconde moitié du XVIIe siècle. Le port de Lhoumeau au pied des remparts d'Angoulême reçoit tout ce qui est destiné à l'arsenal, bois d'œuvre, fer, fontes, canons pour armer les vaisseaux, sans compter ce qui transite à destination de l'Angleterre et de l'Amérique. Le trafic triangulaire avec Saint-Domingue, les voies nouvelles ouvertes au commerce maritime, la guerre de course, offrent des perspectives nouvelles. Les gabares sont chargées à Lhoumeau prennent du fret en retour. Le comte de Broglie, marquis de Ruffec, « lieutenant général de ses armées et ci-devant ambassadeur extraordinaire près le Roi et la République de Pologne » ne dédaigne pas ces menus profits ; il possède en propre une gabare sur laquelle il fait charger le bois de construction coupé sur ses terres, livré ensuite au magasin du port de Rochefort. Le fret de retour est constitué de sel et de trois cents pains de fromage de Hollande.

Alors que le marquis Marc-René de Montalembert, encouragé par le ministre de la Marine, Rouillé, crée les forges à canons de Ruelle et de Forge-Neuve, le duc de La Rochefoucauld forme le projet de relier Poitiers à Angoulême par voie fluviale via le Clain et la Charente.

La France change de visage et s'ouvre aux Lumières. Les prix s'envolent, une tempête monétaire secoue Angoulême. « Un grand nombre de faillites et de banqueroutes, causées la majeure partie par le luxe, le gros jeu et la dissipation des négociants et fournisseurs d'artillerie » agite la société du lieu. Turgot, Intendant du Limousin, s'emploie à calmer le jeu : il ne faut pas diaboliser l'usure.

La petite bourgeoisie attachée à son mode de vie, réduite à ses revenus médiocres, suit avec peine les changements qui s'annoncent. Confronté dès son adolescence au pouvoir de l'argent, aux prétentions qu'il fait naître, Jacques Roux en concevra de l'amertume et comme un désir de revanche. Un mal plus profond ronge la société française, il prend à l'approche de l'orage la forme d'un malaise. On commence à parler de « régénération », le mot fera fortune. Tocqueville évoque à ce sujet « la voix de Jean criant du fond du désert que les nouveaux temps étaient proches ». Brûlant les étapes, une jeunesse impatiente attend le millenium, en avance de deux siècles.

Source : Jacques Roux, de Jean-Marc Le Guillou.

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Jean François Blanchon (1763-1830)

Avant dernier fils de Jean Baptiste Blanchon, maître chirurgien et de Suzanne Goulmont qui ont eu dix enfants entre 1753 et 1764.

Avocat et homme de loi établi à Confolens après ses études. Il participe à la rédaction des cahiers de doléances du Tiers Etat, de Confolens et des paroisses rurales de la contrée.

En 1790 il est élu au premier conseil général du département où il représente le district de Confolens, et l'année suivante, en septembre 1791 l'assemblée électorale le désigne comme député de la Charente à la Législative. A l'assemblée, il intervient sur les questions militaires, notamment après l'assassinat du général Dillon.

Après la Législative, il quitte la vie politique pour entrer dans l'administration militaire. Nommé commissaire des guerres, il devient bientôt chef de division au ministère de la guerre et en l'an II il est envoyé comme commissaire ordonnateur à l'armée de Sambre et Meuse. Il devait rester à ce titre dans l'armée, jusqu'à sa retraite en 1824 ou 1825.

Il entretenait une correspondance suivie avec le général Dupont de l'Etang.

Ce long passage dans l'intendance militaire, à une époque où les commissaires chargés de réceptionner les fournitures de l'armée pouvaient faire de gros bénéfices, peut expliquer comment ce fonctionnaire civil de l'armée a pu faire fortune.

Sous la Restauration, il est l'un des gros contribuables du suffrage censitaire dans le canton de Chabanais (2.132 F en 1824).

La déclaration de succession atteint en mobilier : 40.540 Frs et en immobilier près de 300.000 Frs dans la seule commune de Chirac, avec le château de l'Age et plusieurs autres domaines. Il laisse 2 filles dont l'une Marie Anne Octavie est mariée avec Jean Frédéric Garnier de la Boissière, fils du général, grand notable de l'Empire. Ce gendre jouera un rôle important en Charente, député opposant sous la Monarchie de Juillet (1839-1842), commissaire de la République à Angoulême en février 1848 et député à l'Assemblée Constituante, riche propriétaire, maître de forges et homme de la gauche libérale, retiré sur ses terres à partir de 1849.

Jean François Blanchon représente un cas de bifurcation de carrière sous la Révolution, avec l'édification d'une fortune dont on ne trouve pas l'équivalent d'enrichissement chez les politiques.

D'autres Blanchon à Confolens, dont un Pierre François, homme de loi, révolutionnaire modéré, détenu en 1793 et remis en liberté en octobre 1794 (d'après Gigon T.I., p. 360).

Source : La Charente révolutionnaire, de Jean Jézéquel.

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La seigneurie de Connezac

La commune de Connezac est bornée à l'est par celle de Lussas; au sud et à l'ouest, par celle de Beaussac, canton de Mareuil et au nord, par la commune d'Hautefaye. On y trouve les bourg, villages et hameaux suivants :

« La Farge. — Fontenille, à 201 mètres d'altitude. — Maine-Rousset. — Le Pouyeau. — Le Petit-Château. — Le Maine-du-Bost. — Connezac, bourg avec chàteau. »

Le sol en est également calcaire, en grande partie crétacé, avec carrières de pierre de taille et mines de fer.

Le chiffre de sa population a été successivement : en 1365, de 54 habitants pour neuf feux. — De 449 au XVIIe siècle. — De 273 en 1804 pour 64 maisons. — De 315 en 1852. — 296 en 1856. — 265 en 1861. — 272 en 1866. — 234 en 1872. — 248 en 1876. — 246 en 1881.

Au sujet des anciennes institutions, nous avons recueilli les documents ci-après :

« Connezac, dit M. de Gourgues, Sanctus-Martinus de Conazac (pouillé du XIIIe siècle). Conazacum, 1365 (Lesp. Chatell.) — Ancien repaire noble mouvant de la châtellenie de Nontron. Depuis ayant haute justice sur la paroisse et Hautefaye, 1760. (Alm. de Guy.) — Patron : saint Laurent. »

D'après la pancarte du diocèse de Périgueux, mise en vigueur le 16 avril 1556, la cure de St-Martin-de-Connazac dépendait de l'archiprêtré du Vieux-Mareuil et était à la nomination de l'abbé de St-Cybar d'Angoulême.

Du 9 décembre 1378, testament signé Fagus R., passé in castello Conazati, par lequel nobilis homo Andreus de Conantis, domicellus, lègue au chapelain qui fera ses funérailles summam quatuor numerorum signatarum ad figuram Regis Francie ad edificandam ecclesiam dicti Conazati. — Du dernier avril 1475, testament par lequel Agnès de Maulmont, veuve de Thibault Conan, fait un legs ecclesie Sancti Martini de Conazaco, d'où il résulterait que le patron de cette paroisse devait ètre saint Martin, et non saint Laurent.

Parmi les curés, nous avons recueilli les noms de Venerabilis homo Beomitus, pastor et capellanus parochie Conazati, témoin dans le testament de 1378. — Venerabilis Regnatus, pastor et capellanus, en 1383. — Thibaud Bourcin en 1711.

Le 21 messidor an IV, l'administration centrale de la Dordogne aliéna le presbytère pour la somme de 444#, et cette petite paroisse est depuis longtemps desservie par M. le curé de Beaussac.

La seigneurie de Connezac appartenait, avant 1284, à la famille de Roux, et à cette époque elle passa, par mariage, dans celle de Maulmont, ainsi qu'il résulte d'un acte de partage, en deux parts égales, passé à cette date, et le 20 juillet, entre Agnan de Lage, Agnonis de Agia, miles, de l'hérédité d'Arnaud Roux, hereditatem que fuit domini Darnaudi Ruphi, militis, frère dudit Agnan, et Valérie, fille unique et héritière dudit Arnaud, femme de Jourdan de Maulmont, et Valerie file unice el heredis dicti Arnaudi Ruphi, uxoris Jordani de Malomonte, domicelli filii Helie de Malomonte, militis; dans lequel partage figure, en première ligne, domum arbgamentum quam habitant Agnonis et Valeria apud Conazac, Petragorencis diocesis, et juribus et pertinentiis suis et colombarii ortis... et omnes juridictionem justitiam altam et bassam... Item juridictio alta et bassa in burgo et parochia de Alta Fagia...

Aussi trouvons-nous, à la date du 11 novembre 1403, un acte passé à Nontron et signé Cazati, par lequel nobilis Johannes de Malomonte, dominus de Conazaco, assence à Pierre Forien une terre et un bois châtaignier dans la paroisse de Boussaco (Beaussac). — Autres baillettes des 27 septembre, 11 décembre 1411, passées à Nontron et signées : Depodiezilho, et consenties par le même nobilis vir Johannes de Malomonte, domicellus, dominus parte de Conazaco.

Cette seigneurie passa ensuite à la famille de Conan, par le mariage d'Agnès de Maulmont, fille dudit Jean, avec Thibaud Conan, dont la famille originaire était venue en Périgord et Limousin avec Jean III, duc de Bretagne. Ce mariage fut célébré avant le 20 octobre 1438, date d'une transaction de famil le passée à Nontron et signée Poyalibus. — Viennent aussi à l'appui diverses baillettes des 22 février 1450, 5 avril 1458 et 5 décembre 1471, signées Veterimary, Maultrot et Fretelly, portant arrentements de fonds divers par nobili viro Theobaldi Conan, domicello et nobili muliere Agnes de Malomonte, domicella, domina de Conazaco. —  De ce mariage, provinrent six enfants, parmi lesquels Thibaud Hélie, auquel sa mère donna la terre d'Hautefaye, par acte du 5 septembre, signé Robin, Guillaume et Jean, qui fit souche et continua la filiation au sujet de laquelle nous renvoyons au Nobiliaire de Nadaud, pour en revenir à la seigneurie et paroisse de Connezac.

Devenue veuve, Agnès de Maulmant ayant eu, dans la succession de son père, la terre de Connezac, en rendit hommage au vicomte de Limoges le 24 avril 1464, au château de Nontron, avec toute justice haute, moyenne et basse. (Doat.)

Suivent divers hommages que nous avons en main et dont nous donnons les extraits suivants :

Le 21 octobre 1541, Joachim Cosnan, escuyer, seigneur de Conazac, rend hommage à Rollet, bastard d'Albret, au nom du roy de Navarre, vicomte de Limoges, « de la moytié de la maison et seigneurye de Conazac, avec la justice haute, moyenne et basse, cens rentes et autres appartenances et deppendances, siz, le tout, en la baronnie de Nontron... »

Le 16 novembre 1643, en la ville de Périgueux, bommage rendu par le même et pour la même seigneurie entre les mliins de Jacques Dupré, escuyer, seigneur de la Mabilière au nom d'Henri, roy de Navarre, en présence de Ramond de La Porte, escuyer, seigneur de la Salle-de-Lisle et maitre Hélie André, juge d'appeauls.

Le 18 février 1583, en la ville de Thiviers Jehan Jammet notaire royal, fondé de pouvoir de François Conan, escuyer, conseigneur de Connezac rend à Armand de Gontaud de Biron seigneur baron de Salaignac, etc., à ce commis :

« Les foy et hommaiges et serrement de fidélité que doit ledit tenancier au seigneur Roy de Navarre, pour raison de la moittié de la seigneurie et justice haulte, moyenne et basse de Conazac, avec ses appartenances et deppendances, situées en la baronnie de Nontron, vicomté de Limoges. et généralement de ce qu'il tient au dit seigneur, recongnoit et atteste tenir à foy et hommaige dudit seigneur, à cause de son vicomté. Et ce faisant, ledit Jammet audit nom, estant teste nue, deux genoux ell terre, lespée desseinte, tenant ses mains jointes entre les miennes, a promis et juré sur la Sainte Bible qu'il sera bon et loyal vassal dudit seigneur et de ses soccesseurs, son bien et honneur pourchassera et gardera et son mal évitera. Ne rentrera, ne se trouvera en lieu aucun contre sa personue, et ses femme, enfants, biens et gens de son conseil, sans aucune chose conspirer ou machiner, et quand saura avoir esté faict, l'en advertira au plus tôt qu'il luy sera possible. Et suivra, gardera et défendra, ledit seigneur, son honneur de ses femme, enfants et biens, contre toutes personnes, le Roy souverain excepté. A la charge aussy que ledit Conan bailhera en forme, dedans le temps deu, le dénombremen. des biens et fief dont il a faict à présent hommaige, à peine de main mise... »

Le 7 novembre 1667, hommage fait a Périgueux par Anthoine de Conan, escuyer, au roy Louis XIV, pour raison de son chasteau et seigneurie de Connezat-Autefaye.

Le 21 décembre 1764, même hommage par messire Alexis de Conan pour sa terre et seigneurie de Connezac et Hauleraye, avec dénombrement du 1er septembre 1769. (1)

Enfin, le 19 février 1783 méme hommage fait à Bordeaux au roy Louis XVI, par messire Louis-Thomas de Conan, chevalier, baron de Montbrun, seigneur de Connezac et autres lieux.

A partir de cette époque, jusqu'à nos jours, le château de Connezac et les propriétés en dépendant ont été possédés par la famille de Conan, dont les derniers représentants sont actuellement M. de Moneis et Mmes de Rolland et Moreau de Saint-Martin.

Enfin, quant au droit de justice, nous trouvons parmi les officiers, à partir du XVIe siècle :

En 1551, Jean Chambon, juge. — 1604, Jean de Puyrénier, idem. — 1611, Pierre de Puyrénier, idem. — 1675, Pierre Vieilhemard, notaire royal et juge. — 1680, Pierre de Marendat, procureur d'office. — 1697, Eymeric Martin, idem. — 1703, François Desvars, juge. — 1715, Pierre Janet: sieur de Lasfons, juge. — 1716, Pierre Devillars, procureur d'office. — 1789, Petit de Cheyllac; juge Pichon, greffier. — Notaires : 1580, Pierre de Puyrénier. — 1648, Desmoulins. — 1707, Emery Martin. — 1716, Pierre Devillars. — 1780, Petit de Cheyllac.

Notes :

1. Voici, quant à la construction du château et de l'état de la seigneurie de Connezac, un extrait de ce dénombrement :

« Article premier. — Consistant en l'hôtel et château noble de Connezac, composant un corps de logis, plusieurs pavillons, écuries, cour, jardin, fuye, guarenne, terres labourables, preds, vignes et bois taillis, le tout contigu, situé sur ladite paroisse. (Suivent les confrontations)... — Art. 2. La haute, moyenne et basse justice (mere, mixte et impere), domaine, fiefs, cens etrentes en touts droits de fondalité, droits d'échange, de péage et autres droits et devoirs seigneuriaux dans les paroisses de Connezac et Authefaye. (Suivent l'étendue et les confrontations). — Articles 3, 4, 5, 6, relatifs à diverses rentes foncières sur divers villages et tènements dans la paroisse de Connezac, en froment, seigle et avoine, mesures de Connezac et de Mareuil, châtaignes, gellines et argent. — Art. 7. Plus les droits de lods et ventes, échange et contréchange dus dans l'étendue de ladite paroisse et en vertu de laquisition qu'en fit haute et puissante dame Marie de Pindray, dame de Connezac, le 12 octobre 1700, reçu par Tardieu, notaire à Périgueux. — Art. 8. La haute, moyenne et basse justice dans ladite paroisse et l'étendue des confrontations cy-après. — Articles 9, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17, 18, 19, relatifs à des rentes foncières sur village et tènements de la paroisse d'Authefaye. — Art 20. La tierce partie des dimes inféodées de la paroisse d"Authefaye. — Art. 21. Plus la foy et bommage du repaire, fief et tènement de Barroufières, paroisse de Nontron, tenu par Jean de Labrousse de Baroufières. Art. 22. Une rente de douze deniers sur une vigne au mas des Places dépendant du repaire noble de Barouffières... — Art. 23. Autre rente de 4 deniers sur un jardin, autrefois maison rue du Rieu, à Nontron. — Art. 24. Rente de 15 deniers sur maison à Nontron, Grande-Rue. — Articles 25, 26, 27, 28, 29, 30, 31, autres rentes sur divers fonds dans la paroisse de Saint-Martial de Volette. »

(Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, 1889)

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Conan dans le nobiliaire de Nadaud

Conan porte d'argent à 3 roses de gueules, 2 et 1. Conan ou Conen, Sr de Prépeau en Bretagne, porte coupé d'or et d'argent, au lion de même, l'un dans l'autre, armé, lampassé et couronné de gueules.

I. — Noble Thibaud Conan, écuyer, Sr de Rapevache, paroisse de Saint-Martial-de-Valette, et des Feydis. Ses descendants disent qu'il serait venu en Périgord avec un duc de Bretagne, ce qu'on pourrait attribuer à Jean de Bretagne, IIe du nom car celui-ci, d'après un acte signé Tarnelli, notaire à Vic, près Pierrebuffière, acheta, en 1437, le comté de Périgord de Jean, bâtard d'Orléans, comte de Dunois; et, d'après un manuscrit de Saint-Germain-des-Prés, n° 1724, les guerres des Anglais l'obligèrent de mettre des capitaines dans les chefs-lieux des cinquante-quatre châtellenies et juridictions qu'il possédait, pour les défendre contre les incursions et les pillages des ennemis. Thibaud Conan fut sans doute, pour cette raison, capitaine de la ville de Nontron peu avant l'an 1456. Il vivait encore en 1460. Sur la porte d'entrée du château de Conezac au diocèse de Périgueux, mais à son extrémité, et joignant celui de Limoges, sont les armes de la famille, et tout autour le cordon de quelque ordre de chevalerie qu'on n'a su distinguer.

Thibaud avait épousé Agnès de Maumont, fille de noble Jean, qui, en 1411, était seigneur de Cozenac. On a perdu le contrat de mariage; mais Thibaud donna, le 20 octobre 1438, une quittance de partie de la dot de sa femme, signée de Poyalibus, à son beau-frère Pierre de Maumont, damoiseau, du lieu de Montbrun, paroisse de Dournazac, près de Châlus, au diocèse de Limoges. Agnès de Maumont testa le 5 septembre 1467, et vivait encore en 1473. Comme on a coupé en long une partie de son testament, on n'a pu y trouver que quelques-uns de ses enfants, et il a fallu chercher le nom des autres dans des actes du temps. On trouve dans ces actes : 1° Guillaume; 2° Jean, qui se marièrent; 3° Marie; 4° Hélie de Conan, damoiseau, bachelier en décrets, étudiant dans l'université de Paris, et auquel, le 5 septembre 1467, par acte signé Robin, elle donna toute sa terre de Haute-Faye, située au diocèse de Limoges, et attenante à ceux d'Angoulême et de Périgueux; 5° Thibaud, qui, dans un acte de 1489, est dit frère de Guillaume et de Jean, déjà nommés 6° Marguerite, dite, dans un acte de 1488, sœur de nobles Jean, Hélie, Thibaud et Marie.

II. — Noble Thibaud Conan, écuyer, Sgr en partie, de Conazac, épousa, par contrat du 19 janvier 1495, signé Tréhant et Pignetaud, Catherine Géraude, fille de feu noble maître Hélie Géraud, écuyer, licencié ès-lois, Sgr de La Motte-sur-Charente, paroisse de Narsat, et de demoiselle Marguerite Cailhone. D'eux naquit Joachim, qui suit.

III. — Noble et puissant seigneur Joachim Conan, coseigneur de Conezac, de Beauvais qui est paroisse de Lussac, et de Rapevache, vivait en 1539. Il avait épousé, par contrat du 22 octobre 1522, signé de La Combe, Guyonne Desmier, fille de feu Guillaume, écuyer, Sr de Saint-Amand-de-Bonieure et de Jacqueline de Barbesières. Etant veuve, Guyonne se remaria, par contrat du 10 décembre 1540, signé de La Roussie, avec Guillaume Poytevin, écuyer, fils de N. aussi écuyer, Sr de Blanzaguet au diocèse d'Angoulême. Du premier mariage Guyonne eut : 1° Jean de Conan, qui, le 30 janvier 1563, fit un testament, signé Faure, par lequel il fit ses sœurs héritières, et François de Conan, son cousin, exécuteur testamentaire; — 2° Louise, mariée à Pierre de Verlène, écuyer, Sr de Poutignac, paroisse de Baussac, laquelle testa le 26 janvier 1599; — 3° autre Louise; — 4° Paulhète, qui, en 1591, était femme de maître Mathurin de Fontas, du lieu de Grignan, près de Mucidan en Périgord; — 6° Catherine, mariée 1° à Géraud de Fontas; mariée 2°, par contrat du 10 décembre 1579, signé Panetier, à Saint-Astier en Périgord, avec Pierre du Breuil, natif de la ville de Périgueux, et fils de Martial, marchand de la dite ville Catherine fit, le 10 juillet 1584, un testament signé du Mas, dans le fort du château de Grignols en Périgord; — 6° Marie, mariée à Odet Girard, écuyer, Sr de La Fuste; — 7° Roberte, mariée à Jean dit Jeannet Girard, écuyer, fils d'Odet, écuyer, du lieu du Chaume, paroisse de Saint-BarthéIemy-de-Bellegarde, juridiction de Montpaon; — 8° Xanthie, vivante en 1566.

II bis. — Guillaume de Conan, écuyer, fils de Thibaud et d'Agnès de Maumont, fut seigneur de Rapevache et coseigneur de Conezac, et homme d'armes. Il eut du roi Charles VII des lettres de sauvegarde pour lui, sa femme et sa famille c'était le 8 avril 1488, et il était lieutenant du château de Ha à Bordeaux, sous la charge du Sr d'Orval. Il avait épousé, par contrat du 17 janvier 1481, signé du Puy, Jeanne Vigier, demoiselle, fille de Jean et sœur de noble Jean, écuyer, Sgr de Samathie, par l'avis de Jean et de François La Porte, frères, écuyers, Sgrs de Champnier, parents et amis du dit seigneur de Conezac. Jeanne Vigier, étant veuve, fit, le 4 décembre 1499, son testament, signé de Fargia. Elle n'a point d'enfants, veut être enterrée dans l'église de Cozenac, et institue héritiers Jean, son frère, et Antoinette, sa sœur.

II ter. — Jean de Conan, coseigneur de Conezac, est la première filiation produite devant l'intendant de Bordeaux. Par le même contrat que son frère Guillaume, qui précède, c'est-à-dire du 17 janvier 1481, il épousa Antoinette Vigier, sœur de Jeanne nommée ci-dessus. Elle porta le repaire noble de Plambosc, paroisse de Baussac. Son mari vivait en 1513; étant veuve elle testa, le 7 janvier 1523, par acte signé Guiot, demandant à être enterrée avec Jeanne, sa sœur. D'eux naquirent : 1° Simon qui suit; 2° Catherine, mariée, le 3 mars 1520, avec Jean de Verro, écuyer, Sr de Laborie, paroisse de Saint-Martin au diocèse de Périgueux 3° Antoinette.

III. — Noble Simon Conan, fils de Jean et d'Antoinette Vigier, écuyer, Sr de Conezac et de Plambosc, testant le 4 décembre 1538, par acte signé Texier, veut être enterré dans l'église de Conezac ès-tombeaux de ses feus père et mère. Il avait épousé, par contrat du 11 septembre 1521, signé Suége, Marie de La Porte, fille de feu messire Tristan, dont il eut : 1° François qui suit; 2° Louise morte sans alliance.

IV. — François de Conan, écuyer, Sgr de Conezac, Aucor, Plambosc et La Jarrige, épousa, par contrat du 15 février 1556, signé Bollot et Gaudet, Anne de Feydit, fille de Pierre, écuyer, Sr de Charment au diocèse d'Angouiëme, et de feue Marguerite de Lostanges. Elle fit avec son mari, le 10 décembre 1587, un testament mutuel, signé Deysse, et, le 8 mai 1603, étant veuve, elle en fit un autre. D'eux naquirent : 1° Marguerite, mariée, le 29 août 1589, avec François Deschamps, écuyer, Sr de La Grouat, de la paroisse de Saint-Front en Angoumois, fils de Philippe et de Jeanne Jay; 2° Jacques, qui suit; 3° Antoinette, mariée, par contrat du 19 janvier 1597, signé Janvier, avec Poncet de Raymond, écuyer, Sr de Narbonne, fils de Jean, écuyer, Sr de La Peyrière et de Bellevue, et de feu Claude de Châteauneuf, habitants la ville de Mareuil en Périgord; 4° Jean, qui eut le fief d'Aucor, et a fait une branche; 5° autre Marguerite, dite la Jeune, mariée, le 30 janvier 1597, avec Guy de Villars, Sr de Minzac, fils de feu Louis, écuyer, Sr' de Minzac en Angoumois, et de Marguerite de Mathieu; 6° François, qui eut le repaire de Plambosc, et était mort sans hoirs en 1603.

V. — Jacques de Conan, écuyer, fils de feu François et d'Anne de Feydit, fut seigneur de Conezac, Aucorn, Plambosc, La Jarrige, Haute-Faye, La Chapelle et Majenau. Il testa, le 4 septembre 1642, par acte signé Desmolins. Il avait épousé, le 21 septembre 1598, Marie Gelinard, fille de François, écuyer, Sr de Malleville et de Sainte-Hermine en Angoumois, etc., et d'Anne de Livenne. Elle porta la terre de La Bouchardière. D'eux naquirent : 1° François, qui suit; 2° Antoinette, demoiselle de La Bouchardière, mariée, par contrat du 8 juin 1622, signé janvier, avec Antoine de Sainte-Aulaire, écuyer, Sr de La Barde, paroisse de Cressac, près Bourdeilles, fils de Jeanne Saunier; 3° Marie, mariée, par contrat du 19 avril 1622, à Jean de La Brousse, Sr de Maignac, avocat, fils d'Etienne, Sr de La Noaille, et de Françoise de Camain, dont ne vint qu'une fille, nommée (dans Simplicien, Histoire des grands-officiers de la couronne, T. V, p. 771) Marguerite, mariée avec Hercule-Charles de Crevant, chevalier, baron de Cingé en Touraine; 4° Marthe, mariée à Hélie de Lageard, écuyer, Sr de La Grange; 5° Marguerite, mariée, par contrat du 8 juin 1630, reçu Desmoulins, avec René Grand, écuyer, Sr de Bellussières, paroisse de Baussac, près Conezac; 6° Autre Marguerite, mariée, le 8 mars 1634, à François Guy, écuyer, Sr du Genet, près la ville de Saint-Yrieix, fils de Jean Guy et de Jeanne de La Beraudière; 7° Françoise. — Il eut de Binle Johanet un bâtard, nommé François, auquel il fit un legs de 800 livres, qui s'établit, et fit bâtir dans le village de Faye-Marteau, paroisse de Haute-Faye.

VI. — François de Conan, écuyer, Sgr de Haute-Faye, fils du précédent, fut encore Sgr de Conezac, Lageyrac et La Bouchardière, et servit le roi dans toutes les occasions. Il épousa, par contrat du 22 mai 1630, signé Barbe, Marie Aymeric du Chataing, née, le 25 décembre 1613, de Jacques, et qui testa le 16 décembre 1653. D'eux naquirent : 1° Antoine, qui suit; 2° Jacques, Sr de Haute-Faye, mort sans hoirs; 3° Thomas, Sr du repaire de Maluc, qui fit une donation de tous ses biens, en 1693, à Claude de Conan, son neveu, et se maria, par contrat du 25 mai 1709, signé Donez, avec Jeanne du Reclus, veuve de Guy de Villars, chevalier, Sr de La Goudonie, du lieu de Coulanges. Thomas mourut, âgé de soixante-neuf ans, le 10 mai 1717 : ces trois frères furent maintenus dans leur noblesse par ordonnance de M. Bazin, intendant de Bordeaux, du 14 mai 1698; 4° Marie, mariée en 1654, avec François de Camaing, écuyer, Sr du Verdoyer, paroisse de Saint-Angel en Périgord; 5° Catherine, née le 30 juillet 1654, enlevée à Lageyrat, chez sa grand'mère, Marie Tarneau, le 4 juin 1665, par André et Charles de Nesmond, Srs de La Grange-de-Firbeix, père et fils. Ce dernier voulait l'épouser. Elle se maria, par contrat du 17 novembre 1667, reçu du Gandoneix, avec Jean-Gabriel de Brie, fils de feu Jean et de feue Diane des Pousses; 6° Marguerite, religieuse à Nontron, en 1656; 7° Françoise, religieuse à la Règle de Limoges, en 1669.

VII. — Haut et puissant messire Antoine de Conan, chevalier, Sgr de La Bouchardière, fils de haut et puissant messire François, chevalier, Sgr de Conezac, Lageyrat, etc., et de feue Marie Emery de Chataing, né le 25 décembre 1639, mourut, âgé de soixante-quatorze ans, le 29 septembre 1713. Il avait épousé, par contrat du 24 janvier 1660, signé de Cao, Madeleine du Breuil, fille de haut et puissant Claude du Breuil, chevalier et baron de Théon. Sans le savoir, ils se trouvèrent parents au 4e degré aussi réhabilitèrent-ils leur mariage, en 1669, avec dispense du pape. D'eux naquirent : 1° Claude, qui suit; 2° Louis, chevalier, Sr de Haute-Faye, capitaine au régiment Dauphin-infanterie en 1691.

VIII. — Haut et puissant Claude de Conan, Sgr de La Bouchardière, fils de haut et puissant Antoine et de feue Madeleine du Breuil de Théon, fut capitaine au régiment d'Angouléme, et tué, le 8 juin, 1697, dans la paroisse de Saint-Crespin-de-Bourdeille, par Nicolas Gautier des Farges de Jomelières. Il avait épousé, par contrat du 3 juin 1692, signé Chancel, Marie-Jacquette de Pindray, demoiselle de Bretanges, fille de feu Louis, chevalier, Sgr de Fontenille, Les Graujes, Bretanges et de Baussac en partie, et de Charlotte de Saint-Laurent. Elle se remaria, le 1er mai 1701, avec Jean de Compniac, chevalier, Sgr de Romain en Périgord, et mourut, âgée de quatre-vingts ans, le 16 avril 1752. De son premier mariage elle eut : 1° Louis-Thomas, qui suit; 2° Antoine, Sr de Haute-Faye, né le 24 octobre 1696, et mort sans hoirs; 3° Renée, demoiselle de Conezac, née le 4 octobre 1698, mariée avec Gabriel d'Expert, chevalier, Sgr de Saint-Paul-la-Roche en Périgord, et morte le 29 janvier 1722; 4° Marie-Susanne, demoiselle de La Bouchardière, née le 10 février 1698, mariée, le 19 juillet 1721, avec Michel de Compniac, chevalier, Sgr de Romain 5° et 6° Charlotte et Antoine, morts en bas-âge.

IX. — Louis-Thomas de Conan, chevalier, Sgr de Conezac, né le 20 octobre 1694, mort le 13 août 1768. Il avait épousé, par contrat du 2 mai 1711, signé Petit, Marie-Anne de Pindray, fille de François, chevalier, Sgr du Bouchet et de Montegon, et de feue Marguerite de Chilloux, de la paroisse de Gourville en Poitou. Elle mourut, âgée de cinquante ans, le 9 avril 1748. D'eux vinrent : 1° Alexis, qui suit; 2° François, Sr du Bouchet, né le 15 octobre 1719, écuyer, capitaine au régiment de Béarn-infanterie. chevalier de Saint-Louis, qui épousa, par contrat du 10 août 1760, signé Buard, à Saint-Saturnin-des-Bois, près Surgères, au pays d''Aunis, Marie-Jeanne-Elisabeth de Meschin, fille de Guillaume de Meschin, éeuyer, chevalier de Saint-Louis, capitaine des vaisseaux du roi au département de Rochefort, et d'Elisabeth de Vézien de La Palue, dont il eut : A. — François; B. — François-Claude-Sylvestre, mort au berceau; — 3° Madeleine, demoiselle de Conezac, née le 16 mars 1733: — 4° Jacques, Sr de Fontenille, ancien aide-major au régiment de Poitou-infanterie, marié à Nîmes; — 5° Thibaud, dit le chevalier de Conezae, né le 19 avril 1733, capitaine au régiment Dauphin-infanterie; — 6° Léonarde, demoiselle de Haute-Faye, citée le 12 août 1734; — 7° Alexis, Sr de La Bouchardière, lieutenant au régiment Royal-infanterie, tué à la bataille de Raucour; — 8° François, Sr de Haute-Faye et Conezac, capitaine au régiment Dauphin-infanterie, tué à la bataille de Berghen; plus dix autres fils ou filles, morts en bas-âge.

X. Haut et puissant Alexis de Conan, chevalier, Sgr de Conan, lieutenant au régiment Royal-infanterie, né le 14 mai 1718. Il épousa, le 24 mars 1746, dans la chapelle du château de Montbrun, paroisse de Dournazac, et, par contrat du 24 août suivant, signé Petit, sa cousine germaine Marie de Campniac, née à Lastérie, sur la même paroisse de Dournazac, le 12 juin 1725, de haut et puissant Michel de Campniac, chevalier, Sgr de Lastérie, baron de Montbrun, et de Susanne de Conan. Marie mourut le 23 octobre 1754. D'eux sont issus : 1° Louis-Thomas, qui suit; 2° François, né à Conezac le 1er novembre 1750, lieutenant au régiment du Roi-infanterie; 3° Marie, née au château de Montbrun le 24 novembre 1751; 4°, 5° et 6° Michel, Pierre et une fille, morts au berceau.

XI. Haut et puissant Louis-Thomas de Conan, baron de Montbrun, né au dit château le 30 juillet 1749, épousa, par contrat du 4 février 1768, signé Sudrie, Marie-Hélène de La Romagère, fine de haut et puissant Pierre-François, chevalier, comte de Roncessy, baron de Fontaine, La Filolie, près Thiviers en Périgord et La Béraudière, et de Marie-Françoise-Elisabeth du Bourg, dont il eut : 1° Alexis, né le 27 mars 1769; 2° Madeleine, née le 16 janvier 1771.

Branche des seigneurs de Hautcorn.

V ter. — Jean de Conan, fils de François et d'Anne Feydis, écuyer, eut en partage le fief de Hautcorn. Il épousa, le 26 juillet 1597, Susanne de Lescaud, et ils firent un testament mutuel le 16 juin 1630. D'eux naquirent 1° Louis; a" Thomas, qui suit; 3° Jean; 4° Anne, mariée, en 1642, avec 'Jean de Pindrav.

VI. — Thomas de Conan, chevalier, Sr de Hautcorn, épousa, le 5 février 1636, Catherine Maillard. Ils firent un testament mutuel le 4 juin 1676. D'eux naquirent : 1° François, qui suit: 2° Jean; 3° Antoine; 4° autre Jean.

VII. — François de Conan, chevalier, Sr de Hautcorn et de Lescaud, épousa, le 13 avril 1671, Marguerite Alberte, qui était veuve en 1694. Ils avaient fait un testament mutuel le 13 mars 1691. D'eux naquirent : 1° Thomas; 2° Jacques, qui suit; 3° Joseph, qui suit Jacques.

VIII. — Jacques de Conan, chevalier, Sr d'Aucor, épousa Madeleine de La Romagère, qui était veuve en 1713.

VIII bis. — Joseph de Conan, écuyer, fils de François et de Marguerite Albert, mourut, âgé de quarante-sept ans, le 14 janvier 1735 à Faye-Marteau, paroisse d'Hautefaye. Il avait épousé Marie des Bories, qui mourut, âgée de cinquante-cinq ans, le 1er décembre 1742. D'eux vinrent : 1° Louis, Sr de Faye-Marteau; 2° Marie-Madeleine, mariée, à l'âge de vingt-un ans, le 5 juillet 1740, dans l'église de Haute-Faye, avec Pierre Faurichon, soi-disant écuyer, Sr des Merles, âgé de trente-un ans, fils d'Hélie, soi-disant écuyer, Sr de Chapelas, et de Marguerite Faucher, du lieu des Merles, paroisse de Saint-Martin-de-Fressanges au diocèse de Périgueux; 3° Susanne, née le 27 avril 1723; 4° Marthe, née le 20 mai 1725; 5° Marie, née le 16 mai 1726. L'une de ces filles fut religieuse à Saint-Pardoux-la-Rivière; les deux autres sont mortes sans alliance.

Source : Nobiliaire du diocèse et de la généralité de Limoges, de Joseph Nadaud.

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L'assassinat du lieutenant particulier au présidial d’Angoulême

« Affaire du Sr Roger de Raymond, assassin de Jean Arnauld, écuyer, Sr de Bouex, lieutenant en la Séné­chaussée et Siège Présidial d’Angoulême. »

Trois Mémoires pour cette affaire, les deux premiers de l'année 1722 (Paris, chez Delatour et Simon, impr. du Par­lement, rue de la Harpe, aux 3 Rois, 1722) pour dame Jeanne Dexmier, Vve de Jean Arnault, etc. — le 3me inti­tulé : Précis pour Messire Noël Arnault, chevalier, Sr de Bouex, ancien Maître des Requêtes, etc., etc. (Paris, chez P.-G. Simon, imp. du Grand Conseil du Roy, rue de la Harpe, 1748).

— Arrêt du Conseil du Roi tenu à, Fontainebleau le 30 septembre 1748, qui annule l’arrêt du Parlement de Paris, et ordonne que le jugement du Présidial d’Orléans du 4 dé­cembre 1698 et ceux qui l’ont suivi seront exécutés.

— Le 15 avril 1749, M. de Chenon (Dexmier de Chenon) annonce à M. de Bouex que M. de Raymond est mort en Bavière. En 1746, il avait obtenu des lettres d’abolition.

Exposé de l’affaire

Roger Raymond est fils de Joseph Raymond et de Jeanne de Lespinay : les violences et les excès conti­nuels de ses père et mère sur les gens du pays furent dénoncés en 1686 à M. le Procureur général (c’était alors M. de Harlay), qui fit commettre par arrêt du Parlement le lieutenant-criminel de Poitiers pour en informer, à la requête de son substitut, et faire et par­faire le procès aux accusés. Le procès fut instruit par contumace contre le mari et 8 ou 10 de ses complices ; ils furent condamnés à mort par sentence du 18 mars 1687.

En 1688, lors de la Chambre souveraine des Grands Jours, à Poitiers, Joseph Raymond se confiant sur le crédit de quelques personnes puissantes qui le proté­geaient, se mit en état dans les prisons de la même ville. Dans le cours de l’instruction du procès, sa femme se trouva aussi criminelle que le mari ; elle fut décré­tée et constituée prisonnière ; le procès fut fait à l’un et à l’autre conjointement, et par arrêt du mois de jan­vier 1689 ils furent tous deux condamnés à un bannis­sement de neuf ans, en 10.000 livres d'intérêts civils envers divers particuliers, en des amendes, des aumô­nes et aux dépens. Tous leurs biens étaient saisis réellement et en bail judiciaire, il y avait déjà longtemps, ils étaient accablés de dettes.

Dans cet état malheureux où leur mauvaise conduite les avait réduits, le feu Sr Arnauld fut le seul qui, tou­ché de compassion, leur tendit les mains et leur donna des secours ; il les assista de son crédit et de sa bourse ; il paya de ses deniers, en leur acquit, les condamna­tions pécuniaires prononcées contre eux ; leur procura leur liberté et la main-levée de leurs biens. Il était déjà leur créancier, d’ailleurs, de sommes considérables ; il eut la facilité d’accepter pour son remboursement, et en déduction de partie de ses créances, la vente qu’ils lui firent sous une faculté de réméré de 9 ans de la terre du Breuil, qu’ils avaient inutilement cherché à vendre depuis deux ans, moyennant une somme de 30,800 li­vres, qui était de beaucoup au-dessus de la valeur ; le contrat est du 28 octobre 1691. — Roger Raymond était alors âgé de 18 ans, et émancipé ; il intervint dans le contrat sous l’autorité du sieur de La Motte-Coutan, son curateur, vendit conjointement et solidairement avec ses père et mère, et promit de ratifier après sa majorité. Il s’est trouvé d’un aussi mauvais caractère que ses père et mère et le fit connaître en 1692 par deux assasinats, pour raison desquels il fut poursuivi extraor­dinairement et dont il fut obligé d’arrêter les poursuites par des traités avec les parties civiles. En l’année 1698, il résolut de forcer le sieur Arnauld de lui remettre la terre du Breuil, non seulement sans lui en rembourser le prix et les améliorations, mais encore sans lui don­ner aucune sûreté pour son remboursement ; et, pour cela, il le suivit à Paris, où le Sr Arnauld s’était rendu pour quelques affaires ; mais, pour comble de noir­ceur, il abusa de la simplicité et de la bonne foi de la dame Arnauld. Il tira d’elle les moyens qu’il n’avait pas de lui-même de faire ce voyage, qui devait être si funeste à elle, à son mari et à ses enfants. Roger Ray­mond avait eu 25 ans accomplis au mois d’avril, de cette même année ; il alla trouver la dame Arnauld, rectifia le contrat de vente de la terre du Breuil, et, par ce témoignage apparent de vouloir l’exécuter, il tira artificieusement d’elle le prêt d’une somme de 2.500 livres en lui faisant entendre que c’était pour venir à Paris terminer quelques affaires, dont il devait lui revenir des deniers suffisants pour rembourser son mari et retirer la terre.

Avec cet argent, il se rendit a Paris ; il y pressa le Sr Arnauld par des menaces de lui remettre sa terre sans aucun remboursement et même sans sûreté pour le recevoir. Une proposition si injuste fut rejetée par le Sr Arnauld. Ayant appris qu’il vient de partir avec le messager, pour retourner à Angoulême, le Sr Roger Raymond n’écoute plus que le dépit et la rage. II prend la poste, atteint le messager à Etampes, va trouver le Sr Arnauld dans son auberge et le menace de le tuer s’il ne donne un désistement pur et simple de son acte d’acquisition. Mêmes propositions, mêmes menaces à Toury et à Orléans.

Le Sr Raymond, résolu de ne pas différer plus long­temps l’exécution de son malheureux projet, passe la nuit entière à Orléans à faire raccommoder ses pistolets et a les essayer ; le lendemain, il court après le mes­sager, joint le Sr Arnauld qu’il trouve seul, et, sans lui donner le temps de se reconnaître, ni de se défen­dre (2 septembre 1693), il le tue de deux coups de pis­tolets, prend la fuite et passe en Bavière. La veuve du Sr Arnauld fit instruire à grands frais la contumace au Présidial d’Orléans ; l’instruction fut d’abord sus­pendue par ordre de la Cour. Louis XIV se fit repré­senter les charges : sur la lecture qui en fut faite, il fut donné un nouvel ordre au Présidial d’Orléans pour achever la procédure et juger. — La compétence du Présidial ayant été jugée, sentence le 4 décembre 1698, qui « déclare Roger Raymond atteint et convaincu d’avoir méchamment et de dessein prémédité assassiné le Sr Arnauld, le condamne à être rompu vif, en 3.000 livres pour une fondation de messes, en 60.000 livres de réparations civiles envers la veuve et les enfans du Sr Arnauld, et en 500 liv. d’amende. » Cette sentence fut exécutée en effigie.

Comme on le voit, il y avait un assassinat prémé­dité, fait de guet-à-pens, commis sur un grand chemin en la personne d’un magistrat, à qui l’assassin et sa famille avaient les obligations les plus essentielles ; et la dame Arnauld peut dire, avec confiance, que depuis 16 ans et plus le feu Sr Arnauld son mari servait avec distinction et l’approbation des premiers magistrats et du public, tant dans sa charge de lieutenant parti­culier que celle de lieutenant général qu’il exerçait pour l’absence de M. d’Argenson.

La famille du Sr Ravmond emplova les sollicitations les plus pressantes pour obtenir sa grâce. Des person­nes de considération, qui s’intéressaient pour R. Ray­mond, en ayant demandé la grâce au feu Roi de glo­rieuse mémoire, S. M., qui avait peine de la refuser aux protecteurs, voulut s’instruire du fait par elle-même, et après la lecture qu’elle s’en fit faire par M. de Barbezieux, elle déclara hautement que l’ac­tion était trop énorme pour lui permettre d’en accorder jamais la grâce ; et, depuis, quelque puissance que Ro­ger Raymond ait employée, elle a rejeté les instances et n’a pas même voulu souffrir qu’il profitât des ren­contres qui se sont présentées où les autres criminels trouvent leur grâce.

En 1704, M. le duc de Bavière, pour lors allié de la France, la demanda avec instance : « mon cousin, lui répondit le Roi, je ne l’accorderais pas à mon frère, s’il me la demandait. »

M. de la Vrillière a connaissance de ce fait, et peut témoigner en outre que le Roi l'ayant commis pour arrêter le rolle des criminels qui devaient à l’entrée de Mr l’évêque d’Orléans profiter du privilège de cette église, lui recommanda sur toutes choses de n’y point employer Roger Raymond. M. le Garde des Sceaux sait aussi que dans le même temps et dans la même occasion le Roi lui ordonna d’écrire à Mr l’évèque d’Orléans, son frère, qu’il exigerait de lui de ne point faire espé­rer de grâce à Roger Raymond.

Enfin, il y a deux ans (1720) que Mgr le comte de Charolais étant de retour de Bavière, R. Raymond eut re­cours à la protection de Mgr le duc, mais S. A. S. ayant été informée de la qualité de l’action en eut tant d’hor­reur qu’il eut la bonté de faire dire à la dame Arnauld qu’il n’en parlerait point.

Nouvelles tentatives en 1722 et 1727 ; nouveaux refus. Ce n’a été qu’en 1746, après avoir tenté inutilement de faire casser, par le Conseil, la procédure du Présidial d’Orléans, que le Sr de Raymond est parvenu, en dé­guisant les faits principaux, à surprendre de la reli­gion de S. M. des lettres d’abolition.

N. B. Il faut observer que par la mort du Sr Arnauld la charge de lieutenant particulier, dont il était revêtu, qu’il avait achetée 30.000 livres, tomba aux parties ca­suelles et fut enlevée à la famille ; d’un autre côté, les frais que la veuve du Sr Arnauld a faits en différents temps, pour venger la mort de son époux, montent à plus de 25.000 livres.

(Société Archéologique et historique de la Charente, 1920)

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15 décembre 2019

Mercure de France

Dame Catherine-Valérie de RenneI, veuve de Messire René de Lageard, marquis de Gresignac, ancien capitaine au régiment Dauphin-Infanterie, mourut au château de Beauregard en Périgord, le 13 février dernier. Elle étoit fille de Charles-Jean de Rennel d'Audilly, Comte du S. Empire, conseiller d'Etat & maître des requêtes de S. A. R Léopold I. Duc de Lorraine. Cette Dame étoit extrêmement recommandable par la beauté de son génie, sa grande érudition & encore plus par toutes les vertus qu'elle a pratiquées avec édification jusqu'à sa mort. Elle réunissoit en elle toutes les rares qualités qui peuvent former une personne accomplie; ce qui lui avoit attiré l'admiration de sa province, dont elle a fait les délices pendant le cours de sa vie, qui a été d'environ 80 ans.

Source : Mercure de France, 1752.

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Propos contre-révolutionnaires en prairial II

Léonard Lageard Gresignac Jeune ci-devant noble dit Chevalier habitant la commune du Jeune Mareuil (?), est dénoncé par la Société populaire de Mareuil ; cet ami de Montardy émigré, dit « que les assignats provoquent la vie chère, qu'on trouve à Rayonne toutes sortes de marchandises anglaises pourvu qu'on ne les paye pas en assignats, et aussi que les français ne réussiraient pas leur révolution car les pots de terre ne cassent jamais les pots de fer. »

Source : Nontron et le pays nontronnais, de Jacques Lagrange.

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Lageard émigré

Lageard (Léonard, Chev. de) : fils de Jean-François, Sgr de Grésignac et de Madeleine de La Pisse - lieut.-col. - attaché à la personne des enfants du Cte d'Artois pour la partie des mathématiques et des fortifications.

Emigra - campagne de 1792, armée des Princes, aide-maréchal gén. des logis de l'armée - gentilh. de la manche du duc de Berri, 1794 - col. de dragons - maréchal de camp, 1er août 1795 - envoyé en mission en Ecosse, 1800.

A. G. : 3501 - Espinchal.

Source : L'émigration militaire, de Jean Pinasseau.

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Preuves de René de Lageard

Lageard de Gressignat (René de). — Périgord. D'azur à un lion d'argent armé et lampassé de gueules etun croissant d'argent posé au dessus de la queue du lion.

VII. Laurent de L., cons. au go conseil, sénéchal d'Angoumois, viv. 1555, x Gabrielle de Salignac.

VI. Geoffroy de L., chev., sgr de Cherval, sénéchal d'Angoumois, x c. 1-X-1571 Geneviève Arnauld.

V. Philippe de L., chev., sgr de Cherval, sénéchal d'Angoumois, x c. 27-VI-1599 Renée Goullard de Thouvenac.

IV. Pierre de L., chev., sgr de Beauregard, m. n. par Pellot le 9-XII-1666, x c. 17-I-1655 Antoinette de La Brousse.

III. René de L., chev., cap. au rég. Dauphin, x c. 19-X-1696 Catherine Valerie Renel d'Andilly.

II. Jean François de L., chev., sgr de Grezinat, x c. 23-I-1737 Madeleine de La Pisse.

I. René de Lageard de Gressignat, né le 23-XII-1737, bapt. le 24 à Mareuil (St-Pardoux).

Preuves du 27-IV-1756. (fr. 32.108, fol. 151)

Source : Les pages de la Grand écurie, de François Bluche.

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Quelques négociants et hommes d'affaires

Un nom très répandu dans le monde économique de la ville à la fin du XVIIIe siècle, celui des Sazerac. Non pas qu'ils détiennent les plus grosses fortunes du négoce local ni qu'ils aient atteint le plus haut degré de la notabilité (cela viendra plus tard) mais ils comptent par le nombre et la somme de leurs activités. Dans la décennie révolutionnaire, ils sont tous issus des mariages de deux frères Sazerac avec deux sœurs Clavaud, autre grand nombre sur la place. Louis, l'aîné (1709-1788), avait épousé Marguerite Clavaud dont il a eu onze enfants, Bernard le cadet (1715-1774) dit Sazerac des Roches et Marie Charlotte Clavaud ont eu dix-sept enfants. Une maison de commerce au nom de Louis Sazerac l'aîné et fils existe, rue des Trois-Notre-Dame, paroisse Saint-André à compter de 1766, et elle sert de commissionnaire dans deux commandes de canons pour le gouvernement des États-Unis en 1779 et 1780 pendant la guerre d'Indépendance. Elle pratique le commerce avec le nord de l'Europe, et elle est versée dans la production et le négoce des eaux-de-vie et des papiers. La tradition est continuée par le second des fils de Louis, Bernard, le fondateur de la lignée des Sazerac de Forge (1741-1791) et c'est lui qui propose au comité de la ville d'Angoulême, en septembre 1789, de passer une commande de blés en Allemagne. Quant aux enfants de Bernard Sazerac des Roches, poursuivant une tradition de famille, ils sont faïenciers et négociants, et l'aîné Jean-Baptiste finira directeur des carrosses et de la messagerie royale d'Angoumois à la suite de son beau-père. C'est aussi un Sazerac qui tient la blanchisserie de cire.

Autre réussite dans les affaires, celle de la famille Clavaud sur deux générations au XVIIIe siècle. Le père Laurent Clavaud, « maître boutonnier » dans les années 1720, gros négociant dans la quincaillerie, les outils en fer importés d'Allemagne, la tonnellerie, les graines et les épices dans les années 1760. Les deux fils : Jean l'aîné (1733-1834) et surtout Guillaume le cadet (1739-1816) continuent l'entreprise paternelle et lui donnent un nouvel essor. Guillaume entrera à la mairie d'Angoulême en 1790 comme notable. Tout un réseau de liens matrimoniaux, contrats d'affaires, prêts d'argent, engagements familiaux s'est établi entre différentes familles : Sazerac, Clavaud, Buchey (orfèvre), Huet (marchands de draps), Caillaud (notaire).

Mais le principal négociant de la ville dans l'époque révolutionnaire, semble devoir être Marchais-Laberge, le fils aîné du maire de l'Ancien Régime (1758-1833) : dans les moments les plus critiques de la crise des subsistances, c'est à lui que les responsables révolutionnaires ont recours, et en prairial an II, au plus fort de la Terreur, le représentant en mission Romme le fait entrer à la mairie comme notable, en même temps qu'un simple cordonnier.

L'un des effets de l'inflation et du dérangement économique général sous la Révolution, sera de bouleverser la hiérarchie des revenus et des bénéfices. Certains négociants, avantagés par leurs chiffres d'affaires, passeront devant les propriétaires fonciers dont les loyers et les baux à ferme prenaient du retard par rapport au coùt de la vie. Cette évolution des revenus et des bénéfices a ses répercussions sur les emprunts forcés payés par les riches : alors que celui de septembre 1793 semble frapper en tête les propriétaires de biens-fonds, l'emprunt forcé de frimaire an IV (décembre 1795), au paroxysme de l'inflation et deux mois avant l'arrêt de l'émission de l'assignat, qui prévoyait seize classes d'imposables, place toute à fait en haut, au taux le plus élevé : Laberge père, négociant (il ne peut s'agir que de Marchais-Laberge), pour une somme de 4 000 livres en numéraire ou 400 000 en assignats, et derrière lui trois autres imposés dont un maître de poste pour 1 500 livres ou 150 000 et le député Maulde de l'Oisellerie pour les mêmes chiffres... et immédiatement après, dans la deuxième classe des plus imposés, Jean Sazerac pour 1 200 livres ou 120 000... Ainsi pour un temps, les agents du monde économique, à cause de leurs liquidités, pouvaient rejoindre dans l'échelle des impositions les gros propriétaires fonciers. Il s'agissait, il est vrai, de taxes révolutionnaires assez mal et injustement réparties (surtout le second emprunt forcé) ne présentant pas la fiabilité de la contribution foncière.

Une profession du monde des affaires, absente d'Angoulême en 1789 et pendant la Révolution, celle de banquier, comme si l'affaire de 1769 avait porté un coup fatal à cette activité, il est vrai encore mal organisée en dehors des grandes villes, se présentant comme un prolongement du négoce lui-même. Cette absence signifiait aussi que le prêt privé était à peu près le seul à être pratiqué et il faut aller aux inventaires après décès pour le découvrir, caché au sein des familles.

(La Révolution française à Angoulême)

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