22 décembre 2019

Le château de Touvre

Pendant plusieurs siècles encore, ce château restait l'état de masure, protégé par son titre de propriété du roi; mais au commencement du XVIIIe siècle, sur la fin du règne du grand Louis, le gouvernement, aux abois, chercha à se procurer de l'argent en aliénant, comme il l'avait fait souvent, une partie du domaine public. Le roi vendit ou plutôt engagea, d'après Vigier de la Pile, moyennant 12,500 livres, ce terrain où il ne restait que de mauvaises masures, et quelques domaines adjacents, ainsi que tous les droits seigneuriaux, les rentes, la justice haute, basse et moyenne, la pôche sur la rivière, au sieur Guillaume Deval, président de l'Election d'Angoumois, qui dès lors possédait le domaine de la Lesche, tout près situé. En effet, à partir de cet instant, les Deval prirent le titre de seigneurs de Touvre jusqu'à la Révolution et adoptèrent même un blason. Mais ils ne gardèrent pas longtemps l'ensemble du château, car à la date du 26 avril 1738 Jean Deval, seigneur de Touvre, avocat en la cour de Parlement de Paris, fils du précédent, donnait en baillette, à la charge de trois livres de rente, à Antoine Bataille, un mas appelé les masures du petit-château, séparé par les fossés des masures de l'ancien château. Par acte du 8 octobre 1736, il avait déjà cédé, pour pareille rente, à Marie Catafort, veuve Demay, un terrain proche les fossés de l'ancien château, avec droit de pacage sur cet emplacement; il lui donnait également la permission de prendre du moellon et du sable dans l'enceinte du vieux château, pour construire deux chambres sur le terrain vendu, ce qui semble prouver qu'il existait encore des débris assez considérables.

En 1764, le sieur Caminade du Chateney, avocat du roi au siège de Cognac, était substitué au sieur Deval comme engagiste de la seigneurie de Touvre, et en 1779 il s'y trouvait encore. Mais alors lecomte d'Artois, apanagiste de la duché d'Angouléme, voulut rembourser les engagistes et rentrer dans les domaines qui avaient été cédés en 1703. On sait, en effet, que le droit féodal n'admettait aucuns biens personnels aux rois; tout ce qu'ils avaient appartenait à la France, et lors de leur avènement au trône, les biens de toute sorte qu'ils avaient pu acquérir auparavant étaient réunis au domaine de l'État. Le roi ne pouvait donc vendre; dans les moments de détresse, il engageait ses domaines, mais la clause de résolution ou de retrait y était toujours insérée ou sous-entendue ; aussi ces cessions étaient faites aux engagistes, on peut le dire, à vil prix. Ainsi, la seigneurie de Touvre, qui avait été engagée pour 12,500 livres, comprenait, outre les droits féodaux, de justice, de chasse dans la Braconne et Bois-Blanc, de pêche sur la rivière, 147 boisseaux trois quarts de froment, 17 boisseaux avoine, 18 chapons, 6 gélines et 107 liv. 2 s. 4 d. en argent, au devoir envers le roi de l'hommage d'une perdrix rouge à chaque muance ou mutation de vassal. En 1779, le sieur Caminade dut donc produire ses comptes pour être remboursé, et le château, ou du moins son emplacement, déjà en culture, rentra dans le domaine royal, d'où il était sorti depuis soixante-seize ans. Mais au moment de la Révolution, ces biens furent saisis sur la tête de Charles-Philippe Capet, émigré, et vendus de nouveau.

Source : Le château de Touvre, de Stéphane-Claude Gigon.

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Liste des émigrés du district de Nontron

Liste des noms, surnoms et ci-devant état ou grade des émigrés du district de Nontron, département de la Dordogne.

Saunier-Dupleissac les six frères, un ci-devant garde-du-corps, un autre ci-devant officier d'infanterie.
Moreau-Monjulien, ci-devant gendarme.
Hienier-Beaupoil-St-Aulaire, ci-devant noble.
Claude Royère, idem.
Jean Sauvo-Puifort, idem.
Lamberterie, ci-devant garde-du-corps.
Les deux Escravayat-Labarrière, l'aîné ci-devant gendarme, l'autre ci-devant officier d'infanterie.
Alexandre Chareyroux, ci-devant noble.
Marenda-Ducousset, idem.
Lacroix-Durepaire, idem.
Gratereau-Desgroges, idem.
Pierre Basset-Desrivailles, ci-devant cordelier.
Lassalle-Duvignau, ci-devant gendarme de la garde.
Antoine Faurichon.
D'Escars, ci-devant cordon-bleu, maître d'hôtel du ci-devant roi.
Beaumont, ci-devant noble.
Pierre Champagnac, ci-devant officier d'infanterie.
Aubin Boulouneix, ci-devant noble.
Jean Roinial-Desmoneix, ancien page.
Brie-Delagera, ci-devant noble.
Roux-Romain, ci-devant garde-du-corps.
Manadeau.
François et Alexis Conan, tous deux ci-devant officiers d'infanterie.
Déjean-Jovelle, ci-devant noble.
Saunier-Mondevy, idem.
Les deux Texier frères, idem.
Joseph Astellet, idem.
Camain-St-Sulpice fils, idem.
Les deux Lafaye plus jeunes, ci-devant officiers d'infanterie.
Dussieux, ci-devant noble.
Monbadur-Desport.
ViIIars-Pontignac aîné, ci-devant officier de cavalerie.
Montardi-Lapalurie père et fils, ci-devant gardes-du-corps.
Pierre Lamberterie, ancien officier d'infanterie.
Les deux Fayard fils, ci-devant noble.
St-Paul, idem.
Lagarde fils, idem.
Moreau-Moncheuil fils aîné, idem.
Pindray-Dambelle, idem.
Jean Beliard-Baupré, volontaire du 2e bataillon de la Haute-Charente.
Javerlhac, sa qualité et état inconnus.
Teyssonnière, idem.
Trion-Legurac, idem.
Dordière, idem.
Villars-Pontignac cadet, ci-devant garde-du-corps.

(Le Chroniqueur du Périgord et du Limousin, 1856)

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Les mœurs nontronnaises

Les La Roussie de La Pouyade. — Étude de mœurs nontronnaises.
Auteur : Aymar de Saint-Saud

Grâce à notre collègue, mon cousin, le marquis de La Garde Saint-Angel, dont j'ai pu consulter à loisir les importantes archives de son château de La Pouyade, d'autant plus intéressantes qu'à l'encontre de la plupart des chartriers existants elles contiennent des lettres de famille et quelques documents presqu'intimes, j'ai pu faire l'historique d'une famille de Nontron, historique qu'on pourrait aussi bien intituler Grandeur et Décadence. On verra dans les pages suivantes où pouvaient bien conduire l'amour-propre de certains enrichis, leur manie de procès d'une part et, d'autre part, l'inimitié de nobles d'extraction jaloux des nouveaux anoblis.

I. — Les La Roussie de Nontron, XVIe siècle.

I. — Pierre de La Roussie, dit Le Vieux (1496-1537). — Dans une des rues hautes de Nontron, au fond d'une maison, dont une large baie en plein cintre s'ouvrait sur la chaussée étroite aux acheteurs au détail que servaient des commis, se tenait un homme qui, au commerce de la boutique, joignait celui du gros et celui plus lucratif des monnaies d'or et d'argent, qu'il pesait avec soin sur son trébuchet, gagnant — ou même perdant, mais ce plus rarement — au change, tout comme les agioteurs véreux actuels de l'Europe centrale. Pierre de La Roussie — c'était son nom — maniait les écus sonores et savait fort bien les faire sortir de sa bourse pour entrer dans celle de ceux, artisans ou gentilshommes, que la Renaissance naissante amenait à commercer ou à emprunter pour compléter des achats d'offices lucratifs ou honorables, de terres roturières ou nobles, ou simplement pour faire figure aux, armées soit par eux seuls soit par les troupes qu'ils tenaient à honneur de lever et d'entretenir. Si des prêtres eux-mêmes sont couchés sur ses registres, c'est que la chasse aux bénéfices ecclésiastiques commença dès le concordat signé entre Léon X et François Ier.

Pierre était majeur dès 1496. Il est cité dans une reconnaissance en faveur du seigneur de Puycheny, au 15 février, concernant le village de Masfourens, dont les rentes furent vendues, en 1583, à Bertrand de Fayard, seigneur des Combes, par P. de La Roussie (1). Il mourut peu avant juin 1537.

Dans plusieurs pièces de cette époque sont nommés Jean de La Roussie, dit Le Jeune, notaire à Nontron, une Anne de La Roussie, mariée à Jean Drouin. Je les crois frère et sœur de Pierre Le Vieux. Du reste, à cette époque-là, une autre branche des La Roussie faisait fortune par les forges — on sait leur importance dans le Nontronnais — et se faisait anoblir en 1639 en la personne de Méric de La Roussie, dont les fils n'en durent pas moins payer 1747 livres pour confirmation de noblesse, lors de la Recherche de la Noblesse de 1666-1671 (2).

Un de leurs descendants Pierre, du château de Bonrecueil, fut conseiller en l'Election de Périgueux ; quand, en 1716, il épousa Marie de Maillard, il se qualifiait de seigneur justicier des paroisses de Ladosse, Beaussac et Saint-Sulpice-de-Mareuil. Le fer se changeait alors en or. Que n'en est-il de même de nos jours, où les jetons dorés prennent rapidement une teinte ferreuse ?

Si nous ignorons le nom de la femme de Pierre de La Roussie, nous connaissons celui de ses enfants : Etienne, qui « tenoit bouticque » à Nontron et fut héritier universel de son frère Jean, marchand à Nontron. Celui-ci testa le 15 décembre 1553, demandant que cent prêtres assistent à ses obsèques, nommant sa femme, Anne Rasson, léguant à sa sœur Marguerite, veuve de Pierre Pailhet, la propriété (sic) qu'il avait acquise à la Bussière, paroisse d'Agonac. Il fait des legs à ses neveux Arbouneau. En effet ses sœurs, Anne et Agnès, épousèrent deux frères, Jean et Jacques Arbouneau. Le contrat de Jacques fut signé le 18 juin 1536, en présence de « honorable mestre Pierre de La Roussie... le Vieulx », père d'Agnès.

II. — Etienne de La Roussie (1510 ?-1578 ?) — S'il nous avait été possible de consulter les anciennes minutes des notaires de Nontron, que de renseignements nous y aurions trouvés, complétant d'autant plus les nôtres que, même au XVIIe siècle, les La Roussie d'alors, quoiqu'ayant fermé boutique, résidaient fréquemment dans cette ville et y passaient tous leurs actes ! Ainsi sur Etienne nous ne connaissons que peu de chose. La date approximative de sa naissance est connue et nous savons seulement qu'il dut mourir vers 1578, parce que, le 28 mai de cette année-là, ses enfants adressaient une supplique au sénéchal du Périgord pour procéder au partage des biens paternels.

J'ai parcouru quelques-uns de leurs livres de comptes et, pour prouver que lui comme son père, sans cesser de tenir boutique, faisait la banque, je relève, rien que pour avril 1554 par exemple, que 60 obligations lui sont consenties par sousseings notariés.

Etienne chercha à faire un mariage avantageux et il y réussit assez bien. Par articles du 13 juin 1541, passés au château de Montcheuil paroisse de Saint-Martial-de-Valette, portant règlement et partage de famille, « maistre Estienne de La Roussye, fils de mestre Pierre... marchant » épousa Françoise de Puyzilhon, à qui il était fiancé depuis un an et demi, fille de feu « honnorable maistre Helies de Puyzhillon », juge de Nontron, seigneur de Villejalet, sœur de « honneste homme Iacques de Puyzilhon, marchant de Nontron, tuteur de Estienne, Jehan et François de Puyzilhon ».

Jean de Puyzilhon susdit, d'abord prieur de Nontron, devint prévôt et doyen des chanoines des églises cathédrales (sic) de Limoges et de Saint-Martial. On parlera de lui plus loin. Est-ce par cette alliance que l'esprit des La Roussie devint processif ? C'est possible. La mère de Françoise était une Audier de Montcheuil, prénommée aussi Françoise, d'une famille de riches maîtres de forges, si je ne fais erreur. Or, voilà que quelques années après ce mariage, en 1559, Martial Audier, seigneur de Montcheuil, s'empare du village et du moulin noble de Villejalet, en Nontronneau, bien que vendus pour 750 livres à feu Hélie de Puyzilhon, juge de Nontron, par feu Pierre Audier, prieur de Nontron, et par Jean et Martial Audier, seigneurs de Montcheuil, frères, et par Jean Rey, curateur de Marie et de Marguerite Audier. Est-ce cette affaire, là qui se termina par la mort de M. de Montcheuil, 12 jours après avoir été attaqué et blessé par un nommé Deschamps ?

Etienne de La Roussie n'eut à ma connaissance comme enfants que : Jean, dont il sera parlé plus loin ; Guillaume, vivant encore en 1559 ; Etienne, mort sans hoirs après son père ; Marguerite, mariée par contrat du 28 octobre 1568 à Jean de Labrousse, fils de Dauphin, alliance qui détermina de sanglantes contestations ; et autre Jean, peut-être aîné. Celui-ci naquit en 1533. Qualifié de « Me Jehan de Laroussie, me ez harts » il reçut, par bulle du Saint-Siège, en janvier 1597, sa nomination de prieur commendataire de l'abbaye de Saint-Sauveur de Nontron, à la suite de la résignation de Justin de Barghac (3). Il en prit possession en mars suivant. Nul doute que ce ne soit lui qui détermina la vocation ecclésiastique de son neveu.

J'inscris, mais aussi avec doute un autre Jean (serait-ce ce Jean, le cadet ?) marié avant 1581, avec Jeanne du Barry, née vers 1558 (4). Il sera parlé d'elle plus loin.

III. — Jean de La Roussie (1560 ?-1606 ?). — Tout marchand à Nontron qu'il soit, il n'en possède pas moins des fiefs nobles, moyen assez sûr de conserver la fortune léguée par ses aïeux du XVIe siècle, de nouvelles mœurs ont pris racine et ont créé « une atmosphère d'appétits sans frein. Elles étaient nées de la guerre, engendrées par l'oisiveté, des camps, la vie facile chez l'habitant, l'habitude des aventures. Celui qui, de près ou de loin était mêlé au trafic, en avait subi l'influence (5) ».

Jean de La Roussie est qualifié de seigneur du Breuilh, repaire noble dans Saint-Martial-de-Valette ; des Verrières, maison noble dans la ville de Nontron, sise sur la grande rue du cimetière ; du repaire des Courrières, qu'il échangera, en 1587, avec M. de Saint-Mathieu « qui m'a laissé, dit-il dans son livre de raison, en retour la rante qu'il avait sur Lapouyade. Il s'en est réservé la iustice et l'hommaige ». Ceci indique bien que, dès 1587, Jean avait acquis la terre de La Pouyade, dans Saint-Angel.

Nommons de suite sa femme, Marguerite Drouin, fille de Jean Drouin ou Drouyn, négociant en fer, sinon maître de forges, en relation avec les Bertin, les Bascharetie, les du Theil, seigueurs de Pommiers, tous maîtres ferrons, comme on dirait en Normandie. Disons aussi, avant de parler des procès de ce ménage, car ils n'avaient pas un caractère facile — les biens hérités ou acquis furent l'objet de terribles compétitions — que, veuve dès 1607, Marguerite vivait encore en 1630.

En 1599, Jean de La Roussie était en procès avec Jean de Seguin, seigneur de Saint-Front-de-Champniers, décédé peu avant septembre 1630, laissant comme héritier Nicolas de Châteauneuf, seigneur du Breuilh et dudit Saint-Front. Celui-ci dut céder à Bertrand de La Roussie, fils de Jean, coseigneur déjà de la tenance de la Brousse, dans Saint-Angel, l'autre partie de cette tenance que Jean de Seguin tenait de feu Hélie de Labrousse, sieur des Chapoulies. J'insiste sur ce point parce qu'il est possible que le nom patronymique des Labrousse, marquis de Verteillac, vienne de cette terre. Il ressort en effet, de plusieurs actes des archives de La Pouyade, que ceux-ci descendent de la famille nontronnaise, alliée aux La Roussie et avec laquelle ils eurent plusieurs difficultés.

Le seigneur de la Pouyade fut accusé d'assassinat (à ces époques-là ce mot ne signifiait pas toujours homicide), conjointement avec Jean Faure, seigneur de la Roche-Pontissac (6), par une certaine Jeanne Pouyade, veuve de Mathias Bouthet, laquelle récusa nombre de parlementaires bordelais comme proches parents des Faure. En 1603, il eut ses biens et fruits saisis par Thibaud de Camain, conseiller au Parlement de Bordeaux, et par son frère, Pierre, ce fut le début de la haine mortelle qui dura près d'un siècle. D'autre part, Alain Faure (7) obtint contre lui ni plus ni moins qu'une condamnation à mort, par défaut ou contumace il est vrai.

Une fois Jean de La Roussie mort (vers 1606), sa veuve continue les procès. Elle envoie à Bordeaux son neveu de Labrousse, fils de sa belle-sœur, Françoise de La Roussie, soutenir une cause contre MM. de Marquessac et Faurichon. Mais elle néglige, semble-t-il, de garnir son escarcelle. En lui accusant réception de 12 livres, réduites à « onze livres moins un sou six deniers » parce qu'on lui a fait perdre sur « une grande pistole de Gênes 18 sous » qui ne fut prise que pour six livres et un tesson de Gênes, le jeune Labrousse écrit qu'il en coûtera 4 écus pour le 1er acte, un écu pour l'avocat, un écu pour le greffier criminel, un demi écu pour faire chercher le procès, et « pour faire porter chez messieurs les gens du roy c'est deux cents esculz », puis pour plaider à l'audience, 4 écus.

Plus tard, Marguerite Drouin plaide contre François de Veyrières, seigneur, de Fontpatour et de la Renaudie par sa mère, Marie du Barry (8), et Jean de Saint-Aulaire, seigneur de Quinsac, époux de Jeanne du Barry. Dans cette affaire, est relaté que « un contract faict entre le sieur de Sainct-Aulaire à Jehanne du Barry, espouze de Jehan de La Roussye fust faict le 2 may 1581 ».

Le chanoine de Puzilhon, oncle de Jean de La Roussie, ayant été habiter chez Marguerite Rougier, veuve d'Etienne de Labrousse, conseiller au présidial de Limoges, celle-ci le circonvint et mit le grappin sur une partie des biens des La Roussie. Marguerite Drouin, devenue veuve, ne voulut pas que ses enfants fussent frustrés de toute ou partie des biens de leur grand oncle, le chanoine. Alors, trouvant sans doute trop lentes les formalités procédurières pour leur rendre ces terres, résolut-elle de se faire justice elle-même, ainsi que l'apprend une requête au Parlement de 1609, de Philippe de Labrousse, seigneur de Teyssonnière. Il raconte qu'au moment où il allait vendanger la vigne de la Costaire, près de Milhac, arrivent en furie Marguerite Drouin et deux de ses filles, accompagnées de sept ou huit soldats « armés d'espées et de poignards » qui le forcent de déguerpir sous menace de mort, bien que ce tènement lui appartienne comme dernier enchérisseur des biens du feu chanoine. Ah ! elles n'y allaient pas de main morte, ces dames !

La susdite dame de La Pouyade devait posséder des forges, d'où procès d'un autre genre, d'après une lettre qu'elle écrivait à l'un de ses fils, Bertrand probablement, alors à Paris :

« (Votre lettre) m'a balhée beaucoup de joye et a toute nostre companye du bon arrest qu'avez obtenu, dont nous en louhons Dieu. A Perigueux il a esté ordonné qu'ung commissaire de la Cour prevottable se transporteroyt sur les lieux pour la vizitte des fourneaux. » En mère pratique, elle ajoute : « Je vous prie de n'oublier les chappeaux de vos frères, que vous promettez que si travaillent fort à l'étude. »

Quels étaient donc les enfants de la dite dame ? Nous parlerons d'abord des cadets car Bertrand l'aîné et ses enfants feront le sujet d'un chapitre spécial.

D'abord deux Jean, dont l'un fut avocat et un Etienne morts sans alliance. Dans son livre de raison leur père s'étend longuement sur leur naissance et leur baptème. Un Etienne-Jean, sieur du Breuil, officier, décédé avant 1636, puis Françoise, morte de la peste avec son mari, Hélie Rousseau, et un de ses enfants, à la Pouyade, où leur mère s'était réfugiée, fuyant Nontron, où sévissait l'épidémie. Marguerite, unie le 20 février à Hélie du Faure, sieur de la Loubière. Anne, dont le contrat de mariage avec le notaire, Joseph Fonreau, fut signé à Nontron en 1610. Elle n'eut en dot que 2000 livres, deux robes en serge de Florence et en camelot de soie, un cotillon de soie et un d'écarlate. Marie alliée en 1614 à Hélie Eyriaud, fils de Dauphin, marchand. Ils eurent une fille recueillie par sa grand'mère après la mort de sa mère ; elle fut enlevée à 16 ans. Ces rapts étaient bien dans les mœurs de cette époque. Autre Marguerite, religieuse à Boubon, avec promesse de 500 livres de dot ou 46 livres de pension annuelle (le salaire d'une semaine pour bien des servantes de nos jours).

Sa vocation était-elle bien sérieuse ? On peut en douter : d'après ses vers, dont voici un échantillon :

Nous estions en l'automne et ia l'oiseau cresté
Qui annonce le iour deux foys avoit chanté,
Les trois pars de la nuit estoient desia passées
Quand, lasse de travaille d'amoureuses pensées,
Je reçus le sommeil qui, coulant gratieux,
Fit cesser les ennuis de mon cœur soucieux.

Sur ce Jean, assez de choses à dire. Il est bon de connaitre. les mœurs et coutumes ecclésiastiques de cette époque, à peine remise des secousses de la Réforme, Jean, qualifié de sieur de Bénechet et appelé aussi de Puyzilhon, à cause de son parrain le « provost de Verneuil », doyen du Chapitre de Limoges, « nasquit le jour de la Magdeleine 1594, sa marryne madamoiselle de Montcheuil. » Il entra dans les Ordres et son désir d'être prieur à côté de chez lui, lui causa un long procès que nous allons détailler pour faire comprendre combien les bénéfices ecclésiastiques étaient recherchés.

La cure de Saint-Angel et son annexe de Quinsac étaient un prieuré commendataire de l'Ordre de Saint-Benoit, dépendant de l'abbaye de Saint-Pierre d'Uzerche (9). Quand Pierre de Chabans, titulaire du prieuré à la fin du XVIe siècle, décéda, son neveu et héritier, Louis de Chabans, seigneur de Lavignac, s'empara des droits utiles du prieuré qu'il aliéna même plus tard à Guy d'Aydie, seigneur des Bernardière, lequel afferma les dîmes à des gens de Saint-Angel et à Hélie Pourtenc, notaire. Comme il fallait qu'un prêtre fut titulaire (spirituel) du prieuré, L. de Chabans en fit pourvoir, le 8 juin 1601, Pierre Boueyron, alias Boeyron, par Mgr Martin, évêque de Périgueux (10).

Jean de la Roussie, dont la famille habitait à un quart de lieue de l'église Saint-Angel, se fit pourvoir par le Saint-Siège et confirmer par l'évêque de Périgueux le 18 juin 1616, du prieuré en question. N'avait-il pas en effet appris sur Boueyron nommé « par confidance et simonnie » les choses les plus graves, qui semblent confirmées dans une comparution du dit « confidancier du sieur de la vignac » devant son évêque, où « interrogé en plusieurs articles de la charge d'un curé il n'auroit sceu en façon quelconque repondre ni mesmement lire » (!) Si vraiment il n'y a pas d'exagération cela dépasse les bornes. Naturellement, ni le dit Boueyron, qui demeurait à Lisle (11), ni MM. de Chabans et d'Aydie ne voulurent accepter la suppression d'une possession qu'ils prétendaient légitime ; et procès de s'ensuivre.

Ces messieurs, semble-t-il, ne devaient point avoir raison ; les enquêtes démontrèrent que Boueyron non seulement était un incapable mais qu'il ne put même pas exhiber ses lettres de tonsure. (Oh ?). Bien plus, il n'aurait jamais pris possesssion officielle de son prieuré et, partant, n'y aurait jamais célébré d'offices. Le vicaire perpétuel de la paroisse, François de Puyhardy, déclara ne l'y avoir jamais vu depuis sa nomination, en 1612 ; des marguillliers ajoutèrent qu'ils ignoraient jusqu'au nom de Boueyron.

Il est vraisemblable que les seigneurs de Lavignac et des Bernardières furent convaincus de la médiocrité de leur cause, en Cassant aux gages ce minus habens de Boueyron. Mais ne voulant pas se tenir pour battus, après avoir fait enlever les dîmes en nature par M. de La Barde (Pourtenc), grand-père de Madame des Bernardières (12), ils firent instituer canoniquement, comme prieur de Saint-Angel, par le Pape, puis confirmer par l'évêque le 1er janvier 1618, l'Abbé de Saint Astier, Jacques-Louis d'Aydie.

Quel désarroi profond régnait alors en matières ecclésiastiques ! Comment ! voi là trois prieurs pourvus camoniquement du même siège et vivant en même temps !...

Sommé, le 18 janvier 1618, par F. de Fayard, curé de Léguilhac, d'agréer comme prieur le nouveau titulaire, le vicaire perpétuel installa l'abbé d'Aydie (13). Colère de l'abbé de la Roussie, ne pouvant accepter qu'on se jouât ainsi de lui. Aussi, en mai suivant, en exécution de sentences ou d'arrêts en sa faveur, fit-il procéder à un supplément d'enquêtes par André Favard, juge de la prévôté de Thiviers. Jean dut obtenir gain de cause, car, à partir de cette date, il semble en possession paisible de son prieuré, tout jeune qu'il fut — il n'avait pas 25 ans et avait été pouryu à 23 ans.

Il est vrai que le vicaire perpétuel (vulgo curé) de Saint-Angel révéla le très grave fait suivant. Un certain dimanche, l'abbé de La Roussie s'était fait installer en présence de trois prêtres, dont un religieux augustin de Limoges, délégué de son oncle et parrain, le chanoine Puyzilhon. Après la célébration officielle de la messe dans la petite église de Saint-Angel, ces messieurs, une fois la cérémonie religieuse terminée s'en allaient tranquillement dîner à la Pouyade, quand surviennent tout à coup des gens armés, qui à pied, qui à cheval, conduits par M. de Lavignac qui, la Semaine précédente, avait commis des dépradations sur cette terre. « Prieur, clament-ils, parais donc si tu n'es pas un lâche ! » Celui-ci prend bravement la fuite d'un côté, le vicaire, craignant « d'estre offencé » d'un autre. L'Augustin s'agenouille dans un fossé, criant « Miséricorde ! »

La semaine suivante, les mêmes hommes armés envahirent l'église, mais n'en trouvèrent pas le prieur qui s'était méfié. Ah ! On aimait alors à se faire justice Soi-même. La main de fer de Richelieu eut mal à mettre borne à ces us fâcheux.

L'abbé de La Roussie a laissé plusieurs livres de raison dont l'un est la continuation de celui de son père. A côté de sentences et de recettes empiriques, il y a des notes de famille. Je ne puis résister à en donner quelques extraits ; c'est entrer dans le détail de nos mœurs provinciales.

En juin 1621 Jean est à Saint-Jean d'Angély, en juillet à Saint-Julien chez « l'apoticaire » (Louis Eyraud). « Le mardy ie dis la messe au maistre autel et je reviens coucher à Boubon (14), non j'avais dit la messe le lundy et viens coucher à Balevau chez ma cousine du Souchet... Je donna l'argent de 4 douzaines de chappeletz, de 3 livres des statuts, de 4 practiques de Bonal à Couturon... J'ay faict couvrir l'église de Quinsac et mettre une croix sur le clocher et ay payé le tont 15 livres. J'ay achepté une cloche pezant unze nus (sic) à six livres à petit poids, qui monte à escutz... à Quinssac. La Nouaille, filz ayné d'Estienne de La Brousse mena sa femme fille de M. de Cougnassac (un Conan) le 15 aoust. » On était donc alors en paix avec ces parents. Ces cortèges de mariées quittant la demeure paternelle pour aller prendre possession de celle maritale sont bien dans les mœurs de cette époque. L'abbé énumère une partie des cavaliers, car ils formaient, selon l'usage, une chevauchée nombreuse. On y voit un Roffignac de Belleville, le président Nesmond de Chézac, des Conan d'Aucor, des Villars de Minzac. « On courust la bague (15) qui fut donnée à Mr. de Grospuy (Brun), qui la gaigna pour la nouvelle espouze. La Barde gaigna l'autre que sa femme donna et regaigna, puis l'autre madame de Grospuy. Et y estoit aussi la fille de la Roderie (16). et les filles des Combes (17)... Je benitz la cloche de Minzac, le premier dimanche de septembre 1622 et suis esté parrin. » « Le 21 d'aoust 1623 Msr le cardinal de Sourdis feut à Saint-Pardoux et M. l'évesque, et firent deffance d'entrer et de sortir. »

L'abbé décida de se faire « bastir une maison joignant l'esglize de Saint-Angel, moyennant 15 livres, une barrique de vin et deux charges de bled. » Même pour l'époque c'était bon marché. Il donne sur les Loménie, famille de sa belle-sœur, de nombreuses notes. « L'an 1626, le 30 janvier... Sont venus en cette ville (Nontron) les religieuses de Sainte Claire... Ce jour de dimanche, le 12 iour du moys de janvier 1620 (sic) (18) une heure avant le jour est venu un tremblement de terre en cette ville de Nontron. » A ces époques là, les prêtres ne disaient pas la messe tous les jours ; ainsi du 26 décembre 1619 au 28 janvier 1620, c'est-à-dire en 33 jours, l'abbé ne célébra que 14 fois.

Parmi les recettes empiriques, qu'on trouve sur les carnets de Jean La Roussie, en voici une assez curieuse : « Pour faire paroistre la mousse aux joues d'un homme à cheval. Il faut prendre du sçavon de poisson et le mestre entre l'arson et la couverture de la selle qu'aura le cheval, pourvu qu'elle ne soit guère épaisse et qu'il fasse fort chaud. La chaleur fera fondre le dit sçavon, qui se glissera le long des habits du cavalier et lui viendra sortir en escume au collet du pourpoint. »

L'abbé de La Roussie devait mourir jeune, à 33 ans, le 27 octobre 1627. A sa mort les difficultés du prieuré de Saint-angel de recommencer, car l'avait-il résigné ou non ? Voici ce que dit, à ce sujet, une consultation d'avocat. « Néanmoingts par alliance, qui estoit entre Bertrand de La Roussie, frère dud. sieur prieur, et Yzabeau de Romanet sa femme, niepce de Jean Loudeys baron de Veyrac (19), beau-père de mestre Jehan de Grandssaigne, lequel avoit un fils nommé Jehan. » Ceux-ci engagèrent le sieur de la Pouyade à faire une fausse résignation du prieuré qu'il fit accepter pour 200 livres par un notaire de Nontron. Les temoins de cet acte faux auraient reçu un habit complet, une charge de blé, une barrique de vin, on aurait falsifié le sceau du prieur. Mais après son décès, feu François du Barry, curé de Milhac, et Jean Guimbelot, prêtre, impétrèrent le prieuré, supposant bien que Jean de La Roussie était décédé sans avoir fait de résignation et que Jean de Grandsaigne n'était qu'un prieur fictif. L'avocat ajoute que dans le mémoire à présenter en Cour de Rome, il ne faudra pas manquer de dire que le prieur de Saint-Angel n'y réside pas car il possède deux autres cures.

Jean de Grandsaigne morrt, son frère Jacques lui succède et prend possession du prieuré. Mais les d'Aydie battus par les La Roussie reparaissent et voilà qu'en 1641 le jeune Charles d’Aydie, seigneur de la Barde et futur commendataire de Boschaud, se prétendant pourvu des biens prioraux de Saint-Angel, en saisit les fruits, à main armée naturellement. Un arrêt du parlement de Bordeaux, du 30 mai 1644, rend non recevable sa poursuite. Alors apparaît François d'Aydie, clerc tonsuré, futur prieur commendataire de la chapelle Saint-Robert (20), au lieu et place du curé de Saint-Paul-Lizonne, Jean Guimbelot, quand, le 10 mars 1645, intervient un nouvel arrêt du Parlement maintenant les Grandsaigne em possession.

Est-ce enfin terminé ? Non ! Le 22 juillet 1651 surgit un certain Jacques Andrieu, qui se prétend à son tour prieur de Saint-Angel. Il exhibe devant Pierre Martin, curé de Milhac, des provisions reçues de Rome et impétrées à la chancellerie épiscopale de Périgueux, quatre jours plus tôt ; il le requiert de le mettre en possession, ce qui fut exécuté et à Saint-Angel et à Quinsac. Grandsaigne l'attaque. Que s'ensuivit-il ? Je l'ignore ; je sais seulement qu'en 1659 l'affaire n'était pas terminée. Elle durait depuis vingt-cinq ans. O tempora ! O mores !

En août 1659, Jacques de Grandsaigne, prêtre, « prieur de Saint-Angel », et son frère François, seigneur de la Borderie et du Teil d'Essenat, demandent au parlement d'obliger Bertrand de La Roussie de leur payer la dîme paroissiale et d'en terminer avec le procès Andrieu. Pour en finir : en 1683, Jean de Grandsaigne se disait prieur commendataire de St-Angel, et en 1686 David Estève prenait possession de ce prieuré, qui venait d'être le sujet de compétitions déplorables.

II. — Elévation de la famille.

La fortune acquise lentement et honorablement par ses aïeux dut tourner un peu la tête de Bertrand de La Roussie, fils aîné de Jean et de Marguerite Drouin. Rien d'étonnant non plus à ce que celle-ci ne lui ait mis en l'esprit des idées de grandeur qui lui furent plutôt nuisibles qu'utiles. Où Bertrand fit-il son éducation ? A Paris peut-être. Quand, pourquoi et comment fut-il anobli ? Je n'ai pu en trouver trace, mais il se qualifiait d'écuyer dès 1633 (son contrat de mariage), puis, alors et dans la suite, de seigneur de la Pouyade, du Breuil, du Cluzeau, de la Brousse, de Teyssonnière, de la Jartre. Lorsqu'il décéda en juillet 1666, l'inventaire de ses biens indique des métairies dans Saint-Angel, dont Tourbanié ; dans Saint-Martial-de-Valette, dont le Bourdeilhou ; des maisons dans Nontron, dont celle dite de Mr le Doyen. Peu après son mariage il se qualifie de chevalier, de conseiller du Roi en ses Conseils (les mots d'Etat et Privé ne figurent pas), de chevalier de l'Ordre de Saint-Michel et de gentilhomme ordinaire de la Chambre du Roi.

De tels honneurs ne vont pas sans dépenses, aussi Bertrand dut-il aliéner de ses biens ; il vendit jusqu'à de son argenterie. On verra plus loin qu'il laissa ses enfants dans une situation assez précaire. Il est regrettable de ne pouvoir connaître ce qu'il fit pendant sa jeunesse. Sa position le tint certainement éloigné du Périgord, et, chose anormale, il se maria non seulement longtemps après la mort de son père, mais à l'âge de 37 ans, car il fut tenu sur les fonts baptismaux le 16 août 1589 par M. de Montcheuil et Anne du Reclus.

C'est le 28 octobre 1626 que ledit seigneur de la Pouyade épousa Isabeau de Romanet, fille de Léonard, avocat, prévôt de la juridiction de Limoges, et de Marie des Cordes. De cette union naquit une fille unique, Marguerite, dont la dot, 1200 livres, quand elle épousa en 1654 un des meilleurs gentilshommes du pays, François du Barry, seigneur de la Beytour, ne semble guère avoir été payée, car leur fils réclamait en 1696 à son oncle, l'abbé de La Roussie, du blé ou de l'argent, disant que « l'on ne peut demeurer sans manger pain ». En 1659 son père du reste s'était uni avec son beau-père, Bertrand, pour assigner en justice les nommés Gassion et Merlanion, qui à la tête de 10 ou 12 hommes « armés de pistollets et mousqueton » s'étaient emparés de bœufs de métairies, sous prétexte de non paiement des droits de francs-fiefs.

Mlle de Romanet vécut peu d'années et Bertrand convola en secondes noces. Cette nouvelle union était faite pour augmenter son amour-propre. S'allier aux Loménie, même au XVIe siècle, était des plus flatteurs. Cela ressort de plusieurs documents que j'ai eus sous les yeux ; le prieur La Roussie ne manquait aucune occasion d'en faire parade. C'est à Faye, paroisse de Flavigny, que, le 9 août 1633, fut signé le contrat de mariage du seigneur de la Pouyade et autres lieux, avec Marie de Loménie, fille de Guillaume et de Simone de Loménie, dont le père, Pierre, était conseiller à Limoges. Un frère de Marie fut évêque de Marseille, conseiller d'Etat et prédicateur du Roi ; il laissa une meilleure réputation que son arrière neveu, le cardinal Loménie de Brienne. Cette famille était alors plus riche en enfants (ils étaient quatorze) qu'en écus.

Bertrand, ayant contracté des dettes, fut dur par force pour ses enfants, qui ne cessaient de crier misère. Il eut aussi procès sur procès ; sa faconde, peu en harmonie avec sa modeste naissance, contribua à le faire malvenir de ses voisins, gentilshommes de meilleur crû, les Lamberterie du moins, car les Camain... On lui pardonnait difficilement l'origine de ses ducats provenant en partie des gros intérêts de prêts consentis à des ancêtres.

Tout conseiller aux Conseils du Roi qu'était Bertrand de La Roussie, il n'en fut pas moins mis en prison... Son beau-frère, Romanet, lui écrivait en effet de Limoges, le 2 août 1655, « vostre prizon m'ayant donné beaucoup de desplaysir, j'ay reçu les nouvelles de votre liberté avec grande satisfaction. Je n'ay peu voir M. de Labeytour vostre gendre ni madamoizelle sa femme ma niepce ». Qu'avait donc pu faire l'orgueilleux seigneur de la Pouyade pour passer la geole ? Fut-il compromis dans une sédition qui éclata à Nontron ? Le 22 juin 1663 — bien postérieurement à 1654, il est vrai — M. de Saint Luc enjoignit au vice-sénéchal de Périgueux d’ordonner au garde, qui était à la Valade, de faire rendre les bestiaux saisis sur M. de La Pouyade, parce qu'il n'avait pas pris part à la sédition de Nontron (21).

Il s'allia naturellement avec ses frères, pour les revendications de la fortune de l'oncle de Puyzilhon, le chanoine.

Comme je l'ai dit on aimait que trop encore, à ces époques, à se faire justice soi-même. En mars 1640, il fut procédé à une enquête judiciaire à la demande de Bertrand, demandeur en excès contre « le sieur de la Mothe, filz du seigneur comte d'Escars (22), Louis Dubreuil musnier, le sieur des Eyssartz, troisième fil du sieur des Méolles », etc. Les témoins déposent que sur les 4 heures de relevée le dit des Cars se présenta, à la tête de 40 à 50 hommes armés, devant le portail de la basse cour de la Pouyade, le brisa, escalada la muraille intérieure, brisa les vitraux de la chapelle, pilla le château. Il aurait commis des excès pires, au dire des « damoizelles de la Pouyade » sans l'intervention de MM. de Mirabel et de Langlade, père et fils (23), qui devaient plus tard tourner le dos à leurs voisins la Roussie.

Ce n'était pas une raison suffisante pour diffamer l'illustre famille des Pérusse des Cars, comme on le voit dans un papier de la Pouyade, où, pour mieux corser la plainte, il est dit qu'ils descendent de « Jacques qui vint en France avec la Reyne Catherine de Médicis, lui servant de valet de piet... son cognom estait de Pérouch, ce qui est le nom d'une ville d'Italie, dont il étoit natif ». La raison de cette calomnie absurde provient de dires qui couraient à cette époque sur les Pérusse comme étant venus au moyen âge de Pérouse.

Après une vie agitée et non sans déboires — il ne devait s'en prendre qu'à lui-même, — Bertrand de La Roussie mourut en juillet 1666.

Il est utile, avant d'aborder le récit tragique de l'assassinat de son fils, Guillaume, de parler succinctement de ses enfants, sauf de l'aîné, Pierre, dont l'article commencera le chapitre suivant, à cause de détails originaux et typiques les concernant.

D'abord les fils : Jean, baptisé à Nontron en 1635, décédé jeune ; Guillaume, sieur de Faumeaux, mort avant 1677 ; puis Etienne, sieur de la Jartre, qui suit, et François, le Jésuite, dont il sera ensuite question.

Etienne, docteur en théologie, eut son celebret en 1684. Son frère, le Jésuite grondeur, lui rappelant que des prêtres, jaloux de ce qu'il disait la messe à la Pouyade les jours de fête, veulent l' « inquieter auprès de l'évêque » ajoute dans une lettre « Vous omettez beaucoup de mots, surtout à l'introit, au crédo, à la préface... vous faites de tems en temps des grimaces. »

Tuteur de son neveu, Pierre, Etienne eut comme tel bien des difficultés, car les dettes paternelles n'étaient pas payées ; il fallut emprunter. Quand aux échéances capital et intérêts n'étaient pas réglés, on devait trouver des moyens de procédure. C'est ainsi que nous le voyons en 1700 poursuivi tout personnellement comme tuteur par des parents auxquels il avait cru bon de s'adresser, tels que Pierre de La Roussie, sieur de Fontenelle, maître des forges du Rudeau et des Bernardières, et autres fils de Léon, juge des Combes (24).

Il fut l'objet d'une tentative d'assassinat, comme on le verra à l'article de son neveu. Cela prouve — car il n'y a pas de fumée sans feu — que lui aussi avait excité l'ire de ses voisins.

Quant à François, appelé d'abord le sieur du Cluzeau, entré dans la Compagnie de Jésus, ce fut la forte tête de la famille. Mme de Loménie, religieuse à Saint-Léonard, dans une lettre adressée, en 1656, à sa nièce, Marie de La Roussie, religieuse à Boubon, se plaint de la famille de celle-ci et dit que le père de François, qui alors faisait ses études, laissait son fils manquer de tout. Elevé ainsi à rude école, François comprit, jeune encore, quels devoirs lui incombaient ; aussi morigène-t-il souvent. N'écrit-il pas : « Il est étonnant que vous autres (ses frères), estant si avares à mon esgard, vous fassiez un plaisir de me chagriner par vos ports de lettres... ? A chaque fantaisie, qui vous monte par la teste, vous m'écrivez par la poste surtout pour des bagatelles. » Suivent forcé conseils à son frère, l'abbé, sur leurs procès.

Aux procès provenant de la mauvaise gestion paternelle; n'en ajoutaient-ils pas eux-mêmes ? Dans une lettre à son frère, Pierre, le chevau-léger, le Jésuite récrimine au sujet du testament de leur oncle, le prieur du Verdois (un Loménie), et il l'incite, avant de partir pour l'armée, de bien expliquer, dans ses dispositions testamentaires, tout ce qui leur est dû par la maison de Faye (25). Il ajoute « vous sçavez que Nexon, l'aisné qui est mort, par son testament substitue à son frère les enfants de La Judie sans rien-vous donner (26). Nexon, qui fut tué à l'armée, ne fit nullé mention de vous dans son testament. Vous devez lui rendre la pareille. »

Une autre fois, à propos d'un précepteur que M. de La Pouyade venait de prendre pour son fils, le bon Père écrit : « Je vous conseille de faire appliquer tout de bon le petit libertin à l'estude ; c'est un petit coureur. Je ne voudrois point que son précepteur lui permit de parler la mais que françois, il sait déjà assez de jargon périgourdin. » Il ajoute, le coquet ! tout religieux qu'il est : « Nostre tante de Saint-Léonard m'a mis entre les mains un très beau bonnet, piqué et enrichi de beaux ouvrages avec la coeffe garnie de dentelle, pour nous servir la nuict. » Puis en esprit pratique : — son frère devait être veuf — « Je voudrois bien que nous puissions maintenant vous trouver un party, où il y eust de l'argent, pour vous ayder à sortir d'affaire... Les partys de Limoges sont très peu de choses. » — Les coureurs de dot sont donc de toutes époques !

Passons aux filles du second mariage de Bertrand. Je n'en connais que deux : Marie, baptisée en 1639, et Marguerite. Sur cette dernière, il est utile de s'arrêter un peu.

L'aînée, dite Mademoiselle du Breuil, entra dans l'Ordre de Fontevrault, à Boubon, en Limousin, où une de ses tantes avait été religieuse. Elle dut faire sa profession vers 1656, car sa tante de Loménie, religieuse à Saint-Léonard, lui écrivait cette année-là à Boubon pour lui demander si elle avait fait sa profession. Quant à Marguerite, elle fut mise en pension à Saint-Léonard, dans l'espoir que sa tante la religieuse l'accepterait pour rien. « Envoyez à vostre fille, écrivait la même religieuse en 1666 à Madame de La Pouyade, des brasières divers pour s'abiller les matins et des souliers et des bas, les siens ne valle rien. » La pauvre enfant, trois ans après, crie misère et dit combien les religieuses sont mécontentes de ce que sa pension ne soit pas payée. Elle réclame un cotillon de dessous, des coeffes, des souliers... Je suis reduitte dans une sy grande messecité que ie n'é pas un denier pour avoir un laset » L'abbé avait promis de l'argent, mais la supérieure ne reçut rien. » Il cause à cette communauté la perte de plus de mille escus ; il ne vous sauroit dire la colère où toutes sont. » Le 4 août 1670, la Sœur de Loménie de Faye envoie un valet de la communauté chercher à la Pouyade de l'argent et de la toile. A sa lettre est jointe une lettre de la pensionnaire où elle dit combien elle « ressent le peut de soing que vous avez de moy, car je suis reduite dans une grande messe cité... avoir compation et m'envoyer de l'argent pour avoir un habit car le mien est tout en pièces... des soulliers et de la toille pour faire des chemises... » Elle ajoute ce cri du Cœur, qui ne fut pas plus entendu que le reste : « faites vostre possible pour venir me retirer, car il é bien temps. » Rien ! En 1672 elle supplie sa sœur religieuse à Boubon. Rien ! On espère sans doute que la vocation lui viendra.

En 1677, la Sœur de Loménie écrit à son neveu de La Roussie que sa sœur « désire... étrangement la sortie » du couvent. « Vous aurez de la peine à vous en défaire surtout si la laissez dans le cloistre ; qu'en plus elle paroit tout à fait âgée. » Et on demande des vêtements, de la chaussure. On finit par la lâcher et elle se maria le 18 février 1685 avec Jacques de Monfanges de Boisroulet ou Bosrolet.

Néanmoins sa pension resta impayée. Voici ce que la prieure de Boubon écrivait, en juillet 1691, à M. de La Pouyade : « Cet nés pas sans subiet que nous avons lieu de nous plaindre car enfin, après avoir atendu le dot de madame votre sœur quinze années... vous pourriées bien faire un effort pour trouver les mille livres... Vous nous remettez pour nous amuser de belles parolles... » Les religieuses avaient essayé, quelques années auparavant d'avoir des à-comptes en nature. « J'anvois chercher, écrivait l'une d'elles à la Pouyade, le reste du vin et l'uille... en déduction de la pension de vostre sœur. Je vous supplie de nous envoier de meilleur vin que celuy... C'est le moindre que ce soyt iamais bu ; quand il demeure une heure tiré il vient épais comme de la moutarde... vous nous avez très mal abreuvées et fort cher. » Bonum vinum non tœdificat cor mulieris : texte de l'Ecriture supprimé, prétendent les mauvaises langues.

III. — Assassinat d'un aumônier du Roi.

L'aîné des enfants de Bertrand de La Roussie se prénommait Guillaume ; il était docteur en théologie et il fut pourvu de l'abbaye Bonlieu (27). Ce qui prouve qu'il avait de la valeur, c'est qu'il eut le titre d'aumônier et de prédicateur ordinaire de Louis XIV, et celui de chapelain du Palais et de la Sainte Chapelle.

Vaincus (on l'a vu plus haut à propos du prieuré de Saint-Angel) mais non désarmés, les voisins soulèvent des difficultés à propos d'autres sujets. Aujourd'hui c'est Raphael de Lamberterie, sieur de la Tour et seigneur de la Chapelle-Montmoreau, qui, au mépris d'une sentence des Requêtes de l'Hôtel du Palais, adjugeant en 1659 la tenance de la Brousse à l'abbé Guillaume, y place un paysan de sa propre autorité. Demain ce sera Louis de Camain, seigneur de la paroisse voisine de Saint-Front-de-Champniers et sieur du Repaire, qui fera de nouveau saisir les fruits et les revenus de ce tènement. Plus tard c'est Pierre de La Garde, seigneur engagiste de Saint-Angel, qui se joint à eux, traquant partout les La Roussie, chassant sur leurs terres nobles, obligeant leurs métayers à faire charrois et Corvées.

Le clergé s'interpose (il s'agissait de deux des siens). Mgr Le Boux, évêque de Périgueux, intervient et obtient qu'on accepte sa médiation : M. de La Garde, décide-t-il, ne chassera plus dans la garemme de la Pouyade et... genou terre, tête nue, fera amende honorable à l'abbé de la Pouyade, dans le cimetière de Saint-Angel, à l'issue de la messe. Oh ! cela, c'était beaucoup exiger d'un gentilhomme fier et irascible.

On ne tient aucun compte de la décision épiscopale. Tout continue avec plus de violence. Cette fois on lutterà autrement qu'avec la plume d'oie ; le fer et la poudre vont entrer en jeu. « Nous aurons bien raison, s'écrient les Camain et consorts, de ces pseudo nobles qui nous font condamner devant toutes les juridictions. Donner 4000# à cet abbé de Beaulieu, comme l'a ordonné un arrêt du Grand Conseil à MM. de Labrousse et de Langlade ! Nous agenouiller devant lui ! Jamais de la vie ! Plutôt mourir, et c'est lui et les siens qui périront. »

Certain dimanche MM. de La Garde et de Labrousse, même Mme de La Garde, née Labrousse, attendent Etienne de La Roussie à la sortie de la messe et le rouent de coups. Le 3 février 1672, pareil fait se renouvelle, toujours à Saint-Angel. Cette fois c'est Pierre de La Roussie qui est attaqué ; on sonne le tocsin pour ameuter le peuple ; des coups de fusil et de pistolet sont tirés, mais Pierre n'est pas blessé. Il ne perdra rien pour attendre, car, au mois de décembre suivant, des journaliers de M. de La Garde, l'attaquent dans un chemin, le frappent à la tête avec une hache et le laissent pour mort. Or, savez-vous à quoi sont condamnés, par sentence arbitrale, les fauteurs de ces désordres ? A rendre visite à MM. de La Roussie et à leur faire des excuses. C'est peu, du moins à mon avis, pour une tentative d'assassinat, et cependant ce fut trop.

Le seigneur de Saint-Angel se dérobe, prétextant une maladie, dont le remède était... de se promener tous les jours, comme par le passé. Guillaume de La Roussie réclame 10.000 livres pour non exécution de la sentence. Fureur de ses voisins, qu'un arrêt du Parlement avait déjà condamnés à lui verser 8.000# (ce qui n'empêche pas l'abbé de laisser sa sœur, comme on l'a vu, dans le dénûment le plus complet ; — mais vivre à la Cour, même pour un prêtre, cela coûte). N'ose-t-il pas réclamer en outre l'exécution d'une promesse verbale, faite par Lamberterie, d'ériger en justice seigneuriale un petit hôtel noble dans le modeste bourg de Saint-Angel où il voulait habiter ?

L'orgueil devait perdre ce pauvre Abbé de Beaulieu. Il le perdit. Les La Roussie étaient trop exigeants, de l'avis du moins des gentilhommes leurs voisins. Ceux-ci ne font pas mystère de leurs projets. Le bruit du complot, qui s'ourdissait, arrive jusqu'à Limoges, où se trouvait François de La Roussie, le Jésuite. Justement ému, celui-ci les engage à prendre de minutieuses précautions. « Le Repaire et Champniers sont des espions, écrit-il ; je vous ay assez souvent recommandé de tenir vos portes fermées, d'engager vos métayers de venir tous ensemble puiser de l'eau, à fermer en entrant, mais vous ne tenez compte des bons avis qu'on vous donne. Quelque brisement de porte qu'on puisse avoir, il est très difficile d'entrer dans notre maison, où les portes sont merveileuses et les fenestres bien grillées. Mais il est inutile, estant de l'humeur que vous estes, de vous donner aucun avis. »

On ne pouvait pourtant pas constamment rester enfermé, Ou en promenade se faire accompagner par des gens armés, Puis, le gouverneur de Guyenne avisé n'avait-il pas mis MM. de la Pouyade « sous la sauvegarde du Roy ? » Protection platonique s'il en fut.

Le 2 janvier 1677, MM. de Lamberterie (28) et de Camain (29) dînent chez le juge de Quinsac et dînent bien, comme on dînait à cette époque, surtout en jours de fête. Ils ne venaient pas de loin : Saint-Front-de-Champniers et La Chapelle sont à une petite lieue de la Pouyade et guère plus loin de Quinsac. Peut-être avaient-ils été souper, le jour de l'An, à Vaugoubert, chez leurs amis et cousins, les d'Aydie, ennemis eux aussi des La Roussie. Durant ce repas, ils parlent du complot ourdi contre les La Roussie à mots couverts, mais pas si couverts que cela — in vino veritas — car le juge de Quinsac comprend ce dont il s'agit ; toutefois, en homme prudent, il ne dit rien, il se contentera de suivre de loin ces nobles Seigneurs qui ont honoré sa table, pour instrumenter... après coup, si c'est nécessaire.

Les dits gentilshommes quittent Quinsac et se dirigent à cheval vers la Pouyade, non sans réunir en route quelques hommes armés, dissimulés dans le bois et prévenus sans nul doute. Le bonheur pour eux — le malheur pour les autres — veut que l'abbé de La Roussie et son frère, Pierre, se promenaient tranquillement sur le chemin de Mars, à une demi-lieue de la Pouyade. Les charger à fond est l'affaire d'un instant. « Tue ! Tue ! » crient-ils, et arrivés sur l'abbé, MM. de Lamberterie lui tirent deux coups de pistolet à bout portant et l'étendent raide mort ; un prélat ! un aumônier du Roi !... Puis, se retournant contre son frère, Pierre, ils déchargent leur pistolet sur lui et lui font envoyer un coup de fusil qui l'atteint aux reins. Pierre tombe grièvement blessé ; il reçoit quelques coups d'épée ; on le croit mort. Les assassins — car comment les appeler autrement ? — s'arrêtent comme atterrés de leur forfait.

La Roussie In'était qu'étourdi, il fait alors un mouvement, saisit un fusil, chargé de plomb, qui était à ses côtés, le coup part et frappe le cadet des Lamberterie, qui mourut peu après sa blessure. Le frère, furieux de cette défense inattendue, se retourne et va achever Pierre, quand l'un des paysans, accourus au bruit de la fusillade, se place entre le sieur de La Chapelle et le blessé et, bravement, prend sa défense. Craignant qu'on ne leur fasse un mauvais parti, les agresseurs, dont l'un était blessé, jugent plus prudent de se retirer. Marie de Loménie, mère des victimes, accourt ; elle les fait transporter à la Pouyade et, en pleurant l'aîné, elle soigne le cadet, dont les jours furent en danger. Le médecin ou son apothicaire le vinrent voir souvent (3 livres par visite).

Vous vous attendez à une condamnation sévère, car, bien que je n'aie eu que le son d'une cloche (les papiers de la Pouyade), je trouve des jugements et des arrêts en faveur des La Roussie — il s'agit du meurtre, je le répête, d'un abbé mitré, d'un prédicateur du Roi. — De condamnation sévère, point ! Quels protecteurs devaient donc avoir ces Camain et consorts !

D'abord, c'est M. Dalesme (30), lieutenant-général criminel au siège de Périgueux, qui, prévenu au lendemain du crime, se rend sur les lieux, interroge, enquête, que sais-je, et... refuse de verbaliser sous prétexte de parenté ! Dix jours après, le Parlement charge bien le juge royal de Thiviers d'instruire l'affaire, mais je n'ai pu savoir quelle suite exacte lui fut donnée.

Ce que je sais, c'est que Pierre de La Roussie, qui a obtenu des lettres de rémission, pour avoir blessé à mort le Lamberterie qui avait voulu le tuer, a toutes les peines du monde à obtenir leur entérinement. Ce que je sais, c'est qu'en 1689, Etienne de La Roussie demande qu'il soit décrété de prise de de corps contre les Camain et Lamberterie (douze ans après le meurtre !). Ce que je sais encore, c'est que la bonne vieille dame de La Pouyade qui, frappée par cette mort affreuse, en mourut peu après, supplie de son côté Mme la Grande Chancelière de lui accorder sa protection pour qu'elle puisse arriver auprès de « messieurs du Grand Conseil, députtés par Sa Majesté » pour instruire le procès, car on n'a pu aboutir à cause des protections qui couvrent les accusés. Bien plus, en 1690, le seigneur de Saint-Angel trouve le moyen de faire saisir féodalement le fief de la Pouyade qui, pourtant, relevait directement de l'évêché d'Angoulème ou de la Couronne. Il s'entendait avec les autres pour ruiner les La Roussie et, chose triste à constater, ils y parvenaient.

Puisqu'il s'agit des Camain et de mœurs montronnaises, voici, d'après une enquête au chartrier de la Pouyade, une histoire peu édifiante. Le 6 juin 1596, devant Joseph de Labrousse, juge ordinaire de Javerlhac « au parti du sieur de La Chassaigne », Etienne de Camain vint déclarer que la veille au soir son frère, maître François de Camain, fut tué par des gens de Javerlhac. Le juge s'y transporta et interrogea Marguerite, fille de « l'homicidé ». Il apprit que les meurtriers, après avoir forcé les portes de sa maison, lui avaient déchargé un coup d'arquebuse dans la tête et fait une blessure au côté, puis avaient traîné son corps sur la place publique. Les témoins déclarèrent que le seigneur de Javerlhac (31) venu à cheval, guidant les meurtriers, avait commençé par interpeller F. de Camain pour savoir s'il voulait ou non payer la dîme et, qu'à la suite de propos échangés, il tira sa dague et l'en perça.

Un témoin, il est vrai, dit que Camain (qui était procureur d'office de la juridiction) ayant blessé M. de Javerlhac, un serviteur de celui-ci tira le coup d'arquebuse mortel.

IV. — Déclin.

Pierre de La Roussie avait 26 ans quand son père Bertrand décéda, puisqu’il fint baptisé en 1640 à Nontron ; il devint seigneur de la Pouyade, parce que son frère aîné était entré dans les Ordres. Bien qu'il fut alors en âge de se marier, il ne fut pas pressé de prendre femme, comme on dit, car ce n'est que dix-huit ans plus tard qu'il épousa, vers 1684, Jeanne Gay de Nexon, fille de François, brigadier des chevau-légers de la garde. Il avait 44 ans. Deux ou trois ans auparavant, son frère le Jésuite, se tourmentait de la solitude de la Pouyade. « Est-il possible que nostre bonne mère, lụi écrivait-il de Périgueux où il était à la Résidence, ne soit plus vivante... Vous voyez que maintenant vous estes en necessité de vous establir afin d'avoir femme... Vous avez plus de quarante ans. »

La raison des hésitations de Pierre provient certainement de son état militaire. Il était chevau-léger de la Garde. Depuis quelle époque ? Je n'ai pu le trouver ; certainement dès avant 1666, bien que dans sa maintenue de noblesse du 28 septembre 1667 (32), il n'en prenne pas la qualification. Dans son testament, janvier 1694, ouvert en janvier 1696 (ce qui donne la date approximative de sa mort), il se qualifie de brigadier des chevau-légers. On peut donc conclure qu'il servit toute sa vie. Lui, comme ses sœurs, criait misère ; il demandait, en 1666, de l'argent provenant de la fonte d'argenterie de famille pour payer une culotte de chamois qui avait coûté 6 écus.

On n'avait pas qu'à s'équiper, il fallait aussi reprendre les quartiers (on sait qu'on servait à tour de rôle) avec des chevaux de race ou de types fixés d'avance. Ainsi, un jour, il reçut ordre de rejoindre à Château-Thierry avec un cheval « à longue queue ». En 1712, en convoquant son fils, aussi chevau-léger, le duc de Chaunes ne lui écrivait-il pas : « de se rendre avec un cheval d'escadron digne d'être agréé à la paix... le présenter bien gras, ce me donnera le moyen de vous procurer les grâces de Sa Majesté ? » Dans les lettres de Pierre et dans ses notes de campagne, il y a d'intéressants détails. Il devint veuf assez promptement et n'écouta pas les conseils de son frère, en vue d'un second mariage, qui aurait relevé sa situation de fortune, bien compromise par son père et que ses séjours à l'armée, dans ce milieu élégant de la Garde royale, ne pouvaient améliorer, au contraire.

On a vu qu'il fut blessé dans les rixes avec ses voisins. Et 1684 et en 1689, il adresse des placets au Grand Chancelier. Conséquence de ces demandes de poursuites, justifiées capendant, contre les assassins de son oncle : animosité redoublée de la part des irascibles voisins ; en 1690, le baron de Saint-Angel « fit saisir le fief de la Pouyade et establir comme commissaires... deux coquins ». L'abbé, en prévenant son frère alors à l'armée, ajoute, il est vrai, qu'il espère faire casser la saisie. L'évêque d'Angoulême ne lui créa-t-il pas du reste des ennuis parce que Pierre avait rendu hommage en 1679 à la Couronne pour Lapouyade en Saint-Angel (qui était du Domaine engagé) ? Le prélat s'en disait suzerain comme seigneur de Mouton (sic) (33). — Mon Dieu ! que ces pauvres de La Roussie étaient donc peu aimés !

Pierre de La Roussie n'eut qu'un fils, prénommé comme lui, né ou baptisé le 29 novembre 1685, et dont la première éducation laissa à désirer ; son oncle le disait petit coureur, ne parlant que patois, jurant, buvant trop de vin pur. Cela se comprend : plus de mère, un père à l'armée. Il avait à peine onze ans, quand celui-ci mourut ; alors le jeune Pierre, sous la tutelle de son oncle, l'abbé de la Jartre, dut changer et travailler. « Nexon, écrivait l'abbé, dit que nostre neveu sera reçu dans les chevaulegers, comme fils d'un officier, qu'on le relaschera pour l'age et Neixon se chargera de l'équipper. » Et le bon prêtre, se souvenant que père et grand-père s'êtaient mariés sur le tard, ajoute : « Je voudrois bien que nostre neveu se mariast avant de s'engager dans le service. » Ah !. comme tout ce qui touchait de près ou de loin à la Cour, effrayait, à bon droit, les âmes candides et sans ambition des Périgourdins !

Pierre fut officier de la Garde (chevau-léger) avant vingt ans, nous l'y retrouvons encore en 1729, âgé de plus de quarante. De Gabrielle de Nesmond, il n'eut qu'un garçon, Charles. La situation de la famille avait dû être réglée ; elle était devenue modeste et ses revenus les plus clairs permettaient bien juste à l'officier de la Garde de tenir son rang.

Charles de La Roussie entra lui aussi dans les Chevau-légers de la Garde ; il servait encore en 1763 avec la croix de Saint-Louis, modeste ambition de bien des gentilshommes caumpagnards. Il mourut à 62 ans en 1789, ne laissant que des filles de Suzanne de Chasteigner de La Rocheposay, sa cousine au quatrième degré. Or, qui épousa, en 1780, l'une d'elles, Gabrielle ? Pierre de Lamberterie, Seigneur de la Chapelle-Montmoreau, qui n'était ni plus ni moins que l'arrière petit-fils du Raphael de Lamberterie, qui avait assassiné son grand-oncle, l'aumônier du Roi. Que le temps fait donc oublier les choses ! Puis, aux coutumes de violences en Nontronnais avaient succédé l'apaisement dans les mœurs et, partant, le pardon des injures.

Comte de Saint-Saud.

Notes :

1. Arrêt du Parlement de Bordeaux du 6 juin 1714, entre P. de La Roussie de La Pouyade et Alexis de Fayard des Combes.

2. Sur ces La Roussie et sur ceux de La Pouyade voir la notice généalogique que je viens de publier dans mon livre Généalogies Périgourdines, seconde série.

3. Dans l'étude sur Nontron, par M. de Laugardière, parue dans notre Bulletin, il y a lacune des prieurs de Saint-Sauveur pour tout le XVIe siècle.

4. Elle était fille de Jean, décédé en 1560, fils aîné de Bertrand, fils lu même de Jean qui testa en 1518. Sa mère se nommait Jeanne Louvain.

5. Les Richelieu, par M. Deloche, p. 82.

6. Je laisse ce prénom de Jean, bien qu'à cette époque le seigneur de la Roche-Pontissac fut François Faure baron de la Roderie, marié vers 1595 à Judith Filhot de La Curée. François avait un frère, Alain, qualifié aussi de seigneur de La Roche-Pontissac, décédé sans hoirs vers 1621.

7. Cet Alain semble être le coseigneur de la Roche-Pontissac, le frère de François, dont il a été parlé dans la note précédente.

8. Branche des du Barry, dont était le célèbre conspirateur La Renaudie et qui n'a jamais été étudiée. Elle semble s'être éteinte lors des mariages ci-dessus ; en tout cas, le fief de la Renau lie fut vendu en 1613 par les maria de Jeanne et de Marie.

9. Pierre d'Aytz en était prieur en 1509.

10. En 1604 et 1605 devant ce prélat, assisté de l'Abbé de Chancelade, du chanoine Aymeric de Mèredieu et de Baptiste de Chancel, commissaires désignés par le roi pour l'aliénation du domaine des églises du diocèse, Pierre Boueyron déclara que son prieuré avait été taxé à 104 livres 1 sol, 6 deniers.

En 1624, le prieur de Saint-Angel paya au receveur héréditaire des décimes du diocèse 42 livres se décomposant ainsi (je néglige les deniers) :

Pour l'ordinaire. 24 liv. 10 s.
Pour l'autre. 3 liv. 12 s.
Gages du receveur ancien. 2 liν. 9 s.
Gages de l'alternatif. 2 liv. 3 s.
Affaires du clergé. 3 liv. 6 s.
Ministres convertis. 3 s.
Assemblée de Paris. 7 s.
Séminaire. 48 s.
Commission de décembre. 43 s.
Six deniers pour livre. 3 s.

11. En 1617, ce Boueyron ne voulut-il pas disputer la cure de Lisle à Arnaud Mézard, qui s'en ćtait fait pourvoir par l'Abbé de Chancelade à la résignation de Pierre Gaignerie et en avait légitimement pris possession en novembre 1611 ?

12. Etienne Pourtenc, seigneur de la Barde et de Vaugoubert. Observer que : les dîmes avaient été inféodées à un de ses parents, que sa fille Antoinette, mère de la femme de Guy d'Aydie, avait épousé Bertrand Audier de Montcheuil, que ces Audier avaient eu des difficultés avec les La Roussie. On voit ainsi sous quelles formes variées se perpétuaient ces ressentiments de famille.

J'ajoute que Vaugoubert avait été acheté par Etienne, qui semble avoir oublié que son père et son grand-père avaient tenu boutique à Saint-Pardoux.

13. Cet Abbé ne devait avoir que des Ordres bien mineurs. La Gallia ne le mentivnne pas comme Abbé de Saint-Astier, dont il ne dut avoir la commende qu'en... sollicitation. En tout cas, il prit du service sous le nom de comte de Ribérac et fut blessé mortellement, en 1630, en défendant Casal, à la tête d'un régiment de cavalerie.

14. Dans ce monastère de la paroisse de Cussac, dont il ne reste plus que des ruines, sa sœur était religieuse.

15. Ce jeu, devenu un simple divertissement de foire ou de fête publique, consistait alors à enfiler et à enlever, au galop d'un cheval, avec une lJnce ou une épée, une ou plusieurs bagues suspendues à un poteau.

16. Marie-Madeleine du Faure, demoiselle de la Roderie, qui devait épouser, en 1626, Henri Texier de Javerlhac, puis Henri de Beynac.

17. Les filles de Pierre de Fayard des Combes, dont l'une, Claude, fut religieuse aux Alloix ; une Marguerite de Fayard, Bénédictine en ce monastère, fut pourvue en 1614 du prieuré de Courpière, mais elle résigna. Voir mon volume Généalogies Périgourdines, seconde série, p. 261.

18. Il est exact que le 12 janvier 1620 tomba un dimanche. Cette mention prouve que l'abbé avait oublié de relater le fait en temps voulu.

19. Jean de Londeix venait d'acheter Veyrac à Olivier de Saint-Georges. Le nom s'écrit aussi Londays et Loudeys.

20. Il n'avait que 18 ans ! Il jeta le froc aux orties pour épouser, en juin 1659, Catherine de Morilhères, mariage dont l'ignorance semble voulue par les généalogistes. Voir mes Généalogies Périgourdines, seconde série, p. 489 et 488.

21. Malgré leur importance, les archives de la Pouyade présentent bien des lacunes. A tous points de vue il eût été intéressant de connaître cette affaire. Je n'ai pu savoir ce que fut cette sédition de Nontron.

22. Annet de Pérusse des Cars, comte de Lamothe, appelé ensuite le marquis des Cars, d'abord chevalier de Malte, décédé en 1692.

23. René de La Garde, seigneur de Mirabel et de Langlade, et son fils Pierre, fils et petit-fils de François, baron de Saint-Angel.

24. En vraiment dignes Nontronnais de ces temps malheureux, ces La Roussie laissaient eux aussi bien à désirer. Deux des fils de feu Simon, juge des Combes, les sieurs de Fontenelle et du Maine, furent condamnés vers 1680, par contumace il est vrai, à être pendus pour avoir occis plus ou moins légalement en duel François de Vassoigne de Sillac.

25. Mme de La Roussie, leur mère, était fille d'une Loménie de Faye.

26. Il s'agit des Gay de Nexon et de la Judie. Pierre devait plus tard entrer dans cette familie.

27. Les Cisterciens avaient trois abbayes de ce nom ; je ne sais laquelle Guillaume avait en commende.

28. Raphael, seigneur de la Chapelle-Montmoreau et de la Tour, et un de ses frères cadets. Par leur grand'mère, Marie Pourtenc de La Barde, ils étaient proches parents des Camain,

29. Hélie, seigneur du Repaire et de Champniers, et son frère cadet, Louis dit le chevalier du Repaire. Leur grand'mère était aussi une Pourtenc.

30. Louis-François de-Paule d'Alesme, dont l'oncle, Annet, venait d'être assassiné par le chanoine Mèredieu.

31. François Texier, coseigneur de Javerlhac.

32. Bibliot Nat. Mss, Carrés 555.

33. Archives municipales de Bordeaux, JJ 153. — Saint-Angel payait 1206 livres pour la taille.

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Elle a usé de tant de cajoleries qu'elle lui a donné de l'amour

Le 8 février 1667, messire Pierre Regnault, chevalier, seigneur de L'Âge de Chirac, se plaint au lieutenant-criminel d'Angoumois. « De son premier mariage avec défunte dame de Barbezières, dit-il, sont issus Louis Regnault, chevalier, seigneur de La Soudière, son aîné, et deux filles. Auquel aîné il s'est principalement attaché, le considérant comme l'appui et la colonne de sa maison, n'ayant rien oublié de tout ce qui pouvait contribuer à l'éducation d'une personne de sa qualité, et le destinant pour être son héritier principal et recueillir tous les avantages à lui déférés par les coutumes des lieux sur lesquels sont situées les terres et seigneuries lui appartenant », ainsi qu'à sa défunte femme. De tout cela, son fils ne pouvait « espérer moins de dix à douze mille livres de rente, libre de toutes dettes et charges ».

Or, il est arrivé que « ledit Louis Regnault a été attiré dans la maison de Gabriel de La Chétardie, écuyer, sieur du Bureau, et dans la fréquentation de sa jeune fille, laquelle a usé envers lui de tant d'artifices et cajoleries qu'elle lui a donné de l'amour.

En ayant été averti, voyant l'inégalité du parti, attendu que c'est une fille qui ne peut espérer de légitime de ses père et mère que sept ou huit mille livres tout au plus », Pierre Regnault, le père, s'était aussitôt « pourvu en justice et avait obtenu des défenses contre le père, la mère, la fille et sondit fils, contre tous notaires de recevoir aucunes promesses, ni célébration de mariage entre ledit Louis Regnault et ladite de La Chétardie »...

En réponse à toutes ces interdictions, les parents de cette dernière, « les sieur et dame du Bureau, voyant que Louis Regnault est un jeune gentilhomme âgé de 22 ans seulement au mois de mars prochain, qu'il est hors d'état de se pouvoir marier et que son père n'y prêtera jamais son consentement, se sont vantés en tous lieux que, quelque résistance qui y fût par lui apportée, le mariage ne laisserait pas de se faire et qu'ils feraient indirectement ce qui directement ne se pouvait faire... En conséquence de quoi, et de la résolution concertée et arrêtée entre eux de faire ledit mariage contre le consentement paternel, se prévalant de la jeunesse dudit Louis Regnault et de l'amour que ladite de La Chétardie lui avait donné, ils la lui ont mise entre les mains. Etant maîtresse de son esprit, elle l'a conduit dans la maison noble de La Soudière, dans laquelle ils sont tous deux, du samedi dernier, cinquième du présent mois de février, ce qui est un rapt public, d'impression, persuasion, su et connu de tout le monde ».

Et Pierre Regnault, l'infortuné père, termine sa requête en disant qu'il est important pour la justice et pour l'intérêt public de pourvoir à cette affaire, attendu que si ce mariage se faisait, « toutes les dispositions de l'Ordonnance et du Concile demeureraient inutiles et que les enfants de famille auraient pouvoir de se marier sans la permission de leurs pères où bon leur semblerait ». Il n'avait pourtant rien négligé pour empêcher le mariage de son fils avec Françoise de La Chétardie. Il l'avait « fait admonester par des gentilshommes de qualité, ses proches parents», qui témoignèrent au cours de l'information qui suivit la plainte.

Izaac Perry, sieur de La Roche de Genouillac, étant allé à L'Âge de Chirac, Pierre Regnault lui apprit « que le sieur de La Soudière, son fils aîné, avait dessein de se marier avec la fille du sieur du Bureau, que ce n'était pas son avantage, et il le pria de parler à sondit fils pour lui dire de sa part que s'il faisait ledit mariage, il ne le verrait jamais ». Izaac Perry s'étant acquitté de cette tâche, le jeune Louis Regnault lui répondit « que c'était sa volonté d'épouser ladite fille quelque résistance que son père y pût apporter ». On crut pourtant qu'il avait cédé à son père puisqu'en présence de témoins, il finit par lui dire « que puisqu'il ne voulait approuver son mariage avec la fille dudit sieur du Bureau, il ne la verrait jamais et ne voulait point lui désobéir, mais qu'ayant reçu une bague et quelques lettres de ladite demoiselle, il voulait les lui renvoyer ». Izaac Perry fut encore mis à contribution et chargé d'aller « dans la maison dudit sieur du Bureau et de lui faire entendre, et à sa fille, la résolution dudit sieur de La Soudière ». Mais la fille lui répondit « qu'elle ne désespérait pas d'être nore (bru) » de Pierre Regnault. François de Rocquard, sieur de Saint-Laurent, demeurant à St-Maurice-des-Lions, oncle de Louis Regnault l'amoureux, fut aussi prié de lui parler pour le détourner de ce mariage. Mais le jeune homme ne voulut rien « lui accorder ».

De leur côté, la dame du Bureau et Françoise de La Chétardie sa fille ne demeuraient pas inactives. En visite chez François de Rocquard, elles se plaignirent à lui « dudit sieur de L'Âge en ce qu'il résistait au mariage de son fils et qu'il les traitait comme les dernières personnes du monde », ajoutant « qu'elles étaient bien fâchées de n'avoir pas passsé un contrat de mariage d'entre lui et ladite demoiselle de La Chétardie dès la première fois qu'il leur en avait parlé, mais que s'il retournait dans leur maison, il serait le très bien venu et qu'ils passeraient ledit contrat de mariage ». Louis Green de Saint-Marsaud, sieur de Nieuil, fut aussi prié par le sieur de L'Âge d'empêcher le mariage. Ce fut en vain. Françoise de La Chétardie lui répondit « qu'il ne la tînt jamais pour fille d'honneur s'il ne la voyait en peu de temps femme dudit sieur de La Soudière ». Ce témoin, comme tous les autres, ajouta qu'il avait appris depuis que Louis Regnault, sieur de La Soudière, et Françoise de La Chétardie s'étaient mariés clandestinement (Bl-995.2).

Le mariage se fit en effet, et de cette union naquirent des enfants... Le père et le fils, Pierre et Louis Regnault, se réconcilièrent-ils ? Une quinzaine d'années plus tard, le père demeurait toujours dans son château de L'Âge, et le fils était au lieu de La Soudière, paroisse de St- Mary. Le 26 décembre 1681, pour terminer leurs différends, ils choisirent ensemble trois arbitres qui décidèrent que le seigneur de L'Âge devait donner à son fils un « état de la consistance des effets de la communauté contractée entre lui et Louise de Barbezières, sa première femme, au temps de son décès ».

Source : Enlèvements rapts et séductions en Angoumois, de Gabriel Delâge.

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Alain de Monéys, l'horreur à Hautefaye

France 3 « Illustres en Périgord » : Alain de Monéys, l'horreur à Hautefaye

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Les mangeurs de cendres

En ce 8 septembre 1872, Pierre Christave se tenait courbé devant le cheminée de la grande salle du Château de la Guisardie. Tout ce qu'un être aurait pu désirer, il l'avait possédé mais il vivait aujourd'hui seul auprès de sa fille Claire qui ne s'était pas mariée, entouré de ses vignes dont il ne s'occupait plus, et passait le temps dans la lecture assidue de l'Évangile.

Il avait un visage de page vieilli, des traits fins, des yeux bleus délavés et un sourire timide. Et puis il était toujours tiré à quatre épingles. Veste et gilet en drap gris perle ou jaune pâle, nœud de soie rayé bleu et blanc. Sa voix était égale et chaleureuse, son regard attentif, un peu mélancolique, comme s'il apercevait un horizon plus éloigné que le nôtre.

Son dernier ami, Alain de Moneys, était mort en 70 et quand il songeait à son martyre, il ne pouvait s'empêcher de verser des larmes amères, comme si celles-ci avaient eu le pouvoir d'éteindre le brasier où l'on avait jeté le jeune homme après l'avoir humilié et torturé des heures durant sur le foirail d'Hautefaye.

Pierre se souvenait de l'incroyable énergie de son ami. Alain parcourait chaque jour le pays dans sa calèche vert foncé attelée à un Orlov blanc, avec près de lui, M. Bouteillé, l'ingénieur des Ponts et Chaussées, pour mettre au point son projet d'assainissement des terres. Pierre sourit au souvenir du cocher Pascal répondant invariablement : « Bien, monsieur le vicomte » même quand celui-ci déraisonnait, s'obstinant à sillonner de mauvaises routes avec crépuscule. Il leur arrivait de croiser le facteur Léon qui terminait bravement sa tournée. Trente-huit kilomètres par jour, toujours d'attaque, avec sa blouse de lin bleu, sa casquette verte à passepoil rouge, ses chaussures à clous et son lourd bâton de marche. Et toujours le même salut :

— J'en fais bien autant avec mes pieds que vous autres à cheval, allez !

— Quand changes-tu ton itinéraire ? plaisantait Pascal.

— Jamais tant que je serai vivant : Hautefaye, La Civale, Le lac noir, Le chemin de La Farge, Le Maine-Rousset. Le petit château de Connezac, Beaussac et Bretanges pour vous, les De Moneys. Puis Macony, La Garde, Pontignac, Plambeau, et pour finir Fayemarteau, c'est cet ordre-là et pas un autre !

Alain voulait curer la Nizonne mais il se désespérait. Son rojet était déposé depuis deux ans à la préfecture et toujours pas d'autorisation légale ni la moindre subvention. Aucun accord de Paris. Rien n'y faisait malgré l'intervention du préfet Lavalette, du père et du fils Magne, de l'oncle d'Alain et du sénateur Hector de Galard. Le projet passait de bureau en bureau. Un moment, la signature avait été proche mais il avait fallu recommencer les démarches. La décision ne dépendait plus à présent du ministère de l'Agriculture mais de celui des Travaux Publics. Dernière complication, il fallait l'accord du ministre de l'intérieur. Pourtant Labatut, le sous-préfet de Nontron, le soutenait. Mille hectares de terres incultes pouvaient être transformés, de Saint-Sulpice à Beaussac en passant par Rudeau. Huit francs les cents kilos de foin, quatre tonnes à l'hectare. On en arrivait à trois cent ving mille francs de revenu.

Pour mieux défendre ses rêves, Alain s'était fait élire adjoint au maire de Beaussac. Pierre le revoyait, la tête inclinée, l'œil brillant, brandissant le Candide de Voltaire et lui affirmant :

— Pierre, il faut cultiver son jardin.

Il n'était pas si fier de ses origines. Il croyait que seul le présent nous juge et que nos actions nous accompagnent. Pierre avait retenu en entier ce qu'il avait écrit dans les Annales de la Société d'agriculture de la Dordogne : « D'un marais fangeux, d'une vallée sans vie couverte de joncs et de flaques d'eau où barbotent les canards sauvages, où grouille ce peuple tapageur qui demande à grands cris un roi, l'homme peut composer un paysage riant, harmonieux, aussi propre à ravir le poète qu'à satisfaire l'homme pratique. »

Après sa communication à la Société d'agriculture, Alain avait reçu une lettre de la préfecture lui annonçant le versement de trois mille francs de fonds de l'État plus mille francs de la région. Pierre n'oublierait jamais l'expression de son visage quand il lui annonça la nouvelle. Il était si heureux qu'il se lança aussitôt dans de nouveaux projets. Il s'était toqué d'un arbre, le Chamaerops Excelsa, sorte de palmier à chanvre, venu de Tchou-San, au large de Shanghai. Une véritable obsession. À l'entendre, l'espèce supportait largement moins douze à moins treize degrés. Là-dessus, Alain était intarissable. D'après lui avec les fibres du troncs, on pourrait fabriquer de la ficelle, de la bourre à matelas, que sais-je encore. Pareil avec les pins qu'il faisait venir par dizaines des Landes et planter autour de La Pouyade.

Tant qu'il s'agissait des arbres, Pierre l'écoutait sans rien dire. Mais là où ils s'étaient presque fâchés, c'est quand Alain s'était mis en tête de prêter sans intérêt aux paysans. Il ne sort jamais rien de bon de ces affaires et à trop vouloir faire le bien, on finit par attiser l'envie, la jalousie et la haine. Quand il se contentait d'organiser la plantation de ses palmiers de Chine, tout allait bien, mais se mettre en questions financières avec les gens d'ici, c'était une folie.

Alain allait avoir trente-deux ans le 9 juillet 1870. Son mariage avec Marie-Gabrielle de Vassoignes, la fille de leurs voisins, les châtelains de la Brechinie, était décidé depuis déjà six mois.

Pascal servit du sirop d'orgeat dont la saveur évoquait les blés mûrs. Alain demanda à Pierre de le suivre dans sa chambre pour y trouver un peu de calme. C'était un lieu à l'image de son ami, d'une austérité élégante et pieuse : juste un lit Henri II, un coffre à bois, une table, trois tabourets et un bouquet buis bénit.

Alain s'assit à califourchon sur un des tabourets, aussi dur qu'une pierre des champs.

— Que deviendra Adhémar, si je ne suis plus là pour veiller sur lui ? Mes sœurs ont leurs maris, bientôt leurs enfants et Gaston va terminer son séminaire. Mais mon malheureux frère n'a pas eu la fortune de pouvoir s'assumer seul. Son handicap le contrait à rester au foyer. Pourtant mes parents vieillissent, père s'est épuisé dans ses achats de terres, dans ses rénovations incessantes. Il a acquis des parcelles un peu partout, installé des métairies, réparé une tuilerie. Il a désormais soixante-quatre ans, il est à bout et c'est à moi de prendre la relève. Mais il m'arrivait quelque chose, qu'adviendra-t-il d'Adhémar ? Tu connais son attachement pour moi. Parfois, quand il me regarde, j'ai envie de pleurer.

— Il ne t'arrivera rien !

— Tu sais que père a fait campagne pour Napoléon. Il était maire de Beaussac puis il est redevenu simple conseiller municipal. J'été nommé premier adjoint de la commune et je reprends toutes ses entreprises. J'en ai d'autres dont je t'ai parlé mais je n'accepte pas que de pauvres gens souffrent et meurent à ma place. C'est déjà assez dur pour eux sans que je me défile en plus. J'ai décidé de partir moi aussi. J'ai fait lever mon exemption et je m'engage. Crois-moi, j'ai longtemps réfléchi à mon choix. Il est définitif.

Pierre ne trouva rien à répondre. Depuis longtemps, sa tête avait filé dans une autre direction. Et s'il cultivait ses vignes, il pensait davantage au vin invisible qu'à celui qui vieillissait dans ses chais.

Ils redescendirent en silence. Alain alla chercher à la cave une bouteille de vin doux. Et il tint à servir à boire lui-même avec une solennité, une lenteur, qui n'étonnaient plus Pierre. Maintenant qu'il était admis dans ses confidences.

Les verres se levèrent. Le vin avait la couleur du miel de printemps et la saveur des jeunes prunes rousses à la fin de l'été.

— Merci, mes très chers parents, de m'avoir appris que la noblesse n'est rien si elle n'est pas d'abord noblesse de cœur, amour des autres, don de soi.

Sa voix limpide se voila. Alain poursuivit plus bas, comme s'il redoutait une indiscrétion :

— À l'exemple de nos frères, vous nous avez enseigné que l'amour du prochain n'a de sens que si nous sommes capables d'offrir notre vie en sacrifice. Oui, notre vie, qui nous appartient si peu, qui nous est prêtée tel un vêtement dont on peut se départir d'un cœur léger, notre vie déjà ancienne et fuyante, pareille entre nos doigts à des grains de sable, à de l'eau, aux rêves qui traversent nos nuits...

Il se tut brusquement comme un essieu se rompt.

Les parents d'Alain pleuraient. À qui pensaient-t-ils tandis que les larmes brouillaient leur regard ? À l'innocence d'Adhémar, à Tristan de Moneys, l'ancêtre martyrisé, lieutenant-gouverneur de Guyenne ? Celui-là croyait à la vérité des mots, à la justice tapie au cœur des hommes que seule la bonté peut faire surgir. Le 21 août 1548, il avait été écorché vif dans les rues de Bordeaux par des paysans exaspérés contre les gabelous. Seul, sans armes, sans escorte, il s'était avancé vers eux pour leur parler. C'est en vain qu'il avait tenté de retrouver sur leurs visages convulsés par la peur la figure du Christ qu'il invoquait dans son agonie. En vain qu'il avait cherché dans leur bouche les mots de miséricorde et de pardon dont il était, ce jour-là, l'unique porte-parole. Son corps, sanglant comme celui d'un lapin qu'on a écorché, était resté couché dans la poussière. PUis on avait traîné son cadavre sur les pavés où il avait rebondi longuement sans faire plus de bruit qu'un sac bourré de paille, de tabac ou de maïs.

Peu à peu, Pierre avait fait sienne cette famille. Et maintenant que son ami n'était plus là, il se sentait, malgré la présence lumineuse de sa fille Claire, plus solitaire que le loup traqué et mis à mort par l'arrogant Camille de Maillard dont la présence sur le foirail d'Hautefaye avait suffi à déclencher le drame.

Source : Les mangeurs de cendres, de Violaine Massenet.

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21 décembre 2019

Le général François Garnier de La Boissière

Voici l'acte de naissance et de baptême du général François Garnier de La Boissière, extrait des registres de la paroisse de Champagne-Mouton :

Le 26 septembre 1781, né et baptisé François, fils légitime de Messire André Garnier, écuyer, seigneur de La Boissière et de Fougère, et de dame Marie Rochette. Parrain François Garnier, écuyer, seigneur de Ballon, chevalier de l'Ordre royal et militaire de Saint-Louis, ancien capitaine de grenadiers (régiment de Navarre), oncle paternel ; marraine Catherine Rochette ; Jean Brie, Geneviève Touché, domestiques représentants.

Si l'on rapproche du fait que la Boissière était à ce moment inhabitée l'absence des parrain et marraine, on peut admettre que la mère fut surprise par ses couches hors de la ville où elle était domiciliée, Ruffec. Ses deux frères ainés étaient nés, le premier Jacques à Nanteuil-en-Vallée ; le second Antoine à Champagne-Mouton ; mais sa sœur Augustine naquit en 1783 à Ruffec, où elle épousa en 1802 le capitaine d'artillerie Brumauld de Villeneuve.

Nous dirons ici quelques mots du baron Pierre Brumauld de Villeneuve, né à Villeneuve, commune de Poursac, canton de Ruffec, le 28 janvier 1766, mort général en 1835 à Ruffec et inhumé à Villegats. Son père était capitaine aux grenadiers royaux. Colonel, officier de la Légion d'honneur et baron de l'Empire avec dotation, la Restauration le nomme Mestre de camp honoraire et chevalier de Saint Louis; son cousin, Brumauld de Beauregard, était évèque d'Orléans où son souvenir n'est pas effacé.

Le général Pinoteau, qui avait failli avoir à Surgères, en 1815, le sort de Brune à Avignon, réintégré en 1830, prononça le discours funèbre sur la tombe de son camarade.

Pierre de Villeneuve a pris part à toutes les campagnes de la Révolution et de l'Empire, ainsi que l'atteste la notice officielle de ses services.

Le retard apporté à son avancement, bien moins brillant que celui des La Boissière, ses alliés, s'explique, d'abord par une raison de santé qui l'obligeait à quitter le service actif dès qu'il eût obtenu le grade de capitaine; et aussi par une cir constance particulière dont le souvenir s'est con servé: En 1808, de nombreux officiers séjournant à Ruffec recevaient l'hospitalité à la table des La Bois sière ; Mme de Villeneuve qui était, paraît-il, fron deuse, s'abandonna à une critique acerbe sur l'Em pereur et sur sa politique vis-à-vis des souverains d'Espagne. Ces propos imprudents parvinrent à la connaissance de la police impériale, aussi active que soupçonneuse. Le mari fut nenacé de retrait d'emploi, et il fallut recourir à l'intervention du maréchal Ney. Il en résulta une disgrace, qui éloigna le colonel de la grande armée où il ne fut rappelé qu'en 1812.

A ce moment, il est chargé du commandement de l'artillerie de la 2e division d'infanterie de la garde impériale ; chevalier de l’Empire depuis 1810, il reçoit des lettres de baron le 25 mars 1813. Néan moins, l'Empire le laisse officier de la Légion d'honneur et colonel, grades qui lui appartenaient dès 1807 et 1808.

Dans la bibliothèque du colonel figurait, parait-il, une édition complète de Voltaire : aussi, le voit-on mis en non-activité, d'abord, puis en retraite par la Restauration, qui ne lui accorde qu'en 1824, à titre honoraire, la dignité de maréchal de camp.

Nous sommes heureux de rendre quelque justice à Brumauld de Villeneuve, dont la carrière a été entravée par des causes d'ordre politique, mais qui n'en est peut-être que plus représentative du temps où il servit son pays.

Chapitre I
La campagne de Russie

Nous n'avons pas de renseignements détaillés sur le premières armes du général François. Nous savons seulement, d'après la notice officielle de ses services, que François de La Boissière a été enrolé dans l'an cien régiment de son oncle, 2e régiment de chas seurs à cheval ; qu'il a fait partie de la Grande-Armée de 1804 à 1807 ; qu'il a pris part, de 1808 à 1811, aux campagnes d'Espagne et de Portugal.

Nous savons encore par les souvenirs de sa famille, qu'il fut de bonne heure l'aide-de-camp préféré du Maréchal Ney.

Nous le trouvons en cette qualité dans l'armée qui marche vers Moscou. Les renseignements dont nous disposons résultent de lettres écrites à sa sœur Augustine, à laquelle il portait l'affection la plus tendre. Ces lettres qui toutes sont revêtues du cachet rouge de la « Grande Armée », laissent apercevoir chez leur auteur une nature à la fois vive et affectueuse. Les sentiments qu'il exprime pour les siens, pour « sa chère Augustine », pour « sa bonne mère », le ren dent lui-même très sympathique.

La première lettre, datée du 23 avril 1812 à Francfort (sur Oder), le donne faisant partie du 3e corps d'armée, qui était en effet celui de Ney. « Ton mari, dit-il à sa seur..., je sais qu'il doit commander deux batteries de la garde Imperiale ».

Le 24 juin, bien tard, la Grande Armée entre en Russie.

C'est au mois d'août seulement qu'elle arrive devant l'antique cité de Smolensk, place frontière de la Moscovie. Le 8, les Russes surprennent Sébastiani ; mạis ils sont arrêtés par le corps de Ney, et des lors renoncent à l'offensive.

Le 11, c'est Napoléon qui se met en marche à la tète de ce qui reste de son armée, soit 175,000 hommes.

A partir du 14, les combats ne cessent guère pen dant sept jours : ce jour-là, c'est l'affaire de Krasnoé : l'ennemi perd 8 bouches à feu et 1,000 prisonniers.

Le lendemain, 15 août, lorsqu'on célébre la fête de l'Empereur par des salves d'artillerie, celui-ci se plaint qu'on use des munitions précieuses à une telle distance : mais les maréchaux provoquent un sou rire sur son visage inquiet, en répondant qu'ils brûlent la poudre prise à Krasnoe.

Le 16, Ney essaye d'enlever les murs de Smolensk ; le 17, l'assaut est général, et les Russes sont rejetés dans les faubourgs par Davout et par Ney : après six heures de lutte acharnée, c'est la nuit qui sépare les combattants. Les Russes évacuent la ville, après l'avoir incendiée : la cité si chère est semblable, dit Napoléon dans son Bulletin, à une éruption du Vésuve dans une belle nuit d'été. Nous comptons 6 ou 7,000 hommes tués ou blessés, les Russes 12 ou 13,000.

On voit quelle part les troupes du maréchal Ney prirent aux combats devant Smolensk : La Boissière y conquit le grade de colonel.

Ce qui précède est résumé avec une grande sim plicité par notre jeune héros dans une lettre où il
fait suivre son nom de cette adresse : Colonel aide de camp de S. E. Mgr le maréchal duc d'Elchingen, commandant le 3e corps en Russie :

Ghjas, le 2 septembre 1812, á 38 lieues de Moscou.

J'accepte de grand cæur d'être parrain de ton enfant et le choix de ma commère (sa propre mère) en double ma satisfaction.

J'ai passé toute la journée d'hier avec ton mari ; nous avons voyagé ensemble quelques heures ; puis il m'a donné la moitié de son déjeuner.

Je t'apprendrai que, après les combats des 14, 15, 16, 17, 18 et 19 août, l'Empereur m'a nommé colonel. M. le Maréchal me garde toujours avec lui ; il continue de me combler de bontés. Je lui ai présenté ton mari, qu'il a parfaitement reçu.

Je n'ai pas le temps de t'en écrire davantage : nous marchons toujours, et probablement sous peu nous serons dans Moskou, si l'on ne nous propose la pair.

Dis à ma mère combien je suis fâché de ne pas être près d'elle pour remplir mes fonctions de compère, et. que je lui donnerai beaucoup de bonbons. Je prie mon frère de me remplacer.

C'est cinq jours plus tard, le 7 septembre, que le Maréchal Ney écrasait les Russes à la bataille de la Moskowa.

On sait que c'est aussi le corps de Ney qui, placé à l'arrière-garde, fut chargé de protéger la périlleuse retraite de la Grande-Armée.

Chapitre II
A l'armée d'Allemagne

François de La Boissière fut nommé général de brigade le 8 janvier 1813 ; le 22 mars suivant il était désigné pour commander la cavalerie légère au 3e corps de la Grande-Armée, sous les ordres du maréchal Ney.

A ce titre il assista, le 1er mai, au combat de Weissenfels, qui préparait les victoires de Lutzen et de Bautzen. C'est à ce combat que fut frappé à mort le maréchal Bessières.

Le 20, nous retrouvons le général à la terrible bataille de Bautzen.

L'armée française, comprenait au total 202.500 hommes et 550 bouches à feu ; cette masse de troupes était elle-même répartie en deux armées : celle de l'Empereur et celle du Maréchal Prince de la Moskowa. La dernière comptait 87,500 hommes : Ney commandait en personne le 3e corps sort de 52,000 hommes.

Le général de La Boissière commandait les neuf escadrons de cavalerie légère altachés à cette armée.

L'ennemi retranché derrière la Sprée, occupait de fortes positions que Blücher appelait les Thermopyles de l'Allemagne. La première journée de la bataille, qui en compta deux, fut employée à pré parer un mouvement tournant destiné à faire tomber les positions de l'ennemi. A cette fin, tandis qu'à l'extrême droite Macdonald, Oudinot et Marmont enlevaient la première ligne de défense des alliés Prussiens et Russes, le maréchal Ney, à l'extrême gauche, par un brillant combat contre Barklay de Tolly préparait autour du village de Klix, le mouvement qui, le lendemain déborda les troupes enne mies et les obligea à la retraite. Ney, dans cette action décisive, était secondé par le général Lauriston et soutenu par Kellermann : le comte de Valmy avait sous ses ordres l'avant-garde, composée de la cavalerie du général de La Boissière, six bataillons et une compagnie d'artillerie légère.

Le soir de ce premier jour de bataille, à 10 heures, le prince de la Moskowa écrivait à l'Empereur :

La position de Klix a été emportée avec la plus grande vigueur par les troupes du général Kellermann. L'ennemi a été fort maltraité. De notre côté, la perte n'a été que de 200 tués et 1,000 à 1.200 blessés.

Malheureusement, le Maréchal devait ajouter :

Au nombre des derniers (les blessés) se trouvent le général Kellermann et le général Laboissière qui a un coup de biscayen à travers la jambe gauche.

Le général François de La Boissière ne devait pas jouir de la victoire qu'il avait vaillamment con tribué à préparer : même il devait mourir de sa bles sure à Dresde, où il fut transporté.

Dans les lettres écrites à « sa chère sœur » et où il expose son état, il fait preuve d'une confiance peut-être simulée, se préoccupant surtout de la peine qu'en éprouvera sa mère. Nous lui laissons la parole :

Dresde, le 16 juin 1813.

(D'une écriture autre que la sienne.)

Ma chère Augustine, je n'ai pu te prévenir plustot de la blessure que j'ai reçue le 20 mai, premier jour de la bataille de Bautzen. Un biscayen m'a traversé la jambe gauche, sans heureusement me briser aucune partie précieuse.

Immédiatement après ma blessure, il m'est survenu une fièvre de nerfs qui m'a duré jusqu'au 10 de ce mois et qui m'ôtait absolument toute faculté d'écrire. Mais depuis ces cinq jours, la fièvre m'ayant quitté, je me trouve très bien et chaque nouveau jour me donne de nouvelles forces.

Je suis pansé par les meilleurs chirurgiens de l'armée ; l'Empereur même m'a envoyé M. Lharrey qui m'a trouvé si bien depuis trois jours qu'il n'est plus revenu... Fais moi le plaisir de communiquer cette lettre à mon frère ainsi qu'à ton mari. Si on avait pu le cacher à ma mère, j'en eusse été satisfait, car pourquoi l'inquiéter puisqu'il n'y a plus de danger.

(De sa main, mais d'une écriture pénible, trois lignes de tendresses.)

Enfin, sa dernière lettre :

Dresde le 30 juin 1813. (De sa main : d'une écriture de vieillard).

... Depuis quinze jours je vais constamment mieux : je n'écris pas bien comme tu vois, mais enfin c'est moi qui écris... Plus je vais et plus j'ai d'appétit, que je ne cherche qu'à modérer : j'en suis réduit à la moitié d'un poulet par jour ; je pense que demain cela augmentera. Les plaies vont très-bien et je n'ai plus de fièvre.

G. Delaboissière
Gal de brigade blessé à Dresden.

P. S. Voilà plus de deux mois que je n'ai reçu de vos nouvelles.

Le général François de Laboissière mourait le 15 septembre 1813.

Un procès-verbal d'inventaire était dressé le len demain par le commandant de la place de Dresde.

On y trouve mentionnés les titres et faits suivants :

... Le titre de général délivré à Paris le 1er février 1813...

Le dit François Levet, valet de chambre du général, nous a déclaré, sur la demande que nous lui fimes des croix de la Légion d'Honneur pouvant appartenir au général, que ce dernier ayant été nommé récemment Baron de l'Empire, il avait fait cadeau de ses croix d'argent à un de ses parents.

François de La Boissière mourait des suites de sa blessure, général de brigade et baron de l'Empire, à trente et un ans.

Source : Les deux généraux Garnier de la Boissière, de Daniel Touzaud.

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Registre protestant de La Rochefoucauld

Registre protestant de La Rochefoucauld (1679-1680) - transcription - Julien Roland, AGC 2901.

Le 25e decembre 1679 a esté enterré sur les cinq heures du soir le corps de... juzaud fille de jacob juzaud et de marthe barraud, aagée de trois ans ou environ auquel enterrement ont assisté pierre noblet, & jacques pintaud escoliers qui ont signé... PIERRE NOBLET, JACQUE PAINTAUD.

Le 28 decembre 1679 a esté enterré sur les cinq heures du soir le corps de anne peyret de feu jean devillemandy marchant aagée de soixante ans ou environ auquel enterrement on assisté pierre barraud et abraham desaunieres qui ont signé... DELAGE, BARRAUD, A. DESAUNIERES.

Le neuf janvier 1680 a esté enterré sur les six heures du matin le corps de damlle anne pasque aagée de quarante cinq ans ou environ femme dabraham pasquet escuyer sr de luget, auquel enterrement ont assiste charles odet escuyer sr des ombrais et olivier daillon qui ont signé... OLIVIER DE DAILLON, DELAGE, CHARLE ODET.

Le 19e jour du mois de janvier 1680 a esté enterré sur les six heures du matin le corps de daniel thibaud, vivant marchant taneur, aagé de soixante dix ans ou environ, auquel enterrement ont assisté daniel bertrand, marchant taneur, & jozeph ducoux & aussy taneur qui ont signe... BERTRAND, JOSEPH DUCOUX, DELAGE.

Le 28e jour du mois de janvier 1680 a esté baptizee par monsr daillon nostre ministre renee col fille de jean col marchant & marie deschamps presentée par jean pintaud marchant et, anne col qui ont dit lenfant estre né le vingt neuf decembre dernier qui ont signé... PINTAUD, MARIE COL, J. COL.

Le 13e jour du mois de fevrier 1680 a esté baptizé par monsr daillon nostre ministre jean reignaud fils de daniel reignaud marchant et de marthe marvaud presenté par jean pintaud marchant et jeanne raignaud qui ont dit lenfant estre né le dixieme jour du pnt mois sur les onze heures du soir, et ont signé... PINTAUD, REGNAUD, JANE RENARD, DELAGE.

Le 18e jour du mois de fevrier 1680 ont esté baptizés par monsr daillon nostre ministre pierre & jozué du rousseau fil de izaac du rousseau marchant et de jeanne dulignon presentez par pierre pasquet sr de clouslas et anne marvaud, et jozué brissaud sr de la michelie, et marie lousmeau qui ont dit les enfans estre nez le quinze du pnt mois et ont signé... DUROUSSEAU, P. PASQUET, BRISSAUD, ANNE MARVAUD, MARIE LOUSMEAU, DELAGE.

Le mesme jour a lissue de la priere ont estez baptizez par monsr daillon notre ministre marie delage fille de jean delage regent et de marie mazat presentee par paul mongin commis aux aydes, et marie delage qui ont dit lenfent estre né le seze du pnt mois sur les onze heures du soir, et jean saury fils de izaac saury advocat et marie trufandier presenté par jean trufandier sr de la peladie et madelaine saury qui ont dit lenfent estre né le vingt cinq du mois de janvier dernier et ont tous signé... J. TRUFANDIER, M. SAURY, MONGIN, SAURY, MARIE DELAGE, DELAGE.

Le mesme jour que dessous a esté enterré sur les cinq heures du soir le corps de suzanne pasquet aagée de quatre ans ou environ fille de abraham pasquet escuyer sieur de luget et de damoislle anne pasquet auquel enterrement ont assisté theodore mayou docteur en medecine, et daniel mayou me appoticaire qui ont signe... MAYOU.

Le 17e jour de mars 1680 a esté enterré le corps de jacque lurat, sur les six heure du matin aage de quarante ans ou environ, marchant du dauphiné, auquel enterrement ont assisté henry albert marchant et jean durousseau pintier qui ont signé... DUROUSSEAUX, H. ALBERT.

Le 25e jour du mois de mars 1680 a esté enterré sur les six heures du soir le corps de pierre guillemetaud aagé de quatre ans ou environ fils de francois guillemetaud me chaussetier et de marie lazare auquel enterrement ont assisté jozeph ducous taneur, et samuel delage qui ont signé... JOSEPH DUCOUX, DELAGE, SAMUEL DELAGE.

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Déclaration de Devars dans le procès de Louis XVI

Devars a laissé dans ses papiers une longue déclaration qui se présente comme un discours fait à ses collègues de l'assemblée, dans lequel il répond aux quatre questions posées, développant chaque fois un raisonnement argumenté.

A la première question (la culpabilité) : «je ne suis point convaincu de tous les faits imputés à Louis, je suis convaincu qu'il y a eu une conspiration contre la sureté intérieure et extérieure de l'État... qu'enfin Louis est un des principaux chefs de cet horrible complot et le plus coupable de tous... en conséquence je le déclare coupable...».

A la seconde question (l'appel au peuple) : «... quelque soit la prépondérance de vos suffrages, jamais ils ne sauraient dominer ma propre conviction, ni me faire adopter, pour mon vœu, une mesure que je penserai effectivement contraire aux intérêts précieux qui me sont confiés... Je suis bien convaincu que l'opinion du renvoi au peuple pour faire sanctionner le décret... contre Louis ne prévaudra pas et qu'elle sera rejetée...».

Devars parle ensuite très longuement des pressions, des dangers et des menaces auxquels ils sont soumis: «au sortir de cette salle... encore hier au soir 100 ou 150 personnes... sur notre passage et nous poursuivirent par pelotons en nous apostrophant et en nous accablant... mais j'entends ma patrie alarmée qui me dit : si tu prononces sur le sort de Louis sans me consulter, tu me livres aux plus cruelles factions...»

Suit un long passage où l'on retrouve presque mot pour mot la déclaration de Maulde pour justifier l'appel au peuple. Nos deux conventionnels auraient-ils agi de concert ? ou l'un se serait-il inspiré de l'autre ?

A la troisième question (la peine): «...dans mon âme une conviction à laquelle je ne puis résister et qui me dit impérativement que la mort de Louis, bien plus que son existence, peut infiniment compromettre le salut et la gloire de ma patrie, que sa détention pendant la guerre et son bannissement à la paix sont deux mesures salutaires qui concilient parfaitement la sureté générale avec la grandeur, la dignité et la générosité de la Nation française... On ne m'accusera pas sans doute de faiblesse ni de pusillanimité puisque ceux qui ne votent point pour la mort de Louis sont horriblement menacés, que même leur vœu excite des murmures dans un certain côté de cette salle...».

Pour appuyer son choix Devars se réfère à une lettre de la Société patriotique d'Angoulême, à leurs députés Bellegarde et Guimberteau, se prononçant dans le même sens, à savoir l'emprisonnement et le bannissement.

A la quatrième question (le sursis) : «j'ai voté pour le renvoi au peuple, j'ai voté pour la réclusion... invariable dans mes principes, je ne puis que voter pour l'affirmation... en disant oui: et en cela je rends au peuple, mon souverain, le dernier et seul hommage qui me reste dans cette importante affaire. Car si mon vœu est rejeté, tout est fini ; si au contraire il est adopté, il (le peuple) pourra réclamer contre une mesure qui l'intéresse si essentiellement ou l'approuver par son silence.»

Finalement cette déclaration se présente comme un plaidoyer que le conventionnel charentais se forge lui-même, pour se guider dans les réponses aux questions posées. Sa déclaration publique, face à la question n° 3 n'est que le résultat logique de débats intérieurs, qui l'ont conduit à rejeter la peine de mort. Toute l'argumentation tourne autour d'un pivot central auquel le raisonnement le ramène chaque fois, à savoir le principe du peuple souverain qui doit s'exprimer ou celui de l'intérêt supérieur de la Nation qu'il s'agit de sauvegarder.

Comme ses collègues de la Convention Devars à aucun moment ne fait appel à des arguments traditionalistes, tel l'inviolabilité de la personne royale... ou d'autres d'ordre sentimental. Il reste dans le contexte légal du moment, en janvier 1793, où il n'y a plus de Roi et la France est une République.

Est-ce à dire que dans le fond de sa personne ne subsiste aucun attachement à la personne du Roi ou à la monarchie déchue ? Il n'est pas possible de répondre à cette question.

Au total un document humain, resté inédit jusqu'à présent et qui est à l'honneur du Conventionnel charentais. Il nous a été aimablement communiqué par des descendants directs de la famille. Nous n'en publions que des extraits essentiels et significatifs.

Source : La Charente révolutionnaire, de Jean Jézéquel.

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Les Gardes d'honneur de la Dordogne

Dans les premiers jours de 1808. le bruit se répandit que Napoléon traverserait le département de la Dordogne en allant à Bayonne. Une Garde d'honneur s'organisa alors à Périgueux comme par enchantement nobles, bourgeois, riches marchands s'inscrivirent avec empressemcnt pour en faire partie. Un arrêté préfectoral du 11 janvier stipula qu'il y aurait une seule Garde d'honneur pour tout le département (1).

On donnait, à cette époque, le nom de Gardes d'honneur aux compagnies sédentaires locales, uniquement d'apparat, formées dans les déparlements ou les villes pour le passage des grands personnages de l'Etat.

La Garde d'honneur à cheval s'exerçait pour les manoeuvres et commençait à prendre tournure lorsqu'on apprit les modifications de l'itinéraire impérial Napoléon se rendait à Bordeaux par Angoulême et Barbezieux. Cette Garde ne se réunit plus après le mois d'avril; date du voyage officiel, que pour les cérémonies anniversaires de la naissance et du couronnement de l'Empereur.

Commandée par M. André de Fayolle, ancien pagé du Roi, elle eut pour lieutenants l'ex-capitaine d'infanterie Langlade et M. Jean Borie. Elle comporta un maréchal des logis, deux brigadiers et dix-neuf gardes, parmi lesquels deux jeunës d'Abzac. La tenue consistait dàns un habit vert avec boutons, collet, revers et parements blancs, ayant les poches en long la culotte et la veste blanches, des aiguillettes d'argent, le chapeau français à trois cornes, les bottes à l'écuyère avec éperons d'argent. Elle était armée du sabre. La selle rase ou demi-écuyère était en veau ou daim blanc, housse et chaperon vert dragon galonné d'argent. Les brides avaient une garniture d'argent (2). Une lettre du 2 septembre 1808, écrite au commandant de Fayolle par le brigadier Mazerat-Delor, indique le désir de quelques gardes de voir adopter l'habit sans revers, le pantalon vert et l'épée (3).

Un contemporain (4) a noté comme une circonstance très remarquable et une preuve de la fusion des partis, l'empressement des Périgourdins à se faire inscrire dans la Garde d'honneur : on peut dire, observe-t-il, qu'alors toutes les opinions étaient réunies, tout le monde voulait l'Empereur.

Ce nom de Gardes d'honneur fut ensuite donné par le sénatus-consulte du 3 avril 1813 à quatre régiments de cavalerie, à l'effectif total de 10.000 hommes, dont un décret du 5 avril réglementa l'organisation. Etaient admis à faire partie de ces régiments, sous la condition d'être Français et âgés de dix-neuf à trente ans inclusivement, les membres de la Légion d'honneur ou de l'Ordre de la Réunion el leurs fils, les chevaliers, barons, comtes et ducs de l'Empire et leurs fils, les membres des collèges électoraux et des conseils généraux de département et d'arrondissement, des conseils municipaux des bonnes villes et leurs fils et neveux, les cinq cents, plus imposés de chaque département et, dans chacun des départernents, les cent plus imposés des villes, leurs fils et neveux; les employés des diverses régies et leurs fils. On y admit jusqu'à l'âge de 45 ans, les militaires ayant servi dans les armées françaises, les anciens officiers des armées étrangères et leurs fils. La désignation d'office n'eut lieu par les préfets que si le contingent départemental requis n'était pas rempli par les engagements volontaires.

Les Gardes d'honneur durent s'habiller, s'équiper et se ,monter à leurs frais. Les engagés volontaires versèrent une somme de 1156 francs. Toutefois, les membres de la Légion d'honneur ou leurs fils qui n'avaient pas les facultés nécessaires pour cela pouvaient, sur un rapport du préfet au grand chancelier, être habillés, équipés et montés aux frais de la Légion.

L'uniforme fut identique pour les quatre régiments. La pelisse était vert foncé, doublée de flanelle blanche, bordure, boudin et tour de manches en peau noire, gants olive et tresses blanches; le fond du dolman également vert foncé, doublé de toile à la partie supérieure et de peau rouge à la partie inférieure, avec collet et parements écarlate, tresses du collet, des fausses poches et des parements de la même couleur que celles de la pelisse. La culotte hongroise était en drap rouge avec tresses blanches. Les boutons étaient blancs. La ceinture était fond cramoisi avec garnitures blanches, et le schako rouge surmonté d'un plumet vert, qui, pour le 3e régiment, avait l'extrémité jaune.

En ces temps « avides de soldats », surtout après la désastreuse expédition de Russie, c'était une grande habileté de constituer un corps important de cavalerie, aux frais des hommes. Le pouvoir coercitif des préfets contribua peut-être à leur formation; mais il y eut surtout la séduction de l'uniforme et de l'équipement à la hussarde, l'annonce du grade de sous-lieutenant au bout d'un an de service, l'assimilation pour la solde aux chasseurs de la Garde.

Le 3e régiment, formé à dix escadrons, fut composé des Gardes d'honneur fournis par les départements des 10e, 11e, 12e, 13e, 20e, 22e, 29e et 31e divisions militaires. Avec les Périgourdins, il comprit des Gascons, des Agenais, des Cadurciens, des Corréziens, des Charentais, des Pyrénéens, des Tourangeaux, même des Hollandais, des Suisses et des Toscaus.

D'après l'état annexé au décret impérial, le département de la Dordogne devait fournir de 50 à 100 hommes pour la formation de ce régiment, le plus nombreux des quatre. Un rapport du préfet Maurice au Ministre de l'Intérieur fait connaître, à la date du 10 juin, que le contingent montera à 106 hommes, dont 74 inscrits volontaires. Parmi les 32 désignés, 25 rivalisaient d'empressement avec ceux qui avaient offert d'eux-mêmes leurs services; 2 ou 3 autres pourraient être dispensés pour cause de maladie. Le maximum sera sùrement atteint, si même il n'est pas dépassé. Le préfet ne peut qu'applaudir.au bon esprit que montrent ses administrés. Il note que les mesures prises pour « la formation du fonds commun » n'ont pas aussi généralement déplu qu'il ne le craignait d'abord. Seules, quelques personnalités égoïstes ou disposées à se ficher de tout, n'ont pas fait preuve d'une bonne volonté bien louable dans une situation aussi fâcheuse que celle du plus grand nombre des propriétaires de ce département

« En général, on a bien voulu remarquer que j'avais rempli les intentions de S. M. de la manière la plus douce pour les familles. On a su gré à l'administration d'avoir écarté des désignations les fils uniques et les chefs de famille, et d'avoir observé dans les demandes de fonds les ménagements que commandait l'état de gêne du plus grand nombre des individus atteints » (5).

Dans la Dordogne, en définitive, ce recrutement spécial des fils de familles distinguées s'opéra avec une grande facilité, ainsi que partout ailleurs ou presque. Si le mouvement n'avait pas été spontané pour la France entière, il avait du moins suffi, comme l'a bien dit M. Frédéric Masson, que les portes fussent ouvertes et qu'on poussât un peu cette jeunesse pour qu'elle s'empressât de passer (6). On ne sollicita pas en vain cette jeunesse elle entendit bien vite l'appel et y répondit.

Une portion du contingent départemental, la première, comprit cinquante-quatre gardes. A Périgueux, le 2 mai, le préfet en dressa la liste en y joignaut de curieuses indications sur leurs familles. Voici ce contrôle nominatif auquel nous ajoutons les lieux et dates de naissance des inscrits, leur filiation, leur affectation par escadron et compagnie au régiment des Gardes d'honneur, avec diverses indications sur leur carrière :

Aumassip Jean, né à Périgueux le 11 novembre 1795, d'Etienne et Thérèse Murat. « L'inscrit appartient à une famille de commerçants qui jouit de l'estime et de la considération publiques il se destinait à la médecine ».

Beaupoil de Saint Aulaire Alexis-Armand, de Condat, né à Saint-Genès (Gironde) le 31 octobre 1794 de François et Marguerite de Bellot. « Famille jouissant d'une grande considération et parénte du Comte de Saint-Aulaire, chambellan de l'Empereur et préfet de la Meuse ». — 2e escadron, 12e compagnie.

Beaupoil de Saint-Aulaire Hippolyte, né à Cornille le 19 avril 1795 de Jean-Baptiste-Front-Yrieix et Céleste Boistillé. Cousin germain du président. — 2e escadron, 12e compagnie.

Plus tard lieutenant-colonel du 28 Hussards et officier de la Légion d'honneur.

Biran de Lagrèze Jean-Philippe-Guillaume, né à Bergerac le 30 avril 1793 d'Elie-Joseph et Madeleine Pilet. « Famille possédant depuis longtemps une juste considération acquise par des services distingués dans la robe et dans l'épée ». — 10e escadron, 10e compagnie.

Bonvillet Etienne, né à Saint-Privat-des-Prés le le 1er janvier 1795 de Louis et Marie-Anne Tilhard. « Famille ayant toujours donné des preuves d'un bon esprit public. Le frère ainé s'est enrôlé volontairement depuis 1810 ». — 3e escadron, 13e compagnie.

Bourdelle Pierre, né à Brantôme le 22 mars 1795 de Jean et Marie-Lucrèce Bourdinot. « Le père avocat, membre, du conseil municipal de Thiviers, possède. l'estime publique et est très considéré ». — 4e escadron, 4e compagnie.

Burguet Pierre, né à Ribérac le 4 janvier 1795 de Sieaire et Madeleine Noël. « D'une famille jouissant d'une grande considération. Est neveu de deux officiers qui faisaient partie de l'armée de Russie. Cousin issu de germain du général Morand, ancien gouverneur de la Corse tué du côté de Hambourg ». — 2e escadron, 12e compagnie.

Sous-lieutenant au 59e d'infanterie. Chevalier de la Légion d'honneur en 1832.

Carvès Jean-Baptiste, né à La Roque-Gageac le 22 novembre 1795 de Raymond et Catherine Ampoulange. « Fils d'un riche négociant très considéré ». — 2e escadron, 2e compagnie.

Chabannes de Saint-Georges Guillaume, né à Saint-Rabier le 11 mai 1786 de Jean et Catherine-Thérèse Guibert « D'une bonne famille d'anciens bourgeois jouissant de la considération et de l'estime publiques ». — 3e escadron, 13e compagnie.

Chassagnie François, né à Bergerac le 29 juin 1795 de Pierre et Marthe Minard. « D'une bonne famille d'anciens bourgeois. Le père a été receveur du district. Deux oncles maternels ont été gardes du corps du Roi ». — 2e escadron, 12e compagnie.

Chevalier de la Galage Elie, né à Prigonrieux le 25 septembre 1787 d'Elie-Simon et Catherine Rose. « D'une bonne famille d'anciensbourgeois privilégiés jouissant de l'estime et de la considération générales ». — 9e escadron, 9e compagnie.

Corron Bertrand-Frédéric, né à La Boissière-d'Ans le 31 octobre 1795 de François-Frédéric-Maurice et Marie Penot. « Le père, excellent homme estimé et considéré, est actuellement en activité à Mayence; il a rempli pendant plusieurs années les fonctions d'inspecteur de la forge et fonderie d'Ans ». 38 escadron, 138 compagnie.

Courtois Desgranges Pierre, né à Grignols le 7 mars 1788 de Raymond et Suzanne Lespinas. « D'une famille jouissant de l'estime générale et de la plus grande considération dans son canton. Un oncle, ancien juge seigneurial, est juge de paix depuis bien des années un autre oncle, ancien administrateur du département, est maire de sa commune ». — 4e escadron, 4e compagnie.

Courtois de Maine André, né à Grignols, le 5 mars 1793 d'André et Marie Lavigne. Cousin germain du précédent. — 10e escadron, 10e compagnie.

Couil de Cluzeau Julien, né à Périgueux le 31 juillet 1790 de Pierre et Marguerite Ducheyron. « Sa famille jouit de beaucoup de considération. Le père, avocat distingué, a été pendant plusieurs années 1er adjoint au maire de Périgueux et est décédé en fonctions. Deux. oncles maternels étaient officiers d'infanterie avant 1789 ». — 4e escadron, 4e compagnie. Nommé brigadier le 17 juillet 1813.

Dalmas Jules, de Nontron, originaire de l'Ardèche, né le 31 avril 1794 de François et Sophie Roger. « Son père, qui occupe un emploi supérieur dans l'administration des droits réunis, est estimé et très considéré; deux de ses fils, officiers, ont péri aux armées ». — 3e escadrons, 13e compagnie.

Darène de Lacroze Joseph-Frédéric, né à Ribérac le 1er avril de Bernard-Joseph. et Jeanne-Sophie Constantin. « Appartient à une famille marquante par le rang qu'elle a toujours occupé dans la société, Deux oncles, dont l'un président du tribunal civil de Ribérac, sont membres de collège. Deux autres oncles sont officiers dans la ligne. Est cousin issu de germain du général Morand ». — 3e escadron, 13e compagnie.

Dauriac Justin, né à Périgueux le 14 juillet 1794 de Jean-Baptiste et Marie Saulnier, « fils d'un négociant estimable et considéré. La branche aînée de cette famille a fourni plusieurs conseillers au ci-devant présidial de Périgueux ». — 2e escadron, 12e compagnie.

Debord Jean, né à Rouffignac le 26 juin 1793 d'Antoine et Louise Blondel. « Le père est mort juge de paix. Ses oncles maternels étaient gardes du corps du roi Louis XVI ». — 7e escadron, 7e compagnie.

Delage de Lombrière Jean, « d'une famille ancienne, estimée et très considérée dans le canton de Montpon ».

Demagne Pierre, né à Nailhac le 7 octobre 1789 de Pierre et Françoise Doneuve. Famille considérée par d'anciens services militaires et par une excellente et constante moralité. — 2e escadron; 12e compagnie.

Desbrousse ou Rey-Desbrousse François, né à Nailhac le 30 novembre 1789 de Martin et Anne Dubin. Bonne famille d'anciens bourgeois privilégiés, considérée. — 2e escadron, 12e compagnie.

Deschamps François-Louis, d'une bonne famille d'anciens bourgeois privilégiés. Le père est maire de sa commune.

Devianne-Dufraisse Joseph, né à Périgueux le 26 avril 1795 de Joseph et Marguerite Desbordes. « Son grand-père était conseiller au présidial de Tulle. Deux de ses oncles servaiènt l'un aux. Gendarmes et l'autre aux Gardes du corps du Roi. Famille toujours très considérée ». — 3e escadron, 13e compagnie.

Dubut François, né à Chatelerie, commune de St-Pierre-de-Côle le 12 janvier 1796 de Jean et de Paule Menesplier. Taille 1 m. 72. « Très apte. Famille jouissant d'une grande considération dans le canton ». 10e escadron, 10e compagnie.

Successivement garde du corps du Roi, capitaine au 32e de ligne et major du 74e, chevalier de la Légion d'honneur.

Dumas ou Ribadeau-Dumas Pierre, né à Nontron le 1er mai 1795 de Léonard et Anne Verneuil. « Famille d'anciens bourgeois privilégiés jouissant de l'estime publique et d'unegrande considération dans le canton de GrignoIs (7) ». — 8e escadron, 18e compagnie.

Dumourier de Jammes Jean-Félix-Edouard, né à Beaussac-et-Ladosse, le 19 décembre 1791 de Marc et Marguerite Fayard. Demeurant à Echourgnac. « Famille d'ancienne noblesse, peu riche, mais bien. alliée et très considérée. Le père officier d'infanterie avant 1789, émigré rentré, exerce avec zèle et dévouement les fonctions de maire de sa commune ». — 4e escadron, 4e compagnie..

Ecuyer Guillaume, né à Celles, le 13 février 1796 de Jean et Elisabeth Labonne. « Bonne famille d'anciens bourgeois privilégiés, jouissant de l'estime et de la considération publiques ». — 2e escadron, 2e compagnie.

Fargeot Michel-Philippe, né à Ribérac. le 14 février 1791 de Jacques et Thérèse Limousin. « Famille jouissant de beaucoup de considération. Le père est membre du collège électoral du département, le frère aîné est receveur particulier de l'arrondissement de Ribérac. L'oncle maternel, M. Limousin, a été honoré de deux législatures (8) ». — 7e escadron, 7e compagnie. Mort de fièvre à l'hôpital de Metz le 29 janvier 1814.

Froidefond de La Borde aîné Jean, né à Yélines le 13 septembre 1793 de Jean-François et Jeanne Verger. » — 3e escadron, 130 compagnie.

Froide fond de La Borde cadet Pierre, né à Vélines le 22 septembre 1795. 30 escadron, 130 compagnie. Sous-lieutenant au 90 chasseurs jusqu'en 1819.

« Très ancienne famille de noblesse militaire, qui, quoiqne pauvre, a conservé toute sa considération. Tous deux. ont les meilleures dispositions pour l'état où leurs ancêtres se sont illustrés ».

Cablanc Dureclus de Gageac Emile, né à Bordeaux en 1791, demeurant à Périgueux. « Famille d'ancienne noblesse distinguée dans les armes, justement estimée et considérée ». — 4e escadron, 4e compagnie.

Gerbeaud Jean-Paulin, né à Ribérac le 13 août 1796 de Guillaume et Anne Darene-Lacroze. « Famille distinguée et très considérée. Fils du président du tribunal civil de Ribérac ». — 5e escadron, 150 compagnie. Capitaine au 3e Léger.

Giory Jean, né à Celles le 4 février 1796 de Pierre et Marie Lusseaud. « Famille considérée. Compte parmi ses aieux plusieurs militaires distingués ». — 3e escadron, 13e compagnie. Mort à l'hôpital de Lunéville le 28 décembre 1813.

Gorsse Guillaume, né à Bézenac le 18 février 1796 de François et Marie. Raynal. « D'une famille considérée, qui compte plusieurs militaires distingués ». — 6e escadron, 16e compagnie.

Grenier François-Marc, né à Rochefort (Charente-Inférieure) le 1er mars 1785, demeurant à Périgueux (9). « Son père, ancien officier du régiment de La-Couronne, major de gendarmerie et chevalier de la Légion d'honneur, jouit d'une considération justement acquise par de longs et glorieux services militaires ». — 3e escadron, 13e compagnie.

Labrousse de Fontenilles Antoine, né à Cadouin le 13 septembre 1788 de Louis et Madeleine Giraud, domicilié à Paunat. « Famille pauvre mais estimée et considérée par d'anciens services militaires, descendant d'un homme d'armes anobli par Philippe-Auguste après la bataille de Bouvines (10) ». — 8e escadron, 8e compagnie.

Mort à l'hôpital de Tours le 23 mars 1814.

Laussinotte Mathieu, né à Saint-Pantaly d'Ans le 7 août 1785 de François et Madeleine Donève, « Bonne famille d'anciens bourgeois privilégiés. Le père a rempli constamment des places administratives ou judiciaires, estimé et considéré dans son canton ». — 2e escadron, 12e compagnie.

Lavergnee du Rocq Joachim, né à Trémolat le 30 octobre 1791 d'Antoine et Louise Girault. « D'une famille noble très estimée et considérée. Le père a exercé avec distinction des fonctions publiques ».

Bornet de Léger François-Hector, né à Neuvie le 10 janvier 1796, « Famille des. plus distinguées par un vrai mérite et par une suite d'aïeux marquant par leurs vertus et par les places qu'ils ont occupées ».

Lieutenant au 4e de Ligne, réformé pour blessures en 1825.

Maillard de Lafaye Philippe-Paul, né à Saint-Sulpice de Mareuil le 15 juillet 1794 de François et Julie-Rose Chamet. « Ancienne famille noble réunissant tous les genres de considération, surtout celle acquise par les services d'un grand nombre d'officiers ». — 3e escadron, 13e compagnie.

Mayaudon François, né à Terrasson le 7 novembre 1790 de Jacques et Marguerite Lacoste. « Famille distinguée et considérée par d'excellents services militaires, jouissant à juste titre de l'estime publique ». — 8e escadron, 8e compagnie.

Mérilhou de Verneuil Pierre; né à Cherveix le 7 octobre 1795, de Jean-Baptiste et de Marguerite Debès. « Le père et deux oncles étaient gardes du corps du Roi. » — 3e escadron, 13e compagnie.

Nebout de La Pixolie François-Louis, né à Limeyrat le 24 mars 1795 de Jean et Marguerite Cellerier. « D'une famille de bourgeois privilégiés. Le père, ancien officier au régiment Maréchal-de-Turenne, très estimé et considéré, exerce avec zèle les fonctions de maire ». — 3e escadron, 13e compagnie.

Passemard Jacques, né à Saint-Rabier le 24 février 1795 de Jacques et Marguerite Larivière. « Famille estimée et considérée. Le père a toujours exercé des fonctions publiques depuis 1790». — 7e escadron, 17e compagnie.

Pontou Jean, né à Domme le 20 décembre 1788 d'Antoine et Anne Folialeau. « Famille de négociants très riches et considérée ». — 5e escadron, 5e compagnie.

Pouchard Jean-Marc, né à Coulaures le 11 mars 1795 de Jean et Marie Deschamps. « Bonne famille bourgeoise estimée et.considérée dans son canton ». — 4e escadron, 4e compagnie..

Reynal Joseph, né à Cénac le 22 juin 1793 de Guillaume et Marie Laville. « Famille bourgeoise estimée et considérée». — 10e escadron, 20e compagnie.

De Ribeyreix ou Ribeyreys de Farges Jean-Francois-Isaac, né a Vanxains le 18 août 1788 d'Elie et Marie-Madeleine de Bonnefond. « Famille très pauvre, mais ayant conservé beaucoup de considération alliée aux meilleures familles du dévartement; a produit beaucoup de personnes qui se sont distinguée, dans la carrière des armes ». — 2e escadron, 12e compagnie.

De Salleton Julien-Joseph, né à Saint-Michel, commune de Cantillac le 29 novembre 1795, de François-Paul et Jeanne-Julie de Châtillon, « Très ancienne famille de noblesse militaire justement considérée. Depuis 1650 les aïeux, paternels et maternels de l'inscrit offrent une série d'officiers distingués dont plusieurs sont morts au champ d'honneur ». — 7e escadron, 17e compagnie. Brigadier le 2 août 1813, chevalier de la Légion d'honneur à dix-huit ans. Officier aux cuirassiers de la Garde royale.

De Saulnier du Plessac André-François-Benoit, de St-Félix de Mareuil. « Famille de noblesse militaire et considérée. Il y avait 'six frères officiers avant 1789 ».

Orfaure de Tantaloup Pierre, né à Ribérac le 10 juin 1793 de Raymond et Anne-Elisabeth Lamy. « Bonne famille de bourgeois privilégiés, bien alliée et considérée. Le père a été gendarme de la Garde du Roi un oncle chef d'escadron a été tué, il y a neuf ans, devant Gaëte ». — 3e escadron, 13e compagnie. Officier de dragons, retraité vers 1845.

De Tarde Joseph, né à La Roque-Gageac en 1795. Le père a été syndic de la marine pendant plus de 20 ans. « Famille ancienne justement considérée par ses vertus et les places qu'elle a occupées ». — 3e escadron, 138 compagnie.

Texier Louis, né à Sainte-Marie-de-Frugie en 1795. « Bonne famille estimée et considérée ».

En récapitulant les noms de la première liste, on trouve une trentaine de Gardes d'honneur qui descendaient de bourgeois anciens ou privilégiés et une quinzaine qui étaient issus de maisons nobles; les neuf autres jeunes gens étaient fils de commerçants, de. fonctionnaires ou de militaires. Tous appartenaient à des familles estimées et considérées du pays. Seuls, les noms de Delage de Lombrière, de Deschamps et de Saulnier du Pessac, inscrits par le préfet, n'ont pas été retrouvés sur les matricules du régiment.

Sur ces mêmes contrôles nous avons noté, à la date du 15 juillet 1813, dix autres incorporations qui concernent des Périgourdins :

Burgairolles Guillaume, de Thiviers, né à Narbonne le 29 septembre 1795 de Guillaume et Marie Peyrat. — 3e escadron, 13e compagnie.

Dupin Antoine, de Sainte-Croix, né à Saint-Saud le 29 avril 1794 de Charles et Marguerite Raymond. — 7e escadron, 7e compagnie.

Duverrier de Monfort Jean-Maurice, né à Pomport le 14 septembre 1795 de Jean et Eléonore Baubal.

Formel Jean, de La Roche-Chalais, né à Saint-Aigulin (Charente-Inférieure), le 19 décembre 1790 de Michel et Françoise Ruisselet. — 9e escadron, 9e compagnie.

Luguet-Desgranges Jean-Joseph, né à Douchapt le 22 août 1795 de Jean-Baptiste et Marie Labonne. — 4e escadron, 4e compagnie.

Mouru-Lacombe Jean, né au Fleix le 11 avril 1795 de Jean et Marie Colignan. — 3e escadron, 13e compagnie.

Pastoureau Louis-François-Alexandre, né à Javerlhac le 21 novembre 1795 de François et Marguerite Janaillac. — 4e escadron, 4e compagnie.

Rey-Lagarde Pierre, né au Bugue le 4 novembre 1782 de Jean et Marie Minard. — 10e escadron, 10e compagnie. Promu brigadier le 21 août.

Saint-Ours Georges, né au Verdon le 12 janvier 1795 de Pierre et Marthe Galina. 10e escadron, 10e compagnie.

Pichel Guillaume, né à Brantôme le 31 janvier 1793 de Guillaume et Jeanne Paris. — 3e escadron, 13e compagnie.

Le 23 juillet eurent lieu vingt-et-une nouvelles incorporarations de jeunes gens de la Dordogne :

Arlot de Saint-Saud Julien, né à Périgueux le 14 février 1788 de Louis et Marguerite de Fayolle. — 5e escadron, 5e compagnie.

Agard Jean, né à Savignac de Nontron le 7 mars 1788 de Pierre et Pétronille Martinot. — 10e escadron, 20e compagnie.

Alix-Dubousquet Etienne, né à Saint-André de Sarlat le 23 mai 1793 de Guillaume et Catherine Ampoulange. — 5e escadron, 5e compagnie.

Antignac-Boissière Jean, né au Bugue le 21 novembre 1790 d'Antoine et Jeanne Albucher.

Bourdet Louis, né à Sarlat le 23 mai 1794 de Jean et Pétronille Labrousse. — 5e escadron, 5e compagnie.

Champagnac-Leyraud Paul-Victor, né à Villars, canton de Bussière-Badil le 10 février 1795 de Louis et Valérie Roussy. — 5e escadron, 50 compagnie.

Deborde-Lalande Antoine, né à Saint-Cernin de Reilhac le 6 mars 1787 de Gabriel et Marie Fournier. 4.0 escadron, 4e compagnie.

Eyriaud-Béchemore Jacques, né à Javerlhac le 4 avril 1788 de François et Marie Jalanihac. — 5e escadron, 15e compagnie.

Gaussen Paul, né à Bergerac le 17 avril 1788 de Mathias et Julie Burette. — 10e escadron, 20e compagnie.

Grézel Jean-François-Xavier-Maurice, né à Sarlat le 18 août 1790 du capitaine Barthélemy-Joseph et Marie Debarry. — 5e escadron, 5e compagnie.

Labrousse Mandegou Pierre, né à Cazoulès le 30 mai 1793 de Pierre-Jacques et Madeleine Tarde. — 7e escadron, 17e compagnie.

Lajarte Jeoffre Raymond, né à Naillac le 20 novembre 1798 de François et Antoinette Pochet. — 7e escadron. 17e compagnie.

Humeau de la Martinie Charles, né à Bergerac le 5 juillet 1792 de Philippe et Jeanne Chanceaulme. — 5e escadron, 5e compagnie.

Laroche Babiard Pierre, né à Saint-Germain de Bf,,rgerac le 10 mai 1794 de Pierre et lllarguerite Charraux.

Lescure Jean-Etienne, né à Saint-Germain de Belvès le 30 mai 1790 de Xavier et Marie Lasure. — 10e escadron, 10e compagnie.

Macary Lagrelière Jean, né à Etouars le 8 juillet 1786 de Jean et Marie Boussarie. — 5e escadron, 15e compagnie.

Dubernad de Monmère Côme, né à Terrasson le 24 février 1795 de Dubernad et Marie Chalard. — 8e escadron, 8e compagnie.

Pohl Henry, de Saint-Georges de Monclar, né à Bordeaux le 1 er juin 1794 de Pierre et Marie-Aimée Tessa. — 5e escadron, 5e compagnie.

Record Jean, né à Sarlat le 24 décembre 1791 de François et Jeanne Pichmajou. — 5e escadron, 5e compagnie.

Teissière Bellecise Louis, né à Sarlande le 19 janvier 1789 de Gabriel et Marie-Rose Decoux. — 10e escadron, 2e compagnie.

Valeton Duroc Antoine, né à Saint-Georges de Monclar le 23 décembre 1795 de Hélie et Marguerite Chanaud. — 7e escadron, 20e compagnie.

Une vingtaine de Gardes d'honneur périgourdins furent encore immatriculés le 29 juillet. En voici les noms :

Villac de Beauroyre Charles, né à Segonzac (Corrèze) le 22 juillet 1791 de Jean-Marc et Suzanne de Calvimont, de Tayac. Promu brigadier le 20 août 1813.

Béchaud François, né à Saint-Martial d'Artenset le 9 août 1794 de François et Anne Teyssandier.

Bertrand de Faugerolas Jean, né à Génis le 13 avril 1794 d'Antoine et Catherine Lacoste.

Bordas Pierre, né à Champagne-Fontaines le 21 février 1795 de Pierre et liarguerite Rousseau.

Cavailler Antoine-Paul, de Bourdellière, né à Paris le 22 avril 1796.

Chadourne dit Beysselance Jean, né à Saint-Martin des Combes le 6 juin 1794 d'Antoine et Marie Cailloux. — 5e escadron, 15e compagnie.

Delarte de Beauchamps Jean, né à Molières le 18 avril 1?94 de Jean et Julienne Dorlit, demeurant à Pontours. — 5e escadron, 15e compagnie.

Dufaure de Montmirail Pierre, né à Beaumont le 30 mai 1796 de Pierre et Catherine Franc, petit-fils et neveu de Gardes du corps du Roi. — 4e escadron, 4e compagnie.

Plus tard maréchal des logis au 3e cuirassiers de la Garde royale (1821) et sous-lieutenant au 12e dragons (1830 à 1837).

Dutard Jean, né au Bugue le 1er septembre 1795 de Mathieu et Madeleine Rey. — 7e escadron, 7e compagnie.

Feriol Giraud, né à Saint-Amand de Belvès le 15 juin 1796 de Jean et Thérèse d'Epignol. 58 escadron, 156 compagnie.

Fompeyre Chevalier Eymeric-Jean, né à Douzillac le 4 avril 1794 d'Antoine et Marie Garrau.

De Grailly François, né à Saint-Remy le 23 décembre 1793 de Pierre et Marie Gregnier.

Guillemot François, né à. Festalemps le 5 décembre 1784 de Léonard et Marguerite Courcelle. — 5e escadron, 15e compagnie.

Labat de Bira dit Lombrière Jean-Hippolyte, né à Manzac le ler février 1796 de Jérôme et Marguerite-Thérèse Massoubié. — 5e escadron, 15e compagnie.

Labonne-Laroche Pierre, né à Tocane le 8 février 1796 d'Antoine et GabrielÏe Desgentils. — 6e escadron, 16e compagnie.

Poumeau Jean, né à Bergerac le 30 janvier 1794 d'Isaac et Marie Mestre. — 5e escadron, 15e compagnie.

Simon Guillaume, né à Saint-Germain du Salembre le 7 juin 1790 de Pierre et Pétronille Lavignac. — 5e escadron, 15e compagnie.

De Royère Jean-Marc, né à Saint-Antoine-de-Chignac le 2 juillet 1795 de Jean et Elisabetb Marquessac. — 10e escadron, 10e compagnie.

Verneuil d'Artensec Claude-Raphaël, né à Creyssensac le 14 octobre 1789 de Léonàrd-François et Françoise de Montolon. — 5e escadron, 15e compagnie.

Durieux ou Du Rieu de Marsaguet Josepb-Charles, né à Coursac le 1er janvier 1785 de François et Claude-Claire Doeneract. — 10e escadron, 20e compagnie.

D'avril à juillet, les Gardes d'honneur du département reçurent à Périgueux les premiers éléments d'instruction militaire. Le préfet avait choisi pour instructeur un sous -lieutenant de cavalerie en retraite, M. Fargeot, de Saint-Apre (11).

Les Périgourdins firent bientôt comme leurs collègues des autres départements une fois enrégimentés, tous ces jeunes hommes prirent l'esprit militaire au plus haut degré de perfection (12).

Rassemblés à Tours, les Gardes du 3e régiment, venus d'un peu partout, furent les uns casernés, d'autres logés chez l'habitant, d'autres enfin cantonnés, de l'autre côté de la Loire, à l'abbaye de Marmoutiers, sous le haut commandement de leur colonel, qui était le général Philippe de Ségur (13). Bien instruits et entraînés durant plusieurs mois, ils étonnèrent à maintes reprises, par la précision et la rapidité de leurs manœuvres et exercices, les vieux régiments qui passaient à Tours, rappelés de la péninsule espagnole par la guerre d'Allemagne. A la fin de 1813, le 3e Gardes d'honneur partit, à son tour, pour le Rhin, aux avant-postes de Fort-Vauban à Germersheim, où il débuta par un hiver rigoureux, et avec le typhus. Les Périgourdins se distinguèrent dans de nombreuses affaires. Rapportons simplement quelques-unes de leurs prouesses.

Lors du blocus de Landau, pendant une sortie, le garde Orfaure charge sur quatre cosaques et, en compagnie d'un sousofficier de cuirassiers, fait face à une douzaine d'ennemis pour défendre un camarade qui s'est cassé la cuisse dans une chute. A la bataille de Hanau, Hippolyte de Saint-Aulaire est blessé avec Froidefond cadet-- il est démonté et fait prison= nier, mais s'échappe et rejoint son corps. A Brienne, BornetLéger reçoit une blessure qui lui vaut à dix-huit ans la croix d'honneur.

A Reims surtout, le 13 mars 1814, les Gardes d'honneur firent une charge superbe et folle sur les dragons russes et rien ne résista à leur valeur héroïque huit canons furent enlevés les Gardes acharnés à la poursuite dépassèrent les fuyards dans le faubourg de Vesle et se trouvèrent pris entre deux feux (14). Ils. subirent de grosses pertes. Le colonel-major de Belmont Briançon. fut mortellement frappé Ségur fut blessé ainsi que Saint-Aulaire, Salleton, Rey-Desbrousse qui, ayant eu son cheval tué sous lui et atteint lui-même, de dix coups de baïonnette, ne pouvait plus se défendre (15). De même Aumassip, cité parmi les chargeurs héroïques, blessé comme il l'avait été à Wassy et devait l'être encore à Arcis. Aussi Napoléon se plut à citer dans le bulletin de la journée les Gardes du 8e régiment qui, dit-il, s'étaient couverts de gloire.

Les Gardes d'honneur de 1813-14 ont mérité les hommages, les éloges et l'admiration que le Gouvernement de la défense nationale devait donner à nos petits Mobiles de 1870-71, cités à l'Ordre pour leur conduite à Coulmiers. La Dordogne a le devoir de se rappeler ses Gardes d'honneur d'il y a un siècle, le patriotique effort de ces jeunes gens, leurs vertus militaires, leur abnégation, leur vaillance et leur dévouement.

Elle a le droit aussi de s'en montrer fière.

Notes :

1. Une Garde d'honneur existait déjà dans la Dordogne. Elle comptait au mois de novembre 1805 sept inscrits de 16 à 20 ans, auxquels d'autres noms furent ajoutés par la suite. Cf. d'Hauterive, La Police sous le Premier Empire, Il, nrs 512, 582, 577, 716.

2. Lt Bucquoy, Les Gardes d'honneur, p. 210.

3. Bull. de la Soc. hist. du Périgord, 1912, p. 55.

4. Dr Poumiès de la Siboutie : Souvenirs d'un médecin de Paris, p. 69-70.

5. Arch. nat., F1(c) III, 11. Rapport publié par M. Robert Villepelet dans le Bull. de la Soc. hist. du Périgord, 1911, p. 206. — Les Archives départmentales ne possèdent sur la formation des Gardes d'honneur aucun document dans la série militaire ni dans la série M. On trouve seulement dans le Recueil des actes de la préfecture les instructions du préfet baron Maurice, du 15 avril 1813, données aux maires des communes à la suite du décret mais aucun nom n'y figurer.

6. Cavaliers de Napoléon, p. 126.

7. Actuellement canton de Saint-Astier.

8. Jean Limousin, avocat, député et sous-préfet, né à Ribérac en 1751.

9. Il fut habillé, équipé et monté aux frais de la Légion d'honneur (1200 fr. le 10 mai et supplément de 200 fr. le 26 aoùt).

10. Les milices de Périgord se distinguèrent à Bouvines où le sire de Mareuil fit prisonnier Ferrand comte de Flandre le 12 mars 1214.

11. Jean Fargeot aîné (177-1846), hussard au 1er régiment en 1794, brigadier en 1800, maréchal des logis en 1802, sous-lioutenant en 1806 et chevalier de la Légion d'honneur en 1807, fut retraité en 1810, pour blessures reçues en PortugaI. Dans toutes les circonstances il avait été un exemple de bonne conduite, de bravoure audacieuse et de subordination parfaite. Il avait emporté les regrets et l'estime de tout son régiment.

12. Mémoires du duc de Rovigo, VI, 76.

13. Philippe-Paul de Ségur, né et mort à Paris (1780-1873), aide de camp de l'Empereur, membre de l'Académie française en 1830, fils du grand maître des cérémonies de Napoléon et pelit-fils du maréchal ministre de Louis XVI, appartenait à une branche de cette maison établie depuis longtemps en Périgord.

14. A Dry : Reims en 1814, p. 212

15. Général comte de Ségur : Du Rhin à Fontainebleau, p. 366, 370.

Source : La Dordogne militaire, de Joseph Durieux.

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