Une seigneurie à la belle étoile, la baronnie de Manteresse
Bulletin de la Société archéologique et historique de la Charente, 1903

Avant-propos

A la suite d'une récente communication sur « la station gallo-romaine des Boissières, à trois kilomètres environ N.-E de Montbron », un membre de la Société Archéologique et historique de la Charente (1) « demandait si les Manteresses, dont les ruines sont dans le voisinage des Boissières, n'auraient point été le siège de la fameuse sénéchaussée du même nom dont il est si souvent question dans les pièces de procédure du XVIIIe siècle. Il serait utile, selon lui, de fixer à cet égard un point de notre histoire charentaise, afin que plus tard on n'en soit pas réduit à consulter la tradition populaire, toujours incertaine... »

En effet, dans sa Statistique monumentale de la Charente (2) Michon s'était borné à noter l'importance probable de cette Baronnie, et à constater que les traces en avaient presque entièrement disparu.

« La Baronnie de Manteresse appartenait dans les derniers temps aux seigneurs de Montberon. Elle est située à peu de distance, de Montberon. On ignore à quelle époque le château fut détruit. La motte sur laquelle s'élevait le château indiquerait, par les ruines qu'elle conserve encore et par son diamètre, un édifice important ». Et le savant archéologue transcrivait sans commentaire une légende suspecte, empruntée à l'auteur des Etudes historiques sur l'Angoumois : « M. Marvaud rapporte une vieille tradition d'après laquelle deux frères, seigneurs de Manteresse, opprimaient le peuple des environs et rançonnaient les passants ; le peuple indigné courut aux armes, s'empara des tours féodales et les rasa ».

Un peu plus tard, M. Marvaud, sans rejeter les fables légendaires, mais aussi faisant œuvre d'historien, enseigna que « la Baronnie des Manteresses était un des fiefs principaux de la seigneurie de Montbron : elle exerçait les droits féodaux sur une partie de la ville de Montbron et sur les paroisses de Cherves, Suaux, Chatelars, Mazerolles et Rouzède... (3) ».

Ajoutons enfin, pour ne rien omettre de ce qui a été écrit sur cette mystérieuse Baronnie, que Gauguier, dans son ouvrage : La Charente communale illustrée (4), rattachant la découverte de vestiges gallo-romains que recèle le lieu dit actuellement les Boissières, au grand nom de qui Manteresse appartient à l'histoire, a conjecturé qu'ici se trouvait « le Montbron de l'époque romaine » ?

La vérité est que l'origine de la Baronnie de Manteresse et la ruine prématurée du château qui en était le siège, se rapportent à l'établissement du régime féodal ; qu'elle constitua une terre considérable ; mais que la disparition à peu près totale de toute possession territoriale au profit des seigneurs qui en devinrent successivement les titulaires, révèle pourquoi le souvenir même en a été si vite effacé : effacé pour l'histoire, mais non pour la légende populaire.

Rien peut-être n'explique mieux la rancune héréditaire des populations rurales pour l'ancien régime que l'exemple d'une seigneurie telle que Manteresse en Angoumois. Voilà un baron qui dans cinq paroisses, Mazerolles, Rouzède, Cherves, Châtelars et Suaux, exerce la justice haute, moyenne et basse, y prélève des rentes, et qui n'a pas même un gîte sur ce qu'il appelle sa terre !

Des droits ainsi exercés ne révèlent aux esprits simples qu'usurpation, arbitraire et oppression. Comment attriuber à de tels démembrements de la Souveraineté une source légitime dans un Etat reconstitué ? Comment soupçonner même que ces impôts particuliers représentés par des profits de judicatures, par des rentes foncières, étaient justifiés à leur création, et que, constituant une propriété privée, ils se sont transmis par les modes ordinaires, succession ou bien ventes à beaux deniers comptants? Seule, l'étude désintéressée d'un passé que la monarchie commit la faute de laisser se perpétuer au lieu d'en ménager la réformation, permet de comprendre qu'ici comme en toutes choses, ce qui a vécu et duré répondait à un besoin du temps ou pour mieux dire à une nécessité sociale.

En effet, lorsque la pensée se reporte aux origines de la féodalité, on se représente sans peine le territoire dépourvu de toute organisation. Rien ne subsiste plus de l'administration toute fiscale que la conquête romaine avait établie sur notre sol ; rien de cette monarchie franque qu'avait parée d'un éclat passager le prestige de Charlemagne. Dans le chaos des races juxtaposées, que peut faire l'habitant sinon se grouper autour des plus forts, des plus braves, des plus avisés, et leur donner son bras, sa confiance, sa « foi », en échange de l'aide et de la protection qu'il en reçoit ? L'esprit de clan reparaît nécessairement et se développe sous une forme nouvelle qui, grâce à l'influence du christianisme, dépouille les allures grossière des âges primitifs et revêt le caractère chevaleresque du lien « féodal ». Un échange de services réciproques s'établit entre les individus réduits à leurs propres forces ; ceux-ci défendent ceux-là, les gardent, les protègent et conséquemment les gouvernent et règnent sur eux.

C'est pourquoi, visitant ce qui reste des demeures seigneuriales, nous reconnaissons, d'une part, à l'abri des douves profondes et des tours massives, une cour intérieure où s'exerçaient des hommes d'armes, et d'autre part, dans une vaste enceinte enveloppée de remparts, des espaces fortifiés où, sur l'alarme donnée, les laboureurs accourant avec leurs bestiaux venaient se réfugier. Tel était, par exemple, dans notre région, le château de La Rochefoucauld. Sous la garde du donjon du IXe siècle, la cour intérieure compte plus de 1.000 mètres carrés ; autour du château, un arc de cercle dont la Tardoire forme la corde, et qui ne mesure pas moins de deux hectares, est entouré de murailles et flanqué de tours : dans ce périmètre, du côté du nord, la Basse-Ville se trouve protégée, avec son église St-Pierre ; et tout le plateau sud-ouest, comprenant les trois quarts environ de l'enceinte, reste libre pour servir d'abri aux populations voisines.

Tout autres seront les châteaux de la Renaissance. On y pourra trouver encore le signe de la domination, mais non le caractère de la protection. L'élégante demeure bâtie à Montchaude par les Saint-Gelais, ne sera plus qu'un objet d'art. On s'acheminera vers les fantaisies gracieuses du XVIIIe siècle. Le maître de la maison lui-même, que sera-t-il devenu ? Souvent, un objet de parure, au lieu d'une force nationale (5).

A Manteresse, dès longtemps, on ne trouvait même plus trace d'habitation. Dans un acte du 6 avril 1773, il est dit que « l'ancien chasteau ou forteresse de Manteresse situé dans la paroisse de St-Maurice de Montberon, est entièrement ruiné et détruit » (6). Effectivement, la disparition de toute résidence en ce lieu remonte beaucoup plus haut.

Chapitre premier : ce qui reste des « tours » de Manteresse

Au nord de Montbron, entre Orgedeuil à l'ouest et Rouzède à l'est, à distance à peu près égale du hameau de Chez-Bruchier au dessous, et du village de Vergnas au-dessus, se trouve un espace de terrain formant triangle, limité à la partie supérieure par la jonction de la route de Montbron à l'Arbre et du chemin de Chez Bruchier à Vergnas. Ce lieu est dit, sur le plan cadastral de la commune de Montbron (7) « Tour de Montaressé », suivant le langage du pays adopté par les auteurs du cadastre. Parmi les 25 parcelles qui se le partagent, on en remarque 2, au nord-est, du côté de chez Bruchier, portant les nrs 327 et 328 (section B). Ces deux parcelles forment ensemble une figure presque géométrique, une sorte de polygone, sur le sol duquel s'élève une motte de terre d'un mètre cinquante seulement de hauteur, et ne mesurant pas plus de cinquante mètres de long sur quarante de large. Cette motte a été coupée et fouillée au mois de juillet 1902, par le propriétaire actuel, M. Jean Laborde, de Vergnas, qui n'y a trouvé que des débris sans caractère de pierres et de tuiles courbes.

Tel était aussi, en 1749, l'état des lieux, décrit dans un arpentement établi à cette date (8). Ce document révèle trois lieux-dits se rapportant à « la terre » qui nous occupe : 1° « Les Tours » (n° 2376 à 2395) ; 2° « Les Manteresses » (n° 2398 à 2411) ; — et 3° « Les Tours de Manteresses » (n° 2412 à 2445). Toutes les parcelles comprises sous ces droits désignations sont exclusivement constituées par des « terres », ou « châtaigniers », ou simples « chaumes » ; aucune construction n'y figure. Elles sont dites « tenantes » soit « au chemin de Rozède à Orgedeuil », soit à celui « de chez Bruchier à Vergnas », ou « à l'Arbre ». Le n° 2409 est ainsi décrit : « chirons tenant de toutes parts aux domaines de Monsieur de Montbron, appartenant à monsieur le comte de Montbron ». On sait que le mot « chiron » désigne en Angoumois un amas de pierrailles recouvertes de terreaux et de végétations. Tel est bien l'état actuel. C'était aussi tout ce qui restait, en 1749, de « la tour » ou « des tours » de Manteresse. L'espace occupé par ces chirons est porté pour 150 carreaux, soit environ 24 ares. Or, il est à remarquer que les deux parcelles appartenant à M. Labarde comprennent au total 18 ares, mais qu'il ne possède l'une d'elles que pour partie seulement.

Le rédacteur de l'arpentement a désigné le chiron comme appartenant à M. le Comte de Montbron, et tenant de toutes parts aux domaines de M. de Montbron ; ces expressions rapprochées dans une même phrase sont caractéristiques : le chiron « appartient au Comte » ; le surplus fait partie  « des domaines de M. de Montbron ». C'est qu'effectivement le numéro 2409 seul appartient en propre au titulaire de la seigneurie de Montbron, laquelle jouit sur l'ensemble du domaine supérieur. Toutes les autres pièces de terre constituant les numéros énoncés sous les noms de « les Manteresses », « les Tours », « les Tours de Manteresses », appartiennent à des particuliers, les Boutinon, les Madigou, les Plaisir. C'est précisément par suite de ce fait que l'antique emplacement des Tours de Manteresses étant seul demeuré la propriété exclusive des seigneurs du lieu, deux parcelles en seront formées qui, en en reproduisant le contour, décriront dans le cadastre actuel un polygone, conservant ainsi à l'histoire la figure plane d'un château-fort de l'époque féodale.

Chapitre II : Manteresse et Montbron

Les faibles dimensions de la motte féodale, qui constitue tout ce qui reste de la Baronnie de Manteresse, donneraient à penser qu'il n'y eut jamais là que des « tours », une forteresse, ainsi que semblerait l'établir le document le plus ancien qui soit venu jusqu'à nous.

C'est un acte du XIIIe siècle, d'où résulte, comme on va le voir, que le seigneur de Montbron étant en même temps titulaire d'autres seigneuries, avait fait donations à sa femme des « forts » de Manteresse et de Mazerolles. Mais, il faut bien remarquer que si la motte actuelle ne dépasse guère 200 mètres carrés, l'emplacement des « chirons » de 1749, aujourd'hui représentés par les parcelles cadastrées 327 et 328, est dix fois plus étendu (plus de 20 ares, au lieu de 2). Aussi bien, il ressort du même acte que Manteresse n'était point, même à l'époque féodale, un simple château-fort, un ouvrage avancé destiné à couvrir Montbron, puisque le puissant seigneur de cette haute baronnie en détache les fortalicia de Manteresse et de Mazerolles, non pour les confier à un soldat, mais pour en faire don à une femme : ce n'étaient conséquemment pas de simples ouvrages militaires, mais des chefs-lieux de seigneuries productives de revenus. Baronnie ou non, avec ou sans habitation personnelle, Manteresse apparaît dès l'origine comme constituant une véritable seigneurie.

L'acte que nous visons est un aveu fourni à l'évêque d'Angoulême par Robert de Montbron. La seigneurie de Montbron relevait de l'évêché d'Angoulême, « si ce n'est partie des paroisses de St-Pierre et de St-Maurice de la ville de Montbron, désignées par des confrontations qui n'ont pas demi-lieue d'étendue, et qui renferment la ville et le château : dans ces limites, les droits du roi etde l'évêque sont très mêlés » (9). Le Baron (plus tard Comte) de Montbron devait à l'Évêque foi et hommage de sa persnne, aveu et dénombrement de ses biens. Or, le 19 des calendes de janvier 1281, Robert de Montbron, fils d'autre Robert, donne son aveu ; il en excepte les forteresses de Manteresse et de Mazerolles : « A predicta autem avocatione exceperunt hec duntaxat que sequuntur : scilicet... fortalicia de Mentereszeas et de Mazerollis... que fuerunt in dotem assignata dicte domine Margarite a predicto domino Rotberto marito suo » (10). Ainsi, Manteresse avait été précédemment uni à Montbron ; Robert le père en fit don « in dotem seu in donationem propter nuptias » (11) à sa femme, de sorte que Robert son fils n'a plus à comprendre ces biens dans son aveu. La seigneurie n'en demeure pas moins : si le baron de Montbron la laisse de côtés, c'est qu'elle subsiste par elle-même et relève directement de l'Évêché.

A vrai dire, il y a tout lieu de croire que la séparation des deux seigneuries ne fut que momentanée et ne survécut pas à la veuve, qui sans doute la laissa par héritage à son fils. C'est pourquoi, de nouveau, en 1456, François de Montbron « donne en partage à Marguerite, sa sœur, les paroisses de Mazerolles, Rouzède, Cherves, Suaux et Chatelard, qui composent (12) la terre de Manteresse, avec droit de haute justice sous réserve de l'hommage, du ressort à Montbron, et du droit de guet qui est de 5 sols par feu, que payent encore aujourd'hui tous les habitants de la terre au château de Montbron. » Ainsi, de l'union constatée à deux reprises de la baronnie de Manteresse à celle de Montbron, il subsiste, au profit de cette dernière, deux avantages : le ressort de la justice, et un droit pécuniaire perçu au profit de ce nouveau suzerain.

La baronnie de Manteresse n'en jouit pas moins d'une véritable autonomie. Aussi, lorsque quinze ans plus tard, le 16 septembre 1471, la terre de Montbron change de mains, elle n'est pas cédée sans réserves. A cette, « la vente à Marguerite de Rohan, comtesse d'Angoulême, veuve de Jean d'Orléans (13), par François de Montbron, seigneur de Martha et de Maulévrier, vicomte d'Aulnay et Eustache de Montbron, son fils, de la ville, chatel, baronnie et seigneurie de Montbron, ses appartenances et dépendances, pour la somme de 10.000 écus ayant cours pour XXVII sous VII deniers tournois la pièce », cette vente n'est faite qu'à l'exception des domaines qui faisaient primitivement partie de ladite chatellenie, mais qui en étaient sortis par alliances et successions.

Chapitre III : à la belle étoile

Manteresse conserve, notamment, le plein exercice du droit de haute justice.

On constate seulement que dès la fin du XVe siècle la forteresse est en bien mauvais état, si même elle subsiste encore, puisquele baron de Manteresse est obligé d'emprunter la prison du château de Montbron. C'est ce qui est dit formellement dans cette curieuse sentence criminelle des officiers de la baronnie, en date du 26 juin 1498 :

« Étienne Tilhou, juge, Jourdin de la Faye, procureur, Pierre Dechièvre, prévost, et Pierre Dumas-Guygou, greffier de la terre et seigneurie de Manteresse, pour noble et puissante Dame Andrée de Nouroy, dame de St-Jannerin de La Creste de Targe et dud. Manteresse,

« A tous ceulx qui ces présentes lettres verront, scavoir faisons que, l'an présent mil quatre cent quatre vingt dix juit, ont esté par nous en lad. seigneurie dud. Manteresse prins et aprehendez au corps Thomas Nardoutaud, Jehan Doulcet dit Boret et Pierre Delaige dit Gros, lesqueulx ont esté par nous condampnés, scavoir est : lesd. Nadoutaud et Doulcet à estre batuz et fustiguez par les quarettours de lad. seigneurie dud. Manteresse, et le dit Pierre Delaige dit Gros pareilhement et davantage avoir couppé et outsé l'oureilhe droicte ; et tous troys bannis de lad. seigneurie pour quatre ans. Lesqueulx furent, ainsi que dit est, exécutés en nostre présence par deulx exécuteurs de la haulte justice, et leur procès fait au chasteau de Montberon par prison empruntée. En témoignage dud. nous avons signé ces présentes de nos mains le XXVIe jour du moys de juyn, l'an mil IIIIe IIIIxx dix huyt.

« Signé : P. Duchièvre prévost ; Tilhou, juge ; Jourdin de la Faye, pr ; Dumas Guygou, greffier » (14).

En 1527, le baron de Manteresse est François de Blanchefort ; le 27 mai, il rend hommage de sa terre au connétable Anne de Montmorency, seigneur de Montbron (15).

Moins d'un an après, le 22 février 1528, M. de Montmorency achète cette terre de M. de Blanchefort et la réunit à la baronnie de Montbron. La vente est faite suivant acte de Duchièvre notaire à Montbron : il y est dit que messire de Montmorency acquiert « la juridiction, terre et seigneurie de Manteresse, avec ses appartenances et dépendances, pour la somme de 22.600 livres tournois que M. de Blanchefort a reçu comptant et manuellement dudit Montmorency en douzains et carolins » (16).

Mais ce n'est pas tout. Le droit requiert « une prise de possession ». Comment prendre possession de cette seigneurie qui n'a ni siège, ni feu, ni lieu ? Comment « tenir la Cour » ? A défaut de greffe, le greffier réside quelque part, à Cherves par exemple : on y fera remise des registres ; à Manteresse même, se trouvent encore des ruines : on y assignera la Cour, qui se tiendra à la belle étoile !

« Aujourdhui diziesme jour de may l'an mil cinq cent vingt-neuf, au bourg de Cherves, terre, juridiction et seigneurie de Manteresse, s'est présenté et comparu devant nous messire Claude de Durant, chevalier (en vertu de la procuration de messire Anne de Montmorency maréchal de France) ; et led. de Blanchefort l'a mis et met en la possession reale de ladite terre et seigneurie de Manteresse par le bail, tradition et octroi des Registres et papiers du greffe de ladite Cour de Mantheresse, en présence de Jehan de La Faye escuyer, seigneur de Menet, de Monnet de Carbonnières, escuyer, seigneur de La Greslière, de Françoys de Couraudin, escuyer, sieur de Ferrières, de maistres Marc de la Brousse et JOurdan de Cherfallot, assesseurs et procureurs dud. Mantheresse, de maistre Forgemoult, notaire et greffier dudit Mantheresse, et de plusieurs autres... Après laquelle prinse de possession, le dit Dudurant, on dit non et presence des susdits a fait assigner ladite Cour de Mantheresse à icelle tenir au jeudi vingt jour du moys de may prochain venant devant la maison noble dudit Mantheresse » (17).

Effectivement, pour exercer la haute justice sur Mazerolles, Rouzède, Cherves, Chatelard, Suaux, et en percevoir les amendes et droits de greffe, pour toucher les rentes qui grèvent ces paroisses, encore faut-il sauvegarder le principe de la « juridiction et terre » de Manteresse.

Quand le Sénéchal de Montbron, François Corlieu, rend une « ordonnance pour informer secrètement, diligemment et bien sur plusieurs larcins commis » dans Mazerolles, il a soin de la dater de ce lieu : « Donné avons un mandement au premier sergent de la baronnie de Montbron... » ; c'est le juge de Montbron qui commande ; c'est le sergent de Montbron qui marche ; mais l'ordonnance se termine ainsi : « donné à Mazerolles le vingt-septiesme jour de décembre mil cing cent trente-quatre. »

Dans les comptes de la terre de Montbron, figurent pour la seigneurie de Manteresse, en 1537, les gages de Pierre Bouyer, procureur, 5#  (ceux de Pierre Duchièvre, procureur de Montbron étant de 10#). En 1565, la recette du greffe de Manteresse s'élève à 150#, celle de la prévôté dudit lieu à 5# 10 sous. En 1637, Pierre Sauvo, procureur fiscal de Montbron, avec 17# 10 sous de gages, reçoit, en outre, comme juge de Manteresse, 25# ; enfin, 10# sont allouées à Jean Sauvo, procureur fiscal.

Chapitre IV : Loménie de Brienne et Chérade de Montbron

A cette date de 1637, la terre de Manteresse, suivant le sort de celle de Montbron, était passée de la maison de Montmorency dans celle de Loménie de Brienne.

La vente des seigneuries de Montbron, Manteresse et La Grelière avait été consentie, moyennant 210.000#, suivant acte reçu par Burthon et Turgis, notaires au Châtelet de Paris, le 4 mars 1624. Le prix en avait été payé à Marie de Luxembourg, veuve de Bernard de Béon, baron de Bouteville, lieutenant général pour le roy aux pays d'Angoumois, Saintonge, Aunis, Haut et Bas Limousin, par Henri-Auguste de Loménie, son gendre, seigneur de Laville-aux-Clercs, conseiller d'État, à l'acquit des venderesses, Marguerite, Charlotte et Luce de Luxembourg et de Ventadour (18).

Le seigneur de Manteresse, un Loménie de Brienne, est de plus en plus étranger à « sa terre ». Ce qui ne l'empêche pas de revendiquer tous ses droits, même simplement honorifiques. C'est ainsi qu'une procédure est suivie au Parlement de Paris, par Claude de Thou, tuteur de Henri-Louis de Loménie, comte de Montbron et baron de Manteresse, contre Raymond de Maignac, écuyer, seigneur de Mazerolles, qui, « se prétendant patron de l'église dudit lieu, voulait s'attribuer les droits honorifiques en ladite église, à l'encontre de la possession immémoriale des barons haut-justiciers de Manteresse » (19).

Le XVIIe siècle n'était pas achevé, que Montbron lui-même échappait aux hauts et puissants seigneurs pour faire entrer à son tour dans la haute noblesse un maire d'Angoulême. Suivant acte de Monnerat, notaire à Paris, du 15 avril 1699, était reçue la vente faire par le Comte Loménie de Brienne à Étienne Chérade, maire perpétuel de la Ville d'Angoulême, de la terre et comté de Montbron, la Chastelenie et Baronnie de Manteresse et la Seigneurie de La Grelière, moyennant 150.000# : icelles terres, Comté, Baronnie et Seigneurie mouvantes et relevantes du roy et pour la plus grande partie du seigneur-évêque d'Angoulême (20). La part du roi était d'ailleurs si faible que l'évêque d'Angoulême, Cyprien-Gabriel Bénard de Rezé, donna seul quittance du droit de lods et ventes, et se chargea d'acquitter les droits du roi : il reçut 7.000# et en paya 563 au fermier des domaines.

Voilà comment un bourgeois, simple marguillier de sa paroisse, voyait son fils devenir, d'abord noble de robe ou de cloche, et, incontinent après, haut et puissant seigneur : ce qui démontrerait une fois de plus s'il était nécessaire, que sous l'ancien régime, comme toujours et partout, une habile administration des fortunes privées conduit à la richette et par elle au pouvoir, nonobstant tous privilèges, lois et tradiitons (21). Et c'est pourquoi « le 24 octobre 1714, est enterré en l'église St-Maurice de Montbron, messire Etienne Chérade, mort dans sa maison noble du Mas, paroisse de Montbron, en son vivant chevalier, comte de Montbron, marquis de Clairvaux, baron de Marthon, Blanzac, La Rochechandry, Thué, Manteresse et autres lieux, conseiller du roy, lieutenant-général d'Angoumois ; l'enterrement fait par Emery, curé de Montbron, assisté de messieurs les curés des terres de Montbron, Marthon, Manteresse et autres » (22).

Chapitre V : Manteresse démembré

Depuis deux siècles, manteresse est réuni au comté de Montbron. Nous allons voir cette baronnie s'en détacher, pour partie cette fois, et se démember elle-même : tant le but originaire et la raison d'être de ces souverainetés privées sont oubliés, leur objet méconnu et en quelque sorte dénaturé. La Baronnie, nonobstant son droit haut-justicier, est en réalité semblable à cette « Seigneurie de La Grelière » dont un légiste nous dit qu'elle « consiste seulement dans quelques rentes d'un modique revenu confondues depuis (l'acquisition qu'en avait faite le connétable de Montmorency) avec les autres revenus de la terre» de Montbron (23). Dès lors, pourquoi ne pas la dépecer en lots, suivant la commodité des partages ?

C'est ce qui va être fait, en janvier 1760. Partage par M. de Montbron, Adrien-Alexandre-Etienne Chérade, avec ses frères et sœurs : il cède à Madame de La Garélie les paroisses de Rouzède et Mazerolles faisant partie de la terre de Manteresse, à la charge de les tenir de la terre et comté de Montbron, de la même manière qu'elles étaient anciennement relevantes et mouvantes de la terre de Montbron, et conformément aux articles XXV, XXVI, XXVII de la Coutume d'Angoumois relatifs au Parages (24). Moins que jamais, on le conçoit, le seigneur de résidera sur « sa terre ». Messire Arnault Souc du Plancher, chevalier, seigneur de La Garélie, La Rousselière et La Rochette, et coseigneur de la Baronnie de Manteresse, et dame Magdeleine Chérade son épouse, demeurent en leur château de La Rousselière, paroisse de Beaussac en Périgord. Aussi les coseigneurs de Manteresse ne tiennent guère à cette « terre » et ne soucient que d'en faire argent. Dès le 6 mai 1762, ils s'empressent d'opérer la vente de « la moitié de la baronnie de Manteresse » moyennant 50.000# et 720# de pot de vin, à Gabriel Louis de La Ramière fils, chevalier, seigneur de La Ramière, auquel Etienne Chérade ne tarde pas lui-même (novembre 1762) à consentir, à de peu brillantes condiitons, moyennant 131.500# seulement, plus 2.400# de pot de vin, la vente de la terre et comté de Montbron (25). L'acte de La Garélie à La Ramière nous apprend ce que rapportait moitié de la terre de Manteresse, en quoi consistaient ses revenus, et nous montre aussi comment on résolvait le problème d'exercer le droit de justice, non plus seulement sans logis, mais à deux ; en voici les principaux extraits :

« ... Moitié de la terre et baronnie de Manteresse relevant de toute ancienneté à hommage plain et sans devoir de la terre et comté de Montbron en Angoumois, savoir :

1° (Sur Rouzède) 151 boisseaux de froment,
160 — de seigle,
187 — d'avoine,
73# 15 sols 10 deniers d'argent, le tout de rentes seigneuriales dues sur la paroisse de Rouzède ;
le tout mesure de Montbron (26) ;

2° (Sur Mazerolles) 141 boisseaux de froment,
136 — de seigle,
117 — d'avoine,
79# 15 sols d'argent, de rentes seigneuriales dues sur la paroisse de Mazerolles ;
même mesure ;

3° Rente seconde foncière de 100# annuellement due sur la métairie de L'Arbre, en ladite paroisse de Mazerolles ;

4° Le moulin banal de Bourny (27), avec tous les droits de banalités et de contraintes sur les sujets de la dite terre de Manteresse ;

Enfin, la justice haute, moyenne et basse où elle s'étend, qui est commune avec l'autre moitié de la dite baronnie, dont la nomination du juge sera faite successivement entre les deux seigneurs et alternativement, à commencer par la nomination première à faire par le seigneur acquéreur. »

M. de La Ramière n'ayant pas, du reste, acquitté le prix de la terre de Montbron, parce que son beau-père n'avait pu lui-même réaliser en argent la dot promise à sa femme et ce « à cause d'un procès de conséquence qui dure encore », un jugement de de résiliement faute de paiement fut rendu, le 4 septembre 1765, en la sénéchaussée d'Angoulême, auquel La Ramière, acquiesça grâce à une transaction rendue nécessaire « à raison de certaines acquisitions et améliorations » qu'avait faites le nouveau propriétaire, Etienne Chérade fut obligé de reprendre le comte de Montbron. Et La Ramière, « pour ne pas redevenir vassal de M. de Montbron », vendit, le 21 octobre 1765, à Mre Julien-René de La Grève, seigneur de Poensensat, contrôleur ordinaire des guerres, et à dame Marie-Anne de Chalvière son épouse, demeurant au logis de La Forge, paroisse de Rancogne, « la moitié de la terre et baronnie de Manteresse », située dans les communes de Rouzède et Mazerolles, avec tous les droits qui en dépendent » (28).

Cette « partie » même de la baronnie de Manteresse conservait encore une autonomie : le droit féodal survivait à ce point au fait économique, qu'il y avait lieu de ce chef à un hommage et à un dénombrement séparé. C'est ce qu'atteste une déclaration du comte de Montbron, écrite de sa main en 1770 : « Je déclare et promets à Mgr l'évêque d'Angoulesme que dans le cas où j'acquière la totalité des rentes vendues à Madame de La grève par contrat du 21 octobre mil sept cent soixante cinq, ou partie d'icelles, je les réunirai au corps de fief mouvant de l'évêché, pour ne former dans l'avenir qu'un seul hommage et dénombrement de la terre de Montbron. A Paris, le quinze juillet mille sept cent soixante dix ».

Signé : MONTBRON.

Chapitre VI : Les coseigneurs de Manteresse

La réunion des deux démembrements de la baronnie de Manteresse n'eut jamais lieu.

Quelques mois après la date de la déclaration que nous venons de rapporter, le 26 décembre 1770 (29), dans son contrat de mariage avec demoiselle Françoise-Elizabeth de Livron, messire Jean-Louis-Marie de Ruffray, demeurant au logis de La Forge de Rancogne, fils de feu Charles-Pierre, seigneur de Lhoumeau, et de Marie-Anne de Chalvière, mariée en secondes noces à Julien-René de La Grève, écuyer, seigneur de Porsansal en Bretagne, se qualifie « Seigneur de la baronnie de Manteresse ». On a vu plus haut qu'en 1765, M. et Mme de La Grève s'étaient rendus acquéreurs « de la moitié de la terre et baronnie de Manteresse » ; dans un acte du 21 juin 1763, Julien-René de La Grève, époux de Marie-Anne de Chalvière, est encore qualifié « Seigneur de Manteresse » en même temps que de Porzensa : (30) il est probable que c'est aux termes des « actes de réglement de partage entre madame sa mère, monsieur son frère et lui », auxquels il est fait allusion dans le contrat de mariage de 1770 comme passés antérieurement, que les époux de La Grève avaient transféré à leur beau-fils et fils Jean-Louis-Marie de Ruffray, leurs droits sur la baronnie de Manteresse, que la maison de Ruffray a toujours conservés.

Nous avons la preuve qu'en 1774, il y avait bien deux « Seigneurs de la baronnie de Manteresse ». Voici des lettres desdits seigneurs instituant un notaire et procureur « dans la dite baronnie » : elles sont datées de Baruffaud, vieux logis en la paroisse de Cherves : le procès-verbal d'installation de cet officier, dressé par le sénéchal de Montembœuf, « juge assesseur de la baronnie », porte que la cérémonie a lieu « en la chambre du conseil de la baronnie de Manteresse » ? L'acte ne nous dit pas où se trouvait cette chambre du conseil ; dans tous les cas, ce n'était point à Manteresse ! (31).

« Nous soussignés Seigneurs de la Barronnie de Mantheresses avons donné et octroyé à Maître Jacques Vincent Ducluzeau, procureur en la chatellenie de Montembœuf et Barronnie du Lindoix, demeurant aux Bourrières paroisse de Montembœuf, l'état et office de notaire et procureur dans notre dite Baronnie de Mantheresses, pour par lui en jouir aux honneurs, prérogatives et émoluments y attribués pendant le temps qu'il nous plaira, mandons aux officiers de notre dite Barronnie de le recevoir en ladite charge et office. Fait à Baruffaud ce dernier octobre mil sept cent soixante quatorze. Lareinerie. »

« Aujourd'huy dernier jour du mois d'octobre mil sept cent soixante quatorze en la chambre du Conseil de la Barronnie de Mantheresses, par devant nous Joseph Veyret, sieur des Mazollières, sénéchal de Montembœuf et autres justices, juge accesseur de la présente Barronnie, ayant avec nous notre greffier ordinaire, a comparu maître Jacques Vincent Ducluzeau, procureur en la chatellenie de Montembœuf et barronnie du Lindoix ; lequel nous a remontré que les Seigneurs de la présente cour lui ont accordé des provisions de notaire et procureur en leurdite Barronnie en datte de ce aujourd'huy signées de La Reinerie, requérant en conséquene qu'il nous plaise le recevoir à la dite charge audit état et office, aux offres qu'il fait de ce faire attester au pareil cas requis et a signé, signé Vincent.

Et à l'instant a fait comparoir maître Jacques Veyret Ducluzeau, notaire et procureur, et maître François Pelletant de Préfontaine, aussi notaire et procureur en la présente Barronnie ; après avoir fait serment en pareil cas requis nous ont déclaré que ledit maître Vincent professe la religion catholique, appostholique et romaine, qu'il est de bonne vie et mœurs, capable d'exercer la dite charge et d'âge compétent et ont signé. — Signé Pelletant, Veyret, Ducluzeau, attestant.

De tout quoi nous jugesusdit avons donné acte et ouï maître Léon Texier, procureur fiscal de la présente cour, nous avons reçu et installé ledit maître Vincent Ducluzeau audit état et office de notaire et procureur en la présente cour pour par lui en jouir conformément auxdites lettres, et avons de Lui pris et reçu le serment en pareil cas, requis et ordonné que les susdites lettres seront transcriptes au bas des présentes et signées de son seing dont il entend se servir, à la charge par ledit Vincent de n'exercer ladite charge de notaire qu'il n'ait atteint l'âge de vingt cinq ans, et a signé avec nous ledit procureur de la Cour et notre greffier. Ainsi signé J. Vincent, Veyret, Texier procureur d'office et E. Dubournais, greffier » (32).

Ainsi, la baronnie subsiste jusqu'à la dernière heure mais divisée en deux démembrements.

Elle ne consistait plus, d'ailleurs, qu'en droits de justice et en rentes; il n'existait plus de terres dans cette « terre de Manteresse ». Que l'on dépouille les dossiers des biens nationaux adjugés à la Révolution, l'on ne trouvera dans Mazerolles, Rouzède, Cherves, Chatelard ou Suaux, aucune trace des noms qui figurent dans cette étude. A Mazerolles, le « ci-devant château » est vendu sur la tête de l'ex-seigneur du lieu, Villars de Poutignac ; à Rouzède, Le Bourny est racheté par les frères de Barbot d'Auteclaire, émigrés, eux-mêmes habitants de Champniers ; à Chatelard-la-Rivière, la vente du colombier et du moulin constituent la liquidation d'un Prieuré ; à Cherves et à Suaux, on ne rencontre également que des noms étrangers à l'histoire de la baronnie de Manteresse.

Les seigneurs de notre baronnie avaient de bonne heure suivi l'heureux exemple de tant d'autres et notamment du baron de Marthon, dont les nombreuses « mises aux enchères » de ses domaines, ont été signalées au XVe siècle (33). Ainsi se constituait la petite propriété, par des aliénations à charge de rentes. C'était un bien.

Mais, d'autre part, comment s'étonner que les concessionnaires aient peu à peu oublié l'origine de leur qualité de propriétaire ? Sans doute, les seigneurs administraient la justice, mais souvent de bien loin, de leur manoir en Périgord, ou de leur hôtel à Paris. Sans doute aussi, le roi leur rappelait parfois leurs obligations. C'est ainsi qu'en 1477, Louis XI, à la suite d'une enquête prescrite par Philippe de Commynes, son conseiller chambellan et sénéchal de Poitou, signifiait « de la partie de son très cher et très amé cousin le comte d'Angoulesme », à Marie de Montbron, qu'elle était « tenue de réparer et tenir en estat les ponts et passages de la chatellenie et baronnie de Montbron », par cette raison que « le péage en a été jadis introduit pour ce faire », et ordonnait aux sénéchaux de Poitou, Saintonge et Périgord, de contraindre ladite dame de réparer lesdits ponts et passages de ladite chatellenie de Montbron (34).

Mais c'étaient là des obligations que l'organisation monarchique suppléait elle-même de plus en plus ; et les barons de Manteresse, quant à eux, n'étaient plus en réalité que les créanciers de rentes annuelles, acquises au même titre qu'une simple rente foncière, en tout ou en partie, comme on ferait aujourd'hui d'une valeur quelconque.

Ainsi s'explique la suppression brusque et totale, avec les seigneuries et baronnies elles-mêmes, de ces rentes, terrages et agriers, dont la monarchie eut l'imprévoyance de ne pas préparer l'extinction graduelle, régulière et légale, rendant ainsi inévitable l'explosion violente et fatale de la Révolution.

Daniel Touzaud

Notes :

1. M. Bastier, 14 juin 1902. Bulletin de la Soc. arch. et hist. de la Charente, 1901-1902, pp. LXXXVI-LXXXVIII.

2. Paris et Angoulême, 1844, p. 205.

3. Notice sur les seigneurs de Montbron, p. 76. Bulletin de la Soc. arch. et hist. de la Ch. 1851-1852.

4. P. 301, Angoulême, 1868.

5. Cf. A. Babeau, Le Village sous l'ancien régime, L. III, Ch. I.

6. Dans Michon, Statistiq. monument., p. 205, en note.

7. Voir cette partie du plan reproduite ci-contre.

8. Archiv. dép., C. 207.

9. Consultation et Mémoire de 1765 (Archiv. départ. E. 48, fonds des familles).

10. Livre des fiefs de l'évêché d'Angoulême, f° 82 V°.

11. Copie collationnée de 1529. Arch. dép. G. 134, fonds de l'Évêché, Montbron.

12. Consultation et mémoire, déjà cité.

13. Arch. dép. E. 45. Marguerite de Rohan rendit, en 1489, hommage-lige à Robert de Luxembourg, évêque d'Angoulême. L'hommage noble comprenait le baiser : Marguerite ne recula pas devant cette formalité vis-à-vis du noble évêque ; c'est ce qui résulte du procès-verbal officiel, où une distinction très nette est faite entre l'hommage proprement dit rendu par la princesse en personne et le devoir incombant au baron de Montbron, lors de la première entrée de l'Évêque dans sa ville épiscopale, de porter un pied de « sa chaire », lequel devoir fut rempli par son procureur : « Nous, Robert de Luxembourg, par la grâce de Dieu évesque d'Angoulesme, Savoir faisons qu'aujourduy, date de ses présentes, très haute et puissante madame Margarite, comtesse d'Angoulesme, nous a fait les hommages liges, foy, baisiers et serment de féaulté qu'elle nous est tenue de faire à cause de noustre dignité épiscopalle d'Angoulesme des chouses qu'elle tient de nous en la chastellenie et baronnie de Montberon comme ailleurs, et tout ainsi et par la forme et manière qu'elle et ses prédecesseurs ou ceulx dont elle a droict en ceste matière ont faict à noz prédecesseurs évesques d'Angoulesme accoustumé de faire ; ausquelx homages liges, foy, baisiers et serment l'avons receue par ces présentes sauf nostre droit, et l'autry; et laquelle nous a payé et rendu le devoir qu'elle nous doit à cause des chouses susdites, assavoir est qu'elle, par son procureur, nous a porté ou fait porter en nostre première entrée par le pié darnier et senestre de nostre chaire. En outre, luy avons enjoingt qu'elle nous rende ou face rendre ces denombremens par escrit dedensle tempsdela coustume, autrement dès lors comme dès à présent et dès à présent comme dès lors, avons mis et mectons par ces présentes les chouses susdites en noustre main. Fait et donné au chastel d'Angoulesme presens ad ce nobles personnes messire Françoys Bouschart, seigneur d'Aubeterre, senneschal d'Angoulmoys, Jacques de St-Gelays, escuier, seigneur de Maumont, Olivier Guy, escuier, seigneur de Fontenilles, maitres François Corlieus, lieutenant, et Jeha de Lomellet, advocat d'Angoulesme, licentié en loix, et plusieurs aultres, soubz nostre scel de chambre, le VIIe jour du mois d'octobre l'an mil IIIIeIIIIxx et neuf, POUGIER, par le comandement de mondit Seigneur. » (Archiv. dép. G. 134. Évêché. Montbron).

14. Archiv. Dép. E. 59.

15. Consultation et Mémoire de 1765, supra cit.

16. Archiv. Dép. G. 134.

17. Archiv. Dép. G. 134.

18. Archiv. Dép. E. 47.

19. Archiv. Dép. E. 59.

20. Archiv. dép. E. 47. Le père d'Etienne Chérade n'avait d'autre dignité que celle de fabricien de l'église St-André d'Angoulême. Etienne fut avocat au Parlement, puis lieutenant particulier au siège présidial ; enfin, comme il était extraordinairement pourvu d'écus grâce au négoce de ses pères « marchands de draps de soie », il acheta, moyennant 80.000 livres, de Marc-René de Paulmy marquis d'Argenson, l'office de lieutenant-général ; il acheta aussi à beaux deniers comptants Marthon, Blanzac, Larochechandry, en Angoumois, Clairvaux et Thuré, en Poitou (Beauchet-Filleau, Dict. hist. et généal. des familles du Poitou, 1895). Maire perpétuel d'Angoulême de 1697 à 1712, Etienne Chérade concurut avec l'Intendant de Bernage à faire « relever les murs de la place de Beaulieu, embellir la dite place et la faire planter en arbres » (Desbrandes, Hist. d'Ang. ms. t. II p. 1003-4). C'était des ormes qu'on plantait ; en 1758, comme « ils étaient d'une hauteur et d'une grosseur excessives et n'offraient rien d'agréable », ils furent arrachés et vendus 1.200# ; l'année suivante, on planta, à leur place, des ormes d'Orléans qui ne réussirent pas, et auxquels on substitua, en 1761, des tilleuls « qu'on voit encore en 1816, écrit Desbrandes, ayant été pour ainsi dire renouvelés par les tailles réitérées qu'on leur a fait, ce qui ne peut leur assurer une carrière de beaucoup d'années. » (Desbrandes, ibid.)

21. Le fait n'est pas une nouveauté, au XVIIe siècle ;  dès le XIIIe, on le voit déploré dans le Lai de l'Oyselet, qui nous décrit un merveilleux domaine, paré d'un si beau donjon, d'une si belle tour comme on n'en a jamais vu, mais que le gentil chevalier vendit à un vilain, car les villes et les châteaux, en changeant de maîtres, vont toujours de mal en pis. (Conteurs français, Ch. Louandre, Paris, 1873.)

22. Archiv. Dép. E. 81.

23. Consultation et Mémoire, suprà cit.

24. Ibid.

25. Archiv. Dép. E. 48.

26. Le boisseau de Montbron était de 8 mesures ou 24 litres. Le boisseau valait :

En 1537, froment, 5 et 6 sous,
seigle, 3 & 4 —
avoine, 2 & 3 —

En 1566, froment, 28 sous,
seigle, 25 —
avoine, 10 —

En 1637, froment, 26 —
seigle, 16 —
avoine, 16 —

27. Affermé 123# en 1637. Archiv. Dép. E. 53.

28. Arch. Dép. E. 48.

29. Caillaud, notaire à Angoulême. Archives dép. E. 1855.

30. Même notaire. E. 1840.

31. Nous devons ces documents à M. Raballet, juge d'instruction au Tribunal civil de Confolens, qui les a découverts au greffe de ce Tribunal, où ils avaient été déposés par M. Vincent Ducluzeau, avec deux autres commissions de notaire qu'il tenait des Seigneurs du Lindois et des Étangs, en vertu de l'art. 22 de la loi du 29 ventôse an II.

32. Sur le pli est écrit « Du 7 prairial an II ». Titres déposés au greffe par le citoyen Vincent, notaire à Montembœuf. (Suit la transcription littérale de la pièce n° 1).

33. Bulletin de la Soc. arch. et hist., séance du 9 mai 1900, (p. LXI et LXIV).

34. Archives départ. E. 45.