Depuis cette époque le fief de Coulgens est demeuré contamment à la famille Durousseau, de père en fils, jusqu'à la Révolution. Toutefois, il ne lui demeura pas intégralement. D'après divers actes notariés, nous avons cru pouvoir déduire qu'il diminua en étendue avec les années qui se succédèrent. Une lettre de l'abbé Rullier, c. de Coulgens, à son évêque, datée du 4-4-1774, nous apprend que ses ancêtres l'avaient dissipé. « L'aîné de la famille n'avait plus pour toute fortune à partager avec son frère et deux sœurs, disait-il, que le logis de Coulgeans auquel était unie une ancienne préclôture et quelques arpents d'autres terres et des dettes. » Comment avaient-ils pu dissiper ce fief ? Nous l'ignorons. Peut-être que les nombreux enfants qu'eurent les différents vassaux de ce nom y contribuèrent. En quoi consistait-il ? Contrairement à la tenue générale des fiefs, il n'était point un tout réuni, mais une réunion de plusieurs terres disséminées çà et là d'une assez grande superficie. En 1750, il était occupé par Mre René Durousseau, éc., chev., seigneur de Coulgens, qui le faisait exploiter par des domestiques et tenait 4 bœufs et 1 cheval de selle. La matrice de cette année-là donne sa consistance. La voici, telle que nous l'avons relevée : n° 14, un logis, composé d'une aile de fournière, chaix, gallerie, cour, grange, héraux et jardin, contenant 78 c. et estimé 16 h 8 sols ; n° 15, près Laguéraine contenant  15 jx 18 c., estimés 150 h 18 sols ; n° 17, une terre à Louche de 2 jx 190 c. estimés 14 h 15 sols ; n° 18, une terre à la Vieille Vigne et à la Petite Caire, contenant 6 jx 180c., estimés 25 h ; n° 27, Sous la Ville, terre et chaume en pacage de 14 jx 104 c., estimés 28 h 10 sols ; n° 762, chaume à la Tranche la Marche de 4 jx 30 c., estimés 2 h ; n° 1125, une vigne à Maufruit de 3 jx 28 c., estimés 4 h 14 sols ; n° 1160, une vigne au Moulin à vent de 7 jx 92 c., estimés 5 h 6 sols ; n° 1568, à la Grande Rivières, pré Mouret d'un jal 46 c., estimé 9 h 18 sols. Ce qui faisait une superficie totale de 56 jx 166 c. Son frère Joachim, éc., seigneur du Breuil (nous n'avons pas pu savoir de quel Breuil), possédait au bourg, n° 195, deux chambres basses, une chambre haute, avec cave, grneier, chaix, pigeonnier, cour, jardin et terre, contenant 1 jal 68 c., estimés 13 h 7 sols ; et sous le n° 76, une pièce de terre de 128 c., sur le chemin de Coulgens à la Fourlière. Dans toute cela, il n'est donc nullement question des immeubles qui firent l'objet du dénombrement du 14 mars 1462, fourni par Jacques de Lorme. Après la Révolution, le fief diminua encore par suite de partages devenus obligatoires entre les enfants héritiers en conformité avec le nouveau code civil. L'ancien maire Durousseau, dernier occupant de ce nom, malgré la fortune que lui avait apportée son épouse Marie-Eugénie Delabrosse, veuve Grassin, et malgré sa profession de marchand de biens, ne fit point de brillantes affaires et ne contribua point à l'agrandir. Ses six sœurs qui se marièrent assez tard et qui furent longtemps à sa charge, l'éducation de son fils Jean-Charles, qui devint notaire, et, après la mort de son épouse, de nombreux parasites, ne furent pas étranger à sa dilapidation. Le peu qui en restait fut vendu en 1889, à l'exception d'une partie du logis et de quelque peu de pré dans la Guérenne, dont Philippe Gallaut s'est rendu acquéreur en 1920, une autre partie du logis ayant échu à un descendant des Durousseau, par les femmes, Pierre Bertrand, beau-frère du précédent.

Source : Coulgens sous l'Ancien Régime, de l'abbé Beau.