Ces critères permettent de dessiner trois cercles concentriques de représentants « silencieux » dans les débats législatifs, mais susceptibles de se trouver par ailleurs sur des positions jacobines. Un premier cercle serait constitué par les « activistes » ; peu présents à la tribune du Corps législatif, on les voit pourtant très liés avec les militants démocrates de la capitale lors de la crise de prairial, correspondants et même rédacteurs dans la presse démocratique renaissante, orateurs au club du Manège. C'est le « noyau dur » du groupe, celui qui assure les contacts avec les groupes de l'opposition démocratique. Citons, parmi de nombreux noms, ceux de Brixhe, Demoor, Dessaix, Dethier, Leborgne, Marquézy, Mansord, au Conseil des Cinq-Cents ; de Bellegarde, Lassée, Lenglet au Conseil des Anciens.

Un deuxième cercle est constitué par les « provinciaux » ; élus sur une liste d'opposition au second Directoire, ils n'apparaissent plus par la suite. Contrairement à la doctrine officielle de la souveraineté qui veut qu'une fois élu, un représentant n'est plus lié ni aux circonstances de son élection, ni aux intérêts de son département, pour ne plus former qu'un seul corps délibérant sur les intérêts de la Nation entière, nombre d'élus manifestent une solidarité dans les débats et dans les votes, pré-déterminée par les circonstances locales dans lesquelles ils ont obtenu leur mandat. C'est encore par voie de presse que nous apprenons de façon indirecte l'influence exercée par tel ou tel représentant dans son département d'origine; notamment l'opinion, positive ou négative, que s'en font les néo-jacobins locaux.

Il resterait enfin le troisième cercle, constitué par les « repentis » ; longtemps partisans du gouvernement, mais surtout au moment de fructidor an V lorsqu'il fallait rallier tous les républicains derrière l'Exécutif, ils sont passés plus ou moins tardivement à l'opposition. Une analyse superficielle les classe comme « opportunistes », catégorie au moins aussi équivoque dans sa forme que dans son contenu. Seules des biographies détaillées permettraient de rendre compte de parcours individuels sans doute plus cohérents que ne le laisseraient supposer les notices biographiques succinctes des dictionnaires. Joseph Eschassériaux, ou Pons de Verdun sont des notables provinciaux, anciens Montagnards (J. Eschassériaux fut membre du Comité de salut public à l'époque thermidorienne), d'abord hantés par l'idée de l'unité républicaine, ils sont enfermés dans la logique du principe majoritaire.

Source : 1799, un nouveau Jacobinisme.