Que les 4,000 hommes de la Charente s'arment à l'instant, n'importe de quelle manière. Nous avons des piques, des fusils de chasse ; on fera faire des baguettes de fer. Que ces 4,000 hommes se portent en partie sur Saint-Jean-d'Angély, faites-les marcher sans lesorganiser en compagnies ni bataillons, en leur donnant des chefs qui les conduiront. » Une fallait pas, ajoutait-il dans une autre lettre, se borner à cet effort, car les nouvelles étaient de plus en plus alarmantes. « L'ennemi, écrivait le Directoire des Deux-Sèvres à celui de la Charente, occupe Parthenay depuis hier soir : il attaquera probablement Saint-Maixent qui n'est qu'à 4 lieues de Niort : les campagnes commencent à mollir ; on n'a que peu d'armes, peu d'artillerie. Vous nous offrez vos secours ; pariez de suite, arrivez, frères généreux : nous vous recevrons comme nos libérateurs ; amenez tous vos citoyens armés de fusils ou de piques, et dirigez vos forces sur Niort et sur Melle. Accourez, frères et amis, volez, vous n'arriverez jamais trop tôt, mais vous pourriez arriver trop tard. » Il demandait aussi des canons, des affûts, des caissons et beaucoup de boulets. Le Conseil général de la Charente, antérieurement à ces lettres pressantes, avait rédigé, le 10 mai, un nouveau décret pour satisfaire aux nécessités du moment. Outre la levée de 1 pour 100 ordonnée par l'arrêté du 8 mai, il ordonnait, dans celui du 10 mai, l'enrôlement des quatre cinquièmes de la population mâle de 18 à 60 ans, comprise dans les gardes nationales ; il devait donner au moins 18,000 hommes, qu'on dirigerait aussitôt sur la Vendée. Pour fournir le pain et les vivres nécessaires à cette masse d'hommes, on nommait des commissaires chargés du recrutement dans chaque canton, et qui auraient le droit de mettre en réquisition les boulangers et les meuniers, toutes les provisions et surtout les blés et farines des particuliers. Les décrets reçurent une exécution partielle dans les districts d'Angoulême, de Barbezieux, Cognac et Ruffec. A Ruffec, le 9 mai, on avait déjà organisé, pour la porter au secours de Poitiers, une compagnie de 200 hommes,tellement pleins d'ardeur « qu'on peut à peine les retenir », disait le Directoire. A Barbezieux, le 12 mai on met en marche les 600 recrues du 24 février qui restent, et on prend des mesures pour lever les quatre cinquièmes des gardes nationaux. Mais c'est surtout à Cognac que l'exécution des décrets se fait avec le plus de rapidité. Le 12 mai, l'administration se préoccupe d'accélérer le départ, et se dispose à former un corps de 300 à 400 ou 500 hommes par chaque canton. Le 16 mai, 400 volontaires de Cognac et 600 de Jarnac se trouvaient à Saint-Jean-d'Angély, prêts à se diriger sur Niort, et les commissaires Trémeau et Lassée ne pouvaient contenir leur satisfaction : « Quel patriotisme ! s'écriaient-ils : le mot est au-dessous de la chose » ! Mais, exception faite pour le district de Cognac, ailleurs la levée était supportée avec résignation, et dans un district, celui de Confolens, donnait lieu à une vive opposition. Les commissaires cherchent vainement à recourir aux enrôlements volontaires.

Source : Histoire des volontaires de la Charente pendant la Révolution.