Plus grave fut l'affaire du choix du temple de la Raison le 7 décembre 1793. La commune opina pour les Récollets mais des citoyens préféraient l'église St-Maxime (ce qui empêchait tout culte catholique dans Confolens). Une assemblée des habitants convoquée au son du tambour à 1 1 heures du matin donna une forte majorité pour les Récollets. Aussitôt le comité révolutionnaire casse la décision communale et demande une nouvelle assemblée l'après-midi à St-Barthélémy. Motif : l'assemblée du matin (où on votait en levant ou non son chapeau) a été entachée d'irrégularités et d'incidents. «La tumulte a régné» et des femmes ont levé les chapeaux de quelques citoyens malgré eux pour sauver St-Maxime; une «femme Richard» est nommément mise en cause. C'est Babaud Lacroze qui vient apporter l'ordre signé Stanga et Grellier où le choix d'une assemblée à St-Barthélémy est habile : les habitants de ce quartier ne manqueraient pas de venir en masse voter pour que le temple de la Raison s'installe à St-Maxime, ce qui rouvrirait leur église désaffectée...

On vote jusqu'au soir, les citoyens ayant été chapitrés par un discours de Mallat qui décrit «les erreurs où depuis plusieurs siècles les prêtres ont plongé les humains». 137 acceptent la proposition du comité et 128 la refusent. Le scrutin est clos quand le prêtre Lagrange de St-Maxime arrive avec «quelques citoyens» pour voter, ce qui est refusé. L'étroitesse des résultats (ou la menace d'une émeute ?) vont pourtant convaincre le comité que «provisoirement la fête de la Raison se ferait dans l'église des Récollets». Cet incident est riche d'enseignement : crainte d'un engagement de la part des élus, attitude des femmes attachées au culte (ce qui nuance sérieusement le jugement de Barbarin mentionné plus haut), pragmatisme des jacobins locaux pour éviter des troubles.

Après cette expérience peu heureuse, le comité ne s'est pas hasardé à casser d'autres décisions municipales et reporte tout son zèle sur le sort des suspects. Le 25 mars 1794, le délégué du représentant Romme, Lassée, se présente pour épurer la société populaire et les élus. Il cherchait alors les homologues des « enragés » parisiens et il faut croire qu'on n'en trouvât point. Lassée se contenta de chapitrer les Confolentais du haut de la tribune du temple de la Raison où on lisait religieusement les lois voire les correspondances édifiantes tous les décadi. Une autre tentative de la Société Populaire pour transférer le temple à St-Maxime (où le culte avait cessé) échoua le 31 mai 1794. La commune refusa la demande en invoquant les travaux déjà faits aux Récollets. Il est vrai qu'elle avait alors de la peine à payer les dix instituteurs et institutrices qui assuraient un enseignement primaire à Confolens.

Source : La Révolution française à Confolens.