François de Montsalard, médecin d'Henri IV
Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, 1902

A la liste des médecins les plus distingués du Périgord, il convient d'ajouter un nom nouveau, celui de François de Montsalard, sieur du Peyratier, médecin ordinaire du roi et intendant des bains et fontaines minérales du royaume.

Ce dernier était originaire de la paroisse de Champagne, où la famille de Montsalard possédait le domaine de la Foucaudie, qui, par suite de transaction, passa, en 1722, aux mains de François Jaubert, sieur de la Courière, juge sénéchal de Bourzac.

Henri IV, dont le premier chirurgien était aussi un Périgourdin, François Martel, satisfait des services de François de Montsalard, lui accorda une pension annuelle de 600 livres tournois à prélever sur les amendes de la sénéchaussée du Périgord.

Les lettres patentes confirmant ce don portent la date du 24 juillet 1609 ; elles furent enregistrés à Paris par la Chambre des comptes, le 12 août, et à Bordeaux par les trésoriers généraux de France en Guyenne, le 11 décembre de la même année. François de Montsalard vint requérir lui-même (1), le 8 janvier 1610, au greffe du présidial de Périgueux, l'enregistrement du brevet royal, dont le texte est ainsi conçu :

« Henry, par la grâce de Dieu, roi de France et de Navarre, à nos amez et féaux conseillers les gens de nos comptes à Paris et tresoriers generaux de France establis à Bordeaux, salut,

Ayant pris en consideration le bon et fidelle debvoir que nre cher et bien amé François de Montsalard, sieur de Peratier, l'un de nos conseillers et medecins ordinaires, intendant et maistre des bains et fontaines minérales de nre royaume, a jusques a pnt rendus soubs nre premier medecin en exercice et fonction de lad. charge d'intendant et mre desd. bains et fontaines minérales, et que pour s'en acquitter dignement et fidellement comme il a faict et desire continuer à l'advenir, il luy convient faire de grandes despences, lesquelles il ne pourroit supporter, n'ayant esté par nous attribué aucuns gaiges à lad. charge.

Sçavoir faisons que Nous, desirant en ceste occasion gratifier et favorablement traicter led. de Montsalard et luy donner moyen de s'acquitter soigneusement comme nous sommes asseurés qu'il en a la volonté, de ce qui est du debvoir et de la fonction de lad. charge d'iceluy, pour ces causes et autres a ce nous mouvans, Avons accordé, donné et octroyé, comme par ces pntes signées de nre maine, Nous luy accordons, donnons et octroyons la somme de six cents livres tournois, dicelle avoir et prendre doresnavant par chacun an par forme de pention, tant et si longuement qu'il sera pourveu de lad. charge, sur les deniers provenans des amandes a nous adjugees en nre seneschaussée de Perigort, les charges ordinaires sur icelles prealablement acquittées. Si vous mandons et ordonnons que par celuy de mes recepveurs qu'il appartiendra et des deniers de la nature susdicte lesd. charges préablablement acquittées, vous faictes payer et delivrer comptant aud. de Montsalard lad. somme de six cents livres que nous luy avons, comme dict est, accordé par forme de pention doresnavant par chascun an tant et si longuement qu'il sera pourveu de lad. charge, aux termes et en la manière accoustumée, à commencer du jour et datte des pntes, rapportant lesquelles ou copie dicelles deuement collationnées pour une fois, avec quittance dut. de Montsalard, nous voulons lad. somme et tout ce que pour ce payé et délivré luy aura esté, estre passé et alloué en la despence des comptes dud. receveur desduict et rabatu de la recepte diceux par vous gens de nosd. comptes, vous mandant ainsi de la faire sans difficulté, car tel est nre plaisir, nonobstant quelsconques ordonnances, reglemens, mandemens, deffences, et lettres a ce contraires.

Donné à Paris, le XXIVj jour de juillet l'an de grace mil six cents neuf et de notre regne le vingtiesme.

(Signé) Henry.

Par le roy :

(Signé) Potier »

On ne possède presque aucun renseignement sur le personnage qui mérita cette libéralité.

Les registres paroissiaux se bornent à révéler sa présence, en 1627, à Champagne, en constatant le parrainage de François de Montsalard, « docteur en médecine et médecin du roi, » au baptême d'un enfant (2) issu du mariage de Jean de Montsalard, aussi docteur en médecine, probablement son frère, et d'Antoinette Dumas, de la Foucaudie Haute.

Notre docteur fut-il marié et laissa-t-il des enfants ? On serait tenté de le croire, car les registres mentionnent encore un Charles de Montsalard, écuyer, qualifié comme lui de sieur du Peyratier dans l'acte de baptême d'une fille des mêmes propriétaires de la Foucaudie, en l'année 1630. Cette qualification ainsi transmise permet de supposer que l'ancien médecin d'Henri IV était mort dans l'intervalle des deux baptêmes.

Les Montsalard jouissaient d'une grande considération dans la contrée. Philippe de Lageard, conseiller du roi en son conseil d'Etat et privé, son sénéchal au duché d'Angoumois, seigneur de Cherval et de Saint-Martial, et Madeleine de La Châtre, marquise de Bourdeille, Archiac, Montrésor et autres places, avaient été, en 1624, parrain et marraine du premier enfant de Jean de Montsalard.

Enfin, il est hors de doute que la charge d'intendant général des bains et fontaines minérales de France, qui avait valu une pension à François de Montsalard, ne sortit pas après lui de sa famille, qui ne tarda point à s'implanter à Nontron.

Jean de Montsalard, docteur en médecine, sieur de Savanat, conseiller du roi, son médecin ordinaire, intendant général et maître des bains et fontaines minérales de France (3), y épousa, par contrat du 9 juin 1636, Jeanne de Saint-Angel, veuve de Françoi Robin, juge de ladite ville.

Les archives nontronnaises relatent d'honorables services rendus par les Montsalard à leur nouvelle patrie.

Albert Dujarric-Descombes

Notes :

1. Il signa sur le registre : Montsalard.

2. Ce filleul fut François de Montsalard, sieur de la Foucaudie, marié à Françoise Sardain. Leur fils, Joseph, but baptisé en 1649. (Registres de Champagne.)

3. Les registres paroissiaux de Champagne le montrent tenant sur les fonts baptismaux, avec Marguerite de Conan, dame de Bellussière, en 1634, un enfant de Jean de Montardy. Ils le désignent, dans un acte de baptême de 1637, sous le titre de surintendant des eaux et minéraux de France.