Habitans: 28,000.

Sacs de bled consumez: 112,000.

La récolte ne va qu'au 3 quarts, c'est-à-dire à 84,000, et il manqueroit beaucoup pour la subsistance, sans les châtaignes et les autres grains.

Le pais produit du froment, du seigle, bled d'Espagne, bled sarrazin, de l'avoine, des légumes dans les jardins seulement, chàtaignes qui font le quart de la récolte et de la subsistance des habitans.

Le sac froment pèze 130 livres et le septier de Paris 240 livres. Ainsi les deux sacs pèzent le septier de Paris et vingt de plus.

Le froment se vend 8 livres c'est le septier de Paris 16 livres 10 sols.

Le seigle 5 livres, le septier 10 livres 12 sols 6 deniers.

Le bled d'Espagne 4 livres, le septier 8 livres 10 sols.

Le bled sarrazin 3 livres, le septier 6 livres 7 sols 3 deniers.

L'avoine 3 livres 10 sols, le septier 7 livres, 12 sols 6 deniers.

Les moyens de multiplier les bleds seroient de deffendre de semer du bled d'Espagne, qui ruine absolument les terres. Depuis 40 années que l'usage de ce bled s'est introduit, la récolte du froment est diminuée.

Le Subdélégué ne croit pas que les denrées et surtout celle-là puisse conserver un prix, si l'argent et les espèces diminuent; tandis que les espèces seront hautes, les grains auront leur juste prix. Mais on voit le contraire en l'année 1731 et 1732 où les espèces estant encore hautes, le prix du bled et du vin est tombé.

Légumes. — On n'en sème point en plein champs, mais seulement dans des jardins pour l'usage des propriétaires.

Chamvres. — Ils ne peuvent venir que dans les terres arrosées par les rivières et les ruisseaux. Il n'en vient point dans ce pais.

Foins et paccages. — Il y en a très peu dans le pais, à cause qu'il est pierreux, et on ne peut guères les multiplier.

Vins. — Il y en a assez pour les habitans, et il se consume dans le pais, se vend 18 livres la barrique.

Bois de haute-futaye. — On croit qu'il seroit inutile de les multiplier à cause de l'éloignement des rivières pour le transport, mais ils serviroient à la construction des maisons. Ceux qui ont esté coupez, ont esté convertis en bois taillis que l'on coupe à l'âge de 15 ou 16 ans, pour servir aux forges qui en consument beaucoup.

Terres incultes. — On a défriché les terres qui estoient propres aux grains et à la vigne. On convient que le reste doit demurer inculte pour servir de pàturages aux bestiaux, quand les fourrages leur manquent.

Bestiaux. — Il y en a un grand nombre, et on ne peut les multiplier qu'en laissant incultes les terres qui n'ônt point esté défrichées.

Cette partie du Périgord qui est fort pierreuse, a besoin de ces pâturages pour les bestiaux dont la vente luy sert à payer les impositions publiques.

Brebis et moutons. — Pour en multiplier le nombre, on employé les mêmes moyens de cy dessus, mais pour conserver ces animaux des maladies qui en diminuent le nombre, on croit qu'il leur est nuisible de leur faire des soutrages et des litières de fougère et d'agions (sic) qui gâtent toujours leurs laines et, par leur mauvaise odeur et qualité, influent dans l'air qu'ils respirent et de là dans leurs poumons. La même méthode devroit s'observer pour les bœufs et les veaux. Il n'y a que la paille qui fasse un soutrage sain ou non nuisible.

Cochons. — Il y en a un grand nombre qu'on nourrit de glands et de châtaignes.

Haras. — Il n'y en a aucun parce que les prairies ne sont pas suffisantes pour les bœufs de labeur, on a commencé depuis six mois à établir des haras, mais on manque de belles juments.

Manufactures. — Il n'y en a d'aucune espèce, mais seulement des forges dont on parlera bientôt.

Verrerie. — Aucune.

Papeterie. — Une où se fait seulement du papier commun et d'un médiocre revenu.

Tanerie. — Il y en a plusieurs pour les peaux de bœufs et de vaches qu'on prend dans les gros bourgs, les foires et les marchés, et se consument en partie dans les lieux. L'autre partie est portée à Périgueux, La Rochefoucault, et ne payent de droits que pour le manque des cuirs.

Dans d'autres taneries ou peleteries, on y blanchit les peaux de mouton qu'on fait ensuite passer dans le bas Limosin.

Charpentiers. — Ils n'emploient dans leurs ouvrages que le bois de châtaigner, à cause que celuy de chêne est trop rare.

Forgerons, serruriers, cloutiers, armuriers. — Leurs ouvrages ne sortent point du pais. Ils prennent le fer et l'acier des forges voisines.

Chauderonniers. — Prennent leur cuivre à Angoulème. Le charbon est de bois; on n'a point d'usage de charbon de terre.

Mines de fer. — Il y en a un bon nombre dans les parroisses voisines du Limosin.

Elles ont donné occasion à plusieurs forges qui font le principal commerce de cette Subdélégation.

Des Forges.

Il y a cinq grosses forges à fourneaux où se fondent les mines; on y fond chaque année sept cens milliers en aguse qui se transportent dans les forges voisines pour estre convertis en fer dur et mol. Cinq forges employent chaque année 400 hommes, soit à tirer la mine, soit à la laver, soit à la transporter dans les forges, soit à voiturer, et sont payez à 8 s. par jour.

Ces forges consument par année 4,000 brasses de bois, qui se prennent dans les parroisses voisines et qui se vend trois livres la brasse.

Les matières premières ou les mines se tirent des parroisses voisines.

La fondue des mines se vend i oo livres, doit produire 18 milliers de fonte en aguse son prix actuel est de 40 livres le millier; cette fonte ne sort point du Périgord.

Outre la fonte des mines, on y fabrique 2,500 quintaux de fer dur et mol qui se transportent dans le pais d'Angoulême et de Saintonge et qui payent de droit d'entrée 13 sols 4 deniers par quintal de fer mol et 25 sols par quintal de fer dur, quoique le prix de ces deux fers soit égal sur les lieux. Le quintal de fer pris sur les forges, poids de marc, se vend 20 livres.

Il y a encore 14 forges qui prennent leurs fontes dans les cinq premières, dont nous venons de parler, et les convertissent en fer dur et mol. Le premier sert à l'usage des maréchaux, cloutiers, serruriers et taillandiers. Le second sert à tous gens de marteau. Les 14 forges font par an 12 mille quintaux de fer des deux espèces, et se vend actuellement 20 livres le quintal.

Elles consument 6 mille brasses de bois, qui se prend dans les parroisses voisines. Elles employent 2 cens ouvriers à io sols et 12 sols par jour pendant 5 à 6 mois de l'année.

Le fer des deux espèces est transporté dans l'Angoumois et Saintongeois et paye de droit, comme on a dit cy dessus.

On voit cinq autres forges d'une autre espèce. Elles consument trois mille quintaux de fontes, qui sont convertis en poèles à frire. Elles se transportent dans le Limosin, la Guienne, Languedoc, Béarn, d'où elles passent en partie en Espagne.

Ces cinq forges consument chaque année 2 mille brasses de bois, occupent 60 ouvriers pendant 5 à 6 mois de l'année. Ces poèles à frire entrant dans une de ces provinces seulement, payent de droit 18 sols par quintal.

Ces forges fabriquent encore 2,500 quintaux de fer dur et mol, qui passent dans l'Angoumois et la Saintonge avec les droits cy dessus spécifiez et tous ces droits vont à plus de 30 mille livres pour le Roy. Ces forges au nombre de 24 sont scituées aux environs de la ville de Nontron, qui est le lieu d'entrepôt pour le commerce du fer et des poèles.

Le commerce de cette ville qui est d'un grand objet dans la province du Périgord et dans le royaume, a esté interrompu pendant quelque temps par la difficulté des chemins mauvais et impraticables aux voituriers. Les habitans les ont réparez à leurs frais et dépens, et le commerce se rétablit. Pour conserver le commerce à cette ville et favoriser le travail des forges, il n'y a qu'à rétablir deux ponts qui sont tombés en ruine, ce qui interrompt le commerce de cette ville avec celles de Périgueux et de Bergerac. On estime que la dépense iroit à dix mille livres imposées sur l'Élection de Périgueux.

Meuniers blancs et soye. — On n'a point d'expérience qui puisse répondre à la réussite de ces sortes de plans, et des soyes.

Arts et métiers. — C'est dans les villes où l'on devroit exécuter les règlemens qui regardent les artisans, et cela mériteroit bien attention des officiers, mais dans les campagnes, les artisans y travaillent, comme l'on sçait, sans autre perfection ni bonté d'ouvrages. Aussi ne durent-ils pas aussi longtemps qu'il faudroit.

(Archives historiques du département de la Gironde, 1913)