Si on la rencontre assez fréquemment en Périgord voisin, il faut bien convenir que l'appellation « manoir » est peu usitée dans notre pays charentais. S'agissant du logis qui tire son nom de la longue lignée de ses possesseurs - les Dumas en deux mots - nous l'avons maintes fois rencontrée. Aussi l'utilisons nous à dessein, comme l'une des exceptions qui confirment la règle angoumoisine. Cette ancienne maison discrètement installée derrière l'actuelle Mairie (1908) de Chazelles fut le fief noble des Du Mas relevant d'une part de la Cure « au devoir de 5 sols, à muance de seigneur et de vassal et de 22 sols 6 deniers de rente annuelle » et d'autre part du château de Marthon « à hommage lige et 10 sols, à muance de seigneur et de vassal ». À la fin du XVe siècle, on trouve comme premier propriétaire Penot Dumas, marchand, marié à Marguerite Devigne, veuve en 1483, selon Adolphe Mondon qui nous dit que ces possesseurs n'étaient pas nobles. Par contre au début du XVIe siècle, selon un document daté du 26 mai 1512, déposé aux Archives Départementales - dont l'érudit ecclésiastique semble ne pas avoir eu connaissance car il ne l'évoque pas - hommage est rendu par « Jehan du Mas », fils de feu Pierre du Mas (il pourrait s'agir de Pierrot pour Penot ou Perrot) et de « Marguerite des Vignes », « pour ce qu'il tient en paroisse de chaselles en la châtellenie de Marthon à Jean de la Vassoignes, écuyer, sieur de la Forest ». Est-il le bâtisseur de la partie ancienne du logis ? En tout cas beaucoup d'indices architecturaux - petites ouvertures à chanfreins du grenier, grandes croisées dont les meneaux ont été supprimés, mais dont les traces sont toujours visibles, embrasures obliques pour le guet - nous font pencher pour une construction au XVIe siècle, plutôt qu'au XVIIe siècle comme l'affirment quelques historiens. L'abbé Mondon avance même la date de 1628, dont nous n'avons trouvé trace nulle part, pour l'édification de « cette sorte de manoir ». À la fin du XVIIe siècle, Marguerite du Mas se marie à Jean Rossignol, sieur de la Tour, de la ville de La Rochefoucauld. Leur fils, Jean Rossignol, vend maison et terres, en 1710, à Louis Penot procureur fiscal habitant à Touvre. On trouvera tout au long du XVIIIe siècle, la famille Penot propriétaire du lieu. L'arpentement nous donne une description, consignée le 2 Juin 1746, par Tourette de Flamenac, sommaire mais précieuse : « Maison composée d'une cuisine, un vestibulle, un sellier, une tour, une chambre haute, un cabinet, deux greniers, écurie, un coulombier, étable, grange, cour, jardin, le sinfoin tenant d'un costé au chemin de Pranzac à Marton à senextre, des autres parts aux Domaines apartenant à Gerosme Penot, Sieur des Dumas, contenant deux journaux trente sept carreaux ». Le registre d'arpentage, décidément riche en informations, nous fait connaître que le Moulin du Got (got signifiant gué) appartient « au sieur Gerosme Penot des Dumas », qu'il est « composé d'une roue noire ». Une inscription à la plume, semble-t-il postérieure, nous fait connaître que le moulin fut acquis par le sieur Callée. Pour être exhaustif, signalons un ensemble de prés, situés au « trou des Dumas » ! Les Penot possèdent toujours le logis à la Révolution et nous n'avons pas trouvé de trace de sa vente comme bien national à tel ou tel citoyen « initié ». C'est au XIXe siècle qu'il acquiert une nouvelle affectation, celle d'Hôtel ou de Relais de Poste. Les écuries, construites pour accueillir une centaine de chevaux selon la tradition orale, figurent déjà sur le plan cadastral établi vers et constituent un long bâtiment perpendiculaire au corps de logis. Elles existent encore aujourd'hui. De la poste, impériale peut-être, puisqu'elle connut un essor important sous Napoléon, il reste encore un porte-enseigne fiché sur l'arête nord-ouest. Le petit pigeonnier à section carré, couvert de tuiles plates, qui ne figure pas sur ce plan, est donc d'édification postérieure et du XIXe siècle. Le puzzle historique en grande partie reconstitué, il nous reste à dire qu'a été conservé le portail d'entrée monumental festonné de créneaux, à l'image de celui du château de Vouzan, nous dit Charles Daras. Est toujours visible la tourelle coiffée en poivrière avec de l'ardoise, surmontée d'une girouette représentant un cheval. Elle abrite un magnifique escalier tournant, en vis, aux épaisses marches de chêne que l'on pouvait aisément se procureur dans la forêt de Braconne voisine. Sont installées symétriquement, de part et d'autre de la tour-escalier, les fenêtres aux meneaux supprimés déjà évoquées. Sous cette partie ancienne existe toujours la cave voûtée enterrée, avec soupirail donnant sur pierre et une bien curieuse cheminée en noyer de style Restauration, pour clore l'évocation d'une demeure au charme désuet.

CynHLsdKw Illustration : Les Dumas, dans le bourg de Chazelles.

(Châteaux logis et demeures anciennes de la Charente, 2005)