Le 1er octobre 1792, les religieuses quittèrent le couvent dont tous les objets mobiliers furent vendus aux enchères du 14 au 22 du même mois ; l'argenterie fut seule réservée pour être portée à la Monnaie de Limoges, mais quand le Directoire voulut en prendre possession, il se trouva que les pièces les plus précieuses avaient été enlevées : à la suite d'une enquête prescrite le 5 novembre, suivant, la sœur Versaveau fut arrêtée et incarcérée à Nontron sous la prévention d'avoir soustrait des objets servant au ci-devant culte catholique ; elle était encore en prison en avril 1793.

Le 10 novembre 1792, les bâtiments du couvent furent adjugés au citoyen Planchas-Lavalette moyennant 18.721 l.

Les portes du monastère s'étaient à peine fermées sur les religieuses, emportées par la tourmente révolutionnaire, qu'elles se rouvrirent pour donner passage, comme au temps de sa splendeur, aux femmes des premières familles du pays.

En effet, M. Planchas, pour tirer parti de son acquisition, avait loué ces bâtiments au Département qui y installa une prison pour les suspects : dès le 16 pluviôse an II, on y transportait de Nontron les dames Moreau de Saint-Martial fille, Rose Maillard, Royère fille, Marie Villard, Rose du Haultmont, d'Ancors, veuve Maranda du Cousset, et ses deux filles, Royère, veuve la Bardonnie, sœur Saint-Remys, Cammin. Les hommes étaient : Milhate du Hautmont, Desmarets, Texier, Alexis Cammin, Raynaud père et fils, Roux-Luçon ; d'autres vinrent bientôt les rejoindre : Basset de Rivailles, Roussarie, Pinton, Larret-Grandpré, Lapeyronnie père et mère.

Le 23 messidor suivant, le district décidait que cette prison serait exclusivement affectée aux femmes ; on y conduisit alors mesdames Roux-Luçon mère, Roux-Luçon grand'mère, les quatre sœurs Dupin de Saint-Cyr, la Roussie, les deux Lajard-Gresignac, Cammin-Saint-Sulpice, Boistillé-Desgroges, Marie Moreau-St-Martial, la Brousse-Vaubrunet et ses deux filles, Chaban ci-devant religieuse, les deux sœurs Conan d'Ancors, les deux Villars-Poutignac, tantes, Gallard-Béarn née du Tillet, Leymarie et ses quatre filles, les trois sœurs Saunier, Vaucocour, veuve Boulouneix, Desrivailles, la Roussie, ci-devant religieuse, Girou-Desmarets, Escravayat-la-Barrière et ses deux filles, d'Abzac-St-Viance, les quatre filles de La Croix du Repaire, Dereix, Suzanne Valade, ex-religieuse, Delezon fille, Auvrai-St-Remy, veuve Moreau-Maillard, soit au total 53 personnes appartenant tant à la bourgeoisie qu'à la noblesse.

Les détenues recevaient chacune 25 sous par jour pour leur nourriture, chauffage et blanchissage ; seul le pain leur était fourni par la municipalité. Elles devaient choisir parmi elles une économe chargée d'acheter les denrées et de les payer.

Il était obligatoire pour elles de prendre leurs repas en commun et elles devaient se contenter de l'ordinaire ; défense absolue leur était faite d'acheter d'autres vivres au dehors. L'assistance de domestiques leur avait été refusée et elles devaient elles-mêmes préparer leurs repas, nettoyer la prison et entretenir leur linge. Cependant plusieurs d'entre elles étant tombées malades, le district se départit de ses cruelles rigueurs en leur permettant, le 9 thermidor an II, d'engager à leurs frais trois filles de chambre.

Le 26 messidor, le pourvoyeur de la maison de détention informait la municipalité « que les détenues manquaient totalement de pain et qu'il ne savait où en prendre. » Celle-ci, vu la pénurie des grains, arrêta de prendre le blé de Lapeyronnie, père d'émigré, alors en prison, à charge de verser 750 l. à la caisse du séquestre.

Des temps plus calmes revinrent et la prison de Saint-Pardoux laissa échapper ses détenues : bientôt les bâtiments d'un entretien difficile furent transformés en carrière où chacun vint puiser les pierres nécessaires à ses constructions. Le vandalisme accomplit son œuvre ; l'église, les cloîtres, les ailes disparurent et le couvent se trouva réduit au corps de logis lépreux qu'on voit encore et qui fait songer à ces paroles d'un illustre écrivain : « Il y a deux sortes de ruines très distinctes, l'une ouvrage du temps, l'autre ouvrage des hommes. Les premières n'ont rien de désagréable, parce que la nature travaille auprès des ans. Font-ils des décombes, elle y sème des fleurs, entrouvrent-ils un tombeau, elle y place le nid d'une colombe. Sans cesse occupée à reproduire, elle environne lamort des plus douces illusions de la vie.

Les secondes ruines sont plutôt des dévastations que des ruines : elles n'offrent que l'image du néant, sans une puissance réparatrice. Ouvrage d'un malheur et non des années, elles ressemblent aux cheveux blancs sur la tête de la jeunesse. »

(Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, 1899)