Le 14 août 1792, le Sr Jean-François de Lambertye de la Marie (ou Lamary), Saint-Sornin, comparaît devant Jean Lériget de Cloroze, procureur de Montbron, assisté de Pierre Mathelon et d'un notable, Jean Lardeau, pour conduite anticonstitutionnelle. Pénétré de sa très ancienne noblesse, désinvolte à la façon d'un gentilhomme de son rang, il ne s'embarrasse pas de nuances. Courant juin, se rendant chez Pierre Varache dit Mayou, ancien maire de Saint-Sornin, il lui avait déclaré :

"... vous, mon cher Varache qui avez eu la bêtise d'acquérir de la Nation la borderie des Combes, dépendante du prieuré de Saint-Sornin, je vous avertis de ne point payer parce que sous peu la constitution sera renversée, l'ancien clergé rentrera dans tous ses droits et vous ne serez point remboursé des sommes que vous avez payées pour cette acquisition".

Il va encore plus loin :

"De plus, un dimanche  du mois de juillet courant au moment où la garde nationale de Saint-Sornin se rendait à Montbron pour faire ses exercices ordinaires, le dt Lambertye qui allait aussi à Montbron dit à quelques uns de la troupe : Vous êtes bien sots, mes amis, de faire de pareilles corvées. Soyez sûrs qu'on se moquera de vous et qu'au lieu de vous fatiguer ainsi, vous feriez mieux de vous en retourner chez vous. Vous savez que l'Assemblée Nationale vous avait fait espérer des douceurs. Cependant, vos charges s'augmentent de jour en jour. Vous voyez donc que tout ce qu'on a fait n'a pour objet que de vous rendre plus malheureux que vous ne l'étiez sous l'Ancien Régime".

L'acquéreur de la borderie des Combes, Varache ; le commandant de la Garde nationale, Martial Boniton, confirment les propos tenus.

Pierre Varache rapporte les déclarations du gentilhomme :

"Si les prêtres et les gentilshommes émigrés viennent à gagner, votre déboursé sera infailliblement perdu. Quant à moi, je vous déclare que je n'en donnerai pas 50 livres (la borderie a été adjugée 852 l.), à quoi le déposant répondit : Si je le croyais vraiment, je ne paierais pas les termes à échoir..."

Bonithon, des Combes ; Alanore, des Chaumes, Raynaud de la Faurie, ne peuvent que confirmer les propos tenus à la Garde nationale. A l'un, il dit :

"Si vous allez à la fête de la Fédération, vous serez contraints de partir bientôt pour la frontière..."

A l'autre, il conseille de se défaire au plus vite des assignats qu'il détient, "attendu qu'ils ne subsisteront pas longtemps".

Aveuglement de gentilhomme dont les siens ont rejoint l'armée des Princes, assuré d'un renversement prochain de la situation... Comment pouvait-on se méprendre à ce point ?

Il proteste de son civisme devant le tribunal mais, passé le 10 août, les propos tenus sont jugés pour le moins compromettants. En attendant de comparaître devant le tribunal de La Rochefoucauld, on le laisse en liberté provisoire sous paiement de la somme de 3.000 livres, cautionnée par le Sr Callandreau. Montbron est "plutôt à droite", mai les temps sont là. Lambertye demande que les témoins soient entendus en sa présence. Ils persistent dans leurs déclarations. On le condamne à la détention.

"... ès prisons du district de La Rochefoucauld l'espace de cinq mois et en 500 livres d'amende au profit de la nation et que défenses lui fassent faites de ne plus à l'avenir récidiver".

Source : La Rochefoucauld au péril du bonnet rouge, d'Yvon Pierron.