Cette ivresse d'une liberté toute neuve (sans compter l'orgueil d'accéder aux fonctions municipales, du moins si l'on est éligible), on l'éprouve partout y compris à l'intérieur du monde rural.

On vote dès le mois de février 1790 pour former les assemblées municipales. Le décret de l'Assemblée porte la date du 12 novembre 1789.

Mais au préalable, il faut former le bureau. La présidence revient généralement au premier citoyen de la commune, seigneur du lieu. Le 3 février 1790, à Brie, François Hélène de Nesmond est élu par 47 voix contre 36, président du bureau. Elu mais contesté ; le « clan Machenaud » a bien l'intention de lui damer le pion. Les Machenaud sont en nombre dans l'assemblée électorale : François Machenaud l'aîné, Machenaud tout court, Pierre Machenaud et Jean Machenaud.

Pierre Machenaud Blanchon est élu secrétaire du bureau. Président et secrétaire prêtent le serment d'usage ; fidélité à la Constitution, à la Nation, à la Loi et au Roi.

On passe alors au vote proprement dit :

Roch Boissier Descombes, licencié ès lois l'emporte par cent onze votes contre seize.

Deux jours plus tard, on passe à l'élection des officiers municipaux. Sur cinq élus, on retrouve Pierre Machenaud, Jean Machenaud Beauchamp et Maurice Machenaud.

L'élection du syndic est presque un vote de routine.

« Toutes les voix sans exception se sont réunies en faveur de Messire Martial Guilhaud Ducluzeau ».

Les curés des paroisses connaissent leur monde, ils tiennent les registres paroissiaux ; la fonction de syndic leur est fréquemment dévolue. Messire Guilhaud et le clan Machenaud ne vont pas tarder à prendre des voies différentes.

Ces derniers sont nombreux et forment plusieurs branches à Brie comme dans les paroisses alentour, Anais, Coulgens. Certains d'entre eux sont gardes des Eaux et Forêts ; on les retrouve au lieu de Chez Couprie (Brie). Ils appartiennent à la petite bourgeoisie et l'on compte dans leurs rangs, un avocat, Jean-Antoine Machenaud, sr de la Terrière, un curé, etc.

D'autres Machenaud, aux Frauds ou à la Prévôterie proche (Brie) exercent depuis plusieurs générations le métier de voiturier, traînant derrière eux une réputation douteuse ; leur nom revient à plusieurs reprises dans les archives judiciaires.

Maurice Machenaud, des Frauds, va se distinguer fâcheusement à La Rochefoucauld sous la Terreur, inspiré sans doute par la jalousie.

M. G... de M..., auteur de notes sur les Acteurs de la Révolution à La Rochefoucauld les confond de façon péremptoire :

Cette famille (Machenaud) est très étendue, et tous ses représentants ne valent pas mieux les uns que les autres.

Suivent quelques propos dénués d'aménité.

Jean Machenaud dit Du Chais (ou Duchais), maire d'Agris en l'an II, après avoir été agent national confirme cette malheureuse impression.

Né Chez Couprie (Brie) le 21 avril 1751 de Robert Machenaud, sieur de Beauchamp et des Plantes, et de Marie Constantin ; il intervient le 7 février 1793, lors de l'élection du maire, prétextant un vice de forme.

Le dimanche suivant est réservé à l'élection des officiers municipaux. Machenaud crée un nouvel incident mettant en cause le curé Rullier. Il réussit à suborner quelques complices qui s'empressent de le désavouer, bientôt repris en main par le curé qui a toutes les apparences d'un brave homme. Mais le ver est dans le fruit, la Révolution, à peine sonnée, les Machenaud s'emploient à en accélérer le cours comme s'ils avaient des comptes à régler avec les institutions.

Source : La Rochefoucauld au péril du bonnet rouge, d'Yvon Pierron.