La rigueur de la réformation n'épargne pas les membres de la maîtrise, les simples négligences sont sanctionnées : Jean Paulte, le maître particulier, paiera 50 livres; Gervais, garde, 100 l., Crozan 100 l., puis 1 000 l. à titre de restitution; Meneau 30 l., Fureau, garde traversier, 150 l.; Louis Delage, Jean Gervais, F. Boissier, Guy Gauvry, gardes, 20 l., les héritiers de feu Benoist, garde, 100 l., Léonard Vidaud, garde, 200 l., Louis Rivaud 100 l. Personne n'a surveillé comme il le devait la forêt dont il avait la charge.

Ces amendes sans trop de frais ont dû secouer le monde forestier.

Sa majesté rappelle qu'elle s'est toujours réservé la jouissance de la haute futaie et les seigneurs usurpateurs n'en ont pas l'exploitation à leur usage (B 140/11).

En 1674 une tentative de restauration de 140 arpents de chaumes dans la paroisse de la Rochette : y sont piqués des glands de chêne, du frêne et autres essences.

En 1677 Jean Gillibert obtient la charge de procureur du roi (B 140/27-28).

En dépit des menaces, les usurpations continuent; chacun espère ne pas être pris; les plus riches invoquent des droits d'usage nébuleux, pour atténuer leur faute.

Les Tison de Coulgens reconnaissent avoir pris du bois en Braconne; Ramade du bourg de la Rochette a pris un gros chêne de 18 pieds; c'était pour la fête de St Roch; Jean Nadaud de Coulgens est coupable d'un délit analogue. Les trois personnages paieront. Les du Rousseau de Coulgens prétendaient avoir des droits d'usage en Braconne pour leurs maisons et leur four banal: droits supprimés.

Dans la maison du Sr de la Rochette les gardes trouvent beaucoup de bois de chêne pour faire ouvrage, des bûches en cordes, du bois merrain : confiscation et amendes.

Le duc de la Rochefoucauld, pour le chauffage du château et de bâtiments divers, pour les halles et ses 6 fours, jouira de 200 cordes de bois et de 10 000 fagots annuellement.

En cette fin de XVIIe siècle, Paulte, le maître particulier, Meneau son lieutenant, et Gillibert le procureur du roi, jugent chaque semaine aux audiences de la maîtrise, les mêmes délits.

Le garde même seul était un peu policier; et suivant le train d'une charette (marques des roues de charette) il pouvait arriver au logis d'un petit seigneur; ce qui provoquait des explications délicates avec le seigneur, ou surtout avec sa femme; il y avait parfois des accomodements (B 140/47).

Avec les délinquants roturiers, parfois amis du garde, ce dernier devait au risque de perdre sa charge leur dresser procès-verbal; d'où naissaient au village des rancœurs durables.

En 1704 un édit du roi aggrave les peines: bœufs et charrettes utilisés par les usurpateurs seront confisqués et vendus; les gardes qui souffriraient l'entrée de bestiaux en forêt, auront une amende de 20 livres accrue en cas de récidives; ils risquent même d'être pris de corps et saisis de bien; cet édit sera affiché à la porte de toutes les églises; sa rigueur reflète bien l'état du royaume à cette époque.

Cependant en 1705 le garde Dubournais surprend deux valets du Sr de Guitard emportant dans une charrette tirée par deux bœufs, trois chênes récemment coupés; 48 livres d'amende et restitution des chênes; il n'est pas question de saisir l'attelage; Mr de Guitard est noble !

Le même Dubournais, à partir de quatre souches de chêne coupés depuis peu, suit un train de charrette qui le conduit au logis de la Rochette; le sieur du lieu lui permet de perquisitionner; les chênes coupés ne s'y trouvent pas; Dubournais reçoit l'ordre de la maîtrise de chercher encore (audience du 27.1.1705).

Le 16.04.1705 Gauvry, garde surprend Marry Dars, son fils et un valet emportant des branches dans une charrette tirée par 2 bœufs, le tout est saisi et sera vendu au prochain marché de la Rochefoucauld; avec en plus une amende de 40 livres.

Près de Bunzac en Braconne, 5 petites filles gardent dans des rejets 55 brebis: 165 livres d'amende.

En forêt de Bois Blanc, 4 bergères gardent 45 brebis: 135 livres d'amendes plus dommages et intérêts.

Le garde Vidaud surprend 2 délinquants, s'enfuyant la cognée sur l'épaule; il les poursuit à course de cheval et saisit leurs cognées; à l'audience ils sont condamnés à la prison (9.3.1706).

Jean Rondinaud de Rivières, pris sur le fait, blesse un garde avec sa hache; en prison, Rondinaud (13.4.1706).

Il est interdit à tous marchands d'acheter des bêtes rousses ou noires; l'amende est de 250 livres pour une biche ou un faon (bêtes rousses) ou pour un chevreuil. Pour un sanglier et un marcassin (bêtes noires) l'amende sera de 120 livres; il est interdit de chasser les perdrix avant la fin juillet; filets et nasses sont interdits dans les forêts sous peine de 30 livres d'amende à la première sanction; à la seconde les coupables seront fustigés, flétris et bannis de la maîtrise pour 3 ans. Ces injonctions s'adressaient surtout à ceux qui avaient le droit de chasser.

Les gardes ne pourront porter l'épée et le pistolet de ceinture sauf pour leur défense; il est rappelé qu'ils ne peuvent emmener leurs chiens en forêt sous peine de destitution; personne n'a le droit de porter un fusil en forêt.

Un certain Valette de Brie faisait le guet; surpris par un garde, il le menace de son arme, il ira en prison (B 140/45).

Le 3.12.1709, Bordet, garde, trouve en Braconne la servante de François et de Jean Frotier avec 7 ou 8 autres bergers et bergères «gardant à garde faite» dans des rejets de l'année précédente 180 brebis, 1 chèvre, 1 bourrique et sa suite, ils avaient en outre fait un grand feu avec des rejets de chêne et une grande fourche d'arbre mort. Puis ils s'étaient tous enfuis.

A l'audience, les maîtres et les pères et mères des bergers et bergères sont condamnés à payer solidairement 540 livres pour les brebis, 5 pour la chèvre, 20 pour la bourrique et sa suite, 30 pour avoir fait du feu en forêt et 40 sols pour les rejets. La confiscation du bétail eut été trop cruelle à cette époque et n'est pas signalée.

Le terrible hiver de 1709 avait contraint les pauvres gens qui n'avaient plus rien à donner à leurs bêtes à les conduire en Braconne; les sanctions n'étaient pas très sévères lorsqu'ils s'agissait du vol de rejets morts par la gelée; les gardes cherchent à excuser les coupables, sur lesquels est toujours suspendu l'édit du roi : le bétail pris en forêt sera saisi et vendu à la prochaine foire, qu'il s'agisse de veaux, de vaches ou de bœufs au profit de sa majesté; et il fallait payer les amendes.

Les exigences des maîtrises sont de plus en plus contraignantes; il faut absolument faire rentrer de l'argent dans le trésor royal; les agents de la maîtrise qui délivreraient des bois à ceux qui prétendent avoir des droits de chauffage, sans en avoir vérifié leurs titres, seront condamnés à 300 livres d'amende. (Ordonnance du Sr Milon, chevalier, Sr du Mesne) (B 140/45)

Le 20.10.1710 Jean Joseph Gilbert (ou Gillibert) de Vassigny, reçoit de sa majesté l'office de conseiller et de procureur du roi de la présente maîtrise; la réception de cet office faite à la table de marbre à Paris a été adressée au greffe de la maîtrise qui l'a enregistrée (Sr Milon grand maître des eaux et forêts de France).

Ce Jean Joseph Gilbert, fils de Jean et de Marie Bourdage succédait dans le même office à son père qui le tenait lui-même d'un certain Jean Gros; il aura des ennuis financiers au début de sa carrière et sera menacé de la saisie de son office et de ses biens; son mariage avec Marie Barreau de Montbron semble l'avoir tiré d'affaire; il achètera et restaurera le château de Marendat près Montbron; il mourra sans avoir eu d'enfant en 1740, à Angoulême au n° 19 de notre rue St Etienne et sera enterré dans l'église St André (B 140/27 et registres paroissiaux de St André).

A l'audience du 10.9.1711 Jean Paulte, maître particulier présidait, assisté de Jean Ducluzeau, greffier de la maîtrise; Jean Gilbert de Vassigny, procureur du roi y assitait l'épée au côté; privilège que n'ont pas les procureurs du roi s'écria Jean Paulte. Il y aura entre les deux nommes d'autres algarades.

Il est interdit de faire élever aucun moulin, bâtardeaux, écluses, pertuis ou murs, de mettre des amas de pierre dans les rivières, d'y faire planter des arbres et d'être tant soit peu nuisible au cours de l'eau, aucune ordure ne doit être déposée sur les quais sous peine de 500 livres d'amende.

Il doit être laissé sur les rives un espace de 24 pieds (8 mètres) pour le chemin du roi.

En 1712 des paysans des Rigalloux de Brie sont surpris par Boissier, garde, portant leur faix de rejets de chêne tués par la gelée; amende minime de 40 sols et restitution; des bornes de la forêt ont été déplacées; il s'agit assurément d'usurpation, elles seront remises en place par les paysans coupables et à leurs frais.

Quant à Paulte le maître particulier, il est condamné à 300 livres d'amende envers le roi; «nous lui faisons défense de connaître des bois dépendant de l'abbaye de la Couronne sous plus grande peine et nous révoquons toute connaissance que nous lui avions donné sur ces bois; la présente ordonnance sera lue et publiée à l'audience, tenant à la diligence du procureur du roi» signé Hénin le 5/10/1712; il est difficile d'être plus sévère.

(Société archéologique et historique de la Charente, 1994)