Marguerite Chérade, fille d'Etienne, lieutenant général de la Sénéchaussée, qui fit une fortune considérable, veuve de Jacques Le Musnier, seigneur de Lartige, mère de cinq enfants adultes, en 1749, épouse, dix mois plus tard, Elie des Ruaux, comte de Rouffiac, lieutenant-colonel au régiment de Rouergue, ayant fait, nous apprend H. Molit, « des sommations respectueuses à sa mère ». « Dès le jour de son mariage, elle quitta son mari pour ne jamais habiter avec lui. Elle lui fit souscrire un engagement d'honneur de la laisser vivre « à sa fantaisie » et lui paya cette liberté 1.000 livres de pension annuelle, outre les 30.000 livres qu'elle lui avait données par contrat de mariage. » « Cette femme bizarre n'avait cherché dans son second mariage qu'un titre sonore et le plaisir de se faire appeler comtesse de Rouffiac. Elle interdit aux religieux de La Couronne de pêcher devant son château de La Rochandry, lesquels nous ont appris dans leur défense « que la dame de Rouffiac, petite-fille d'un marchand d'Angoulême, leur suscite un procès injuste... Elle en suscite à tous ceux qui sont dans ses terres, elle a fait assigner son évêque lui-même pour un objet modique... en un mot c'est une femme inquiète qui ne peut vivre ni avec son mari, ni avec ses enfants et qui, quoique catholique et en bonne santé, ne sort jamais de chez elle même le jour de Pâques pour aller à la messe ». Veuve une seconde fois, à 59 ans, elle pense se remarier une troisième fois. Ses enfants la font interdire.

Source : La Charente au XVIIIe siècle, de Gaston Tesseron.