Étienne-Pierre Chérade de Montbron
Grassac (Charente), 24 janvier 1762 - Clervaux, 24 janvier 1841.

En raison d'un «inviolable attachement aux Bourbons», Chérade de Montbron s'est refusé à toute responsabilité publique sous l'Empire, préférant s'occuper d'agriculture et de botanique sur ses terres de Clervaux. Sa famille, il est vrai, doit toute sa réussite au système social en vigueur sous l'Ancien Régime et aux faveurs des monarques. À l'origine, les Chérade sont de robe : Étienne Chérade, lieutenant particulier, assesseur et premier conseiller au présidial d'Angoulême est l'un des personnages les plus riches de cette ville et en devient le maire perpétuel en 1695. Il accumule les fiefs titrés, faisant notamment l'acquisition du comté de Montbron en 1699 et du marquisat de Clervaux en 1704, et accède finalement à la noblesse par l'achat d'une charge de secrétaire du roi en 1712. Si son fils Adrien-Étienne, lieutenant-général en la sénéchaussée d'Angoulême, est encore un représentant de l'élite urbaine, son petit-fils Adrien-Alexandre-Etienne est, lui, un gentilhomme campagnard. Il épouse en 1759 sa cousine germaine Elisabeth Le Musnier, veuve de Jean de Lageard, marquis de Cherval, grand-sénéchal d'Angoumois et lieutenant-colonel au régiment d'Harcourt. Pour récompenser les services rendus par ses ancêtres à l'Etat, Louis XV confirme en 1766 l'érection de la châtellenie de Montbron en comté, légitimant ainsi son droit et celui de ses descendants à porter le titre, et réunit en 1768 la baronnie de Thuré au marquisat de Clervaux.

Étienne-Pierre Chérade est le fils d'Adrien-Alexandre-Étienne et d'Élisabeth Le Musnier. Reçu conseiller au parlement de Paris, il renonce vite à la robe pour l'épée et entre comme exempt aux cent suisses de la garde ordinaire du corps de Monsieur le 25 novembre 1783. Le 14 février 1787, il épouse à Saint-Barthélémy-de-La-Rochelle (Charente-Maritime) Marie-Louise-Henriette Harouard, fille de Pierre-Étienne-Louis, chevalier seigneur de La Jarne, Buzay et autres lieux, lieutenant-général de l'amirauté de La Rochelle, et de Marie-Agathe Petit du Petit-Val. Le chevalier de Montbron se constitue en dot les droits mobiliers provenant de la succession de sa mère et s'élevant à la coquette somme de 40 000 livres. Son père y joint le marquisat de Clervaux et son office d'exempt des gardes suisses, pour une valeur totale de 250000 livres. Les apports de l'épouse sont à peine moins spectaculaires qui réunissent 100000 livres en espèce et 112000 livres en principal de rentes. Cette même année 1787, Chérade de Montbron est nommé capitaine conservateur des chasses et lieutenant de la louveterie du comte d'Artois pour les provinces de Poitou et d'Angoumois. Il continue néanmoins à habiter La Rochelle et c'est là qu'il assiste à l'assemblée de la noblesse convoquée pour nommer les députés aux états généraux, déléguant un procureur pour le représenter à Poitiers.

Il fait partie de la première grande vague d'émigration de l'automne 1791 et rejoint le comte de Provence à Coblence. Promu le 25 novembre 1791 lieutenant-colonel dans son corps d'origine, il fait la campagne de 1792 du côté des princes mais, avec l'assentiment de ses chefs, choisit de rentrer en France vers la fin de l'année. On ne connaît pas les motifs qui le poussent à commettre cette imprudence. Le fait est que Chérade est arrêté à Paris en 1793 et condamné à mort «comme royaliste, émigré et fils d'émigré».

«Grâce au dévouement de sa femme», sa peine est néanmoins commuée en emprisonnement : il est alors détenu durant environ treize mois au fort de Montendre jusqu'à sa libération par les thermidoriens. À partir de ce moment là, Chérade se fixe au château de Clervaux, seul vestige de ses biens patrimoniaux qui seraient aux trois quarts perdus en raison de la mort en émigration de son père. Sous le Consulat et l'Empire, il décline les propositions de services qui lui sont faites dans l'armée et se contente d'être au nombre des électeurs du département. L'essentiel de son temps et de son énergie va en fait à l'entretien et au développement du « magnifique établissement d'agriculture» qu'il s'est constitué à Clervaux. Ses efforts sont d'ailleurs récompensés par la prospérité de ses affaires : Chérade de Montbron occupe la cinquième place dans la liste des contribuables de la Vienne en l'an X et il est encore au douzième rang en 1813. L'année suivante, la première Restauration lui offre une seconde jeunesse à 52 ans en même temps qu'une promotion fulgurante. Il réintègre le corps des cent suisses avec le grade de sous-lieutenant surnuméraire le 16 juillet 1814, obtient le brevet de major le 25 du même mois, celui de colonel le 25 août, et la croix de Saint-Louis le 6 septembre 1814. Sa fidélité à la dynastie qu'il sert depuis plus de trente ans n'en est que plus solide : le comte de Montbron accompagne Louis XVIII durant ses cent jours d'exil à Gand. Ce dévouement sans faille lui vaut l'ordre royal de la Légion d'honneur et une nomination par exception au grade honorifique de maréchal de camp par ordonnance du 26 février 1823. Avec cette faveur pour toute retraite, le vieil homme infirme passe ses dernières années au château de Clervaux. Peut-être vibre-t-il une dernière fois lorsque son frère Joseph, ancien rescapé de l'expédition de Quiberon, tente de rallier à la cause légitimiste le peuple limousin lors de l'équipée de la duchesse de Berry en 1832.

Le décès du comte de Montbron en 1841 laisse ses héritiers en possession d'une fortune considérable. Sa succession comprend 299468 francs de valeurs mobilières, non compris les nombreux legs particuliers dont il a gratifié ses domestiques ou certains de ses parents. À ce pactole, placé pour les deux tiers en actions de la Banque de France et en rentes sur l'État, s'ajoute un capital foncier de 353 400 francs comprenant le château et le parc de Clervaux, trois maisons à Clervaux et dix domaines alentours. Ces biens revinrent à ses deux fils : Adrien-Marie (La Rochelle, (17) 18 août 1788-La Jarne (17), 28 février 1864), comte de Montbron, propriétaire, maire de La Jarne de 1843 à 1864, chevalier de la Légion d'honneur, marié à Paris le 16 novembre 1813 avec Alexandrine Drouyn de Lhuys.

Marie-Étienne-Louis dit le vicomte Ludovic de Montbron (La Rochelle, 21 juillet 1789-après 1833) a épousé Antoinette Personne de Songeons par contrat du 14 juin 1820 passé chez Ducrocq, notaire à Songeons (60). Il vivait à Marseille-en-Beauvaisis (60) en 1833.

(AD86 : 2C 7978 ; SHAT : 8YD/2442 ; AD17 : 3E 955)

Source : Louis Bergès, Guy Chaussinand-Nogaret.