François de Crozant, châtelain de Rivières, chevalier de Saint-Louis, ancien capitaine au Lyonnais, allié aux Normand de la Tranchade et aux Guitard de Ribérolle, adresse le 13 août 1785 une lettre à l'intendant de Limoges. D'une part, il se fait l'écho d'une pétition des paroissiens de Rivières qui sollicitent un secours suite à la sécheresse persistante, pétition « qui vous représentera leur triste situation ; ils ont tout lieu d'espérer, Monsieur, d'un cœur aussi bienfaisant que le vôtre quelque soulagement à leur peine ». L'affaire expédiée, — trois lignes, c'est une entrée en matière —, il en vient au souci qui le tourmente, à la situation de son fils qu'il souhaite faire inscrire à l'école Militaire. Son parent, le chevalier de la Tranchade l'a engagé à risquer cette démarche. Il s'y est pris un peu tard, confesse-t-il, et sollicite de M. Meulan d'Ablois, intendant de la généralité, la nomination de son deuxième fils au régiment de la Fère, suivant l'assurance que le comte de Saint-Chamant lui avait donnée au cours de l'année passée. C'est une sous-lieutenance qu'il attend pour son fils ; le garçon a l'âge prévu par l'ordonnance royale. L'auteur de la lettre se confond en remerciements, expose sa situation : « Ma médiocre fortune, ne me permettant même pas, de l'y tenir sur ce pied là... » Au siècle passé, on a vu la châtelaine douairière des Deffends de Bunzac hypothéquer l'héritage laissé par son mari pour équiper ses deux fils. Les jeunes gens venus de la noblesse souhaitent faire leurs premières armes au sein du corps le plus prestigieux, la Maison du Roi, gardes, gendarmes de la garde, chevau-légers ou mousquetaires. Ce qui se fait de mieux en matière d'uniformes. Suprême honneur, on veille sur la personne du Roi. On ne fait pas carrière dans ce corps d'élite dont les officiers portent les plus grands noms de France ; après avoir servi en qualité de garde du corps ou de mousquetaire, on acquiert généralement une compagnie de cavalerie.

Source : La Rochefoucauld au péril des Lumières, d'Yvon Pierron.